LIQUOR — FIBRINE
contient à peu près 1/10, proportion qui se rencontre assez rarement dans les autres liquides de l'économie. De cette albumine, une faible partie (2 à .'3 grammes de fibrine sèche * pour un litre de sang) est spontanément coaguable : c'est la fibrine. L'autre partie (70 à 75 grammes pour un litre de sang 2) est l'albumine proprement dite, qui ne se coagule que par la chaleur ou les réactifs.
La fibrine est la cause ou, pour mieux dire, le produit de la coagulation du sang, c'est-à-dire de ce phénomène bien connu par lequel, dès sa sortie des vaisseaux, le liquide sanguin se solidifie en une masse qui présente l'aspect d'une gelée. C'est la fibrine seule qui se coagule dans ce cas et forme une espèce de réseau dans lequel sont emprisonnés les autres éléments du sang et notamment les globules.
La ligure 65 montre un réticulum fibrineux, tel qu'on l'observe au microscope, lorsqu'on laisse une très mince couche de sang se coaguler sur une lamelle de verre; la préparation représentée dans cette figure a été obtenue (pro cédé de Ranvier) en lavant la tache coagulée, de manière à enlever les globules et à ne laisser que le réseau fibrineux, qui a été ensuite coloré à l'aide de la fuchsine. On voit que les fibrilles de fibrine semblent émanées d'un certain nombre de centres ou nœuds, au niveau desquels le réseau est plus serré ; ces centres, mesurant de 1 à 5 a, présentent, du reste, les mêmes réactions colorées que les fibrilles elles-mêmes. Quand le sang se coagule en masse, la fibrine forme une espèce de masse spongieuse qui contient dans ses mailles toutes les autres parties du sang; puis, la coagulation se prononçant de plus en plus, la partie liquide se trouve exprimée sous forme de sérum, liquide
Fig.65. — Réticulum fibrineux. du sang de l'homme (préparation microscopique. Grossiss., 500).
1 15 grammes de fibrine humide.
2 70 ù 75 grammes d'albumine sèche, c'est-à-dire à peu près 481 d'albumine humide (V. Robin, Leçons sur les humeurs normales et morbides, p. 55 et 60, 1874).
limpide ou un peu opalin, qui contient l'albumine et les divers sels du liquor; la masse coagulée et qui surnage, forme le caillot. Le caillot ne doit pas être confondu avec le cruor, puisque c'est la fibrine englobant le cruor : le mot sérum n'est pas non plus synonyme de liquor, puisque c'est le liquor moins la fibrine.
Nous verrons qu'on discute encore sur la nature, le mécanisme intime de la coagulation; mais du moins on peut préciser les circonstances qui favorisent la coagulation du sang ou qui la retardent. D'abord il y a des variations suivant l'espèce animale; très lente chez le cheval (plusieurs heures en hiver), cette coagulation est très rapide, immédiate chez le cochon d'Inde; elle commence, chez l'homme, de 5 à 10 minutes après l'extraction du sang. Le froid la retarde, le contact de l'air l'accélère, et le battage, que l'on emploie pour défibriner le sang, n'agit pas autrement qu'en rendant plus intime et plus étendu le contact de l'air et de la fibrine, d'où rapide coagulation de celleci, qui s'attache sous forme de filaments à l'instrument employé pour battre le sang. Les globules paraissent aussi jouer un certain rôle dans ce phénomène, et hâter par leur présence la solidification de la fibrine, et nous avons vu, en effet, précédemment (ci-dessus, p. 197), que d'après Hayem la fibrine serait produite par la décomposition des hèmatoblasles. On sait que cette coagulation est retardée par le mélange au sang de substances telles que le sucre, un sel ou un alcali. Dans ce cas, les globules rouges se déposent au fond du vase, et par suite la partie inférieure du caillot est fortement colorée, tandis que sa partie supérieure est plus pâle et peut même être tout à fait blanche dans les couches superficielles (couennes) : ces couennes flbrineuses se rencontrent aussi dans certaines conditions pathologiques, par exemple chez les pneumoniques, où l'on voit l'éponge fibrineuse enfermant les globules recouverte d'une couche de fibrine simple, blanchâtre, lardacée, couenneuse en un mot, et renfermant à sa partie inférieure les globules blancs, qui, vu leur légèreté, tendent à monter à la superficie du liquide, tandis que les rouges tombent
FiG. 66. — Tableau schématique d'un sang coagulé avec couenne*.
* ot, Niveau du liquide sanguin; — c, couenne ayant la forme d'une coupe; — l. croûte granuleuse avec les amas granuleux, puriformes des globules blancs; — r, caillot avec les globules rouges (cruor et caillot rouge) (Virchow, Pathologie celluairej.