DIGESTION INTESTINALE
isolant par deux sections une certaine longueur du tube intestinal1; on réunit par des sutures les bouts qui appartiennent an canal général, de façon à rétablir le cours des Liquida s : quant à la portion isolée, « t restée adhérente seulemenl par son mésentère, on c >ud une <! ïtrémités de manière à La fermer en cul-
dis qu'on laisse l'autre ouverte et fixée clans la plaie abdominale
mte. On obtient par cet orifice le liquide intestinal pur de tout autre n a un suc limpide, un peu jaunâtre, très ténu,
salé, alcalin, et à propriétés fort peu prononcées, presque toutes
natives ou discutées. Selon la plupart dr> auteurs il agit sur L'amidon qu'il saccharifie; il n'agit pas sur les graisses; il n'agit
• non plus sur les albumines en général, mais seulement sur la fibr sang, qu'il transforme en peptone. Mais il transforme
uc de canne en sucre interverti (mélange de glycose et de lévulose), grâce à un ferment inversif découvert par Cl. Bernard. Dans Les cas pathologiques, il peut être sécrété en très grande abondance, et c'est ainsi que se produisent ces diarrhées séreuses, parfois si considérables.
L'observation de tous les jours a depuis longtemps révélé Y influence du système nerveux sur la production des liquides intestinaux. Tout le monde connaît le retentissement que certaines impressions morales
i Telle est aussi la méthode de M. Colin. Ce physiologiste (Traité de Physiologie comparée des animaux domestiques, 3e édition, 1886; t. I, p. 8£ . a imaginé un petit appareil compresseur de l'intestin et intercepte deux extrémités d'une anse intestinale de cheval, longue de 1 mètre à 2 m» très. Il obtient ainsi, en une demi-heure, plus de 100 gramm< - .' liquide qui fut trouve, à l'analyse, composé de 98 parties, d'eau: le reste offi - proportions d'albumine, de chlorure de potassium et de sodium. phosphate et de carbonate. Ce liquide était donc alcalin.
Plus récemment, M. Leven, continuant ses recherches sur l'appareil di cupé du suc entérique et est arrivé à cette conclusion que ce suc, lieu d'être alcalin, est acide comme le suc gastrique. Il a opéré sur le chi La méthode par ligature et par compression lui paraissant défectueuse, il ■■> eu recours à la méthode par infusion. L'intestin, coupe en petits morceaux (après lavage de la muqueuse à grande eau), a ete infus 300 grammes
d'eau à 3v. Le liquide obtenu a montré des propriétés digestives très énergiques pour l'intestin grêle, nulles pour le gros intestin Mais la plus importante des constatations est c,-lle qui concerne l'acidité du suc intestinal. En conséquence, on aurait tort, d'après M. Leven, de considérer l'estomac et l'intestin comme deux milieux tout à fait différents, dont l'alcalinité de l'un irait à neutraliser l'acidité de l'autre, lui réalité, ils constitueraient un >eul milieu renfermant un même liquide pour la digestion des substan • azotées. D'après M. Leven, les manoeuvres de la ligature et de la compression altéreraient le fonctionnement de l'intestin, et, par suite, le suc sécrété, qui serait alors trouve alcalin. Le suc recueilli chez les animaux non tortures lm aurait toujours présenté une réaction soil acide, soit neutre (Acad. de médecine, octobre l>ïi).
M. Duvai, Physiol. 21
exercent sur le fonctionnement du tube intestinal, et l'aflluence fâcheuse de produits liquides par laquelle se traduit parfois le sentiment trop vif du danger, la peur. L'expérience directe sur les animaux a prouvé que ces faits trouvent leur explication dans une paralysie réflexe des nerfs de l'intestin, et particulièrement des vaso-moteurs. Si l'on isole (Armand Moreau) les nerfs qui se rendent à une portion d'intestin, en ayant soin de ménager les veines et les artères, l'intestin ayant été remis en place, on trouve le lendemain l'anse intestinale en question distendue par une quantité considérable de liquide clair, alcalin, très ténu, et très analogue au suc entéiïque. Une épreuve confirmative destinée à montrer que la présence du liquide provient réellement de la section des nerfs, consiste à intercepter une autre anse intestinale entre deux ligatures, mais en respectant les filets nerveux. La muqueuse de cette portion d'intestin, au lieu d'être baignée de liquide, se présente collante au doigt, presque sèche, telle qu'elle est dans un intestin à jeun1.
