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III. BSN S DB L'OLFACTION

L'olfaction est un sens qui donne lieu à certaines perceptions connues sous le nom d'odeurs ; niais ici, encore moins que pour le goût, il n'est possible de définir exactement ce que c'est qu'un corps odorant, et quelle est la nature des impressions qu'il provoque. Les odeurs ne peuvent pas même être classées, et à parties noms arbitraires et individuels d'odeurs agréables ou désagréables nous n'avons pour les désigner que les noms des corps auxquels elles sont propres.

Fig. 153. — Paroi externe des fosses nasales avec les 3 cornets et les 3 méats*.

Siège de l'olfaction. — V olfaction a pour siège les fosses nasales (fig. 153), mais il n'y a qu'une faible partie de ces cavités (leurs régions supérieures) qui serve à cette fonction ; le reste est utilisé soit à produire la résonance de la voix (surtout les cavités annexes; sinus maxillaires, frontaux, etc.), soit à préparer l'air de la respiration, en le portant au degré de chaleur et d'humidité nécessaires à l'intégrité de la muqueuse respiratoire, comme nous l'avons vu en étudiant cette surface (p. 395). Ces régions sont

* «, Nerf olfactif; — b, bulbe olfactif, sur la lame criblée de l'ethmoïde; au-dessous, on voit la disposition plexiforme des rameaux olfactifs sur le cornet supérieur et moyen; — c, nerf de la cinquième paire avec le ganglion de Gasser ; — o, ses rameaux palatins (du maxillaire supérieur c/), et leurs lilels pituitaires. D'après Soemmering, Icônes erganorum olfactus.

formées de cornets enroulés sur eux-mêmes et circonscrivant des méats plus ou moins étroits (fig. 154), le tout tapissé par une muqueuse très molle, très vasculaire, très épaisse, vu les riches plexus veineux qu'elle contient, et recouverte par un èpithélium cylindrique à cils vibratiles, comme on le trouve, du reste, dans tout le tube conducteur de l'arbre aérien, dont cette partie des fosses nasales est le commencement. Dans cette muqueuse (membrane de Schneider1) se trouvent de nombreuses glandes qui

contribuent à maintenir humide la surface que le passage de l'air tend sans cesse à dessécher. Ces glandes ont été décrites par le professeur Sappey en 1853; elles ont la forme de grappes allongées; aux plus longues Sappey a donné le nom de glandes en épi. car elles sont formées par un long conduit excréteur à peu près rectiligne autour duquel se disposent unefoule delobules.

]S olfaction elle-même semble destinée à veiller sur la pureté de l'air de la respiration ; la plupart des substai qui pourraient le corrompre étant odorantes, sont naturellement soumises au contrôle de ce sens.

L'olfaction ne siège que dans la partie supérieure des fosses nasales, dans les zones où se distribue le nerf olfactif, nerf de la sensibilité spéciale, tandis que les parties inférieures ne reçoivent que des rameaux du nerf trijumeau, c'est-à-dire des nerfs de sensibilité générale (Y. Nerfs crâniens, p. 42 et -47). Au niveau de cette région, dite région olfactive ou région jaune < elle présente cette couleur chez les animaux), la muqueuse change de nature : en ces points (partie supérieure de la cloison en dedans, le* deux cornets supérieurs en dehors), cette membrane est beaucoup moins vasculaire, moins riche en glandes, et enfin elle ne possède plus de cils vibratiles, mais un simple èpithélium cylindrique; son élément caractéristique est représenté par les rameaux terminaux des nerfs olfactifs, rameaux si tins et si nombreux, que leur présence suffirait pour

Fig. 154 . — Coupe transversale sché raatique des fosses nasales *.

1 Schneider (G.), anatomiste allemand du xvne siècle, mort, ea 1680, professeur à l'Université de Wittemberg.

* i. Cornet inférieur ; — S, cornet moyen: — 3. cornet supérieur. A, Epaisseur de la muqueuse et des parties molles (très vasculaires) qui la doub ent; — B, squelette (os ou cartilage).

SENS DK L'OLFACTION r-~

faire reconnaître à un histologiste exercé un lambeau isolé de cette muqueuse olfactive. Ces rameaux nerveux paraissent veniï se terminer vers la surface en se mettant en connexion avec L'extrémité profonde, effilée de certaines cellules cylindriques épithéliales; c'est-à-dire qu'entre les cellules épithéliales de cette région se trouvent, d'après les recherches deSchultze,des cellules spéciales (cellules olfactives de Schultzé), éléments fusiformes, allongés, présentant à leur [initie moyenne un renflement arrondi avec noyau, et se prolongeant en fibrille à chacune de leurs extrémités. Le prolongement externe, plus épais, passe entre les cellules épithéliales. jusqu'à la surface libre; le prolongement interne parait se continuer avec les libres du nerf olfactif. Nous aurions donc ici un cas bien constaté des rapports des nerfs avec les épithéliums, et l'explication de l'importance de ceux-ci dans tous les organes des sens.

