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FIBRINE — SA COAGULATION

au fond du liquide (fig. 86). Ce phénomène peut avoir deux causes différentes, et môme indépendantes d'un excès de fibrine : ou bien les globules sanguins (rouges) sont devenus spécifiquement plus lourds, ou bien la coagulation est plus lente. Dans le premier cas, ils n'occupent pas le même niveau du liquide que la fibrine qui Bumage et se coagule à part : dans le second, ils ont le temps de se précipiter pendant que la fibrine se coagule lentement. Chez les chevaux, le sang coagulé présente toujours une couenne1.

1 La question de la coagulation du sang soulève encore tous les jours quantité de travaux (pour la revue desquels nous renvoyons aux traités de chimie) qui n'ont pu cependant nous donner encore une théorie satisfaisante de ce phénomène. On admet généralement aujourd'hui que la fibrine résulte de la transformation chimique d'une substance albuminoïde, le fibrinogéne, primitivement dissoute dans le plasma sanguin. La transformation du fibrinogéne en fibrine serait un phénomène de fermentation, dû à l'intervention d'un ferment soluble (ferment de la fibrine) qui prend naissance au moment où le sang s'épanche au dehors des vaisseaux. Mais cette action est aidée par diverses circonstances dont quelques-unes ont été bien précisées. Ainsi d'après Mathieu et Urbain l'acide carbonique aurait un rôle important. Du sang privé rapidement de tout l'acide carbonique qu'il renferme ne se coagulerait pas, à moins qu'il ne se trouve de nouveau en contact avec de l'acide carbonique.

D'autre part, Glénard (Contribution à l'étude des causes de la coagulation spontanée du sang à son issue de l'organisme, thèse, Paris, 1876), sans donner une théorie de la coagulation, a cherché à bien préciser les causes qui influent sur elle et a réalise dans ce sens une expérience intéressante qui aura certainement son influence sur les théories à venir. Voici cette expérience : Lorsque sur un animal vivant (cheval, bœuf) on enlève un segment artériel ou veineux plein de sang et qu'on le conserve à l'air, le sang ne s'y coagule pas, quelle que soit la capacité du segment. Après un temps variable en relation avec le volume du vaisseau et la masse du sang conservé, le segment sèche au point d'offrir la consistance de la corne. Si, à cet état, on reprend le sang ainsi transformé par la dessiccation et qu'on le désagrège dans l'eau, il s'y dissout, et cette solution est susceptible de se coaguler spontanément en masse. M. Glénard en conclut que la coagulation du sang est causée par le contact des corps étrangers (parois du vase où il est reçu) ; cette influence coagulatrice du contact des corps étrangers est d'autant moins grande que, par leur structure physique, ces corps étrangers se rapprochent davantage de la structure physique du vaisseau.

Enfin plus récemment l'attention a été appelée sur les éléments minéraux que renferme la fibrine et notamment sur les sels de calcium (principalement phosphate de calcium). Arthus a montré (Thèse de la Faculté des sciences de Paris. 1891) que le calcium n'est pas un composant accidentel du caillot sanguin, mais constitue un élément normal et indispensable de la molécule fibrine. La fibrine est un composé calcique, et la transformation du fibrinogéne enfibrine, sous l'influence du ferment, suppose la présence d'un sel de calcium disponible dans le liquide. En effet, quand on enlève au sang le calcium qu'il contient, et il suffit pour cela de l'additionner d'un oxalate qui précipite le calcium, on supprime du même coup la coagulation spontanée. Il a été du reste démontré que les sels de calcium interviennent aussi dans une autre coagulation, celle du lait (caséine : coagulation du sang et caséification du lait seraient des phénomènes analogues).

