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400 fois plus considérable que dans les capillaires. Des résultats
oblables ont été obtenus avec Vhémodromomêtre de Chauveau et Yhémodromographe deLortet (fig. 81). qui sont construits sur le même principe que l'instrument de Yierordt. D'après Budge, la vitesse du cours du sang, chez le chien, est de 0m,26 par seconde dans la carotide, et de 0,056 dans la mésentérique.
On peut encore se demander, considérant la circulation dans son
emble, quelleest la vitesse générale, après avoir vu la vitesse du sang en des points déterminés. En un mot, combien faut-il de temps à un globule sanguin pour aller du ventricule gauche à l'oreillette droite ? En moyenne, chaque contraction du cœur lance dans l'aorte 1 \ ] grammes de sang. Gomme la masse totale du sang s'élève seulement à 5 kilogrammes, il en résulte qu'il faut 25 à 33 pulsations cardiaques pour que tout le sang passe par l'organe central, de sorte qu'il faut un peu plus de 30 secondes pour qu'un globule parti du cœur y soit revenu. Ce résultat donné par le calcul ne peut être que très général et très approximatif: ainsi le sang qui va au membre inférieur a un trajet bien plus long à parcourir que celui qui passe dans les artères et veines cardiaques ; le temps du voyage complet (aller et retour) d'un globule sanguin doit donc varier selon les r -ions où il est lancé ; mais en tout cas, la circulation générale doit être très rapide, l'expérience directe en donne la preuve. Déjà
phénomènes d'empoisonnement nous éclairent à ce sujet, car l'on sait qu'une goutte d'acide prussique, déposée sur la conjonctive, fait ir un animal en 8 ou 10 secondes, et que l'on trouve le poison diffusé dans tout l'organisme. Si le poison est déposé sur un point plus éloigné, sur une blessure du pied, par exemple, la mort est un peu moins prompte à se produire, parce que le sang met plus de temps à revenir par les saphènes que par les jugulaires. L'expérience classique consiste à injecter du cyanure jaune dans le bout central de la jugulaire et à recueillir le sang qui s'écoule par le bout périphérique. On voit alors qu'après 8 ou 15 secondes chez les
tîta animaux, 20 à 30 secondes chez le cheval, le poison revient déjà par ce bout, cardes lors le sang qu'on y recueille donne la réaction caractéristique du bleu de Prusse (avec un sel ferrique). Enfin Cl. Bernard a montré que toutes les fois qu'on empoisonne un animal par une injection sous-cutanée (de curare, par exemple), l'action toxique est précédée des trois phases suivantes: 1° pénétration du poison dans le sang des capillaires avec lesquels le contact est établi: 2° transport par le sang delà substance absorbée; 3° exsudation delà substance et action sur les tissus isur les nerfs, pour le curare i). L'ensemble de ces trois actes dure au plus quatre
1 Claude Beraard, Physiologie opératoire, Paris, 1879.
SYSTl-.MKs PORTES 23J
minâtes, don! sept secondes sont employées au transport par lequel la substance entraînée dans le torrent circulatoire fait le tour complet des deux cercles de la grande et de la petite circulation.
