V. Grehact. de l'école pratique de la Fa K« de
(Revue des cours scient novembre, 1871
urine — kai 545
B. Composition de l'urine.
L'urine esl sécrétée dans les vingt quatre heures en quantités variables, qui oscillent à l'état normal entre 1200 et 1500 gramm La quantité d'urine produite est en raison inverse de la sueur; aussi l'urine est elle moins abondante en été qu'en hiver. En moyenne, et en se reportant à l'unité de poids, on peut dire que chaque kilogramme d'être humain excrète 19 à 80 grammes d'urine par vingt-quatre heures, ce qui pour an homme de 60 kilogrammes donne une urine totale de 1200 grammes. Il est presque superflu d'indiquer ici l'influence qu'exerce, sur cette quantité d'urû l'ingestion de boissons abondantes. Il sera peut être plus intéressant dénoter l'influence de l'activité nerveuse, et c'est ainsi que s'explique la différence si sensible entre les heures de repos et les heures de travail : il y a comme polyurie dans la journée, et anurie relative dans la nuit.
Cette urine est une solution acide de divers principes dans l'eau ; les principes dissous varient fort peu en quantité: toutes les variations sont dues à la proportion d'eau : en un mot, les urines sont à l'état normal plus ou moins abondantes, parce qu'elles sont plus au moins diluées.
La densité de l'urine est de 1015 à 1020 (la densité de l'eau distillée, prise par unité, étant représentée pour 1000) ; sa couleur normale est jaune ambré ou rougeâtre; son odeur spéciale, dite urineuse, est due à des acides volatils (phénique, taurilique, damalurique) ; sa saveur est amère et légèrement salée. Sa réaction est acide, et est due à la présence de l'acide urique et du phosphate acide de soude; un temps variable après son émission, elle tend à devenir alcaline, par décomposition de l'urée qui donne naissance à de l'ammoniaque. (L'urine est alcaline chez les herbivores; voir plus loin.)
Eau de l'urine. — La quantité d"eaa contenue dans l'urine varie d'après l'état de la circulation et l'état du sang : la sécrétion urinaire se composant de deux actes, dont l'un est une filtration par pression, plus la tension artérielle sera grande, plus il y aura d'urine, c'est-à-dire d'eau éliminée; en un sens inverse, toutes les fois que la tension artérielle est faible, les urines sont rares. Les médecins savent parfaitement qu'il ne faut pas compter sur les diurétiques avec les malades dont le pouls est très mou et très faible, et qu'alors le meilleur diurétique sera le médicament capable de relever la force du cœur et la circulation. Sous ce rapport, la sécrétion urinaire est très importante; elle constitue une espèce de soupape de sûreté par laquelle le sang se débarrasse
de son excès d'eau. Après les repas, il y a une sorte de pléthore générale, une augmentation dans la tension du sang, et, par suite, filtration d'une urine abondante et très diluée (urina polus et cibi). Le matin, au contraire, l'urine, sécrétée pendant le repos de la nuit, est plus concentrée et plus rare, parce qu'aucune cause n'est venue augmenter ni la quantité du liquide sanguin, ni sa pression. Le rein est donc la principale surface où se dégage l'excès d'eau de l'organisme, et cela par un effet purement mécanique, en vertu même de l'existence de cet excès. Le poumon élimine aussi un peu d'eau, mais en très faible quantité ; la sueur est aussi une voie de départ pour l'eau, mais voie très capricieuse et nullement mécanique (V. p. 520) ; la sécrétion de la sueur est une vraie sécrétion, elle se fait par un travail épithélial sous l'influence du système nerveux, et n'obéit nullement à l'état de tension du système circulatoire ; c'est souvent au moment où le pouls est le plus bas que d'abondantes sueurs se produisent, comme, par exemple, dans l'agonie l. (V. Fonctions de la peau, glandes sudoripares.)
Résidu solide de l'urine. — Les substances dissoutes dans l'eau de l'urine sont, au contraire, représentées par une quantité à peu près constante pour les vingt-quatre heures. On peut établir une véritable proportion entre le poids de l'organisme et la quantité de résidu solide contenu dans l'urine d'un jour. Chaque kilogramme de l'animal secrète un peu moins de 1 gramme d'urine anhydre ; donc l'urine de l'homme, dont le poids est en moyenne de 65 kilogrammes, contiendra en moyenne 60 grammes de 'matériaux solides. Mais cette quantité peut varier selon les saisons, et surtout l'alimentation, de sorte qu'en général les physiologistes français ont trouvé un chiffre inférieur à celui constaté par les Allemands ou les Anglais (40 grammes en France, 67 à 70 grammes en Allemagne et en Angleterre2). La différence de ces résultats tient surtout à la différence de l'alimentation, de même que la
1 Cependant, nous l'avons dit, la sécrétion de la sueur offre une intensité directement inverse de la sécrétion urinaire : en été, où la transpiration évacue une grande quantité d'eau et d'uree, les urines sont rares; l'inverse a lieu en hiver. Sappey, qui insiste beaucoup sur celte alternance de la fonction cutanée et rénale, exprime le regret que des mensurations précises n'aient pas cherché à déterminer s'il existe chez les peuples du Nord, par exemple, un développement plus considérable du parenchyme glandulaire rénal, relativement à l'appareil sudoripare, que chez les habitants des pays tropicaux. Ce serait là un caractère ethnographique intéressant à fixer.
2 Tableau des principaux principes contenus dans l'urine. Pour 1 litre d'urino