DIGESTION STOMACALE - ACIDE CHLORHYDRIQUE
sous lesquels il se rencontre, Eïayem détermine Le chlore total, Le chlore fixe (lié à une base minérale; chlorure de Bodîum), le chlore combiné à des substances organiques, el enfin L'acide chlorhydrique libre (le chlore combiné à L'hydrogène). Or le chlore total augmente rapidement pendant une première période de la digestion, puis il diminue; le chlore fixe n'augmente que peu ou pas; le chlore <>u acide chlorhydrique combiné à des substances organiques (albuminoïdesj est le plus important dans le travail digestif; quant à l'acide chlorhydrique libre, son maximum survient au bout d'une heure après le repas; mais son apparition est tout à fait irrégulière, et souvent il est absent.
De ces faits Hayem conclut que la sécrétion gastrique est une sécrétion chlorurée ; le chlorure ainsi fourni donne naissance à l'acide chlorhydrique libre et à l'acide chlorhydrique combiné ; l'acide chlorhydrique naissant se fixe immédiatement sur les substances azotées ; une partie seulement, contingente en quelque sorte, échappe à cette combinaison et reste à l'état d'acide chlorhydrique. C'est à ce travail complexe qu'on donne le nom de chimisme stomacal. Nous ne saurions entrer ici dans plus de détails. Contentonsnous d'ajouter, comme conséquence des résultats sus-énoncés, que l'acide chlorhydrique libre ne donnerait pas une mesure de l'activité digestive de l'estomac ; il représenterait simplement un résidu non utilisé d'acide chlorhydrique; le facteur important serait l'acide chlorhydrique organiquement combiné ; mais l'acide chlorhydrique libre, ajouté au chlore combiné (acide chlorydrique fixé par les substances albuminoïdes), indique précisément quelle est la quantité •d'acide chlorhydrique sécrétée par la muqueuse, et mesure, à cej égard, la valeur physiologique de la sécrétion gastrique *.
C'est donc bien, en définitive, l'acide chlorhydrique qui est l'acide normalement actif dans le suc gastrique.
3° Un mélange complexe d'acides organiques existe dans le contenu de l'estomac pendant la digestion ; ce sont des acides de fermentation, dont les principaux ont été seuls régulièrement déterminés: acide lactique, acide butyrique, acide citrique. A l'état normal ces acides organiques s'accroissent pendant la première
i Hayem et Winter opèrent ces dosages de la manière suivante : on dose d'abord le chlore total dans une certaine quantité de sut- gastrique : dans une égale quantité ou dose de chlore qui a persisté après évaporation. Ladifierence représente l'acide chlorhydrique qui s'est évaporé, c'est-à-dire l'acide chlorhydrique libre. Enfin, dans une troisième portion de suc gastrique, on dose le chlore après évaporation et calcination. Ce chlore correspond aux: chlorures fixes (chlorure de sodium). La différence entre les résultats de la deuxième et la troisième opération permet de conclure à la quantité d'acide chlorhydrique en combinaison avec les substances organiques.
heure de la digestion, et diminuent ensuite, peut-être parce qu'il y a arrêt des fermentations en vertu de l'action de l'acide chlorhydrique ; mais chez certains dyspeptiques ces fermentations secondaires sont très-intenses, et les acides organiques plus abondants. Donc, en résumé, il y a, dans l'estomac, une acidité de sécrétion et une acidité de fermentation. — L' acidité de sécrétion est l'acidité chlorhydrique (acide chlorhydrique libre et acide chlorhydrique combiné organiquement) ; — V acidité de fermentation^ due aux acides organiques, est peu importante à l'état normal; elle se développe dans les cas de stase gastrique, lorsqu'il y a dilatation de l'estomac et manque d'acide chlorhydrique.
D'après tout ce qui précède, on voit qu'il n'y a plus guère lieu demander quel est. dans les glandes gastriques, le siège précis de la sécrétion d'acide chlorhydrique.
Les cellules, quelles qu'elles soient, qui présideraient à la formation de cet acide, ne font en réalité qu'en préparer les matériaux chlorurés: et en effet les couches profondes de la muqueuse ne présentent jamais une réaction acide et se montrent riches en chlorures, particulièrement en chlorure de sodium, que Ton retrouve en abondance dans le suc gastrique. (Voir H. Girard, Contribution à. Vétuâe de l'influence de chlorures sur la composition du suc gastrique ; Àrehiv. de physiologie, juillet 1889).