Dispositions particulières du système circulatoire du ns quelques organes. — Telles sont les conditions générales de la circulation, de ses [tressions, de ses vitesses en différents points. Mais le système des cônes que nous avons considérés jusqu'ici n'est pas partout aussi simple, et l'on rencontre dans diverses portions de L'appareil circulatoire des dispositions et des conditions purement physiques et mécaniques qui modifient la rapidité du cours dusang. Parfois un système capillaire particulier se trouve placé sur un point du cône artériel ou du cône veineux qu'il interrompt. C'est ce que l'on observe dans lesvaisseaux artériels du rein, au niveau des pelotons vasculaires qui constituent les glomèrules (le Malpighi. Là cette disposition a pour effet, en ralentissant le cours du sang. d'augmenter la surface de transsudation. Un fait analogue se présente dans le système de la veine porte : le sang fourni parle tronc cœliaque et mésentérique aux organes de la digestion est ramené par un grand nombre de veines dans un tronc commun, la veine porte. Mais celle-ci, au lieu d'aller se jeter immédiatement dans la veine cave, se ramifie d'abord dans le foie, à la manière d'une artère, en formant les vaisseaux afférents du foie, les capillaires hépatiques, et enfin les vaisseaux efférents ou veines sus -hépatiques, qui vont se jeter dans la veine cave. Tout ce systèmepeut être théoriquement représenté par un cône (fig. 82) partant du tronc aortique (a) et figurant les artères intestinales et leurs capillaires (G'C) ; à ce cône artériel succède un cône veineux représentant les origines et le tronc de la veine porte (SP) ; mais ce deuxième cône se continue avec un troisième disposé comme un cône artériel (où la circulation se fait du sommet vers la base) et figurant les ramifications de la veine porte dans le foie (GO). Par sa base (capillaire hépatiques), ce cône s'adosse à un quatrième cône représentant les veines sus-hépatiques. Ainsi, dans ce trajet, le sang parcourt un système de cônes double du système général et subit à chaque double base (chaque réseau capillaire C'G' et GG) les ralentissements que nous avons étudiés. Dans quelque région que ces dispositions se produisent, on donne toujours le nom de vaisseau porte ou de système porte à toute partie de l'appareil circulatoire dans laquelle le sang marche des capillaires d'un organe vers les capillaires d'un autre organe.
De plus les systèmes capillaires, interposés aux séries de cônes de l'appareil de la veine porte intestinale, par exemple, ne sup-
portent pas les mêmes pressions que les capillaires ordinaires. Au cun de ces systèmes n'étant à égale distance du ventricule gauche et de l'oreillette droite, ne peut. avoir une pression moyenne entre 1/100 et 25/100 d'atmosphère. La pression sera plus faible dans les capillaires hépatiques (fig. 82. 2. enC. G) puisqu'ils sont plus rapprochés de l'oreillette: plus forte dans les capillaires intestinaux, puisqu'ils sont plus rapprochés du ventricule gauche (C G', et V); cette dernière condition est très peu favorable, comme nous le verrons, à la théorie de l'absorption intestinale par simple endosmose. Nous verrons aussi que les systèmes capillaires du rein donnent lieu à des considérations semblables.
B. Propriétés et fonctions des vaisseaux. — Les condiy\ tiens générales de la circulation du sang, de ses pressions et de ses vitesses, conditions résultant uniquement de la disposition mécanique des canaux sanguins, peuvent être modifiées et compliquées par les propriétés physiologiques des parois des vaisseaux, artères, capillaires, veines.
1° Artères. — L'anatomie nous enseigne que les artères se composent de trois tuniques (fig. 83) ; de ces trois membranes, celle qui intéresse le plus le physiologiste, c'est la tunique moyenne; elle contient deux éléments essentiels ■ du tissu élastique et du muscle (muscle lisse, cellules contractiles). Le premier de ces éléments, le tissu élastique, domine presque seul au sommet du cône artériel, et l'aorte est presque uniquement formée de membrai jaunes élastiques; c'est pourquoi on donne à ces grosses artères (aorte, carotide) le nom d'artères à type élastique. Par contre, c'est l'élément musculaire qui est largement prédominant à la base du o . 'est-à-dire dans les parois des petites artères et des artérioles qui précèdent les capillaires, et c'est pourquoi on donne à ces vaisseaux le nom a artères à type musculaire .Dans les parties
Fig. v2. — Schéma des doubles cônes d'un système porte *.
* La superposition des deux schémas montre que les pressions ne sont pas les mêmes dans les capillaires d'un système porte et dans ceux de ia circulation générale.
