DIFFÉRENTES ESPECES DE CELLULES
Fig. 10. — Diverses formes d'èpithélium *.
1° Les cellules èpithéliales, étendues sur des membranes fibreuses destinées seulement à les soutenir, forment la partie vraiment vivante de ces membranes : aussi, selon l'activité de leurs fonctions, présentent-elles diverses formes:
Si dans une région ces cellules n'ont pas de fonctions vitales très actives, elles ne sont qu'en petit nombre, et pour recouvrir, malgré cela, complètement la surface qui leur est destinée, elles s'aplatissent, forment une espèce de carrelage ou paviment, et l'on a ainsi Yèpithèlium pavimenteux (fig. 10, A).
Si, au contraire, comme en général sur les muqueuses très importantes, leurs fonctions vitales sont très actives, ces cellules se multiplient, s'accumulent en grand nombre sur un même espace, et, pour se faire mutuellement place, elles se compriment latéralement et de rondes deviennent cylindriques; on a alors Yépithélium cylindrique (fig. 10, B).
Enfin, si une simple couche est insuffisante, les cellules se supperposent, et l'on a Yépithélium stratifié (fig. 10, C).
De plus, pour présenter des surfaces plus étendues sans occuper trop d'espace, ces épithéliums se plissent sur eux-mêmes, et, selon que le plissement se fait vers la surface libre ou vers la profondeur, on a des papilles ou des glandes ; nous insisterons particulièrement sur la formation de ces organes à propos des épithéliums de la muqueuse buccale.
Mais ce qui est peut-être plus important encore que leurs formes, ce sont les fonctions de ces épithéliums : ici encore nous trouvons trois modes différents:
Certaines cellules èpithéliales agissent comme barrière, s'opposent exactement aux phénomènes de passage : elles sont imperméables. Nous aurons à étudier ce fait avec l'épithélium de la vessie, par exemple.
D'autres, au contraire, absorbent activement les substances (gaz ou liquide) avec lesquelles elles sont en contact, pour les transmettre aux parties situées plus profondément, au sang, par exemple. Ce sont des cellides d'absorption.
Enfin des cellules d'une troisième catégorie attirent à elles certaines substances contenues dans les tissus ou liquides voisins et
* A, Epithélium pavimeateux; B, épithélium, cylindrique; C, épithélium stratifié.
en débarrassent l'organisme soit en se détachant elles-mêmes, soit en expulsant le produit qu'elles ont élaboré : tel est le mécanisme d'un grand nombre de sécrétions, et ces cellules sont des cellules de sécrétion. Ces cellules de sécrétion sont caractérisées, plus que toutes les autres, par une existence très éphémère ; ce sont elles qui forment la plupart des glandes : la glande mammaire, par exemple, n'est autre chose qu'une membrane canaliculée, couverte de cellules qui jouissent à certaines époques d'une vie excessivement active : alors elles se multiplient très rapidement et se désagrègent presque aussitôt : l'ensemble de leurs débris constitue le lait.
2° Les cellules nerveuses, quoique provenant, comme le montre l'embryologie, du feuillet externe du blastoderme, ne sont pas établies sur des surfaces sous forme de membranes : elles sont cachées dans la profondeur, constituant l'élément essentiel de ce qu'on nomme la substance grise nerveuse. Ces cellules présentent des phénomènes de vie très active ; nous traiterons bientôt de leurs fonctions. Rappelons ici qu'on peut les considérer comme en continuité avec les tubes nerveux qui les mettent en rapport avec les surfaces sensibles ou les organes contractiles.
3° Les globules sanguins, que nous avons précédemment (p. 3) choisis comme exemple des études de physiologie géuérale, sont, en effet, ceux dont les propriétés sont le mieux connues, et pour lesquels on a le mieux démontré que ces propriétés sont d'ordre purement physico- chimique (V. plus loin : Respiration, combinaison de l'oxygène avec l'hémoglobine) ; ces globules sanguins forment dans le sang, et, par suite, dans le corps, une masse considérable, presque i/12 de notre masse totale. Loin d'être comme les précédents placés dans un coin de l'économie, ils sont entraînés par un courant perpétuel : leur forme discoïde se prête à ces transports. Pendant cette existence nomade, le globule sanguin est encore caractérisé par des phénomènes de répulsion, d'attraction, de changements de forme et de composition, se chargeant en certains points de principes chimiques qu'il est destiné à aller déposer ailleurs i oxygène).
