SOIXANTE 'DIXIÈME LEÇON
(Suite.)
lES HÉTAUX DU SANG. — DES GAZ DU SANG. — SUCnE. — LAC- TATS DB SOUDE. — MATIÈRES GRASSES. — ACIDES HIPPUBIQI}K| LACTIQUE, ETC. — SELS DU SANG.
Des métaux du sang.
Messieurs ,
Sous ce titre, je parlerai de la présence da fer, da' manganèse, du enivre , et da plomb, dans le sang. •
Le fer y en raison de sa proportion plos considérable , et proi«blenieat aussi de son mode de combinaison, joue le rôle le plus important.
Quoique h connaissance de la présence du fer dans le sang remonte an delà du milieu du dernier siècle, c'est de nos jours seulement que certaines particularités relatives à la place qull occupe parmi les nombreux principes immédiats du sang ont été mises en parfaiite évidence.
Avant de découvrir le fer parmi les éléments du corps des animaux , on Pavait aperça dans les» cendres de certains végétaux, et on croyait que, parmi les êtres organisés, les végétaux seuls avaient ce métal au nombre de leurs parties constituantes. On reconnut ensuite Texistence d'une petite proportion de fer dans les os des animaux. Enfin la découverte du fer dans le sang fut faite par des savants italiens. Badia le trouva dans le sang d'une jeune fille épileptique (1), Galeati Ty montra aussi (2).
(t) Balicr, EUm. physioL, U 11, p. 119.
(2) De Bononiensis scient, et artium instituto comment-, t. Il, part Ut P.3S.
Mais Menghiai (I) fit à cette occasion des recherches trës-muUipliées , et fort soignées aussi pour l'époque. Il trouva le fer dans le sang de Tbomme, du chien, du cheval, du bœuf, des oiseaux , des poissons , des grenouilles. L'homme en avait plus que les autres animaux, puis venaient les quadrupèdes à sang chaud. Il en trouvait beaucoup moins dans le sang des grenouilles et des oiseaux , moins encore dans le sang des poissons. Bientôt des expériences furent faites en Allemagne , et notamment par un jeune homme distingué , Rhadfes , qui travailla sous la direction de Haller (2).
Les travaux de cette époque tendent plutôt à établir qu'il y a du fer dans le sang qu'à montrer la place qu'il y occupe. On agit sur toute la masse du sang, on le calcine; on obtient une cendre rouge , que Ton compare au safran de mars. L'aimant attire dèl particules de cette cendre bien pulvérisée. Il agit même , dit Menghini (3 ), sur les particiiles du fer du sang douce* ment desséché. Un auteur anonyme fort érudit (4) avait montré comment, des cendres du sang, on pouvait retirer le fer métallique. Enfin divers réactifs des préparations de fer avaient décelé sa présence dans les cendres du sang. Je répète qu'on agissait sur le sang en masse , aussi Menghini mettait-il le fer dans le sérum et le caillot; cependant il dit que le cruor, et surtout les globules, en contiennent davantage (6).
A une époque plus rapprochée de la nôtre , on met le fer dans la matière colorante, mais on tombe dans une erreur singulière à cet égard; on professe que c'est le fer qui est coloré dans le sang , d'où il faut conclure qu'il n'y a pas de matière colorante existant à l'état de principe immédiat. Quant à la combinaison ferrugineuse qui serait colorée , Sage et Gren (6) disent que c'est
(l)/6cU,p. 244.
(2) Disseriaiio de fisrro smguMs; Gœttiogue, 1753.
(3) Loc, cU., p. 245.
(4) HaUer, Blem. physioL, t. Il, p. 119.
(5) Paratur potissimum, e«i ipso cmore/exque rubris globulis (Haller, p. 120).
(6) John , Tableaux chimiques du régne animal, p. 35 ; 1816.