1, Circulai. Ion générale. — V, Ventricule: — O, oreillette: — a, artères: — r,. veines; — C, capillaires ipression = 12 .
2. L'a système porte. — V. Ventricule: — O. oreille'.te; — o, artères: — C-.C-. premier système de capillaires pression = 18 : — S P. tronc porte; — C, C, deuxième système de capillaires pression = 6 ; — v. veine.
ARTÈRES — ELASTICITE
intermédiaires, les tissus élastique et musculaire se partagent la
composition de la tunique moyenne proportionnellement à la distancée laquelle le point considéré Be trouve de la base et du sommet du cône, de sorte qu'une diagonale qui, sur un schéma, partage obliquement l'épaisseur dos parois du cône artériel, représente parfaitement la richesse comparée des divers points des parois artérielles en tissus élastique et musculaire (fig. 84).
Lés artères sont donc, les unes très élastiques, les autres très contractiles. Grâce à ces propriétés, elles ne se comportent pas comme des tubes inertes ; elles conduisent le sang, mais en mocli-
Fig. S3. — Artère avec ses trois tuniques disséquées.
Fia. S4. — Cône artériel : composition des parois artérielles*.
liant les conditions premières (d'origine cardiaque) de sa circulation, et par le fait de leur élasticité et par le fait de leur contractilité.
Grâce à leur élasticité, les artères transforment la circulation et changent le jet intermittent du cœur en un jet presque continu. Dans les artères considérables et voisines du cœur, le jet est encore intermittent; mais à mesure qu'on s'avance dans l'arbre artériel, on le voit devenir presque continu. En effet, déduisant du débit de l'artère carotide celui de l'origine de l'aorte, on a pu calculer que chaque ondée sanguine est d'environ 180 grammes de sang. Cette quantité est énorme et il doit en résulter une forte dilatation de l'aorte élastique; aussitôt ses parois réagissent à leur tour sur le sang, le chassent vers le cône artériel, où, par une série de dilatations et de retours successifs de moins en moins sensibles, le cours saccadé du sang vers le sommet du cône devient à peu près régulier vers la région des capillaires (base du cône).
* Proportion dans laquelle l'élément élastique et l'élément musculaire entrent dans la composition de la paroi du cône depuis le sommet Al jusqu'à la base G, G; — 1, 1 élément musculaire; — 2, élément élastique.
En d'autres termes, l'artère, en se laissant dilater par l'afflux ventriculaire de sang, emmagasine une partie de la force d'impulsion du sang (diastole artérielle); puis, revenant sur elle-même, par retour élastique (systole artérielle, réaction élastique bien différente de la systole cardiaque qui est une contraction musculaire) l'artère restitue la force qu'elle avait emmagasinée. On conçoit donc que l'élasticité artérielle, en changeant le mouvement intermittent du sang en un mouvement continu, soulage beaucoup les efforts du cœur, ou, en d'autres termes, rend plus efficaces ses contractions. En effet, Marey a démontré que pour un écoulement constant, produit sous une même pression, les quantités de liquide écoulé dans un temps donné sont les mêmes lorsque le liquide sort par un tube rigide ou par un tube élastique; mais il n'en est plus de même pour un écoulement intermittent: dans ce cas le débit pour une même pression est beaucoup plus considérable par un tube élastique que par un tube rigide. Le cœur, à égalité de force dans ses contractions, produit donc une circulation beaucoup plus active en lançant son contenu dans des vaisseaux élastiques que dans des vaisseaux rigides. En d'autres termes, si les artères cessaient d'être élastiques, le cœur devrait augmenter l'énergie de ses contractions pour produire les mêmes effets de circulation. C'est ce que l'on observe, du reste, dans Yathérome; dans cette affection, les artères s'incrustent de sels calcaires et deviennent rigides. Aussi voit-on le cœur s'hypertrophier pour parvenir à produire, sans le secours de l'élasticité artérielle, le même travail que précédemment. L'élasticité artérielle, mise en jeu à chaque systole ventriculaire, emmagasine, puis restitue, lors de la diastole cardiaque, une certaine quantité de force qui, dans un tube rigide, est dépensée dans les frottements (V. plus loin : Dicrotisme).