4° Les cellules des tissus conjonctifs. cellules mésodermiques qu'on a souvent nommées cellules embryonnaires ' parce qu'en général elles restent chez le sujet achevé ce qu'elles étaient chez ï'embrvcn. sont disséminées au milieu des tissus, où elles continuent à servir à leur production i cellules du périoste formant continuellement l'os), ou à la réparation des brèches qui peuvent accidentellement entamer ces tissus (bourgeons charnus et cicatrices): delà
i Corps fibro-plastiques de Ch. Robin ; cellules plas .viatiques de Yirchow; cellules plates du tissu conjonctif de Ranvier, etc.
DIFFERENTES ESPÈCES DE CKU.ri.i g|
aussi leur nom de cellules plasmatiqu ■. Quelques-unes de ces cellules subissent une Borte de déchéance, en accumulant ! i
Leur intérieur et donnant ainsi lien au tissu adipeux : état, elles ne sont plus guère susceptibles de subir des transforma,-
. Mais la plupart, quoique changeant déforme (cellule pla<matique étoilée, fig. 11), conservent à L'état latent tontes leurs propriétés vitales, prêt - à se réveiller sous une excitation suffi saute: c'est ainsi qu'elles peuvent donner lieu à des produits relativement nouveaux, la plupart pathologiques, tel que le cancer, les diverses tumeurs et en général les globules purulents des abcès.
Fig. lt. — Cellules du tissu conjonctif \
Maintenant que nous connaissons les diverses espèces de cellules qui. pour le physiologiste, constituent par leur association l'organisme achevé, nous pouvons essayer de nous représenter d'une façon schématique le groupement et les fonctions de ces catégories
de cellules.
Nous pouvons nous représenter l'organisme comme une masse homogène, plutôt liquide que solide, h la surface de laquelle est une couche de cellules épithéliales (AAA, fig. 12), dont les unes absorbent, les autres excrètent, les autres enfin sont imperméables dans un sens comme dans l'autre, neutres en un mot. Dans l'intérieur, vers le milieu, loin de la surface (fig. 12, B), se trouve un groupe de cellules relativement permanentes, les cellules nerveuses, qui. parleurs prolongements, sont en communication avec les cellules périphériques de manière à être excitées par les unes et à réagir sur les autres (actes réflexes). Enfin les globules sanguins voyagent de la périphérie au centre et vice versa (fig. 12, GG), et ce courant circulaire amène vers le centre les éléments nutritifs
* Coupe de la cornée parallèle à la surface. Corpuscules étoiles, aplatis, avec leurs prolongements anastomotiques (d'après His).
absorbés par certaines cellules de la surface, et entraîne les déchets ules centrale- vers des cellules de la surface, qui ont pour but de les rejeter i sécrétions toutes plus ou moins excrémentitielles) ; le globule sanguin et sa circulation effectuent ainsi un commerce d'échanges, qui chez les animaux inférieurs se fait par simple imbibition.
Telle est la forme la plus simple à laquelle peut se ramener l'organisme le plus compliqué. 12.— Schéma Dans cet organisme, tous les éléments anatomi-
~ -e . ques peuvent être considérés comme autant de
îlits - qui, tout en formant une sorte de colonie, vivraient indépendant, les uns des autres. En effet, on peut isoler des parties de cette colonie, sans qu'elles cessent de vivre; on peut les transplanter, comme l'ont montré les expériences de greffe animale (P. Bert1;. Rappelons seulement l'expérience suivante : Paul Bert coupe, sur un petit rat tout jeune, la fueue sur une longueur de 2 centimètres; il la laisse plusieurs heures .e plusieurs jours, par une température basse j dans un flacon: puis il introduit sous la peau du même rat. ou de tout autre animal de même ;e segment de queue préalablement dépouillé de sa peau. Dans cette nouvelle condition, le segment continue à vivre, et grandit, si bien que, six mois après, on le retrouve mesurant 5 centimètres au lieu de 2. Avec un bout de la patte, on obtient le même résultat. Chaque partie du corps, chaque élément anatomique vit donc d'une vie personnelle, mais, dans cette sorte de colonie qui constitue l'organisme, tous ces phénomènes d'activité cellulaire sont intimement liés les uns aux autres et liés a des phénomènes chimiques et physiques qu'il faut étudier en même temps : ainsi le globule sanguin semble être au service de la cellule nerveuse, en établissant, au point de vue nutritif, la communication entre cette cellule profonde et celles des surfaces ; mais sa circulation exige l'intervention de la cellule nerveuse, laquelle excite la fibre musculaire et donne ainsi lieu à des phénomènes mécaniques d'hydrostatique. :
Ainsi, dans l'organisme, les cellules vivent os le. quoique nous ayons vu qu'elles peuvent mourir séparément. Elles vivent ensemble, surtout grâce au svstème nerveux et a l'appareil de la circulation, de sorte qu'on
1 Paul Bert. professeur de physiologie à la Sorbonne (1S-53-1SS6). Elève de :ie Bernard, il a abordé comme lui l'étude expérimentale de la plupart des questions de phys: . çie, el s'est rendu célèbre spécialement par ses études sur les : I i iétés des nerfs, sur la respiration, sur l'influence des changements de pression atmosphérique, sur les greffes animales, etc. Homme politique en même temps que physiologiste, il a péri é'aut résident général de la République française au Tonkin.