COMPOSmON ou SANG. 107
Aa^hoipbBte de fer; Deyeux et Panneatier (1), que c*e$t un OKfdf de fer dissous par la soude; Fourcroy et Vauquelîa, que c*etf OD soos-pbosphate de fer. Fourcroy éooace cette proposition a ces termes , dans son Système des connaissances cldiniques, t OL , p. 163 : < Nous avons trouvé , M. Vauquelin et moi , que le phosphate de fer suroxygéné est avec excès de base ; que ce fhflsphite se dissout très-bien , et par la plus légère agitation ou kbroîement, dans le blancd'œuf cru et dans lesérum du sang..., ea offtaut sur-le-champ une couleur rouge très-forte , qui imite celle du saog. Un peu d*alcali fixe pur accélère cette dissolution , el h rend plus complète et plus vive dans sa couleur. »
L'opinioa que le fer oxydé ou à Tétat de sel est lui-même la couleur du sang n*est pas soutenable ; il n'y en a pas assez pour cette intensité de couleur, et d'ailleurs cela ressemblerait plus i la rouille qu*î la couleur foncée du sang. Berzelius allégua en Mtre, en 1808 , qu'aucun réactif ne décelait le fer dans le sang, et que dans les cendres seulement de la matière colorante ( telle qa'oQ U oonnaissaii alors) se trouvait le fer qui en faisait partie (2).
Dans Vespèce de réaction qui s'établit contre Topinion de Fourcroy et de Vauquelin], on alla probablement trop loin ; car, reeonnaissant avec Wells, qui Tavait dit en 1797 (3), et par conséquent avant Berzelius lui-même, que la matière colorante ttt vu principe immédiat organique, on nia que le fer fût Cttentid à sa constitution et s'y trouvât à titre d'élément. Telle ht Topinion que Brande (4) développa. Vauquelin, renonçant isa première théorie, embrassa celle de Brande et lui donna Tippui d'uQe savante analyse , dans laquelle il s'égara cepenènt (5). Ayant préparé des dissolutions acides de la matière colo-
(1) Journal de pkyûque, p. 438 ; 1794.
(2) london medico-chirurgical transactions, vol. 111» p. 213. f3; Philoiophicai transactions, 1797, p. 416.
(4) JiHd., 1812, p. 90.
(5) Ifote sur le principe colorant du sang des animaux {Annales de ckimu et de physique , 1. 1 , p. 9 ; 1816 j.
rante du sang, il constate que ni Tacide gallique ni le prussiate de potasse n'en changent la couleur, ce qui annonce, dit-il, qu'Une contient pas de fer. Il mettait donc ce métal dans les autres principes du sang.
Certes , quand un chimiste comme Vauquelin avance que les réactifs ne démontrent pas l'existence de ce métal dans la dissolution ^de matière colorante, on doit croire que effectivement cette réaction manque. C'est ce que Berzelius reconnaît; mais cela prouve tout simplement que le fer engagé dans une combinaison particulière ne peut être démontré par Tacidc gallique ou par le prussiate de potasse. Si Vauquelin eût incinéré la matière colorante, il eût trouvé le fer, car il y eût mieux regardé que Brande. Vauquelin laissait en outre , comme Ta prouvé Berzelius, beaucoup de matière colorante et par conséquent beaucoup de fer dans le caillot. Enfin , Messieurs , vous regarderez sans doute comme un fait assez piquant que M. Le Canu , s'étant procuré de la matière colorante du sang préparée par Fauquelin, et conservée dans le laboratoire de ce célèbre chimiste, en ait retiré, après l'avoir incinérée, une assez grande quantité de fer à Tétat de peroxyde (1).
