USAGES GENERAUX DE LA CIRCULATION
pêche cette coagulation. Aussi ne trouve-t-on généralement sur le cadavre
des caillots que dans les veini
Quand les veines du cadavre sont gorgée8 du Bang exprimé «lu système artériel, la coagulation commence à s'y produire dans les couches centrales qui sont le plus loin de la paroi; ici la coagulation de la fibrine est rapide, elle englobe les globules rouges de cette partie du sang, et c'est pourquoi le centre des caillots veineux est toujours rouge ou noir, présente en un mot l'aspect cruorvjue.
Les parties plus périphériques du contenu des veines restent toujours au moins vingt à vingt-quatre heures avant de se coaguler complètement ;
si qu'ici l'action de contact de la paroi vivante continue à faire sentir son influence. En effet, lorsque a lieu la mort générale, lorsque la dernière expiration et le dernier battement du cœur ont eu lieu, il s'en faut de beaucoup qu'avec cette mort coïncide la mort de chaque élément anatomique: nous avons vu que les muscles et les nerfs restent encore longtemps excitables, que répithélium de la vessie s'oppose encore pendant plusieurs heures à tout phénomène d'absorption; nous verrons que les épithéliums vibratiles continuent encore leurs mouvements pendant huit ou dix heures ; il en est de même de Yendothélium des vaisseaux sanguins, et ce n'est qu'après sa mort complète, qu'après vingt ou vingt-quatre heures, que la coagulation des couches les plus périphériques du sang veineux peut s'effectuer : souvent on extrait des vaisseaux d'un cadavre déjà en rigidité cadavérique un liquide sanguin qui, placé dans un vase, au contact de l'air, se coagule bientôt, presque comme du sang extrait de l'animal vivant.
La coagulation étant ainsi très lente à se produire dans le cadavre, nous avons là toutes les conditions qui favorisent la séparation de la fibrine et des globules, qui déterminent la formation d'une couenne (Y. Sang couenneux, p. 202). Ensuite les vaisseaux peuvent être considérés comme formant un réservoir de forme compliquée, dans lequel, pendant la coagulation, fibrines et globules se déposent par couches selon les lois de la pesanteur les globules vers les parties déclives, la fibrine vers les parties plus élevées, sous forme de caillots décolorés- ; de là les c.illots mixtes, ou formés en partie de caillots cruoriques (centre et parties déclives des masses coagulées), et en partie de caillots décolorés ou couenneux. Dans ces derniers, comme dans la couenne formée après coagulation dans un vase, on trouve une très grande quantité de globules blancs, réunis parfois en si grand nombre qu'ils forment de petits amas qu'on prendrait facilement pour des amas de pus.
La disposition de ces caillots mixtes est déterminée par la position du cadavre dans l'agonie. Ainsi dans la veine cave, le cadavre étant d'ordinaire couché sur le dos, le caillot est décoloré vers le voisinage du cœur, puis il devient foncé vers la région lombo-dorsale, qui est plus déclive ; puis de nouveau décoloré vers l'angle sacro-vertébral, qui est un peu plus élevé, il reprend l'aspect cruorique dans les veines iliaques et surtout dans les iliaques internes. Les caillots des veines pulmonaires sont toujours très foncés, vu leur position déclive ; en changeant la position du cadavre, en le renversant pendant que se forment les caillots, on renverse la disposition de ceux-ci et on obtient des caillots mixtes de composition inverse.
On voit combien ces faits sont intéressants et de quelle utilité ils peuvent être, par exemple, en médecine légale pour déterminer la position dans laquelle s'est trouvé un cadavre pendant les vingt-quatre heures qui ont suivi l'agonie. Tous ces faits sont le résultat de la singulière propriété dont jouit la paroi interne du vaisseau d'empêcher la coagulation.
Résumé. — A. Le cœur est l'organe central de la circulation. L'oreillette agit en se laissant facilement distendre par le sang veineux (élasticité) et en chassant par une contraction très rapide (durée. 1 5 de la révolution cardiaque), son contenu dans le ventricule, avec léger reflux dans l'origine des veines.