D'après Heidenhain, la pepsine serait sécrétée dans les cellules principales (cellules adélomorphes de Rollet), et l'acide stomacal serait produit par les cellules bordantes (cellules délomorphes de Rollet). Mais la plupart des physiologistes pensent que les grosses cellules des glandes pepsiques (cellules bordantes) sont les éléments qui produisent la pepsine, et que les granulations si caractéristiques de ces cellules sont précisément la substance aux dépens de laquelle se forme la pepsine. Cette substance, dite propepsine ou zumogène, ou substance pepsinogène, se forme dans les cellules pendant les périodes de repos de l'estomac ; au moment de la digestion les granules qui la représentent disparaissent de la cellule en se transformant en pepsine: cette transformation a également lieu après la mort, dans des fragments de muqueuse stomacale placée dans l'eau acidulée. Enfin quand on enlève par l'eau non acidulée la pepsine d'une muqueuse stomacale, de façon à l'épuiser, et qu'on traite ensuite cette muqueuse par l'acide chlorhydrique ou le chlorure de sodium, on obtient de nouvelles quantités de pepsine, par la transformation de la propepsine restée dans les cellules des glandes. La propepsine est donc à la pepsine ce qu'est, comme nous le verrons plus loin, le glycogène hépathique a la glycose du foie.
Du reste, on a beaucoup exagéré la saveur et la réaction acide du suc gastrique; dans les cas pathologiques, cette acidité augmente: mais à l'état normal elle est peu prononcée et presque insensible au goût : elle équivaut au degré d'acidité produit par l?r.8 d'acide chlorhydrique dans un litre d'eau. L'odeur acide des matières vomies provient delà décomposition du contenu stomacal. En
MOKSTION sroMACAI.K. - l'EPTOGKNES 345
effet, des acides gras volatils peuvent s'y former dans ces circonstances (acide butyrique).
Pour traiter complètement la question des produits d'exhalation de l'estomac, nous devons ajouter que cet organe, ainsi que le reste du tube intestinal, peut donner naissance à de* gaz, en quantité considérable : ces gaz sont surtout de l'acide carbonique et de l'azote. Ils ne proviennent donc pas toujours de la fermentation des ingesta, mais bien du sang, et ils se forment, par exemple, dans tous les cas de paralysie du tube digestif, que celui-ci contienne ou non des matières alimentaires ; ils peuvent se dégager ainsi brusquement sous l'influence d'une émotion morale et peuvent être absorbés tout aussi rapidement.
Cl. Bernard avait appelé l'attention des physiologistes sur les faits de ce genre : « Dans le poumon, dit-il, et à la surface cutari<'<-. les gaz peuvent être exhalés par un simple fait d'échange entre le milieu extérieur et le milieu intérieur ; mais dans l'intestin, où il n'y a normalement pas d'air, l'exhalation gazeuse doit se faire en vertu d'un autre mécanisme. Il est probable que le système nerveux aune influence sur la production de ces gaz, car je les ai vus se produire en grande quantité à la suite d'opérations pratiquées sur la moelle épinière. Les substances gazeuses qui sont éliminées sont en général celles qui peuvent être absorbées. Cependant l'hydrogène, qui n'est pas sensiblement absorbé, est parfois exhalé en plus ou moins forte proportion, ainsi que cela résulte des expériences de Regnault et Reiset1 » .
Théorie des peptogènes. — Les conditions dans lesquelles se sécrètent les liquides de l'estomac sont toutes particulières. Ainsi que nous l'avons dit précédemment, du mucus se produit facilement dans l'estomac à jeun ou fafigué, ou sous l'influence d'un corps étranger non alimentaire ; c'est ainsi qu'une éponge introduite dans l'estomac s'imbibe d'un mucus parfois fortement acide (suc gastrique sans pepsine), qu'il ne faut pas confondre avec le véritable suc gastrique, comme on le faisait autrefois.