On attribuait autrefois à la fibrine un rôle très important dans l'économie : on la regardait, d'une part, comme la substance nutritive par excellence, comme une albumine perfectionnée; d'autre part, on confondait la coagulation avec l'organisation, à cause de l'apparente structure fibreuse que prend la fibrine coagulée. Mais il est reconnu aujourd'hui que la fibrine est loin d'avoir cette importance : sa quantité dans le sang n'est pas en raison directe de la vigueur du sujet; au contraire, on la voit s'accumuler dans le sang après le jeûne, après une marche épuisante, dans les maladies qui amaigrissent, dans les cas où la nutrition languit, dans la chlorose, etc. Quand on saigne un animal et qu'on lui enlève ainsi beaucoup de fibrine, on peut constater qu'après peu de temps la fibrine s'est reproduite. Ainsi donc cette fibrine ne vient pas du dehors, elle se forme dans l'organisme, et l'étude des circonstances où sa proportion augmente prouve qu'elle constitue une sorte de déchet organique. En effet, le sang qui revient d'un muscle est d'autant plus riche en fibrine que le muscle a plus travaillé, qu'il vient, par exemple, d'être soumis à la galvanisation. La fibrine est donc bien déjà presque une forme excrémentitielle des produits de nutrition des tissus, se rencontrant avec d'autant plus d'abondance que le tissu a une nutrition plus active. Il est difficile de dire où disparaît, où va se détruire cette fibrine. On a prétendu que le sang qui sort du foie ne contient plus de fibrine, mais c'est là une erreur. Le sang du foie est tout aussi riche en fibrine que celui de la rate, que celui des muscles, et il n'en paraît dépourvu dans les analyses que quand on laisse la bile se mêler au sang extrait de ce viscère (Yulpian). On constate dans le sang un excès de fibrine toutes les fois qu'il y a exagération de travail, de combustions organiques : il y a donc hyperinose dans toute inflammation ; cette hyperinose est tout à fait secondaire, et ne joue nullement le rôle de cause vis-à-vis de l'état de fièvre ou d'inriarnmation.

Le liquide qui reste après la coagulation de la fibrine constitue le sérum. Ce sérum contient les substances albuminoïdes non spontanément coagulables dans une proportion considérable, avons-nous dit (70 à 75 grammes pour 1000). La principale de ces substances albuminoïdes est celle qui a reçu le nom de serine /la serine présente de grandes analogies avec l'albuminoïde de l'œuf, mais elle est plus endosmotique et se coagule à une température un peu plus élevée (70° au lieu de 60°). Les autres matières albuminoïdes sont en proportions bien moins considérables : ce sont la paraglobuline (de Schmidt) et lespepto'/ies qui proviennent de l'absorption intestinale.

Le sérum contient des matières grasses, plus dans le sang veineux

SÉRUM — ALBUMINE BT BBL8 205

que dans l'artériel, plus après l'absorption digestive qu'après l'abstinence. En général, le sérum contient de 2 à 4 pour 1000 dégraisse, ce qui fait, pour un litre de sang, en moyenne 1,4.

On trouve encore dans le sérum une substance que l'on rapprochait autrefois des matières grasses, mais que la chimie a montrée analogue aux éthers et aux alcools; c'est la cholestèrine (0,1 pour

C'est encore dans le sérum que se trouvent les diverses matières suivantes : 1° sucres; le sang normal, ainsi que l'a montré Cl. Bernard, contient toujours du sucre qui provient essentiellement des transformations glycogéniques dont le foie est le siège (V. Digestion, fonctions du foie *); 2° des alcools (cholestèrine citée plus haut); 3° des acides gras volatils : ce sont peut-être ces acides qui, particuliers à chaque animal, donnent lieu, quand on traite le sang par l'acide sulfurique, à une odeur caractéristique au moyen de laquelle on a prétendu pouvoir distinguer nettement le sang de l'homme de celui des animaux, et même le sang de l'homme de celui de la femme; 4° Y urée et V acide urique, produits excrémentitiels destinés à être rejetés et dont la rétention dans le sang amène les troubles les plus graves : telles sont encore la créatine, la crèatinine, leucine, xanthine, hypoxanthine, dérivés azotés. — Nous devons encore citer ici des matières colorantes provenant sans doute des globules et destinées à reparaître dans quelques sécrétions et particulièrement dans la bile.

