HÉMISPHÈRES CÉRÉBRAUX. - MEMOIRE, VOLONTÉ
leur de l'épaule droite, dans les maladies du foie ; les sensations de démangeaison qu'éprouvent au bout du nez lea enfants dont l'intestin est tourmenté par des parasites; les névralgies si diver qui accompagnent souvent les maux d'estomac, etc. *.
Mémoire et volonté. — Enfin les sensation^ présentent encore ce fait particulier qu'elles peuvent être emmagasinées dans les organes cérébraux ; les impressions s'y fixent, pour reparaître plus tard : ainsi se produisent les phénomènes désignés sous le nom de mémoire. Les sensations, ainsi conservées comme à l'état latent, reparaissent alors, par un mécanisme analogue à celui des sensations associées, et la reviviscence d'une sensation particulière peut amener celle d'une foule d'autres voisines ou analogues: une idée en appelle une autre ; c'est ce qu'on appelle Y association des idées.
Tous ces phénomènes (perception avec mémoire, idées, volonté) sont aujourd'hui parfaitement localisés dans la couche grise corticale des circonvolutions cérébrales : cette partie des hémisphères cérébraux est, en un mot, le siège des facultés intellectuelles et instinctives. En effet, Flourens a montré qu'un animal privé de ses , lobes cérébraux prend l'air assoupi, n'a plus de volonté par luimême, ne se livre à aucun mouvement spontané; quand on le frappe, quand on le pique, ii ne réagit que par les réflexes coordonnés qui ont leur siège dans la protubérance et le bulbe. Un oiseau, auquel on a enlevé les hémisphères, reste immobile; il se laisse mourir de faim en présence de sa nourriture (il n'a pas Vidée de manger) ; mais il déglutit quand on place cette nourriture sur sa langue et qu'on l'enfonce presque au fond de la bouche pour provoquer le réflexe de la déglutition. De même, il ne vole que quand on lejette en l'air; si c'est une grenouille, elle ne saute que quand on la touche. Flourens semblait en conclure que l'animal n'avait plus de sensations. Il est bien plus légitime de dire que les actions que nous venons d'indiquer ne peuvent s'opérer sans être provoquées par des sensations ; seulement elles ne sont pas raisonnées ; l'animal s'échappe sans but; il n'a plus de mémoire et va se choquer à plusieurs reprises contre le même obstacle. On peut donc dire que les lobes cérébraux sont le réceptacle principal où les sensations se transforment en perceptions capables de laisser des traces et des souvenirs durables; qu'ils servent, en un mot, de siège à la mémoire, propriété au moyen de laquelle ils fournissent
1 Voy. sur ce sujet la thèse de G. Fromentel, Des sympathies douloureuses ou synalgies, Nancy, 1833.
à l'animal les matériaux de ses jugements : ils sont le siège de l'intelligence, et de la plupart des instincts chez les animaux.
La fonction des lobes cérébraux, comme organes de l'intelligence, se trouve établie non seulement par la physiologie et la pathologie, mais encore par l'anatomie comparée, c'est- à-dire par les rapports évidents entre le degré d'intelligence et le degré de développement des hémisphères. L'encéphale de l'homme blanc pèse en moyenne 1300 grammes : dans ce chiffre, le cerveau proprement dit représente environ 1200 grammes. L'encéphale du cheval pèse environ 050 grammes : celui du bœuf 500 grammes. Toutes les fois que, chez un homme blanc, le cerveau pèse moins de 1000 grammes, le sujet peut être classé parmi les idiots. Dans l'anomalie remarquable connue sous le nom de microcéphalie et caractérisée par un arrêt de développement des lobes cérébraux (on en a trouvé dont le cerveau ne pesait que 300 grammes », l'observation a établi que cet état coïncide toujours avec un avortement plus ou moins complet des facultés intellectuelles. Par contre, la plupart des hommes d'une intelligence supérieure ont eu un gros cerveau. Celui de Guvier pesait 1830 grammes, celui deBroca 1484. Mais ceci n'a rien d'absolu, car on cite quelques exceptions, c'està-dire que des hommes incontestablement éminents ont pu présenter à l'autopsie un poids cérébral un peu inférieur à la moyenne; dans ces cas on trouve d'ordinaire des circonvolutions très riches en méandres (cas de Gambetta : poids du cerveau 1100 grammes , circonvolutions cérébrales très développées 1).
Le phénomène central de la volonté nous échappe, du reste, à moins qu'il ne rentre dans la série des associations d'idées 2. Mais nous savons du moins que les lésions du cerveau détruisent lesmanifestations dites volontaires, paralysent les mouvements volon-
1 Voir Mathias Durai. Description morphologique du cerveau de Garabetta(B<>. letir, de la Soc. d'anthrop., 1835, p. 399); — L'aphasie depuis Broca (Ibid.. 1SS7. p 743 et 765).
2 « C-tte hypothèse ferait disparaître la difficulté de chercher dans Yorgane cerr i-mmencement et la fin d'une série de dégagements non rythmiques et non c< .ntinus (c'est-à-dire spontanés et sans cause physique). Dans ce cas, les phénomènes matériels qui se passent dans l'organe central ne se distingueraient des simples phénomènes réflexes que par une extension plus grande, s if dans le temps, e il ans l'espace, localisée dans de nombreux organes dont l'excitation est unie à la manifestation d'idées... Or. comme on peut admettre que toutes les idées forment des séries non interrompues (des chaînes de pen-
s) dont le point de départ se rattache à une excitation nerveuse (sensation} et dont le point terminal est à son tour une idée unie à une excitation nerveuse (volonté?)... on n'aurait donc à chercher l'origine de toute excitation nerveuse volontaire que dans l'excitation d'un organe terminal nerveux périphérique. » (Hermann, Physiologie, trad. française, p. 437.)
