I. ÉLÉMENTS ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DU SYSTÈME NERVEUX
1° Éléments anatomiques. — La cellule nerveuse est en général de petites dimensions (1 à 8 centièmes de millimètre) ; mais dans -certaines régions (cornes antérieures de la moelle, cellules dites motrices), cet élément atteint des proportions relativement considérables, au point d'être presque aperçu à l'œil nu (moelle épinière du bœuf). Ces cellules ne présentent pas d'enveloppe; elles ont un noyau sphérique et un nucléole très apparent. Les cellules nerveuses étant destinées à établir des connexions fonctionnelles, à recevoir des impressions et à être l'origine de mouvements (vov. ci-après : actes réflexes) sont munies de prolongements, et, selon qu'elles en possèdent un plus ou moins grand nombre, on distingue les cellules multipolaires , bipolaires ei unipolaires. — Le type de la cellule multipolaire est représenté par la cellule nerveuse des cornes antérieures de la moelle (fig. 13, en A), qui présente des prolongements de divers ordres; les uns, dits prolongements de protoplasma, se ramifient dichotomiquement et donnent ainsi naissance à un réseau fibrillaire (réseau nerveux de Gerlach *); tandis qu'un autre prolongement, toujours unique pour ces cellules, reste indivis, et va se continuer avec le cylindre axe d'une fibre nerveuse ; on l'a nommé prolongement cylindre-axe en raison de ses connexions, ou encore prolongement de Deiters2, du nom de l'anatomiste qui en
i Gerlach, anatomiste allemand, professeur à Erlangen (Bavière).
2 Deiters, anatomiste allemand (1834-1803), mort à vingt-neuf ans, alors qu'il était déjà célèbre par ses recherches, restées inachevées, sur l'histologie du système nerveux.
El ÉMENTS NERVEUX [CELLULE ET FIBRE) 25
a démontré la signification. — Le type de la cellule bipolaire est représenté par la cellule nerveuse des ganglions rachidiens des poissons (B, fig. 13), et se présente comme une cellule interpo sur le trajet d'une libre nerveuse, c'est-à-dire possède deux prolongements opposés qui se continuent chacun avec le cylindre-axe d'une libre nerveuse. — Enfin la cellule unipolaire se trouve dans les ganglions rachidiens des mammifères, mais les recherches de Kanvier ont montré que cette cellule est en réalité bipolaire, Bon prolongement unique étant en réalité constitué par deux prolongements accolés, qui se séparent bientôt, pour se comporter
Fig. 13. Cellules nerveuses *.
Fig. 14. Fibres nerveuses crises et blanches**.
comme les deux prolongements du type précédent, c'est-à-dire se continuer chacun avec le cylindre- axe d'une fibre nerveuse (fig. 13 en G) ; on a donné à cette disposition le nom de fibres ou prolongements en T. — Ajoutons qu'il n'y a pas, qu'on ne conçoit même pas, au point de vue physiologique, l'existence de cellules nerveuses apol aires, c'est-à-dire sans prolongements, sans connexions.
* A, Cellule multipolaire avec ses prolongements de protoplasma et le réseau nerveux (a) qui en résulte, et son prolongement cylindre-axe (b)\ — B, cellule bipolaire, avec ses deux prolongements (b,b); — C, cellule en apparence unipolaire, avec son prolongement en T, c'est-à-dire formé de deux prolongements accolés (T), qui se séparent bientôt et vont dans deux directions opposées (t, t).
** A, Fascicule gris, gélatineux, provenant d'un mésentère et traité par l'acide acétique; — B, fibre primitive large, blanche, provenant du nerf crural; — a, cylindre-axe mis à nu; ru, fibre avec sa gaine médullaire, devenue variqueuse et sortant en gouttelettes en mm; — C, fibre primitive fine et blanche provenant du cerveau. — Grossis., 300 diam. (Virchow, Pathologie cellulaire).
Les fibres nerveuses (ou tubes nerveux, fig. 14), minces et allongées, se composent d'une enveloppe mince (vv, gaine de Schicann), renfermant une substance médullaire (myéline m,m), qui se décompose facilement en gouttelettes graisseuses, et aii milieu de celle-ci un cordon axile mince (a), le cylindre-axe. Quelques fibres nerveuses peuvent être réduites au cylindre-axe et à la gaine de Schwann avec peu ou pas de substance médullaire (fibres fines).
De plus, ces fibres ne sont pas complètes sur toute l'étendue de leur trajet : certaines de leurs parties constituantes peuvent manquer vers leurs extrémités centrales ou périphériques. Ainsi, lorsqu'un tube nerveux moteur arrive près de la plaque motrice terminale, la myéline disparaît et la fibre nerveuse se trouve réduite à la gaine de Schwann renfermant le cylindre-axe. Dans la substance blanche des centres nerveux (cordons blancs de la moelle, par exemple), c'est la gaine de Schwann qui disparaît, c'est-à-dire que les fibres obtenues par la dissociation de ces parties se présentent comme des cylindres-axes auxquels sont attachées des gouttelettes et des traînées moniliformes de myéline (myéline devenue variqueuse), sans membrane enveloppante. Enfin, dans la substance grise centrale, les cylindres -axes paraissent être tout à fait nus, c'est-à-dire constituer seuls la fibre nerveuse.
Nous voyons donc, en somme, que la partie la plus essentielle de cette fibre est le cylindre- axe, puisque seul il existe toujours dans toute la longueur de la fibre, et que seul il représente les origines centrales (connexions avec la cellule nerveuse) de la fibre. C'est donc en lui que se produisent les phénomènes de conduction, de propagation d'irritation, que nous étudierons bientôt comme constituant essentiellement le mode de fonctionnement des nerfs. La membrane de Schwann et la myéline ne seraient, par suite, que des appareils de protection et d'isolement pour le cylindre-axe.
Les travaux récents sur la structure des tubes nerveux montrent bien leur origine cellulaire, ainsi que nous l'avons indiqué précédemment d'une manière générale. En effet, il résulte des recherches de Ranvier que les tubes nerveux sont formés de cellules soudées bout à bout. La membrane de Schwann ne forme pas un manchon cylindrique continu, comme on le croyait jusque dans ces derniers temps; elle présente à des distances régulières des étranglements en forme d'anneaux. Ces étranglements, placés à des distances qui varient suivant les dimensions des tubes, limitent des segments dits segments interannulaires. Chacun de ces segments paraît représenter une cellule, et, en effet, au centre de chacun de ces segments, et sur la face interne de la membrane de Schwann, il existe un noyau plat, ovalaire (fig. 15, et b en b') noyé dans une lame de proto-