VITESSE DU SANG
que la pression augmente avec la vitesse, quand l'augmentation de pression vient du cœur (augmentation de la vitesse et de la force des systoles cardiaques); et que, par contre, si l'augmentation de
pression est due à un obstacle périphérique (constriction et arrêt dans les vais-eaux), la vitesse diminue quand la pression augmente. Si la pression en un point donné dépend de la distance à laquelle ce point est situé des deux extrémités du double cône circulatoire, la vitesse, au contraire, dans les conditions normales, dépend de la largeur, de la forme de la portion des cônes circulatoires à laquelle appartient ce point. En d'autres termes, et cela est facile à concevoir, le mouvement du sang est d'autant plus rapide que la portion du canal considérée présente une moindre lumière. Il est bien évident que nous parlons toujours de l'ensemble des canaux réunis sous la forme de double cône. Ainsi là où l'appareil circulatoire est très large (bases des cônes, région des capillaires), le sang doit circuler lentement; absolument de même que le courant d'une rivière se ralentit beaucoup là où cette rivière s'élargit, par exemple, en un lac ; les capillaires forment donc le lac du torrent sanguin. Au contraire, la vitesse doit avoir son maximum vers les orifices étroits d'écoulement, c'est-à-dire vers le sommet des cônes, dans l'aorte et dans les veines caves.
Ces déductions ont été vérifiées par l'expérience directe. Pour les capillaires, on mesure cette vitesse par l'examen microscopique des petits vaisseaux de la grenouille, par exemple, ou bien encore ea examinant à l'ophtalmoscope les capillaires rétiniens de l'homme, capillaires dans lesquels on peut parfaitement suivre les globules sanguins et apprécier le temps qui leur est nécessaire pour parcourir une distance déterminée ; on s'est ainsi assuré que la vitesse dans les capillaires n'est que de 1/2 à 1 millimètre par seconde: 0,75 de millimètre dans les capillaires de la rétine de l'homme; 0,57 de millimètre dans les capillaires de la queue du têtard. Cette vitesse est très peu considérable par rapport à celle que nous constaterons dans les gros vaisseaux ; c'est qu'ici il faut tenir compte non seulement de ce fait que le svstème capillaire, pris dans son ensemble, représente le lac du torrent sanguin, mais encore de ce que ce lac est subdivisé en une masse de réseaux très fins, où le frottement fait perdre au liquide une grande partie de sa force d'impulsion ; l'influence de ce frottement, de cette adhérence aux parois capillaires, est mise dans toute son évidence par les recherches de Poiseuille sur l'écoulement des liquides à travers les tubes de petit diamètre; elles se résument par les deux lois suivantes : les quantités écoulées sont entre elles comme la quatrième puissance des diamètres ; elles sont en raison inverse de Ici longueur des
tubes. Or, les vaisseaux capillaires, vu leur disposition en réseau, représentent des tubes très étroits et très longs, et réunissent, par suite, toutes les conditions nécessaires pour retarder le cours du sang et prolonger son contact avec les tissus.
Pour évaluer la vitesse du sang dans les gros vaisseaux, on a recours à des appareils particuliers : par exemple, on substitue à une certaine longueur d'une artère de fort calibre un tube de verre rempli d'un liquide alcalin, et on détermine le temps qu'il faut au sang pour chasser du tube le liquide en question et, par suite, parcourir la longueur connue de ce canal artificiel. Cet appareil constitue Yhèmodromomètre (de Volkmann) (fig. 79); il se compose d'un tube de verre (A), recourbé en fer à cheval, garni à cha-
Fig. 79. — Hémodromomètre de Volkmann.
Fig. SO. — Hémotachomètre de Vierordt.
cune de ses extrémités d'un ajutage métallique muni d'un robinet et communiquant avec un tube métallique droit que l'on enchâsse dans les deux bouts de l'artère (a, a'). Le tube étant rempli de la liqueur alcaline et toute communication supprimée avec l'artère (fig. 79, n° 1), grâce au jeu des robinets (à trois voies), de telle sorte que le sang suive le canal métallique, on tourne subitement les deux robitets, de telle sorte que le sang se trouve forcé de se dévier pour s'engager dans le tube de verre (fig. 79, n° 2), qu'il parcourt, en chassant devant lui la colonne de liquide incolore, pour gagner l'autre bout de l'artère. Un appareil tout aussi ingénieux, nommé hémotachomètre (de Vierordt), consiste en une petite boîte transparente (fig. 80) que l'on substitue à une partie d'artère ; dans cette boîte flotte un pendule que le courant dévie d'autant plus qu'il est plus rapide; on peut, d'après le degré de la déviation, calculer la vitesse du sang. On a reconnu par ces expériences que la vitesse, du sang dans la carotide est, chez les grands mammifères, de 25 à 33 centimètres par seconde, et de 0m,44 dans l'aorte (en moyenne de