Le véritable suc gastrique n'est sécrété que sous l'influence d'un excitant d'une nature particulière, d'une manière alimentaire ; ou, en d'autres termes, cette sécrétion a surtout lieu si l'aliment est un albuminoïde (chair musculaire, fibrine, blanc d'oeuf), c'est-à-dire un aliment qui réclame essentiellement l'action du suc gastrique. Dans ces circonstances, la paroi stomacale, dans tous les points touchés par l'irritant approprié, devient rouge, ^turgescente, et
1 Cl. Bernard, De la Physiologie générale, notes, p. 290, 1872.
alors commence une n abondante de suc gastrique, qui a
bientôt transformé l'aliment albumineux en albuminose. Ces faits prouvent que la sécrétion du su strique est le résultat d'une i ci aie de la part de la muqueuse stomacale, et que cet: e lisibilité très délicate ne se laisse pas tromper. Il faut un aliment apte à subir l'action du suc gastrique pour en amener la production. Le mucus, au contraire, est sécrété dans les moments où l'estomac dei a aliments, ou sous l'influence d'un corps
ïti anger que le mucus entoure et isole.
On a pu. du reste, constater qu'après la section des pneumc : ;ues, le s *astrique, quoique en moindre abondance, ne :inue pas moins à se former. Ainsi les nerfs ne sont pas indispensables à l'accomplissement de l'acte digestif: c'est en général le grand sympathique qu'on regarde comme dirigeant la digestion si macale.
particularité si singulière de l'appareil sécréteur de l'estomac, de ne donner du véritable suc gastrique qu'en présence de certaines substances alimentaires, est aujourd'hui parfaitement reconnue, mais peut-être ne faut-il pas l'attribuer à une sensibilité
rticulière, à une sorte A' intuition [Blondeot) deTestomac ; elle tiendrait plutôt, d'après les travaux de Lucien Corvisart et de Schiff, - substances fournissent un élément indispensable à la i . : n delà pepsine : telle est la théorie des matières pepiogêne* et de la peptogênie de Schiff. théorie déjà féconde en résultats pratiques, théorie dont quelques points paraissent confirmés par les : :he$ de Yulpiaïi *, par celles de Herzen. 1884. et que
nous devons rapidement résumer.
De nombreuses exp->. a rat démontré à Schiff que la pepsine ne se
forme pas dans les glandes pepsiques d'une manière continue, en vertu de la simple nutrition des parois stomacales, mais qu'un estomac a jeun et épuisé par une - : stion antérieure, perd la propriété de donner
un suc gastrique vraiment actif, jusqu'à ce que, certaines substances ayant -v— ; ar lui, les parois stomacales se trouvent chargées de pn:. capables de se transi . r en pepsine: ces substances sont les
pepi à, après l'épuisement produit par une digestion copieuse
tant a douze fa -. Le pouvoir digestif de l'estomac vide, par rapport a l'albumine, est à peu près nul : mais il augmente en proportion très n table lorsque avec l'albumine on introduit dans l'estomac une quantité modérée de certains autres, aliments (pepto gènes) . Dans ce cas.
-: omac secrète d'abord un liquide purement acide, qui sert a dissou les éléments peptogènes. et a mesure que ceux-ci sent absorbes, et. mêlant au sang, le rendent apte a fournir de la pepsine aux gla:.
1 \ ....... rours de la Faculté de médecine, he - - . igesti ... 187 .
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stomacales, on constate la sécrétion d'un sue gastrique de plus en plus actif, de plus en plus pepsique en on mot. Ces peptogènes otielle-
iii. ut représentés par les éléments de la viande solables dans l'eau, par la gélatine, par la dextrine. Le bouillon, la Boupe, contiennent donc au plus haut degré les matières peptogènes, et sous ce rapport l'expérience de t us les jours s,- trouve parfaitement d'accord avec les nouvelles données scientifiques.
