DIGESTION STOMACALE
pylore oe fût franchi ; mais une grande ([nantit*' d'opium ayant été successivement administrée, et une sorte de débâcle pylorique s'étant produite tout à coup, il en résulta des accidents d'empoisonnement, par suite d'une absorption considérable, dans l'intestin, de l'opium accumulé antérieurement dans l'estomac1.
Le pôle principal de l'épithélium stomacal est de donner lieu, par les glandes qu'il forme, à des produits de sécrétion. Les glandes de l'estomac sont dites les une< glandes pepsiques, les autres glandes muqueuses. Sappey a démontré que les unes comme les autres ne sont pas des glandes en tube simple, mais que le tube par lequel elles s'ouvrent sur la surface libre de la muqueuse se divise dans la profondeur et se dichotomise successivement, de manière à présenter une conformation intermédiaire à celle des glandes en tube et des glandes en grappe : elles constituent, dit Sappey. une classe à part qu'on peut désigner sous le nom de glandes en tubes ramifiés. Les glandes muqueuses, dites aussi glandes pyloriques, parce qu'elles sont développées surtout dans la région pylorique, sont tapissées par des cellules prismatiques transparentes et ne produisent que du mucus; les glandes pepsiques, distribuées dans le reste de l'estomac, mais surtout dans la région du grand cul-de-sac, ont leur conduit excréteur tapissé de cellules prismatiques transparentes; mais leurs culs-de-sac sécréteurs ont un revêtement épithélial plus compliqué, car il se compose de deux ordres de cellules, les unes claires, transparentes, à contours peu nets, et dites
1 Cependant des recherches récentes ont remis en question l'absorption stomacale; plusieurs physiologistes italiens, reprenant les expériences deBooley, ont constate comme lui que, chez le cheval, de grandes doses de strychnine, introduites dans l'estomac préalablement lié au pylore, ne produisent pas d'empoisonnement. Mais, observation nouvelle et importante, l'empoisonnement n'a pas lieu non plus, si au bout d'un temps assez long, on enlève la ligature et laisse libre cours aux matières D'après Sehiff, cette dernière circonstance indiquerait que la strychnine a été absorbée assez lentement pour être éliminée au fur et à mesure par les urines, sans s'accumuler dans le sang jusqu'au degré nécessaire pour produire l'empoisonnement. Il en serait ici de la strychnine comme du curare, qui est absorbé par l'intestin, mais d'une manière si lente, qu'il est éliminé par les reins avant qu'il ait eu le temps de s'accumuler dans l'organisme jusqu'à la dose toxique (Cl. Bernard). Y. pour plus de détails sur la question, la publication de F. Lussana : Sulla ■piccola circolazione enteroeputicu. etc. (Lo Sperimentale, octobre 1872). Analysé in Revue des Sciences médicales:, de G. Hayem, t. I, p. 32.
Sehiff, se fondant sur plusieurs expériences de Collin et sur des expériences qui lui sont propres, admet l'absorption stomacale comme un fait général : nous verrons que cette absorption est nécessaire à sa théorie des Matières peptogènes, que nous étudierons plus loin. Aussi plusieurs auteurs posent-ils aujourd'hui en principe que Y estomac a pour fonction d'absorber les liquides.
pour cela cellules adèlomorphes, par Rollet (cellules principales de Hendenhain), les autres granuleuses, grosses, à contours nets dites cellules délomorphes par Rollet (cellules bordantes de Hendenhain) ; ces dernières cellules sont d'ordinaire tout à fait à la périphérie de l'épithélium, comme rejetées en dehors dans des espèces de cupules formées aux dépens de la paroi propre de la glande, et déterminent, par leur saillie extérieure, cet aspect bosselé, moniliforme, des glandes pepsiques isolées (voir la fig. 103). Ces cellules délomorphes ou bordantes contiennent des granulations qui paraissent être l'origine du principe actif ou ferment (pepsine; voir plus loin) du suc gastrique. Ce suc gastrique, produit de la fonte de ces derniers éléments cellulaires, est un liquide très ténu, contenant àpeine 4 pour 100 de matières solides, dont les substances organiques (albuminoïdes) constituent plus des deux tiers. Parmi les sels, c'est surtout le phosphate de soude qui domine, avec le chlorure de sodium.
Pour étudier les propriétés du suc gastrique on se procurait d'abord ce liquide au moyen de petites éponges, attachées à une ficelle, éponges qu'on faisait avaler à des animaux et qu'on retirait quand elles étaient imprégnées de suc gastrique (Réaumur, Spallanzani) ; mais on se le procure plus largement au moyen de fistules stomacales. D'abord on a fait ces recherches sur l'homme, à la suite d'accidents ou d'opérations chirurgicales ayant produit des ouvertures de l'estomac: les recherches de Beaumont sur un chasseur canadien sont célèbres à cet égard1. Plus récemment, Verneuil a pratiqué avec succès une véritable fistule stomacale permanente pour remédier à une oblitération complète du pharynx à la suite d'un empoisonnement par l'acide sulfurique, et Gh. Richet a pu faire sur ce sujet d'intéressantes études (voyez ci-après). Mais la physiologie expérimentale a surtout recours à des fistules pratiquées sur le chien, et maintenues permanentes à l'aide de larges canules spéciales. Blondlot (de Nancy) a le premier, en 1843, pratiqué ces fistules, qui ont depuis donné de si beaux résultats entre les mains de Cl. Bernard et de Schiff. Ces canules ont la forme d'un bouton de chemise, de sorte que, une fois introduit dans la boutonnière faite aux parois abdominale et stomacale, le petit appareil reste en place, maintenu par les plaques qui le terminent
1 William Beaumont, médecin américain qui eut, en 1833, l'occasion de soigner un jeune chasseur dont un coup de fusil avait perforé l'estomac, et chez lequel, après guérison de la plaie, était restée une large fistule mettant l'estomac en communication avec l'extérieur.