Les sels contenus dans le sérum (et, par suite, dans le liquor) sont tout autres que ceux que nous avons signalés dans les globules. Le sérum renferme à peu près 6 à 8 pour 1000 de sels, dont la plus grande partie à bases alcalines. La base qui domine dans le liquor est la soude (chlorure de sodium, 3 à 5 grammes pour 1000 ; carbonate de soude, 1 à 2 grammes pour 1000, etc.). Le sérum est très alcalin, et la nécessité de cette réaction se conçoit facilement si l'on songe à toutes les réductions qui doivent se faire dans ce liquide. Il est, du reste, peu de métaux dont la présence n'ait été soupçonnée dans le sang (liquor et cruor); on en a retiré du fer et du manganèse ; on y a trouvé parfois du cuivre, qu'il faut peut-être considérer comme normal ; on prétend même y avoir rencontré de l'arsenic; ce n'est que rarement qu'on y a vu du plomb; mais ce ne sont là que de simples curiosités chimiques.

1 Le sucre versé par le foie dans le san<r y serait incessamment détruit par un ferment, dit ferment glycolytique. qui, d'après les récentes recherches de Lépine (voy. notamment Soc. de biol.,2ô avril 1891), proviendrait dupancréas. Nous reviendrons sur cette question à propos du foie, du diabète et du pancréas (voir le chapitre Nutrition).

Gaz du sang. — Le sang ne contient pas seulement des solides et des liquides, il contient aussi des gaz. Considéré au point de vue delà respiration, le sang est une véritable solution gazeuse : 1° Nous avons déjà vu qu'une certaine quantité (['oxygène avait pour véhicule le globule rouge. Une moins forte proportion de ce même gaz est dissoute dans le liquor. 2° Quant à Y acide carbonique, il est tout entier contenu dans le sérum, partie à l'état de dissolution, partie combiné avec les carbonates alcalins qui passent ainsi à l'état de bicarbonates1 (Emile Fernet). L'étude complète des gaz du sang sera faite à propos de la respiration; nous verrons ainsi que le sang est essentiellement le véhicule des gaz qui servent aux combustions intimes des tissus ou qui proviennent de ces combustions. Nous dirons seulement ici qu'en moyenne le sang contient en volume de 40 à 45 pour 100 de gaz qui se répartissent ainsi :

Sang artériel : oxygène = 16 acide carbonique = 28

Sang veineux : oxygène = 8 acide carbonique = 32

Résumé sur le sang. — Principale humeur constituante. Milieu intérieur. — Réaction toujours alcaline; saveur légèrement salée. Le corps humain renferme en moyenne de 5 à 6 litres de sang. 1 litre de sang se compose à peu près de 2 parties égales de cruor (globules) et de liquor (plasma). Exactement : 446 de globules pour 554 de plasma.)

A. Les globules se distinguent en : 1° globules blancs (1 p. 500 de rouges) ou leucocytes, caractérisés par leur forme sphérique, leur aspect homogène, incolore, par leurs mouvements amœboïdes (ces globules blancs du sang sont identiques aux globules blancs de la lymphe), et par ce fait que l'action de l'eau ou de l'acide acétique y fait apparaître d'un à quatre petits amas ou noyaux; 2° globules rouges: ceux-ci, en forme de disque biconcave (chez l'homme), de 7 (x de diamètre, de 2 \i d'épaisseur, sont colorés par une matière très importante, l'hémoglobine, d'où dérivent l'hémine (chlorhydrate d'hématine) et l'hématoïdine. Il y a 5 millions de globules rouges dans 1 millimètre cube de sang normal.

La matière colorante du sang donne, par Y examen spectroscopique, des bandes d'absorption caractéristiques de Yhémoglobine oxygénée etdel'Aemoglobine réduite (non oxygénée) : l'hémoglobine oxycarbonèe (empoisonnement par Y oxyde de carbone) donne à peu près le même spectre que l'hémoglobine oxygénée, mais avec cette différence capitale qu'avec les agents réducteurs on n'obtient plus alors le spectre de l'hémoglobine réduite.

ho. fonction des globules rouges du sang consiste à prendre Y oxygène au niveau de la surface pulmonaire, pour le porter dans les tissus, au niveau des capillaires généraux (V. Respiration).

1 D'après les dernières recherches de P. Bert, tout l'acide carbonique serait dans le sang veineux combiné avec les carbonates : il n'y aurait pas d'acide carbonique dissous (V. le chap. Respiration).

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