Ces peptogènes seraient absorbés par l'estomac, mais leur action Berait identiquement la même s'ils étaient introduits dans l'organisme par injection dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans le rectum, ou même directement dans les veines. Chose remarquable, absorbés par l'intestin grêle, ces peptogènes perdraient complètement leur action, non que la bile ou le suc pancréatique les aient modifiés dans le canal intestinal, mais parce que, absorbés par les cbylifères, ils seraient détruits, comme peptogènes, au moment de leur passage à travers les ganglions mésenteriques. Il faut reconnaître que sur ce dernier point le* recherches de Schiff perdent un peu de la précision qui caractérise la première partie de cette série de travaux, et qu'il est difficile de croire a toutes les expériences qui ont pour but de montrer l'action des ganglions mésenteriques; mais la question de l'absorption stomacale et de l'inutilité de l'absorption intestinale, malgré son apparence paradoxale, n'enlève rien à l'importance générale de la théorie de la peptogénie, comme question de physiologie pure et comme source féconde d'applications thérapeutiques.
En effet, il était à supposer a priori que dans les dyspepsies qui méritent vraiment ce nom, c'est-à-dire dans le cas de paresse digestive occasionnée par une insuffisance du suc actif sécrété par l'estomac, il était à supposer que dans plusieurs de ces cas les troubles pourraient être attribués simplement à ce que les glandes pepsiques ne trouvent pas dans le sang les matériaux nécessaires pour se charger à un degré suffisant. Ces maladies réclameraient alors comme traitement une simple augmentation artificielle de la substance peptogène momentanément contenue dans le sang. 11 suffirait donc, comme dans les expériences physiologiques, de préparer l'estomac, de le charger d'avance d'une proportion suffisante de peptogène, et par suite de pepsine, pour faire commencer le travail digestif dès l'arrivée des aliments. Et en effet, Schiff rapporte quelques observations de malades semblables, qui ont été guéris au bout de peu de jours, et dont la guérison s'est maintenue par l'usage d'un bouillon pris une ou deux heures avant le repas, d'une solution de dexlrine en potion, ou même d'un lavement de la même substance une demi-heure ou une heure avant l'ingestion des aliments.
Herzen f, sur un homme porteur d'une fistule gastrique, a vérifié l'exactitude des idées de Schiff sur le rôle peptogène du bouillon de la dextrine, du lait; il a vu que les peptogènes manifestent leur influence plus lentement chez l'homme que chez le chien, et que, de toutes les substances peptogènes, c'est le bouillon de viande fraîche qui donne les meilleurs résultats. Plus récemment, pour répondre à certaines critiques
1 Revue médicale de la Suisse romcmde, janvier 18S4.
dont avait été l'objet la théorie de Schiff, H. Girard (de Genève) a repris ;de de la question1. Il a montré que les corps étrangers n'attirent dans la cavité stomacale que du mucus ou un liquide acide, plus ou moins complètement inactif, tandis qu'un suc gastrique véritablement actif n'est rete qu'en présence de substances alimentaires aptes à subir son action. Et quant à cette activité toute particulière des glandes pepsiques. que Blondelot attribuait à une sensibilité spéciale, il a montré qu'elle était due à ce que ces substances peptogènes fournissaient au sang les matériaux pour la formation de la pepsine. '•-:-- lire qu'il a entièrement confirmé la théorie de la peptogénic de Schiff.
Résultats de la digestion gastrique. — Il s'en faut de beaucoup que la physiologie soit parfaitement fixée sur les résultats de la digestion gastrique.
1° Pour les uns (Cl. Bernard. Robin. Leven 2l. le suc gastrique, dans l'estomac, ne fait queramollir. gonfler et hydrater les aliments. Pi : us savons queles aliments comprennent desmatières albuminoïdes, des matières féculentes et sucrées et enfin des matières grasses. On n'a pas constaté d'action du sue gastrique sur ces matières gras- 3, si ce n'est qu'il désagrège les cellules dans lesquelles elles sont renfermées et met la graisse en liberté. Quant aux matières amylacées, elles sont transformées en dextrine et saccharifiées dans l'estomac, mais seulement sous l'influence de la salive qui est avalée avec le bol alimentaire. La quantité de salive varie selon que la m; stication a été plus ou moins longue: aussi, quand la digestion est embarrassée, avale-t-on ultérieurement une plus ou moins grande quantité de salive, qui vient aider l'action de celle que les aliments :it entraînée avec eux. On comprend d'après cela combien, dans les digestions artificielles, il est difficile d'opérer sur le suc gastrique pur, non mélangé de salive. Enfin, quant aux matières albuminoïdes, c'est à tort qu'on a touIu prétendre qu'elles ne seraient que légèrement modifiées par le suc gastrique, et ai. mises seulement en état de subir l'action liquéfiante des autres liquides digestifs (sucs pancréatique et biliaire). La plupart d'entre elles sont réellement transformées d'une manière complète dans l'estomac, ainsi que nous allons le voir.