Quant à la contractante des artères, quant au rôle de leurs éléments musculaires (fibres cellules ou fibres lisses circulaires), si abondants au niveau des petites artères, nous verrons qu'il a pour but, sous l'influence des nerfs (Y. Vaso-moteurs), de modifier les circulations locales par la contraction (anémie) ou la dilatation (hyperémie, rougeur) des petits vaisseaux.
Du pouls. — H y a donc au sommet du cône artériel, à chaque systole du ventricule, une augmentation brusque de pression, un choc, et par suite une onde très sensible, c'est-à-dire une vibration de la colonne de sang artériel, choc ou vibration qui se sent encore dans les artères moyennes et disparaît d'ordinaire vers les capillaires. C'est pourquoi, lorsqu'on applique la pulpe d'un doigt au niveau d'une artère superficielle et telle qu'elle puisse être légèrement comprimée contre un plan osseux (art. radiale à l'extrémité
ARTÈRES — POULS ARTERIEL 235
inférieure du radius; faciale au niveau du maxillaire inférieure; pêdieuse au niveau de la partie antérieure du tarse), on constate des changements rythmiques dans la consistance que présente cette artère; le doigt reçoit l'impression de soulèvements, de battements réguliers, auxquels on adonné le nom de pulsation artérielle, de pouls artériel, ou simplement de pouls. Ces manifestations de la pulsation artérielle résultent des changements qui surviennent dans la pression ou tension artérielle; ces changements sont produits par les mouvements du cœur, qui, à chaque systole ventriculaire, lance dans l'arbre artériel une masse de sang égale à environ 180 ou 200 grammes; et, en effet, le pouls artériel est sensiblement synchrone avec la contraction des ventricules, c'est-à-dire avec le choc précordial, signe extérieur de cette contraction. La sensation de choc, éprouvée par le doigt qui déprime une artère, tient au durcissement subit de celle-ci, lorsqu'une ondée sanguine, poussée parle ventricule dans le système artériel, vient augmenter subitement la tension du sang dans ce système. A ce moment, l'artère, qui est élastique, se laisse dilater par cette augmentation de pression : on peut dire encore que la pulsation perçue par le doigt, le pouls, est la manifestation de la diastole artérielle.
Quelque simple et évident que paraisse le fait sus-indiqué, à savoir que le pouls correspond à la systole ventriculaire et qu'il est produit par l'augmentation de pression dans les artères, la confusion sur la nature même du phénomène pulsatif serait trop facile si l'on n'avait soin de bien préciser les rapports exacts entre les trois facteurs que nous avons mentionnés : sensation de soulèvement ou de diastole perçue par le doigt; augmentation de la pression sanguine ou tension artérielle, et arrivée dans l'arbre artériel du sang chassé par le ventricule. C'est cette nouvelle masse de sang qui, venant s'ajouter à celle qui était déjà contenue dans les artères, et la poussant devant elle, augmente la tension vasculaire et produit la diastole artérielle ; mais ce n'est pas à dire qu'en percevant la diastole artérielle le doigt assiste pour ainsi dire au passage dans l'artère en question du sang que vient de lui envoyer le ventricule; il perçoit seulement le choc que le sang sorti du ventricule a transmis successivement aux colonnes de liquide placées au-devant de lui ; ce n'est pas Y ondée ventriculaire qui passe sous le doigt au moment du pouls, c'est Y onde ou vibration qu'elle a produite dans la colonne sanguine, qui soulève la paroi artérielle et devient perceptible. Il sera facile de comprendre cette distinction en invoquant un certain nombre de faits élémentaires plus ou moins familiers au médecin. 1° Quand une grosse artère (la crurale, par exemple) vient d'être liée dans le moignon d'une cuisse amputée, on voit encore ce bout de vaisseau, terminé en cul-de-sac, se soulever à chaque contraction cardiaque par une sorte de locomotion artérielle; cependant le sang n'y circule plus à proprement parler, il le remplit seulement et il le remplit sous des pressions