Suc ■pancréatique. — Le suc pancréatique a été aussi appelé salive abdominale ; on l'obtient à l'aide de fistules, en maintenant une canule dans le canal excréteur ou canal de Wirsung. Régnier de Graaf 2, dès 1664, avait pratiqué ce genre de fistules que Cl. Bernard a plus méthodiquement établies.
De même que la structure du pancréas rappelle celle des glandes salivaires, son produit de sécrétion est de même très analogue à la salive ; mais il en diffère d'abord par la proportion de matières solides qu'il contient, car l'eau n'en forme que les 90 pour 100, tandis qu'elle entre pour 99 pour 100 dans la composition de la salive. (Pour 1000 parties, le suc pancréatique renferme : Eau, 900 ; matières organiques, 90; sels minéraux, 10, dont S de chlorure de sodium.) Ce suc pancréatique est donc relativement très épais ; il est très coagulable par la chaleur (il se prend en masse par la chaleur) ; il est visqueux, facilement altérable, très riche en albuminoïdes. Il est alcalin comme toutes les salives, et, en présence du produit stomacal imprégné de suc gastrique, il neutralise l'acidité de ce dernier, et peut agir à son tour. Par les ferments qu'il contient (paner éatine), il peut agir à la fois sur les amylacés et sur les albuminoïdes ; il transforme les premiers en sucre, comme la salive (Bouchardat, Sandras), et les secondes en peptone, comme le suc gastrique (Lucien Gorvisart. Claude Bernard). Cette dernière action différerait de celle de la pepsine en ce qu'elle consiste en une liquéfaction directe et plus rapide.
i A. Moreau, Recherches sur la Sécrétion intestinale (Comptes rendus de la Société de biologie, 1879).
2 Graaf (Reinier ou Régnier de), anatomiste hollandais (1641-1673) ;" exerçait la médecine à Delft; connu surtout par ses recherches sur l'ovaire (ovisacs ou vésicules de de Graaf).
SUC PANCREATIQUE 355
De plus, <t « • ' . • s t là L'action la plus importante, il agit sur Les graisses; il est peut ôtre Le seul liquide digestif qui modifie Les substances grasses ingérées : il émulsionne Les graisses, c*est-à dire les met dans un état tel de division qu'elles restenl fort longtemps
en suspension et deviennent absorbables par les villosités intestinales. Cette propriété a été mise hors de doute par les belles expériences de Cl. Bernard. Cette émulsion est facile et stable; c'est-à dire qu'on peut, en agitant longuement des graisses avec d'autres produits de sécrétion, obtenir une émulsion; mais celle-ci n'est pas persistante; elle disparait quand le mélange est laissé au repos ; le suc pancréatique donne seul une émulsion stable et persistante.
Une partie des corps gras est peut-être, en même temps, saponifiée et dédoublée en acide gras et glycérine, observation due à Cl. Bernard et que Berthelot a confirmée. Dans tous les cas, une très faible proportion de corps gras est ainsi transformée: si l'on fait un mélange de suc pancréatique et de beurre, au bout de très peu de temps l'émulsion, d'alcaline qu'elle était, devient acide, et la liqueur prend l'odeur du beurre rance. On a cependant objecté à cette expérience que ce dédoublement peut être dû à une altération du suc pancréatique. En tout cas, quand on oblitère les canaux excréteurs du pancréas, ou qu'on détourne le suc pancréatique en l'amenant au dehors par une fistule permanente, les graisses ne sont plus absorbées et on les retrouve abondamment, en nature, dans les selles.