2° En effet, pour la plupart des auteurs, l'estomac est l'organe
si et principal de la digestion d'une certaine catégorie
d'aliments : là s'achève la liquéfaction et la transformation de
la plus grande partie des matières albuminoïdes (Schiff, Briïcke.
Meissner, etc.). Ce travail s'accomplirait en deux temps : un
1 H. Girard. Recherches sur la sécrétion du suc gastriqu-e (Arch. de physiolo ;ie. juillet 1SS9).
2 Leven, Académie de one'decine. 15 novembre 1ST5.
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premier temps de dissociation mécanique (comme plus haut) pour les aliments albuminoïdes solides ; puis un temps de transformation chimique (formation des peptones).
Les matières albuminoïdes liquides sont directement changées en un autre liquide plus absorbable et non coagulable par les réactifs ordinaires. Ainsi le blanc d'un œuf mêlé à du suc gastrique devient liquide comme l'eau. Seule la caséine, mise en présence du sue gastrique, est d'abord coagulée avant d'être attaquée parle suc gastrique : c'est cette propriété que Ton utilise pour faire cailler le lait au moyen delà pepsine contenue dans des estomacs conservés (présure). Mais nous avons vu que cette présure est un ferment de l'estomac du nourrisson (ferment-lab, p. 338). Chez l'adulte la coagulation du lait est produite par l'acide du suc gastrique, ou par la pepsine en présence de cet acide.
Les matières albuminoïdes solides (soit avant leur ingestion, soit coagulées par la pepsine, comme la caséine) sont liquéfiées par le suc gastrique. Cette action se passe, avons- nous dit, en deux temps. On voit d'abord que la matière albuminoïde, par exemple un petit cube de blanc d'œuf, est gonflée, que ses arêtes s'émoussent, et qu'elle finit par être réduite en une poussière très ténue; à cet état de ramollissement, les substances albuminoïdes forment une bouillie, qui mêlée aux autres aliments non modifiés par le suc gastrique se présente comme une espèce de pâte; c'est ce qu'on appelait autrefois le chyme, et on n'avait pas poussé plus loin l'étude de l'action du suc gastrique. Mais à ce premier acte en succède un second, qui a pour effet de liquéfier complètement cette bouillie, et c'est seulement sous la forme d'un liquide très fluide que le produit de la digestion gastrique de la plupart des albuminoïdes quitte l'estomac pour se rendre dans l'intestin.
Ce ramollissement et cette liquéfaction successives sont accompagnées de changements de couleur dans les matières digérées : du sang ingéré devient, pendant le premier acte, tout à fait noir (vomissements de sang à moitié digéré, dans les hémorragies stomacales, hématémèse noire). En général, le produit ultime de la digestion stomacale est légèrement jaunâtre. Il est bon de connaître ces alternatives de couleurs, afin de ne point commettre d'erreur en recherchant la nature des matières vomies.
Des albuminoses ou peptones. — Cet acte final de liquéfaction a pour résultat chimique de produire de nouvelles espèces d'albumine, dont Mialhe, le premier, a découvert la nature et les propriétés, et qu'il a nommées albuminoses ; plus tard, Lehman a employé, pour désigner ces mêmes albumines transformées, le nom peptones, qui est aujourd'hui plus généralement employé. Ce qui
caractérise, au point de vue physiologique, ces albuminoses ou peptones, c'est, nous l'avons dit, qu'elles sont éminemment propres à être absorbées. Les peptones conservent toujours quelque caractère des matières originelles. On reconnaît, en effet, des peptones du blanc d'œuf, des tissus collagènes, de la fibrine,- etc. La durée nécessaire pour cette transformation dépend de la nature des aliments. Ainsi le blanc d'œuf cru est plus vite digéré que cuit ; en général, les viandes crues, ou du moins saignantes, sont beaucoup plus facilement digérées, et leur usage devrait être préféré (à part la question des entozoaires).