variables, c'est-à-dire avec augmentation brusque de pression à chaque systole ventriculaire, avec diminution de pression dans l'intervalle de ces systoles, puisque le sang s'échappe alors par les collatérales qui naissent en arrière de 'a ligature ; ces soulèvements du bout de l'artère liée ne sont autre chose que le pouls devenu ici sensible à la vue: 2° il est un petit appareil de physique destiné à montrer les effets de l'élasticité des corps solides et qui consiste en une série de billes d'ivoire suspendues par des fils à une règle horizontale, de manière à ce qu'elles soient en contact et forment elles-mêmes une rangée linéaire horizontale. Quand à une des extrémités de cette série on écarte une de ces billes pour la laisser brusquement retomber sur celle qui suit, celle-ci, non plus que la troisième, ni la quatrième, ne se déplacent; la dernière seulement, celle qui est à l'extrémité de la série, s'écarte de celle qui la précède; c'est que le choc s'est transmis, de molécule à molécule, d'une bille à l'autre, sans déplacement des billes jusqu'au niveau de la dernière, qui, étant libre, s'est trouvée dans les conditions suffisantes pour que le choc se traduise par un mouvement : ainsi le choc s'est transmis indépendamment du mouvement. De même le choc produit par la systole cardiaque se transmet de proche en proche au contenu des artères, mais la propagation de ce choc est chose distincte du mouvement du sang-, quoique de fait ce mouvement ait, comme précédemment, ce choc ou cette augmentation de pression pour cause mécanique.
Ces deux exemples peuvent déjà faire comprendre qu'il ne faudra pas confondre la force du pouls avec l'énergie de la circulation, la vitesse du pouls avec la vitesse de la circulation : la circulation consiste dans le déplacement du sang; le pouls, qui se transmet du cœur aux artères, consiste dans la progression d'un choc, d'une oscillation qui se propage d'une tranche de la colonne sanguine à une autre tranche, alors même que cette colonne est immobile, et, en tout cas, indépendamment des mouvements de cette colonne. Lorsque le chirurgien, pour s'assurer de la nature liquide du contenu d'une tumeur, produit ce qu'on appelle la fluctuation, il applique d'un côté de la tumeur la pulpe des doigts de la main gauche, tandis que de la main droite il produit un choc brusque sur le côté opposé de la tumeur; ce choc est transmis, par le liquide, sans déplacement réel de celui-ci, jusqu'au niveau des couches sous-jacentes à la main gauche qui le perçoit comme un léger soulèvement. Cette fluctuation ainsi produite, et qui n'est qu'une forme peu différente de l'expérience sus-indiquée avec des billes d'ivoire, cette fluctuation est un phénomène identique à celui du pouls : ici la main droite représente la colonne sanguine qui transmet le choc cardiaque indépendamment du mouvement de la circulation
Le pouls, qui traduit l'augmentation de pression artérielle, est donc une oscillation qui se propage : les comparaisons qui précèdent permettent de le comprendre; il s'agit maintenant de le prouver, c'est-à-dire de démontrer que la vitesse de propagation de cette oscillation est complètement différente, indépendante de la vitesse de la circulation. Rappelons d'abord la comparaison qu'a faite Weber entre les ondes pulsatiles et les ondes formées a la surfa:e de l'eau par la chute d'un corps. Quand un corps tombe dans une masse liquide, il détermine des ondes, visibles à
ARTÈRES — POULS ARTERIEL 237