M. Le Canu , ayant le premier obtenu la matière colorante pure , a constaté, plus nettement encore qu'aucun de ses prédécesseurs , que le fer appartenait à celte matière. Il prouve par une série d'expériences qu^en enlevant au sang, à Vaide de manipulations fort différentes, tantôt tout, tantôt partie de la matière colorante , on lui enlève en même temps tantôt tout , tantôt partie de son fer. 11 conclut en ces termes : 1® le sang contient du fer; 2^ le fer du sang , après l'acte de la coagulation, se retrouve tout entier dans le caillot; 3® ce fer parait essentiel à la constitution de la matière colorante, puisqu'aucun procédé connu ne la fournit exempte de ce métal.
Bien que cette troisième proposition ait semblé devoir fixer la science , il est cependant resté encore un sujet de débat. Posons
Le Canu, Études chimiques sur le sang p. 21 ; Parts , 1837.
«piestioD. La matière colorante, qui bien certainement €Mi ûttodée au fer dans te sang, peut-elle exister comme
ïère colorante sans fac(/onction du fer? Vous venez de e solutûMi négative ; mais Gmelin se prononce pour l'af-
LliTe. 11 est certain que rexpérience qui est considérée comme ci|itile sur ce point de chimie organique peut recevoir deux ■terpréUtioiis. Voas traitez Thématosine par le chlore , et vous b décolorez. Sans doute cela peut tenir à ce que le chlore a enleré k fer; mais cela peut être dû aussi à ce que le chlore, enleTant nqrdrogine, détruit Thématosine comme il détruit toutes les autres matières colorantes organiques. Et comme , dans cette dernière hypothèse , il se forme de Tacide chlorhydrique , il est loot natorel que cet acide enlève Toxyde de fer. Bien plus , un cscès d'adde chlorhydrique ou sulfurique, ajouté à froid au sénm coatenant de l'hématine, enlèverait , suivant Gmelin, le fer à cette substance sans la décolorer ; et , d'une autre part , lorsqa*OD a enlevé au cruor sa matière colorante en le traitant à piusleuTs reprises par Talcool, ce qui reste, bien que décoloré, donne encore de J*oxyde de fer lorsqu'on le réduit en cendres. Quelque îoiposantes que soient ces considérations, je crois, avec Berzelius, M. Le Canu, et autres , que la matière colorante ne peut exister sans le fer (1).
II reste enfin une petite difficulté sur un point secondaire. Quel est Fétat du fer dans la matière colorante ? Berzelius avait dit, dans son premier travail (2), que leferétaitàTétat métallique dans le sang, et figurait dans la matière colorante, comme Toxygène, Thydrogène, le carbone et Tazote. Berzelius se fondait sur ce que le chlore extrait le fer du cruor; or le chlore a de Taffinité plutôt pour les métaux que pour les acides. Cette opinion a rallié un grand nombre de suffrages. Cependant En*
(1) M. Santon , tbète dtée, a cependant prétendu avoir préparé une matière cotorante exempte dé fer. M. Le Canu montre que cette couleur était mi proàut de réactioD.
(2; london medieO''Chinirgical transactions ,iiA. 111, p. 213,
gelhart (1), MM. Prévost et Dumas (2), croient qu'il est à l'état d'oxyde , et font remarquer que rarement la matière animale se combine avec un métal pur, mais plus ordinairement avec les oxydes. A l'objection que Tammoniaque , le tannin, les alcalis caustiques, ne décèlent pas cet oxyde , on peut répondre avec Rose que les malières organiques, et notamment les matières albuminoides, retiennent de même une foule d'oxydes métalliques. Cette affinité devrait être bien intime dans le cas qui nous occupe, puisque Tacide chlorhydrique lui-même, comme le fait remarquer Berzelius , qui en cela ne pensait pas comme Gmelin, n'extrait pas Toxyde de for du sang, et le précipite seulement avec le cruor.
On a essayé de déterminer la proportion du for dans le sang. M. Le Ganu (3) trouve, sur 100 parties d'hématosine , 10 parties de peroxyde de for; ce qui donnerait 7 parties environ de for métallique sur 100 parties d'bématosine. Le sang du poulet n'en a fourni que 8, mais celui du bœuf en a donné 12 pour 100. Néanmoins Thématosine conservre dans tous les cas ses propriétés caractéristiques.