L'étude des peptones albuminoses est un des points de la chimie physiologique qui ont fait le plus de progrès dans ces dernières années, grâce aux travaux de Lehmann, de Briicke, Meissner, Mulder, Schiff, etc. On a d'abord reconnu que la. pepto ne parfaite est un produit éminemment assimilable et endosmotique : ce qui la caractérise essentiellement, au point de vue physiologique, c'est que, injectée directement dans les veines, elle ne reparait pas dans les urines: elle est donc immédiatement assimilable par les tissus. Au point de vue chimique, elle n'est précipitable ni pat' la chaleur, ni par les acides, ni par les alcalis, mais seulement par le bicblorure de mercure, par le réactif de Millon (nitrate nitreux de mercure; et par quelques autres rares réactifs. La vraie peptone représente donc de l'albumine non pas seulement dissoute, mais encore transformée (surtout par hydratation, d'après Brinton. Schutzenberger, Henninger).
Mais la vraie peptone définitive ne se produit pas du premier coup par l'action du suc gastrique; dans cette série d'actions que nous avons étudiées (ramollissement en pâte, liquéfaction, changement de couleur), il se produit une série de dédoublements qui donnent successivement des peptones intermédiaires assez bien définies, telles que la Jyspeptone, la parapeptone, la métapeptone, et enfin la peptone définitive.
La dyspeptone est un résidu que laisse la digestion de la caséine; e le est complètement insoluble et ne peut être assimilée. La parapeptone est caractérisée par ce fait qu'elle est précipitée par la neutralisation de sa solution acide; la métapeptone au contraire, est précipitée si l'on augmente l'acidité du produit stomacal: les acides minéraux concentrés la précipitent définitivement. Ces dernières formes ne sont que des formes transitoires, et. vers la fin de la digestion stomacale, tout tend à se transformer en vraie peptone, excepté la dyspeptone, qui reste telle qu'elle, et la parapeptone, dont une partie tend a passer a l'état de dyspeptone. Mais entre la métapeptone et la peptone définitive, on a encore décrit des formes de transition (peptone A, peptone B) moins importantes, et qui se produiraient pendant la digestion de la fibrine (Meissner, de Bary, Thiry).
Ces transformations, et surtout la peptone définitive, sont dues à l'action combinée de l'acide et de la pepsine du suc gastrique : il faut que ces deux principes du liquide digestif agissent simultanément. Il ne suffirait pas, par exemple, de faire agir sur de la viande d'abord de l'acide chlorhydrique, -puis, après un lavage complet, de soumettre la viande à l'action
DI0R81 [ON STOMACALE ;>5i
d'une solution de pepsine. Dana ce cas, il n'y aurait pas formation de peptone. Si, au contraire, on fait agir simultanément et un acide quelconque (d .1 » 1 000 en solution) <t <!<• la pepsine, on peut faire in vitro des digestions entièrement artificielles, qui donnent exactement les mômes produits que les digestions naturelles.
ridant il ue faudrait pas croire que la production des vraies peptones soit un de ces faits de transformation auxquelles l'organisme seul, ou produits (pepsine) empruntés à l'organisme, pourraient seuls donner lieu. • transformation, comme toutes les transformations chimiques que nous voyons se produire dans l'animal ou la plante, ne présente nullement ce monopole de spécificité dont les théoriciens de tous les temps ont voulu douer lesagents de la vie. On peut produire artificiellement des peptones. mais par des procédés très longs et plus curieux que pratiques. Une longue coction dans la marmite de Papin a permis à Meissner d'obtenir les peptones parfaites avec la chair musculaire, avec la caséine, la légumine, etc. (Albuminose de cuisson, E. Gorvisart); le même procédé donne avec le blanc d'œuf de la metapeptone, que l'estomac ou le suc gastrique artificiel peut ensuite transformer en vraies peptones. On a encore produit des peptones par l'action de l'ozone sur l'albumine de l'œuf et sur la caséine (Gorup-Besanez, Selon1'); mais il faut faire passer de l'air ozonisé pendant seize à vingt jours à travers une solution aqueuse d'albumine, et encore ce dernier procédé ne donnerait-il que des produits analogues seulement aux peptones : injectés dans les veines d'un animal, ces produits reparaîtraient en partie dans les urines (Schiff).