l'œil sous l.i forme des soulèvements désignés vulgairement sous le aora de vagues, qu'on voit progresser en s'éloignant du point où le corps est tombé; ces vagues ne Boni nullement constituées par les portions lignifies qui ont été mises en contact avec le corps en question et qui se seraient déplacées; elles sont constituées non par un déplacement de la matière même, mais par un mouvement se propageant à travers les molécules funda ^(in est materia progrediens, sed forma materiez prot/rediens). Si le corps tombe dans un liquide en mouvement, les ondes qu'il y produira se propageront indépendamment du mouvement du liquide- de m< l'onde pulsatile produite dans la colonne sanguine se propage du centre à la périphérie, indépendamment du mouvement du sang. Nous avons dit précédemment que le pouls était synchrone au choc cardiaque, à la systole yentriculaire ; c'est une indication qui répond à la constatation grossière que nous pouvons faire à l'aide de nos sens, en dehors de l'usage des appareils de précision : l'oreille appliquée à la région précordiale, et le doigt qui déprime l'artère, nous donnent deux sensations qui paraissent simultanées, mais qui, en réalité, ne le sont pas et ne sauraient l'être * en eilet, comme toute onde qui progresse dans un liquide, le pouls ne saurait se présenter simultanément dans tout le système artériel ; il'doit se montrer plus tard dans les artères éloignées du cœur que dans les plus voisines c'est-à-dire progresser du cœur vers les capillaires avec une vitesse telle que le retard du pouls radial sur le choc cardiaque échappe à nos sens mais ne saurait échapper aux recherches faites avec des appareils de précision. C'est ce qu'ont démontré les expériences de Czermak* il a prouvé par des recherches très exactes (sphygmographe à miroir), que tandis que le mouvement du sang diminue de vitesse à mesure qu'on se rapproche des capillaires (V. plus haut, p. 227), la vitesse de propagation de l'onde pulsative va, au contraire, en augmentant du centre a la périphérie, qu'elle est plus considérable chez les vieillards et les adultes que chez les enfants, résultats qui montrent bien qu'il ne faut pas confondre nous l'avons déjà démontré, le pouls, sa vitesse, sa forme, avec la vitesse du sang et l'activité de sa circulation. Onimus a particulièrement insisté sur ces caractères de l'onde pulsative.
On peut par l'expérience constater directement les ondes de la colonne sanguine en mettant un manomètre en communication avec le vaisseau; on constate alors facilement des soulèvements et des abaissements successifs. On a essayé de fixer ces ondulations au moyen du kymographion de Ludwig (fig. 85), qui n'est qu'une modification de Xhèmodynamomètre que nous avons étudié plus haut. A la surface de la colonne mercurielle du manomètre (en a, fig. 85) se trouve un petit flotteur portant à sa face supérieure une tige verticale b articulée avec une seconde tige horizontale c, munie d'une pointe qui touche un cylindre tournant noirci au noir de fumée (d, d'J. Si ce cylindre était immobile, le stylet tracerait des lignes verticales; mais comme il tourne régulièrement, il en résulte que le stylet trace des ondulations qui, selon qu'elles sont à con-
vexité supérieure ou inférieure, sont dites positives ou négatives ; elles correspondent, les premières aux systoles ventriculaires, les secondes au repos du cœur.
Le sphygmographe de Marey, applicable à l'artère radiale de l'homme, donne des résultats semblables ; c'est un appareil enregistreur (V. fig. 86 et 87 et leur explication), qui note les impultions que lui imprime l'artère, grâce à un petit levier qui appuie
sur cette artère, comme y appuie le doigt du médecin qui explore le pouls. D'après la longueur de chacune de ces ondes on peut établir la durée comparative de la systole et de la diastole. On constate ainsi toutes les modifications de la circulation (fig. 88).
Fig. 85. — Kymographion.