Les recherches de Ki'ihne, Danileski, Hoppe Seyler (Ritter, thèse citée) ont montré que le principe actif du suc pancréatique, la pancrèatine, est un mélange de trois ferments particuliers, dont chacun a une action indépendante ; le premier, précipitable par la magnésie calcinée, agit sur les corps gras; le second, qu'on répare en l'entraînant mécaniquement par la précipitation d'une solution de collodion, est le ferment des corps albuminoïdes ; Kiihne l'a étudié sous le nom de trypsine (ou pancrèatine propreynent dite); enfin le troisième est analogue à la ptyaline, se précipite comme elle par l'alcool concentré, et porte son action spéciale sur les amylacés (ptyaline paner •èaliqice).
La sécrétion du pancréas paraît être à peu près continue, comme celle des salives ; mais elle est d'ordinaire très faible, et ne devient considérable qu'au moment où le produit stomacal arrive dans l'intestin. Cette sécrétion est donc évidemment réflexe, quoiqu'on ne connaisse pas exactement les voies nerveuses de ce phénomène ; cependant on a remarqué que la section des pneumogastriques arrête la sécrétion du pancréas. Même pendant la digestion la plus active,
cette sécrétion n'est pas très abondante, ce qui est sans doute en rapport avec sa richesse en principes organiques. Ainsi un chien, pendant la digestion, ne produit pas plus de 2 à 3 grammes de
liquide pancréatique par heure et par kilogramme d'animal.
Les influences qui président à la sécrétion du liquide pancréatique paraissent être de même nature que celles qui président à la sécrétion du suc gastrique. De même que l'estomac a besoin de peptogènes (V. plus haut. p. 345 1, le pancréas aurait besoin de paner êatogènes. Ainsi le pancréas sécréterait moins par un mécanisme nerveux réflexe, que par le fait qu'il est chargé, k un moment les matières propres à donner lieu k la sécrétion,
c'est-à-dire que le sang lui apporte des peptones déjà élaborées par mac. La théorie des pancréatogènes, établie par L. Gorvisart, a même précédé celle des peptogènes et en a été le point de départ ; elle a été reprise par Schiff, qui y a introduit quelques éléments nouveaux sur les fonctions de la rate dons ses rapports avec la digestion. En effet, tandis que l'estomac emprunte directement les peptogènes à la circulation (si toutefois le sang en contient), la ford du suc pancréatique exigerait l'intervention de la rate. Schiff' a vu qu'après l'extirpation de la rate ou après que cet organe a subi des lésions expérimentales profondes, le suc pancréatique, sécrété au moment où il est d'ordinaire le plus actif, se trouve alors absolument dépourvu de ferment capable d'agir sur les albumines.
D'après Heidenhain, le pancréas se charge non pas directement du ferment des albuminoïdes (ou trypsine), mais d'une substance qu'il appelle zymogène (Çuunq, levure), laquelle se transformerait en trypsine au moment de la digestion. Le zvmogène forme des granulations qui remplissent les cellules des culs-de-sac glandulaires : ces granulations disparaissent lorsque la glande sécrète. c'est-à-dire que le zymogène se transforme en trypsine. Le zymogène pancréatique est donc à la trypsine, ce que la propepsine ou zymogène stomacal est à la pepsine elle-même l (ci-dessus p. 346 .
* « La cellule secrétaire des animaux concentre-t-elle. crée-t-elle le* principes immédiats qu'elle renferme ? C'est une question difficile à résoudre. J'ai
■ té, par exemple, que chez les animaux en hibernation la cellule pa: tique ne ! contient pas de pancreatine. 11 en serait de même chez ies animaux à jeun ; mais aussitôt que l'on donne des aliments et que la digestion a unmence, llules s< rempliraient de pancreatine et deviendraient actives. 11 faudrait admettre que dans ce cas il y a eu création de pancreatine dans la glan< l'influence nerveuse, ou bien qu'il y a eu apport par le sang de la matière. » (Cl. Bernard, De la Physiologie générale, note, 1872, p. 284).