• AAA. clonules de la 5 .:: ::-. le l'ècorce, èpithèli'im. — B. globules centraux nerveux avec leurs prolongements venant de la surface ou s'y rendant. — CC, le cercle de la circulation, qui va de la périphérie au centre et revient du centre à la pèripr.T.-.-e.
peut dire qu'une cellule retentit sur toutes les autres et que toutes les antres retentissent sur elle.
Ou voit «loue que l'ensemble «les phénomènes 'le l'économie animale constitue une chaîne vivante qu'il faut artificiellement briser pour la commodité île l'étude. Le phénomène le plus frappant est la pérégrination du globule sanguin : c'est peut-être par lui qu'il serait le plus naturel d'aborder le problème, mais nous préférons commencer :
1° Par la cellule nerveuse, parce qu'elle nous amènera naturellement à étudier :
2° Les formes dérivées (muscles) avec lesquelles elle est en communication, et, par suite, les mouvements & les autres phénomènes mécaniques et physiques de l'organisme, ainsi que les tissus qui en sont le siège.
3° Nons passerons alors au globule sanguin et à sa circulation .
4° Alors seulement nous pourrons aborder, forts de toutes ces connaissances, l'étude des écorces internes, et externes, auxquelles nous rattacheronsles organes des sens; et enfin nous terminerons par une écorce interne particulière, l'épithélium des organes génitaux, dont une dépendance, l'épithélium de l'ovaire, nous ramènera à notre point de départ, l'ovule.
Nous devons cependant rappeler, qu'au point de vue des manifestations d'ensemble auxquelles donne lieu la vie de l'organisme, on peut diviser ses fonctions, selon le tableau classique de tous les traités de physiologie, en deux grandes classes :1° Les fonctions relatives à la conservation de l'espèce, ou fonctions de génération; 2° les fonctions relatives à la conservation de l'individu, et comprenant les fonctions de nutrition et les fonctions de relation; les fonctions de nutrition comprennent la digestion, la circulation, la respiration , et les sécrétions ; les fonctions de relation comprennent enfin Y innervation, la contraction musculaire, et les fonctions des organes des sens. Nous ne suivrons pas cette division, qui s'éloigne trop de la nature intime des choses.
Résumé. — La physiologie est l'étude des phénomènes que présentent les êtres vivants; partout où l'analyse de ces phénomènes a été poussée assez loin, on les voit se réduire à des actes physico-chimiques. On peut donc dire, avec de Blainville1, que la physiologie est l'art de rapporter les phénomènes vitaux aux lois générales de la matière. Ces phénomènes doivent être étudiés dans les éléments anatomiques, dont la cellule est la forme la plus simple et le point de départ. Les éléments anatomiques vivent d'une vie indépendante, et c'est la réunion harmonique, le concours de toutes ces vies individuelles qui constitue la vie de l'organisme entier. La classification générale des cellules à propriétés bien caractérisées nous donne l'aperçu le plus général sur les fonctions de l'organisme, et nous permet d'établir l'ordre dans lequel doivent être étudiées ces fonctions.
1 Blainville, naturaliste français (1777-1850), rival et successeur de Cuvier; il fut surtout remarquable par ses vues élevées, s'inspirant de Bichat, et de l'anatomie générale.