DU SANG : FIBRINE
On attribuait autrefois à la fibrine un rôle très important dans l’économie : on la regardait d’une part comme la substance nutritive par excellence, comme une albumine perfectionnée. D’autre part, on confondait la coagulation avec l’organisation, à cause de l’apparente structure fibreuseque prend la fibrine coagulée (vov. fig. 71, ci-après, p. 289). Mais il est reconnu aujourd’hui que la fibrine est loin d’avoir cette importance: elle est rare dans les matièresles plus nutritives, et sa quantité dans le sang n’est pas en raison directe de la vigueur du sujet; au contraire, on la voit s’accumuler dans
core une théorie satisfaisante de ce phénomène. Aussi nous en tiendrons-nous encore à la théorie de Denis (de Commercy) et de Schmidt, théorie que nous exposons plus loin (p. 223), parce qu’elle ne peut être comprise qu’après l’étude des divers éléments albuminoïdes du plasma. Mais nous donnerons cepcndantici quelques indications sur les travaux les plus récents entrepris à ce sujet.
1° Pour Arm. Gautier (Chimie appliquée àla physiologie , etc., Paris, 1874, t. I, p. 509), la coagulation du sang est due à une réaction produite par la paraglobuline, substance exsudée du globule rouge : tout ce qui peut faire extravaser la paraglobuline, c’est-à-dire diminuer la vitalité du globule, hâte en effet la coagulation du sang, delà la coagulation plus rapide par le battage, etc.
2° Pour Mathieu et Urbain ( Comp . rend. Acad, des sciences, 14 sept. 1874), c’est l’acide carbonique qui, en se portant sur la fibrine dissoute dans le plasma, la transforme en fibrine coagulée. En effet, du sang privé rapidement de tout l’acide carbonique qu’il renferme, ne se coagulerait pas, à moins qu’il ne se trouve de nouveau en contact avec de l'acide carbonique.
3° Enfin, dans un travail plus récent ( Contribution à l’étude des causes de la coagulation spontanée du sang à son issue de l’organisme , thèse, Paris, 1875), M. Glénard, sans donner une théorie de la coagulation, a cherché à bien préciser les causes qui influent sur elle et a réalisé dans ce sens une expérience intéressante qui aura certainement son influence sur les théories à venir. Voici cette expérience.
Lorsque sur un animal vivant (cheval, bœuf) on enlève un segment artériel ou veineux plein de sang et qu’on le conserve à l’air, le sang ne s’y coagule pas, quelle que soit la capacité du segment. Après un temps variable, en relation avec le volume du vaisseau et la masse du sang conservé, le segment sèche au point d’offrir la consistanoe de la corne. Si, à cet état, on reprend le sang ainsi transformé par la dessiccation et qu’on le désagrège dans l’eau, il s’y dissout, et cette solution est susceptible de se coaguler spontanément en masse. M. Glénard en conclut que la coagulation du sang est causée par le contact du corps étranger (parois du vase où il est reçu); cette influence coagu-
SANG ET CIIICULATION.
lesangaprès lejeûne, après une marche épuisante, dans les maladies qui amaigrissent, clans les cas où la nutrition langui I, dans la chlorose, etc... Elle est plus abondante chez l’adulte, que chez l’enfant. Quand on saigne un animal et qu’on lui enlève ainsi beaucoup défibriné, on peut constater qu’après peu de temps la fibrine s’est reproduite. Ainsi donc cette fibrine ne vient pas du dehors, elle se forme dans l’organisme, et l’étude des circonstances où sa proportion augmente prouve qu’elle constitue une sorte de déchet organique. En effet, lesang qui revient d’un muscle est d’autant plus riche en fibrine que le muscle a plus travaillé, qu’il vient par exemple d’être soumis ci la galvanisation. La fibrine est donc bien déjà une forme excrémentitielle des produits de nutrition des tissus, se rencontrant avec d’autant plus d’abondance que le tissu a une nutrition plus active. Il est difficile de dire où disparait, où va se détruire cette fibrine. On a prétendu que le sang qui sort du foie ne contient plus de fibrine, mais c’est là une erreur. Le sang du foie est tout aussi riche en fibrine que celui de la raie, que celui des muscles, et il n’en parait dépourvu dans les analyses que quand on laisse la bile se mêler au sang extrait de ce viscère (Vulpian). On constate dans le sang un excès de fibrine toutes les fois qu’il y a exagération de travail, de combustions organiques ; il'y a donc hyper inose dans toute inflammation; cette hvperinose est tout à fait secondaire, et ne joue nullement le rôle de cause vis-à-vis de l’état de fièvre ou d’inflammation. Dans les épanchements on ne trouve de fibrine que si les tissus voisins sont dans un état d’inflammation capable de donner lieu à un excès de ce déchet organique : ainsi le liquide d’un hydrothorax ne contient pas de fibrine; celui d’une pleurésie en est au contraire très riche, etc., etc.
Le liquide qui reste après la coagulation de la fibrine
latrice du contact des corps étrangers est d’autant moins grande que, par leur structure physique, ces corps étrangers se rapprochent davantage de la structure physique du vaisseau.