Si on étudie le phénomène de la digestion gastrique dans son ensemble, on n'y trouve plus, élément par élément, l'action si simple que nous venons d'étudier : nous savons que les amylacés continuent à se transformer en sucre par l'action de la salive. Les graisses, sous l'influence des mouvements de l'estomac, et par leur mélange avec le produit de liquéfaction des albuminoïdes solides, se trouvent légèrement émulsionnées ; mais cette emulsion est des plus instables, et les gouttes de graisse tendent à se réunir en masses plus considérables, qui viennent nager à la surface du liquide. Les albumines diverses sont transformées en diverses peptones; mais il est d'autres matières qui résistent pendant longtemps à l'action du suc gastrique, comme, par exemple, le tissu cellulaire des muscles; enfin il en est, comme la cellulose des plantes, qui sont à peu près réfractaires. C'est le mélange de ces diverses substances avec une grande quantité de suc irastrique qui constitue ce qu'on a aussi appelé le chyme. Mais nous voyons que, dans ce cas encore, le chyme n'est pas une matière immédiatec'est une bouillie éminemment complexe et peu propre à donner une idée exacte de l'action digestive de l'estomac.
On a cherché à déterminer quelle est la quantité de suc gastrique nécessaire pour dissoudre un aliment. D'après les digestions artificielles, il en faudrait une grande quantité. Ainsi, pour une partie d'albumine concrète, il faudrait 25 parties de ce suc ; aussi cette sécrétion est-elle très abondante, et on l'évalue par litre ; mais les
chiffres que nous allons citer ne paraîtront pas si prodigieux, si Ton tient compte de ce que le suc gastrique n'est pas versé au dehors, mais est ultérieurement résorbé ; c'est une sécrétion récrémentitielle : pour l'homme, par exemple, elle serait de près de 20 litres par vingt- quatre heures. Chez les animaux, on a trouvé pour formule générale 100 grammes de suc gastrique pour 1 kilogramme de l'animal. A ce compte, l'homme, qui pèse en moyenne 65 kilogrammes, devrait sécréter seulement 6k%500 de suc gastrique (par vingt-quatre heures).
Ainsi les évaluations les plus modérées portent ce poids au 1/10 de celui du corps de l'animal, pendant la période de vingt-quatre heures. On a même cité une femme, portant une fistule gastrique, qui allaitait et qui, néanmoins, produisait dans le même temps un poids de suc gastrique atteignant le quart du poids de son corps (Béchamp)
B. Intestin grêle
1° Sécrétions, digestions intestinales. — Nous connaissons déjà l'épithélium du tube intestinal proprement dit, ses villosités et ses glandes (p. 328). Les villosités seront étudiées plus complètement à propos de l'absorption. Il nous faut maintenant rechercher la nature des liquides que versent les glandes et qui se trouvent plus ou moins en contact avec le produit de la digestion stomacale.
En effet, le duodénum reçoit par ondées le contenu de l'estomac, et ces matières passent dans la partie qui a reçu le nom &q jéjunum, parce qu'on la trouve d"ordinaire vide, le contenu intestinal allant s'accumuler dans la dernière partie de l'intestin grêle (iléon). On a cru généralement que les produits de sécrétion des diverses glandes étaient versés dans l'intestin dans ce même moment et se trouvaient en présence des matières alimentaires ; mais ce fait, qui est vrai pour le produit des glandes de Lieberkuhn, et pour celui du pancréas, ne l'est point pour la bile; l'étude des fistules biliaires a prouvé que ce liquide n'est versé dans l'intestin qu'après le passage du produit stomacal ; cette sécrétion biliaire est adaptée non à la digestion, mais bien plutôt à l'absorption ; nous ne l'étudierons donc qu'avec ce dernier phénomène. Nous exposerons cependant, et seulement alors, les diverses théories émises et professées encore aujourd'hui sur l'action digestive de la bile.
Suc entèrique. — Le liquide sécrété par les glandes de Lieberkuhn constitue le suc entèrique. Jusqu'à ces dernières années, on n'avait sur ce liquide que des idées erronées ou au moins très hypothétiques, parce qu'il est très difficile à recueillir. Aujourd'hui d'après la méthode de Thiry, on se le procure en