‹ Cours de physiologieChapitre 156 sur 260 · CH · texte numérisé non relu

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Fig. 139. — Orifices des glandes sudoripares*.

Fig. 140. — Coupe de la peau de la figure précédente**.

très difficile de doser la quantité de sueur, d'autant plus que cette quantité est très variable, et peut être représentée, selon les circonstances, par des nombres qui seront dans les rapports de 1 à 100. Cependant on évalue en moyenne la sueur de vingt-quatre heures à lkg,300, contenant 15 à 20 grammes de parties solides ; cela fait 40 à 50 grammes de sueur par heure ; mais la sécrétion peut s'élever à 400 grammes par heure sous l'influence d'un exercice violent. Dans ce cas, la quantité d'excreta solides peut aussi augmenter et l'on s'explique ainsi l'affaiblissement qui résulte de sueurs prolongées. Le produit solide normal de la sueur (15 à 20 grammes) représente à peu prèsun quart du produit solide de l'urine (60 à 70 grammes):

Peau de la main, région palmaire; — peau vue par sa face libre; — a, élévation formée par une série de papilles ; — b, sillons interpapillaires ; — c, pores sudoripares (Gurlt).

** a, Couche superficielle de l'épidémie: — c, couche moyenne; — d, couche de Malpighi ; — e, papille; — /", derme; — h, tissu adipeux; — ?", glandes sudoiiques (glomèrules) avec leurs conduits excréteurs, g, contournés en spirale en b.

ce rapporl esi précisément le môme que nous avons indiqué entre les masses desdeui appareils (on remarque en général que les par tics solides du produit <l<is glandes sont en rapporl avec la ma <le celles- ci el qu'il n'y a que la quantité d'eau qui varie).

La sueur se compose d'eau, <\<-> sels ordinaires «lu sang i le chlorure de - diiiiii domine), de principes gras, et d'un grand nombre d'acides, tels que l'acide formique, butyrique1, propionique el môme un acide qui lui serait particulier, V acide sudorique (Fa vre 4).

A.ussi la réaction de la sueur est-elle généralement acide ; elle peut le devenir encore plus si les corps gras qu'elle contient se dédoublent et laissent dégager leurs acides. Ce sont ces acides gras, et volatils qui donnent à la sueur son odeur acide, parfois très variable selon les personnes, et même selon les races humaines. La sueur contient toujours un peu de graisse par elle-même; ainsi à la paume de la main il n'y a pas de glandes sébacées, mais d'abondantes glandes sudoripares, dont le produit est toujours chargé d'une certaine proportion de corps gras. Certaines sueurs (glandes de Vaisselle) contiennent une proportion beaucoup plus considérable de corps gras.

Enfin on trouve aussi dans la sueur des éléments azotés, et entre autres de l'urée ; si la décomposition de ces produits prédomine sur celle des graisses, il peut se produire de l'ammoniaque et alors la sueur devient alcaline. L'élimination de l'urée, et en général celle des produits de combustion des albuminoïdes, est assez importante pour faire de la peau un émonctoire analogue au rein et qui peut le suppléer dans certains cas. Xous verrons qu'à l'état normal les deux tiers de l'azote introduit dans l'organisme s'éliminent par l'urine; l'autre tiers peut en partie s'échapper par le poumon, ou par les matières fécales, ou bien encore par la peau.

Sécrétion de la sueur. — Quant au mécanisme intime de la sécrétion de ces glandes, il appartient au type désigné sous le nom de sécrétion mèrocrine (voir ci-dessus page 297), par opposition aux glandes sébacées qui sont holocrines. On a en effet constaté (recherches de Renaut sur la peau des chevaux) qu'avant l'acte de sécrétion les cellules cylindriques du glomérule sudoripare sont hautes, avec noyau refoulé vers la base, tandis que la partie de protopla.sma voisine de l'extrémité libre (voisine de la lumière du canal) est gorgée d'un liquide transparent. Après une abondante

1 Tableau de la composition de la sueur (pour 100 J) :

Eau 990

Matières extractives 5 (dont 1 d'urée)

Sels minéraux ' . . 5 (dent 4 de XaCI)