Le ventricule, par une contraction énergique et d'une durée appréciable, lance le sang dans l'origine des artères (pulmonaire et aorte) : le reflux ne peut se faire vers l'oreillette, parce que les voiles auriculoventriculaires (valvules mitrale et tricuspide) sont appliquées parla contraction des muscles papillaires les uns contre les autres et contre la paroi ventriculaire, d'où occlusion parfaite de l'orifice correspondant.
Le cœur effectue chez l'adulte environ soixante-dix à soixante- quinze contractions par minute : chacune de ces contractions se révèle à l'extérieur par : 1° le choc du cœur, attribué à un mouvement de recul ou de ton de cet organe, mais qui est dû en réalité au changement de consistance du muscle cardiaque en contraction : 2° le premier bruit, synchronie à la systole ventriculaire, et dû à la tension des replis (valvules) auriculoventriculaires par les muscles papillaires; 3° le second bruit, synchrone au début du temps de repos, et dû au redressement brusque des valvules sigmoïdes, aortiques et pulmonaires.
Les résultats mécaniques de la systole ventriculaire sont que : à chaque systole il entre dans l'aorte 175 à 180 grammes de sang, à une pression de 180 à 190 millimètres de mercure (15 d'atmosphère) et avec une vitesse de 40 à 50 centimètres.
B. Les artères. — L'arbre artériel forme un cône dont le sommet est au ventricule et la base au niveau du système capillaire. Dans ce cône, la pression du sang (hémodynomètres divers) va en diminuant du cœur vers les capillaires; telle est la cause de la circulation. Quant à la vitesse elle est en chaque région du cône artériel en raison inverse de la surface de section correspondant à cette région du cône. Il en est de même pour la vitesse dans le cône veineux : la vitesse va donc dans le système artériel en diminuant du centre à la périphérie, et dans le cône veineux en augmentant de la périphérie au centre. La nappe de sang contenue dans les capillaires est ainsi comme le lac du fleuve sanguin.
La vitesse générale de la circulation est très grande : il suffit de quelques secondes pour qu'une substance toxique introduite dans le sang fasse le tour de la circulation (quinze secondes).
On nomme vaisseau porte, système porte, toute partie de l'appareil circulatoire où le sang marche directement d'un système capillaire vers un autre système capillaire : veine porte hépathique, veine porte rénale (vaisseau efférent du glomérule).
La tunique moyenne des artères est la plus importante à considérer au point de vue physiologique; elle renferme des fibres musculaires lisses et «les éléments élastiques; dans les artères de moyen calibre, ees deux éléments anatomiques (muscles et tissu élastique) se partagent à peu près également la constitution de la tunique moyenne ; mais dans les grosses artères (aorte, sommet du cône artériel), le tissu élastique règne seul, tandis que dans les artérioles (vers la base du cône artériel), c'est l'élément musculaire qui finit par prédominer complètement.
Le tissu élastique sert à régulariser la circulation générale, en transformant le jet intermittent du cœur en jet continu.
Le tissu musculaire sert à régler les circulations locales (Y. Nerfs vaso-moteurs).
On nomme pouls la sensation de soulèvement brusque que le doigt éprouve lorsqu'il palpe une artère reposant sur un plan osseux ; il sent alors V onde sanguine (ou vibration causée par le choc de la masse de sang que le ventricule lance dans l'aorte) ; il ne faut pas confondre cette vibration, ce pouls avec le mouvement lui-même du sang en circulation (la vitesse de propagation de l'onde pulsatile est de 9 mètres par seconde; celle de la circulation à l'origine de l'aorte est seulement de 40 à 50 centimètres par seconde).
Le dicrotisme du pouls est un phénomène normal, exagéré par certains états morbides, et qui est dû à une seconde onde causée par la réaction du tissu élastique des grosses artères (aorte, systole artérielle).