On a pu ainsi montrer que le dicrotisme du pouls, manifestement sensible au toucher dans certaines maladies, n'est qu'une exagération d'un dicrotisme que l'onde sanguine présente toujours normalement. Ce dicrotisme consiste en un petit soulèvement qui interrompt la ligne de descente du tracé (fig. 88, en d), c'est comme une seconde pulsation qui se produit après la première. Les recherches de Marey, de Vivenot, de Duchek, ont élucidé le mécanisme de ce phénomène: on l'attribuait d'abord à une onde en retour produite soit par l'abaissement des valvules sigmoïdes, soit parle reflux d'une pulsation qui se réfléchit à la terminaison de l'aorte sur l'éperon qui résulte de sa bifurcation en deux iliaques. Tout démontre aujourd'hui que le dicrotisme est dû à l'élasticité de l'artère qui, distendue par la systole ventriculaire, revient à son volume primitif (systole artérielle). La petite ascension qui interrompt la ligne de descente (fig. d) nous marque précisément le moment où, comme nous le disions plus haut, l'élasticité artérielle restitue à l'ondée sanguine la force qu'elle avait miniagasinée, et qui se serait perdue, dépensée en frottements dans un tube rigide (V. plus haut, p. 234).
La fréquence du pouls (nombre des battements, des systoles du cœur et par suite des diastoles artérielles) varie suivant les animaux : à cet égard cette fréquence semble être en raison inverse de la taille: on compte, par minute, 32 pulsations chez le cheval, 100 chez le chien, 140 chez le lapin, 180 chez le cochon d'Inde. Chez l'homme cette fréquence varie avec l'âge: elle e*t de 140 à 180 chez le nouveau-né ; 100 à 115 chez l'enfant d'un an ; 90 à 100, puis 80 à 85 dans l'enfance et jusqu'à l'âge de quatorze ans ; 70 à 75 chez l'adulte ; chez le vieillard, le pouls, loin de se ralentir, prend de la fréquence. Le nombre des battements est plus grand après le
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repas et surtout après les exercices corporels, plus grand chez les femmes que chez les hommes.
Contracta iir des artères. — Outiv ces propriétés élastiques, grâce auxquelles les artères régularisent la circulation générale,
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ces vaisseaux peuvent encore, par la contraction de leurs muscles lisses, modifier activement leur calibre et par cela même la circulation . Gomme le muscle abonde vers les petits vaisseaux (V. fig. j84, schématique), ce sont surtout les circulations locales qui sont*ainsi
modifiées, ainsi que nous l'avons sommairement indiqué plus haut (V. p. 234) : ces variations de diamètre sont peu sensibles sur les
Fig. 88. — Tracé sphvgmograpliique du pouls normal.
artères volumineuses. Ces propriétés contractiles sont utilisées en chirurgie, et les hémostatiques que l'on emploie sont utiles non
seulement parce qu'ils coagulent le sang, mais encore parce qu'ils excitent la contraction des artérioles et diminuent ainsi leur calibre ; le froid est surtout apte à amener ces contractions, ainsi qu'on peut le vérifier sur le mésentère de la grenouille (expérience de Schwann) ; les artérioles diminuent dans cette circonstance des 6/7 de leur largeur (fig. 89). A l'état normal, le muscle artériel est tantôt contracté, tantôt relâché ; mais tout en tenant compte des variations de calibre et des modifications de la circulation qui en résultent, on ne peut y voir, du moins chez les animaux supérieurs, des contractions rythmiques capables d'aider celles du cœur. Le muscle artériel ne prend aucune part aux pulsations ; il est purement passif dans ce phénomène, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut.
Fig. S9. — Contractions des petites artères*. 2<> CâDillâireS. Les Capil-
laires sont des vaisseaux de très petit calibre : dans les plus petits,
* Contractions irréguliëres ides, petits vaisseaux de la membrane natatoire d'une grenouille. La contraction a. été provoqués par une irritation ^Wharton Jones,.