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sudation, on trouve ces mêmes cellules devenues très basses, et tout leur protoplasma est granuleux, parce qu'il s'est vidé du liquide qu'il contenait. Ces cellules fonctionnent donc en expulsant une partie de leur contenu, sans se détruire. Les glandes sudoripares sont donc des glandes mèrocrines , ainsi que Ranvierl'a démontré sur les glandes sudoripares de la chauve-souris, et sur certaines glandes qui, dans la peau des batraciens, sont les analogues des glandes sudoripares des mammifères. D'autre part on a constaté que les figures caryokinétiques, si nombreuses dans les glandes sébacées,, sont fort rares dans les glandes sudoripares, même après injection de pilocarpine. Il n'y a donc pas ici destruction et renouvellement rapide de cellules comme dans les glandes sébacées. Cependant il faut remarquer que les glandes sudoripares de l'aisselle fonctionnent peut-être d'une façon mixte, car la sueur de l'aisselle est remarquable par la proportion de ses matériaux solides, qui proviennent évidemment des végétations et des chutes épithéliales. Nous sommes ainsi portés à admettre que dans la sécrétion de la sueur, en mêmetemps qu'il y a exosmose des produits formés dans les cellules sécrétantes, il peut y avoir parfois aussi déhiscence et fonte dequelques éléments cellulaires.

Cette sécrétion se fait surtout sous l'influence du système nerveux, qui agit non seulement sur les vaisseaux de la peau, mais encoredirectement sur les éléments glandulaires; sans doute l'hyperémie de la peau (comme la produit une forte chaleur), la grande tension, du sang (cemme celle qui résulte de l'absorption d'une grandequantité d'eau) peuvent exagérer la production de sueur, maisle système nerveux peut amener des sécrétions réflexes tout aussi énergiques et nullement en rapport avec l'injection sanguinede la peau : si le sang ne suffit pas à fournir l'eau à la sécrétion, la glande sudoripare emprunte ses liquides aux tissus voisins,, absolument comme nous avons vu que le faisaient les glandes salivaires.

C'est, en effet, à propos de la sécrétion sudorale qu'on a démontré, ainsi que nous l'indiquions précédemment (p. 300) l'indépendance des nerfs excito-sécrétoires d'avec les nerfs vaso-moteurs, c'est-à-dire l'indépendance de la sécrétion d'avec l'état d'hyperémie de la glande sécrétante^ Certaines sueurs émotives, loin de s'accompagner de rougeur de la peau, coïncident, au contraire, avec une pâleur prononcée des téguments (sueurfroide) ; la sueur de certaines intoxications (nicotine) présente les mêmes caractères. Enfin la découverte des propriétés excito-sécrétoires du jaborandi et de son alcaloïde, la pilocarpine, l'identité d'action de cette substancesur les glandes salivaires et sur les glandes sudoripares, l'action antagoniste exercée également sur les deu x sécrétions par l'atropine, invitaient,.

pour ainsi dire, à faire an rapprochement entre Le mode d'innervation des deux sortes de glandes et à rechercher pour les unes comme pour 1les données expérimentales capables de montrer une indépendance réelle entre les influences nerveuses vaso motrices <■( les influences nerveuses

■toires.