Les capillaires, formés en apparence d'une membrane amorphe avec des noyaux, sont constitués en réalité par des cellules plates soudées par leurs bords (endothélium vasculaire). Le système capillaire est le lieu des échanges des matériaux soit avec les organes, soit avec les milieux ambiants (poumon).
C. Les veines étant très dilatables, servent jusqu'à un certain point de réservoirs au sang, qui, du reste, y circule par la vis a tergo et grâce à ce que les valvules sont disposées de manière à utiliser dans le sens du cours du sang toutes les causes de compression du vaisseau (contraction des muscles voisins).
Innervation de l'appareil circulatoire. — Le pneumo gastrique est le nerf modérateur, et le grand sympathique le nerf accélérateur du cœur. De plus, le cœur contient dans l'épaisseur même de ses parois de petits ganglions dont les uns jouent le rôle de centres modérateurs, les autres celui de centres accélérateurs. C'est pour cela que le cœur, arraché de la poitrine, continue encore à battre plus ou moins longtemps, selon les espèces animales.
Le rythme du cœur est dû à une propriété particulière de la fibre musculaire cardiaque elle-même (périodes d' 'inexcitabilité de cette fibre).
Les vaso-moteurs sont les nerfs qui innervent les vaisseaux (tunique moyenne musculaire des artérioles). Ces nerfs nous sont représentés dans leur trajet périphérique par les filets du grand sympathique (expérience de CI. Bernard par section du cordon cervical du sympathique chez le lapin: vascularisation de l'oreille). Les uns sont vaso-constricteurs, les autres sont vaso-dilatateurs. L'action de ces derniers s'explique par une
action suspensive ou d'arrêt analogue à celle que le pneumogastrique exerce sur le cœur.
La fièvre résulte d'une action exagérée des nerfs vaso-dilatateurs, qui sont en même temps calorifiques (Cl. Bernard).
Le système lymphatique se compose, d'une manière générale, d'un ensemble de vaisseaux qui. ramenés à un schéma semblable à celui des vaisseaux sanguins, se présentent sous la forme d'un cône dont le sommet vient s'aboucher dans le système veineux (canal thoracique et grande veine lymphatique se jetant dans les sous-clavières ) tandis que la base (capillaires) se trouve en rapport avec différents tissus, notamment avec la peau et les muqueuses (fig. 90): dans ces membranes, les origines des capillaires
lymphatiques ont lieu par des réseaux primitifs si superficiels qu'on peut regarder la base du cône lymphatique comme fermée par les membranes épithéliales (fig. 90) ; aussi quand on dépose une substance dans la peau, c'est comme si elle était déposée dans l'origine des lymphatiques ; de là sa rapide absorption ; elle se mêle à la lymphe pour se déverser avec elle dans le torrent circulatoire mous reviendrons dans un instant sur les opinions aujourd'hui émises relativement aux origines des lymphatiques).
La lymphe, contenu des vaisseaux lymphatiques, est un liquide très coulant, clair, transparent, jaune très pâle, il contient en suspension une grande quantité de globules blancs identiques à ceux du sang.
La lymphe, contenue dans les lymphatiques généraux, et le chyle contenu dans la partie du système lymphatique spécial à l'appareil digestif (Y. Digestion), ne sont pas deux liquides aussi différents qu'on pourrait le croire au premier abord et que le pensaient les anciens (vaisseaux lactés d'Aselli et de Pecquet; vaisseaux séreux d'Olaus Rudbeck1). L'un et l'autre liquide con-
i.Aselli (ou Asellio), médecin italien (i5$l-iô26)'professeur à Pavie, où. en 1622, ouvrant l'abdomen d'un chien en digestion, il vit, dans le mésentère, des cordons blancs qu'il prit d'abord pour des nerfs ; mais, ayant piqué le cordon,
* E, E, surfaces épithéliales, base du cône lymphatique L, L, L; — ce cône est en rapport par son sommet avec le cône veineux Vn; — Art, cône artériel; — V, ventricule gauche; — Y-, ventricule droit; — O, oreillette gauche; — O', oreillette droite; — SP, système pulmonaire.
Fig. 90. — Schéma du système lymphatique *.