D'après ces proportions , si on admettait chez un homme vigoureux 15 kilogr. de sang, cela donnerait 34 gr. d'héma(osine , lesquels contiendraient 3 gr. 4 de peroxyde de fer, lesquels représenteraient 2 gr. 42 de for métallique. Du sang des 28 millions de Français, on pourrait retirer 67,592 kilogrammes de sang ; ce qui justifie le mot de Menghini : Ex humano sanguine et clavos, et enses, et instrumenta omni génère cadi passe (A). D'autres avaient indiqué la possibilité de frapper une médaille avec le fer retiré du sang des hommes célèbres. J'ai longtemps montré, dans mes cours, une masse assez volumineuse de fer, que Barrucl avait retiré du sang humain.
(1) Commentatio de vera maleria sanguini purpunum colorem imfêrtUnlU natura, p. 65; GœtUiitf., 1825.
(2) Bibliothèque universelle de Genève, t. XVII, p. 300.
(3) Recherches chimiques sur le sang humain, p. 17 ; 1837.
(4} De Bononiensi scient, acad, commenl., t. U, pars ii, p. 264.
COMPOSITION DU SAIVG. |||
D'jprès MM. Becquerel et Rodîer, sur 1,000 parties desaog bunin calciné, od trooTeun peu plus d'un demi-millième de fer, «r: 0,fi66. Ces expérimentateurs admettent , saus pourtant k fait, que la proportion du fer contenu dans le est très-probablement proportionnelle au poids des glokiik$(l).
Des autres métaux du sang. Sarzeau (2) a depuis longtemps signalé Fexistenee du cuivre dans le sang; ce fait a été de nou- Tcaa confirmé par M. Rossignon (3).
M. Denis (4) a trouvé du manganèse dans le sang ; mais il se demande si ce métal n'y avait pas été accidentellement introduit par raoalfse, ce que M. Le Ganu (o) parait croire.
M. MiUoQ, en 1846(6), a démontré que le sang contenait du cuivre, du plomb, du manganèse (et même de la silice). Pour extraire ces substances, M. Millon reçoit le sang au sortir de la veine dans trois fois environ son volume d'eau. Il verse le tout dans un fiacon de chlore gaieux, où le liquide se coagule et se convertit, en dernière analyse, en une masse grise et pultacée. On jette cette masse sur une toUe , on Texprime ; il coule un liquide qui passe dair au travers d'un filtre, et dans lequel on trouve les métaux. Ces métaux existent en plus grande quantité dans les globules que dans le sérum. M. Millon les croit nécessaires à la constitution de ces globules, et se demande s'il ny a pas aussi des chloroses, faute de cuivre, de manganèse et de plomb. Cest une vue dont je lui laisse la responsabilité.
(f ) Recherches sur la composition du sang, p. 17. >;2; Journal de pharmacie, t. XVI, p. 615; 1S30. [Z] Comptes rendus des lances de V Académie des sciences, t. XYU, p. Ml
(4) Recherches expérimentales sur le sang , p. 115.
(5) Éludes chimiques sur le sang, p. 13.
\fi) Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, t. XXYlf P 41; \m.
Des gaz du sang.
L'histoire de ces gaz n'a été bien Faite que dans ces derniers temps. Pour éviter des répétitions, je n'en parlerai qu'en traitant de la respiration.
Du sucre du sang.
On savait depuis longtemps que le sang des diabétiques contenait du sucre. Cet élat, sur lequel je reviendrai, était considéré comme une circonstance pathologique.