L'olfaction s'exerce uniquement sur des corps gazeux suspendus dans l'air, ou des molécules solides insaisissables que l'air emporte; aussi les corps volatils sont -ils pour la plupart odorants. On peut remarquer que la présence de la vapeur d'eau aide à l'olfaction ; les fleurs sont plus odorantes par un temps humide que par un temps sec. Mais, d'autre part, une trop grande quantité de vapeur d'eau ou l'eau en substance introduite dans les fosses nasales, arrête l'olfaction et la suspend même pour quelque temps, jusqu'à ce que les choses soient revenues à leur état normal (olfaction peu développée par les temps de brouillard).

Les conditions dans lesquelles les vapeurs ou particules odorantes doivent être mises en contact avec la surface olfactive pour que la sensation se produise sont assez particulières et fort précises. Il faut quelles y soient amenées par un courant d'air, et elle n'agissent quêtant que cet air est en mouvement ; ainsi quand on place un morceau de camphre dans le nez, et qu'on y laisse l'air immobile, il ne se produit aucune sensation ; il ne s'en produit pas plus si on remplit les fosses nasales d'un liquide volatil très odorant. Aussi pour sentir parfaitement, pour flairer, aspirons-nous l'air par petites inspirations successives. C'est qu'en effet, il faut en second lieu que le courant d'air soit lent et faible. Mais, chose plus particulière, ce courant d'air doit être un courant d'air d'inspiration: il doit se produire d'avant en arrière, sans doute parce qu'alors il se brise contre l'éperon que forme la partie antérieure du cornet inférieur, et monte ainsi facilement en partie vers la région olfactive. L'air expiré par l'arrière-cavité des fosses nasales, quelle que puisse être sa richesse en particules odorantes, ne produit presque aucune impression en traversant les fosses nasales; il en est de même si, par un moyen artificiel quelconque (injection,

insufflation), on projette un courant d'air odorant sur la muqueuse olfactive, soit par l'orifice des narines, soit par un trajet creusé à travers le frontal et les sinus frontaux. Les gourmets connaissent bien ces particularités, et pour apprécier le fumet d'un vin introduit dans la cavité buccale, ils n'expirent pas dans les fosses nasales par leurs orifices postérieurs, mais ils expirent doucement en avant et en haut par l'orifice buccal, et aspirent doucement et par petites saccades l'air mis en contact avec leurs narines.

flerf de l'olfaction. — Nous avons vu que le siège de l'odorat, correspondant exactement à la distribution du nerf nerf olfactif, nous autorise à considérer ce nerf comme présidant à cette sensation spéciale. Magendie avait cru pouvoir placer le siège de l'odorat dans le trijumeau, parce qu'ayant coupé à un chien le nerf de la première paire (olfactif), puis ayant approché du nez de l'animal de l'ammoniaque, il le vit reculer en secouant la tête ; mais ici, comme pour la langue, c'était prendre un phénomène de sensibilité générale pour une manifestation de sensibilité spéciale; l'ammoniaque, par ses vapeurs caustiques, agissait non sur l'olfaction, mais sur la sensibilité de la muqueuse de Schneider en général, laquelle est, en effet, innervée par le trijumeau.

Nous avons vu (p. 43) comment peuvent être expliqués ces cas curieux où on a trouvé, à l'autopsie, une absence apparente des nerfs olfactifs, alors que, pendant la vie, le sujet avait paru doué d'une olfaction normale. Du reste, les expériences chez les animaux confirment le rôle de sensibilité spéciale attribuée au nerf olfactif ; Schiff, ayant pris cinq jeunes chiens, pratiqua sur quatre d'entre eux la section intracrânienne de la première paire ; le cinquième ne subit qu'une section en arrière des racines du nerf olfactif; ce dernier conserva l'odorat, tandis que les quatre premiers en furent complètement privés.

Le sens de l'odorat est beaucoup plus délicat chez les animaux que chez l'homme ; il est pour eux un guide précieux et le point de départ d'un grand nombre de déterminations instinctives ou réfléchies. C'est ainsi qu'il se lie au sens du goût pour faire reconnaître les aliments qui conviennent à chaque espèce ; qu'il devient l'agent d'une foule d'impressions relatives aux fonctions de reproduction1, etc.

1 V. G. Colin, Physiologie comparée des animaux, t. I, p. 310.

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