HT. — MUSCLES LISSES
A. Composition histologique. — Les muscles lisses sont constitués par des éléments qui tantôt présentent la forme d'une cellule fusiforme (éléments contractiles de la tunique moyenne des artères), tantôt celle d'une fibre qui ne paraît être autre chose que la cellule précédente dont les dimensions longitudinales sont devenues très considérables par rapport aux dimensions transversales (muscles lisses du tube digestif, par exemple). Aussi donne t-on aux éléments anatomiques du muscle lisse le nom de fibres-cellules.
Il est donc facile de concevoir que la longueur des fibres musculaires lisses, ou fibres-cellules, est très variable selon l'organe sur lequel on les examine : cette longueur varie, en effet, de 1 centimètre à 7 dixièmes de millimètre ; leur largeur est très inégale pour un même élément, car la fibre-cellule se termine par deux extrémités effilées en pointe:
sa partie médiane, la plus large, mesure de 3 à 20 millièmes de millimètre. Dans l'utérus, vers la fin de la grossesse, on trouve les fibres lisses les plus volumineuses.
Quoique ces fibres paraissent rubanées, il est facile de se convaincre, par l'inspection de leur coupe (sur du muscle lisse durci par l'acide chromique), que leur forme est celle d'un prisme.
On n'a pas démontré l'existence d'une membrane d'enveloppe autour des fibres musculaires lisses ; du reste, nous avons vu précédemment que les fibres striées du cœur étaient également dépourvues de myolemme. Cependant la couche superficielle de la substance des fibres lisses est plus ferme que les parties sous-jacentes, lesquelles sont formées dans toute la masse par une substance albumino'.'de transparente et presque amorphe, si ce n'est dans la partie la plus large, où cette substance paraît plus ou moins granuleuse. Au centre de cette partie granuleuse, on aperçoit un noyau dont la forme est tout à fait caractéristique des fibres musculaires lisses. Ce noyau, en effet, est allongé en forme de bâtonnet (fig. 49, B); sa largeur
Fig. 49. — Muscles lisses de la vessie".
* A, Avant l'action de tout réactif; — B, après l'action de l'acide acétique dilué; — a, a, a, fibres isolées; — fc, b, fibres restées accolées les unes aux autres par leurs bords.
MUSCLES LISSES IGi
est de 2 à \ millièmes de millimètre, et ut longueur de 15 à 30 millièmes de millimètre, c'est-à-dire qu'il est souvent dix l'ois plus long que large. Il est orient/- de telle sorte que sa longueur correspond au grand axe delà fibre lisse; aussi sa présence est-elle suffisante pour permettre de conclure à celle de la fibre musculaire lisse, ce qui arrive lorsque, par exemple, on examine, sans dissocia'ion préalable, un lambeau de muscle lisse que l'on traite par l'acide acétique dilué; dans ce cas, en effet, le* tis.-u devient transparent (B, fig. 4'J) et il est difficile de distinguer les bords des libres musculaires, mais le noyau devient très évident, et sa direction même permet de reconnaître dans quel sens les fibres sont disposées. Par l'action continue de l'acide acétique, ces noyaux prennent facilement une forme ondulée, mais leurs bords restent toujours très nets. Les fibres musculaires lisses, ou fibres-cellules, paraissent se former par une transformation très simple des cellules embryonnaires. Ces cellules, sans paroi propre, s'allongent en s'effilant à leurs deux extrémités, en même temps que leur protoplasma se transforme en substancemusculaire et que leur noyau s'allonge en bâtonnet.
