‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 82 sur 284 · INNERVATION DU COEUR · texte numérisé non relu

INNERVATION DU COEUR

sciences sur les expériences de Cyon, l’étude de cette intéressante question.

Legallois indiqua le premier l’influence de la moelle épinière sur les battements du cœur. Mais c’est surtout von Bezold qui en 1863 établit, par de nombreuses expériences, que la section de la moelle entre l’occipital et l’atlas produit un abaissement très considérable de la pression du sang dans les grosses artères, en même temps qu’un ralentissement dans les battements du cœur. Il prouva ensuite que l’excitation de la moelle en arriéré de la section rétablit et la pression du sang et l’accélération des battements. La moelle agissait donc, d’après Bezold, sur le cœur pour modifier et la force et le nombre de ses battements.

Mais Ludwig et Thiry, ayant observé que l’excitation de la moelle, séparée du cerveau, exerce toujours son action sur la pression du sang, lors même qu’on a détruit tous les nerfs cardiaques qui relient le cœur à la moelle, en conclurent que l’action de la moelle ne porte nullement sur le cœur lui-même, mais bien sur le système circulatoire périphérique ; et en effet, de nouvelles recherches de Ludwig et Cyon firent voir que cette action sur le système circulatoire périphérique s’exerce surtout sur la vascularisation des viscères abdominaux et s’y transmet par l’intermédiaire des nerfs splanchniques : lorsqu’on divise les nerfs splanchniques, on obtient des effets semblable à ceux qui résultent de la section de la moelle entre l’occipital et l’allas ; si l’on excite les bouts périphériques des nerfs splanchniques divisés, on obtient de même des effets semblables à ceux que produit l’excitation du segment postérieur de la moelle. (Du reste, on sait depuis longtemps qu’après une ponction abdominale suivie de l’évacuation du liquide d’une hydropisie, ou après l’ablation d’une tumeur abdominale, le vide qui se produit dans l’abdomen y facilite l’afflux du sang, d’où diminution de pression dans le reste du système circulatoire, affaiblissement des battements du cœur, anémie cérébrale et syncope.)

Ludwig en concluait que la moelle n’exerce aucune action directe sur le cœur, qu’elle n’a d’action que sur les

SANG ET CIRCULATION

vaisseaux; c’est aller trop loin. Dans une nouvelle série d’expériences sur ce sujet, Cyon (1867) a prouvé qu’il existe bien réellement des filets sympathiques qui, comme l’avait indiqué von Bezold, vont de la moelle au cœur, et dont l'excitation produit l’accélération, mais X accélération seule des battements cardiaques: il y a donc bien des filets cardio-médullaires accélérateurs ; ils émergent de la moelle avec le troisième rameau du ganglion cervical inférieur.

Quant à l’influence de la moelle sur la pression du sang (et non plus sur le nombre des battements), elle est bien telle que Ludwig l’avait formulée ; mais Cyon a de plus démontré que cette action, résultant d’une modification vasomotrice (voy. plus loin : Vaso-moteurs) périphérique, était de nature réflexe et pouvait, comme telle, être le résultat de l’excitation d’un nerf, de sensibilité prenant naissance dans le cœur même : ce nerf, qui est un rameau du pneumogastrique, ne produit aucun effet lorsque après l’avoir coupé on excite son bout périphérique ; mais l’excitation du bout central est douloureuse et amène, dans le manomètre appliqué à l’artère carotide, une diminution considérable de pression, par une action réflexe qui se porte spécialement sur le système vasculaire abdominal (nerfs splanchniques) et en détermine la paralysie et la dilatation: en un mot, le nerf dépresseur de la circulation (de Cyon) représente la voie centripète d’un réflexe paralysant , qui amène la facile déplétion du cœur et par suite une diminution de la pression sanguine générale1.

1. L’uniformité du travail du cœur, lorsque cet organe n’est soumis à aucune influence nerveuse, a été démontrée par Marey1. A cet. effet, il enlevait le cœur d’une tortue et lui adaptait un appareil circulatoire artificiel formé de tubes de caoutchouc, dans lequel circule du sang de veau. D’un réservoir légèrement élevé, ce sang était amené par un siphon dans les veines et les oreillettes ; passant des ventricules aux artères, il était chassé dans des tubes qui le versaient de nouveau dans le réservoir dont il était précédemment parti. Or, dans ces circonstances, toutes les fois qu’en élevant l’orifice d’écoulement du sang artériel ou en le rétrécissant on augmente la pression, on voit les mouvements du cœur se ralentir. Si, par des influences diverses, on

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