Ces recherches «Mirent pour point de départ les expériences dans lesquelles Kendall et Luchsinger constatèrent l'apparition de la sueur sur les pulpes glabn - 'I-' la patte de chiens ou «I*4 chats chez lesquels ils excitaient les nerfs sciatiques ou brachiaux, et ils s'assurèrent que cette, apparition de sueur n'est pas en rapport nécessaire avec une hyperémie concomitante «le la patte, mais qu'elle apparaît à la suite de l'excitation du nerf, malgré la ligature préalable 'le l'aorte, et même silène patte amputée depuis un •piart d'heure; les auteurs en concluaient que la sécrétion de la sueur est indépendante des modifications circulatoires, mais directement soumise a l'influence du système nerveux, et ils rapprochaient leurs expériences de celles déjà si significatives de Ludwig sur la glande sous-maxillaire (sécrétion provoquée malgré la ligature de la carotide, ou même sur une tête de chien fraîchement séparée du tronc). Dans den recherches faites en Russie a la même époque que celle de Luchsinger, Ostrumow arrivait aux mêmes résultats. Mais c'est surtout Vulpian qui s'est attaché à montrer que les sécrétions sudorales abondantes ne sont pas en rapport nécessaire avec une suractivité «le la circulation cutanée. 11 a fait remarquer que l'abondante sécrétion de sueur qui se manifeste sur les pulpes digitales d'un membre postérieur du chat, sous l'influence de la faradisation du segment périphérique du nerf sciatique correspondant, lorsque ce nerf vient d'être coupé, coïncide avec un resserrement notable des vaisseaux de toute l'extrémité de ce membre, et, par conséquent, avec un amoindrissement considérable de l'irrigation sanguine de cette extrémité. Au moment de la mort, lorsque le cœur est sur le point de s'arrêter et que ses mouvements se trouvent déjà très affaiblis, on voit, en général, sur les chats, la sueur sourdre des pulpes digitales. A ce moment, si ces pulpes sont dépourvues de pigment, on constate qu'elles sont devenues pâles, exsangues, avant même l'apparition des gouttelettes de sueur. Cette sécrétion sudorale a pour cause l'excitation passagère qui se produit d'ordinaire dans les centres nerveux de la vie organique, ganglionnaire et myélencéphalique, pendant que les centres nerveux de la vie animale subissent l'engourdissement de la mort. 11 est facile de prouver qu'il s'agit bien d'une excitation émanée des centres nerveux et transmise aux fibres nerveuses excito -sudorales, car si l'on coupe transversalement un des nerfs sciatiques sur un chat, on voit ensuite, au moment de la mort, la sueur apparaître sur tous les membres à l'exception de celui dont le sciatique est sectionné. D'autre part, Adamkiewiez dit avoir vu la sueur apparaître encore sur les extrémités cies quatre membres de jeunes chats sous l'influence de l'excitation de la moelle allongée, trois quarts d'heure après la mort, alors, par conséquent, que toute circulation avait depuis longtemps disparu. Sans doute, il parait y avoir quelque chose d'exagéré dans ce dernier énoncé, car ni Vulpian, sur des chats, ni Straus sur l'homme (en expérimentant sur une jambe amputée ou sur la région sternale de sujets qui venaient de succomber

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n'ont pu, notamment par des injections sous-cutanées de pilocarpine, provoquer la production de sueur après la mort ; mais il n'en reste pas moins définitivement établi que les effets nerveux excito-sécrétoires sont indépendants des effets vaso-moteurs.

Il y a donc probablement des nerfs excito-sécrétoires. Mais les résultats expérimentaux vont plus loin, et permettent de considérer l'existence de ces nerfs non plus comme une chose probable, mais comme une chose absolument démontrée. L'expérience la plus démonstrative,due à Luchsinger, se fait sur la sécrétion sudorale provoquée à Taide de la pilocarpine. Ce physiologiste coupe sur un jeune chat un des nerfs sciatiques, nerf qui contient, comme l'on sait, la totalité des nerfs sudoraux se rendant à la patte, puis il injecte sous la peau une solution de pilocarpine. Au bout de trois minutes, une sudation abondante apparaît sur la pulpe des quatre pattes indistinctement, c'est-à-dire que le membre énervé se comporte à ce point de vue absolument de mémo que ceux qui ont conservé leurs connexions avec la moelle épinière. 11 est donc évident que l'action de la pilocarpine s'exerce à la périphérie, soit sur les éléments glandulaires, soit sur les filets périphériques et terminaux des nerfs sudoraux ; pour démontrer que ces filets existent bien et que sur eux porte l'action sudorifique de l'alcaloïde du jaborandi, Luchsinger répète l'expérience précédente sur un chat dont le sciatique est sectionné depuis cinq ou six jours. Dans ce cas, la patte innervée ne sue pas, et dans une série d'expériences comparatives, ou constate que les effets excito-sudoraux de la pilocarpine diminuent progressivement à partir du lendemain du jour de la section. Ces faits ont été confirmés par les expériences de Nawrocki et de Vulpian ; ils permettent d'affirmer que l'influence du principe actif du jaborandi ne s'exerce pas sur les cellules sudoripares elles-mêmes, car ce qu'on sait des résultats des sections de nerfs montre que les éléments anatomiques conservent leurs propriétés physiologiques pendant un temps très long, après que les fibres qui les innervent ont été coupées, tandis que ces fibres nerveuses elles-mêmes dégénèrent et perdent très rapidement leur excitabilité. Il y a donc des nerfs excito-sécrétoires pour les glandes sudoripares, comme pour les glandes salivaires; l'atropine paralyse ces nerfs (Heidenhain); la pilocarpine les excite.