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taires d'une manière croisée: les mouvements du côté droit du co?'jis sont abolis par itne lésion siégeant dans V hémisphère gauche, et vice versa. Les nerfs centrifuges conducteurs de la volonté s'entre-croissent donc en s'éloignant du cerveau. Mais nous avons vu (p. 05, et fig. 37, étude du faisceau g en nculè et du faisceau de l'aphasie, comparativement au faisceau -pyramidal) qu'il ne faut pas localiser cet entre-croisement uniquement à l'extrémité inférieure des pyramides (collet du bulbe rachidien ; faisceaux pyramidaux) ; il se fait sur une région plus vaste, depuis ce point jusqu'à la partie la plus antérieure de la protubérance d'une part (faisceau géniculé) ; et une lésion qui siégera en un point de cette étendue pourra donc atteindre à la fois des fibres déjà entrecroisées et des fibres qui ne le sont point encore, et produire ainsi ces curieuses paralysies alternes, qui siègent du côté droit pour la face, par exemple, et du côté gauche pour le reste du corps. Nous savons d'autre part, qu'une portion des faisceaux pyramidaux (faisceau de Turk ou pyramidal direct) ne s'entre-croise que dans la moelle épinière, au moment d'atteindre la corne antérieure (voir les figures 23 et 24).
Nous trouvons pour les phénomènes volontaires et pour les phénomènes de motilité en général des associations analognes à celles que nous avons trouvées pour la sensibilité. Un centre entrant vivement en action peut le faire de telle sorte que son activité s'irradie jusque sur des centres voisins. C'est là le mécanisme de tous les tics et de bien des mouvements involontairement associés. C'est ainsi que pendant un effort général et intense, pour soulever un poids, par exemple, on contracte involontairement le muscle frontal ; que dans l'éternûment, on ferme énergiquement les yeux, etc.
On peut dire qu'en général tous nos mouvements volontaires sont des mouvements associés, car nous ne pouvons contracter à part un muscle, mais bien un groupe de muscles ; cette association est toute faite dans la moelle par certains groupements de cellules et de fibres, et le cerveau ne fait qu'exciter ce groupe de cellules; cette association se retrouve dans les mouvements purement réflexes comme les mouvements de défense que l'on observe expérimentalement sur les animaux décapités (Physiol. de la moelle, p. 76).
Fonctions spéciales de quelques centres cérébraux ou encéphaliques proprement dits. — Nous avons déjà rapidement esquissé le rôle des différents centres de substance grise qui se trouvent à la base de l'encéphale, en les rattachant à la physiologie de la moelle épinière; nous avons vu qu'il existait, au point de vue physiologique, une transition ménagée entre les centres médullaires et les centres cérébraux proprement dits (V. Protu-
bêrance, p. 95). Si nous abordons l'étude de ces derniers, nous nous trouvons en général en face de données scientifiques très incertaines, et nullement en rapport avec l'impatience que les philosophes et les physiologistes ont montrée de tout temps à pénétrer les phénomènes intimes de la perception, de la pensée et de la volonté; aussi n'entrerons-nous pas dans le détail des nombreuses hypothèses qui, jusqu'aux recherches expérimentales de l'école moderne, ont constitué la physiologie des organes encéphaliques. Jusqu'à ces derniers temps les philosophes (psychologues) et les physiologistes s'étaient refusés à chercher dans de justes limites un mutuel secours dans leurs études respectives ; on reconnaît aujourd'hui qu'on ne peut étudier judicieusement l'homme en le dichotomisant, en l'étudiant, par exemple, simplement dans l'esprit sans tenir compte de la matière. De nombreux efforts ont été faits pour amener une utile fusion entre la psychologie et la physiologie.
Couches optiques. — La physiologie des couches optiques est encore aujourd'hui entourée d'obscurité, malgré les travaux nombreux dont ces gros noyaux encéphaliques ont été l'objet. Nous ne nous arrêterons pas sur l'étude des mouvements de manège ou de rotation que leurs lésions peuvent amener, parce que ces troubles du mouvement peuvent être dus à ce que la lésion a atteint en même temps les pédoncules cérébraux sous-jacents, ou les pédoncules cérébelleux qui pénètrent dans les couches optiques. Nous ne nous arrêterons pas non plus à discuter l'opinion de Serres qui plaçait dans les couches optiques les centres des mouvements des membres antérieurs, et dans les corps striés ceux des mouvements des membres postérieurs ; ni les faits expérimentaux ni les faits cliniques n'ont confirmé cette manière de voir.
D'après Luys, qui croit voir dans chaque couche optique une série de noyaux en rapports les uns avec l'olfaction, les autres avec la vision, la sensibilité générale, l'audition, etc. (les recherches plus récentes d'anatomie n'ont pas confirmé ces hypothèses), la couche optique, avec ses centres distincts pour chaque espèce de sensibilité, serait un premier lieu de réception des impressions sensitives : « Les impressions sensorielles, dit Luys, traversent la série de ganglions qui se trouvent sur le trajet des différents nerfs sensitifs et y subissent des modifications successives. Après avoir été ainsi successivement perfectionnées et épurées, ces impressions viennent toutes se concentrer dans les cellules ganglionnaires des différents centres de la couche optique. Ces noyaux absorbent ces impressions, les travaillent en quelque sorte, en leur faisant subir une action métabolique qui, en leur donnant une forme nouvelle, les rend plus perfectionnées et plus assimilables pour les éléments de la substance corticale où elles vont se répartir. » Mais, à moins qu'on ne tienne à se payer de mots, on