B. Propriétés et fonctions. — La physiologie du muscle lisser comparée à celle du muscle strié, est dominée par ce fait que, dans le premier, le passage de l'état de repos à l'état actif se fait avec-une lenteur relativement très grande ; après l'application d'un, excitant qui met en jeu la contractilité, il s'écoule un temps considérable avant que le muscle se contracte. En un mot, Y excitation latente (V. p. 149) est de longue durée. La contraction, une fois établie, présente aussi une longue durée : l'analyse myographiquer surtout par l'étude de la contraction induite, montre que la contraction du muscle lisse est une simple secousse (p. 153); il n'y a donc pas à parler de tétanos physiologique pour les muscles lisses. La forme dite péristaltique est la forme la plus ordinaire de ces. contractions, c'est-à-dire que, ainsi que l'ont fait observer avec soin Onimus et Legros, l'excitation, au lieu de rester localisée à la fibre excitée, se propage directement aux fibres voisines et marche ainsi sous une /"orme vermiculaire, c'est-à-dire en rappelant les gonflements successifs d'un vers qui marche (V. Physiologie del'intestin, pour l'analyse complète du pèristaltisme produit par des fibres musculaires circulaires et longitudinales). Ce fait peut tenir à la présence des plexus et ganglions intra-musculaires, qui jouent peut-être le rôle de petits centres réflexes propagateurs du mouvement vermiculaire.
Les propriétés générales des muscles lisses sont de même ordre que celles des muscles striés ; ces muscles sont également élastiques et extensibles : ainsi l'intestin, la vessie et même l'utérus se laissent dilater à un degré extrême; mais l'excès de dilatation en produit facilement la paralysie et en facilite la déchirure.
M. Duval, Physiol. 11
La physiologie expérimentale n'a actuellement que peu de données relativement aux diverses propriétés des muscles lisses, telles que pouvoir électro-moteur, nutrition, phénomènes chimiques, sens musculaire, etc.
La contractilité des muscles lisses présente d'abord à signaler ce fait capital, qu'elle n'est pas mise en jeu parla volonté; ce sont des muscles involontaires, entrant normalement en jeu par le fait d'innervation réflexe. Aussi ces muscles lisses sont-ils distribués dans des appareils soustraits à l'influence de la volonté (intestin, vaisseaux, etc.), dans les appareils de la vie de nutrition (vie organique, système musculaire de la vie organique de Bichat, par opposition aux muscles striés formant le système nerveux de la vie de relation). Quant aux excitants, que l'on peut faire agir directement sur le muscle ou par l'intermédiaire des nerfs, ils sont de même ordre que ceux du muscle strié, mais présentent, dans leur mode d'action, quelques particularités que nous signalerons rapidement.
D'après Legros et Onimus, tandis que pour les muscles striés Y excitation électrique des nerfs moteurs du muscle produit plus d'effet que celle du muscle lui-même, il se présenterait une différence de sens inverse pour les muscles lisses. D'après ces mêmes physiologistes, lorsqu'on fait agir sur des muscles lisses les deux pôles d'un courant d'induction, en plaçant ces pôles à une certaine distance l'un de l'autre, au lieu de voir le muscle se contracter dans toute son étendue (comme pour le muscle strié), on observe, par exemple sur le tube intestinal, qu'il n'y a contraction que dans les points en contact avec les pôles électriques ; cela tient peut-être à ce que la contraction se propage lentement dans la longueur de la fibre lisse, ou bien à ce que l'on agit plutôt sur les plexus et les ganglions nerveux intra -musculaires que sur le muscle lui-même. Un fait plus singulier encore, et auquel doit certainement être attribuée cette dernière interprétation, est celui signalé par Legros et Onimus relativement à l'action des courants continus : par l'application de ces courants sur les organes qui jouissent de mouvements péristaltiques (intestin), on observerait des effets différents selon le sens du courant : lorsque celui-ci suit la direction des contractions péristaltiques normales, il y aurait relâchement ; avec le courant de sens contraire, il y aurait contraction.
La chaleur, le froid, c'est-à-dire un changement brusque de température, excite également la contraction des muscles en général ; mais si la variation de température est lente et ne s'éloigne pas beaucoup de la chaleur normale, les muscles striés ne manifestent aucune réaction, tandis que les muscles lisses se contractent. C'est