Quant aux centres nerveux qui président d'ordinaire à la sécrétion sudorale, ils paraissent situés dans l'axe gris de la moelle: ainsi Luchsinger les place dans la moelle épinière, au dessus de la neuvième vertèbre dorsale. En détruisant cette partie de l'axe gris, les pattes postérieures (chien et chat) cessent définitivement de suer, les pattes antérieures continuant, au contraire, à suer activement. D'après Luchsinger, ce centre sudoral serait directement excitable par les conditions extérieures qui d'ordinaire provoquent la sudation. En effet, ayant coupé, sur un jeune chat, la moelle en travers entre la huitième et la neuvième dorsale, ce physiologiste mit a nu le segment postérieur de la moelle en enlevant les arcs vertébraux, et sectionna toutes les racines postérieures des deux côtés. La plaie ayant été fermée à l'aide d'une suture, l'animal, reposé pendant deux heures, fut placé dans une étuve, et on constata bientôt une sudation manifeste sur les deux pattes postérieures. Alors Luchsinger réséqua le segment médullaire

dénudé, et, ayant replacé l'animal dam l'étuve, constata que cette fois les Iiattes antérieures suaient seules, les postérieures demeurant sèches1.

Usages de la sueur. — La sueur, ainsi sécrétée par le peloton sudoripare, suit le canal excréteur et arrive jusqu'au niveau de l'épidémie, dont elle traverse les différentes couches par le canal sans parois propres creusé au milieu d'elles. La couche deMalpighi étant très riche en liquide, la couche cornée proprement dite étant très cohérente, aucune de ces couchés n'empruntera rien à la sueur : mais la couche la plus superficielle, la couche cornée pulvérulente, furfu racée, poreuse, en absorbera une grande quantité dans ses interstices. La sueur, en arrivant à ce niveau, est comparable à un fleuve qui se perd dans les sables ; presque tout le liquide disparait. Aussi quand on touche la peau d'un homme en bonne santé. on la trouve légèrement humide et donnant une sensation indéfinissable, mais qu'on ne retrouve plus sur la peau en cas de fièvre, dans la période où la sueur est totalement supprimée. Ce n'est que dans les cas où la sueur est très abondante, qu'après s'être infiltrée dans la couche pulvérulente, elle déborde et apparaît sous la forme de gouttelettes au niveau des canaux excréteurs. Mais, dans les conditions les plus ordinaires, la sueur s'arrête dans les couches furfuracées, produit ainsi la moiteur de la peau, et, s'échappant à l'état de vapeur, constitue ce qu'on nomme Y exhalation cutanée insensible.

Cet état d'humidité d'une couche poreuse superficielle met la peau et l'organisme entier dans des conditions toutes particulières; il se fait là une évaporation continue, par suite une perte de chaleur, qui est en raison directe de l'abondance de la sueur. Sous ce rapport, le corps humain est comparable à ces vases poreux, à ces alcarazas qui servent à rafraîchir l'eau par l'évaporation produite à leur surface: or, comme la sudation est en général augmentée par l'élévation de la température extérieure, ou par toute action (travail musculaire) qui tend à produire de la chaleur en nous, nous possédons par cela même un moyen de nous défendre contre une accumulation trop considérable de calorique ; et en effet, nous avons vu, en étudiant la chaleur animale, que notre température ne pouvait sans danger dépasser 40 et 41° (V. p. 459). Mais en même temps que la sueur

i Voy. Straus (\.),l)es récents travaux sur la physiologie de Vappareil sudoral (Revue des sciences médicales, 1880, t. XVI, p. 299). — Idem, Contribution à la physiologie des sueurs locales (Comptes rendus Acad. des sciences,! juillet 1879). — Mathias Duval, art. Sécrktion du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XXXIII, 1882.

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