U SANG : TRANSFUSION
uu élément à l’explication de la différence de couleur du sang artériel et du sang veineux: cette différence n’est pas due uniquement à des modifications dans la forme des globules, puisque ces phénomènes de coloration, corrélatifs aux différences des spectres du sang artériel et du sang veineux, s’établissent, comme eux, grâce à des alternatives d’oxydation et de réduction de l’hémoglobuline, de sorte que le sangartériel et le sang veineux représentent les deux étals d’oxydation et de réduction de la matière colorante du sang.
Le rôle physiologique des globules rouges consiste essentiellement à se charger d'oxygène qu’ils vont ensuite distribuer aux tissus; ces globules sont des réceptacles, des appareils condensateurs de ce gaz, pour ainsi dire des analogues du charbon et de l’éponge de platine. Lorsqu’ils traversent les capillaires, ils empruntent à l’air venu de l’extérieur son oxygène, qu’ils vont ensuite transporter vers les différents éléments de l’économie, et surtout vers ceux qui consomment beaucoup de ce gaz, c’est-à-dire vers les globules nerveux, les nerfs et les muscles. En échange de l’oxygène qu’ils emploient, ces éléments rendent une quantité à peu près équivalente (voy. Respiration) d’acide carbonique, qui se dissout dans le liquor du sang (se combinant avec les sels du sérum; voy. plus loin).
Les globules rouges du rang, et par suite la totalité du sang préside donc aux phénomènes respiratoires, et la mort qui survient après une abondante hémorragie est causée essentiellement parce que l’oxygène n’est plus distribué en quantité suffisante aux tissus, et spécialement aux éléments anatomiques du système nerveux central. Ace point de vue la transfusion du sang consiste donc uniquement en un nouvel apport clc globules sanguins : ainsi cette opération ne répond ni aux espérances exagérées (rajeunissement, guérison de la folie, etc.) ni aux craintes démesurées (interdite par le parlement en 1GG8) qu’elle a inspirées à son début (xvn° siècle; Lower, Denis). Aujourd’hui on compte par centaines les cas d’hémorragies où le malade exsangue a été rappelé à la vie par la transfusion du sang, surtout dans les cas de mélrorrhagies. Les globules sanguins doivent être empruntés à un animal de même espèce,
SANG ET CIRCULATION
sans quoi l'effet cherché n’est point obtenu, car des globules sanguins d’un animal quelconque ne sont pas plus aptes à entretenir la vie des tissus d’un animal d’espèce différente, que les spermatozoïdes du premier ne seraient propres à féconder l’ovule du second. Il suffit du reste d’une très petite quantité de sang transfusé pour ramener les échanges vitaux et permettre à l’opéré de reconstituer sa masse primitive de sang par la nutrition. — Enfin on a aussi appliqué la transfusion à des cas d’empoisonnement; cette tentative est très légitime par exemple pour l’empoisonnement par l’oxyde de carbone, agent qui paralyse le globule rouge : et en effet elle a été couronnée de succès (Rouget), caron remplace alors des globules inutiles par des globules propres aux échanges nutritifs et respiratoires. Cette tentative est moins légitime dans les autres empoisonnements et même dans l’urémie L
Les globules rouges sont donc ce qu’on pourrait appeler l'organe du sang. Quand ces globules sont en trop grande proportion, il y a alors une sorte de pléthore , la circulation est gênée et les congestions se font facilement; on trouve quelque chose d’analogue dans le choléra, mais par un mécanisme tout autre : la déperdition énorme des liquides par l'intestin rend le sang très-épais ; les globules s’agglutinent et le rendent poisseux. — Dans toutes les maladies chroniques et dans la plupart des maladies aiguës, quand la diète dure longtemps, on observe une diminution notable dans l’organe du sang. Cette diminution est proportionnelle à la durée de la maladie : dans l’anémie, dans la chlorose, elle atteint son maximum, et l’on a vu des cas de chlorose où le cruor ne formait plus que le quart de la masse sanguine ; il y a alors ce que l’on appelle hydrémie (vu l’augmentation relative de la partie aqueuse du sang) et qui serait mieux nommé acruorie.
Sous le rapport de leur existence propre, les globules du sang présentent des phases d’existence: les premiers globules rouges de l’embryon proviennent des cellules du feuillet blastodermique moyen 1 2 ; mais chez l'adulte il est difficile de reconnaître comment cet élément anatomique se produit et se renouvelle. D’après une théorie longtemps classique, mais aujourd’hui trèseontestée, etque nousallons
1. Voy. L. Jullicn, De la Transfusion du sang, thèse de concours. Paris, 1875.
2, Voy. Cli. Robin, Anatomie et Physiologie cellulaires. 1873.