Lorsqu'on connut Faction de la salive et du suc pancréatique sur les Féculents, on dut penser que du glucose pénétrait dans le sang , et s'y trouvait au moins pendant un certain temps. Bien plus , des expériences de M. Magendie (1) ont montré que si on injectait de l'amidon étendu d'eau dans le sang , il y disparaissait, que l'iode ne pouvait plus l'y démontrer, et que Ton trouvait du sucre à sa place. L'expérience réussit mieux sur le lapin que sur le cheval , animal qui souvent meurt de cette injection.
La science en était là, lorsque M. Bernard fit la découverte que le ibie introduisait incessamment du sucre dans le sang (voy. t. H, p. 386, de cet ouvrage).
Malgré ces iaits, on ne sait si on doit mettre le sucre au nombre des parties qui entrent dans la composition permanente du ^ang; il parait qu'il y est très-promptement détruit. M. Becquerel dit , à propos de ses recherches sur la déviation de la lumière polarisée par le sérum , qu'il n'a jamais trouvé traces de sucre dans le sang (voy. p. 77 de ce volume). Je tiens de M. Mialhe qu'il est impossible de déterminer, à l'aide du polarimètre, la présence du sucre dans un liquide albumincux, le sucre et l'albumine déviant la lumière en sens inverse.
(1) Séance de rinstitut. — Gaz, méd,, 1816, p. 734.
COMPOfmON DtJ SANG. 113
Lactate de soude.
Ce sel a été trouvé dans le sang par Berzelios , par MM. Souheinn et Osnan Henry (1). Vous savez qui! y a souvent de Tacide lactique dans le tube digestif après la digestion des lecoknts. Je vous ai enseigné aussi que les matières sucrées, au contact des membranes animales, et en présence de Toxygène sobissaient la iermenUtion lactique ; il peut donc s'en former dans ks capillaires. L'acide lactique passe facilement à l'état de lactate de soude dans le sang, en décomposant le carbonate de soude. Je dirai ailleurs ce que devient le lactate de soude.
AiÊfÊÊUmm à riyst#ri%«e de to dëcouverte «••
StoiNdes du Muic.
' Eo attribuant, avec Haller et tous les auteurs modernes , la découverte des globales du sang à Malpighi , puis à Leeuwenhoecfc (page 17 de ce volume), j'avais oublié que M. Duméril avait signalé dans Swammerdam un passage où les globules du sang sont parfaitement indiqués. Voici cet intéressant passage : In sanguine sérum conspiciebam , in quo immensus fluc^ tuàbiU orbicularium paiiicuiarum ex piano veluti ovatœ , pcnîius iamen reguiari figura gaudentium numerus {Biblia naiurœ, t. Il, p. 836).
U est probaUe que Swammerdam, dont Touvrage ne fut publié que plus d'un demi-siècle après sa mort, avait écrit ces lignes arant la découverte de Malpighi (2). j»-
(1) Journal de pharmacie , t. XII, p. 320.
(2) Les preoûèret feuilles de ce Tdame étant tirées, je n*ai pu iotroduir«
(Mtc addition Û oA elle anrait dû prendre place.
IM 1^ ^WQ^
SOIXANTE'OSZIÊII ISÇON.
DU SAHG.
(Suite.)
HATlinBg GRAME8 DU SANG. — ACIDES ACÉTIQUE, BUTYRIQUE, VALÉRIQUB , HIPPURIOUB , URIQUB. — URÉB. — SELS DU SANG.
Matières grasses du sang.
Messieurs,
Je rassemblerai sous ce titre plusieurs substances qui n'ont pas des propriétés parfaitement seinblaUes, nws qui cependant sont rangées par les chimistes dans la famille des corps {;ras. Tels sont les oléate et margarate de soude, les acide oléique et roargarique , le sel à acide gras volatil et odorant , la choieslérfneet la séroline.
Quant i la nudière grasse phosphorëe , elle s'éloigne telle* ment des précédentes par sa composition, qu'elle devra obtenir une mention tout à fait distincte.
L'énumération que je viens de faire nous montre que les principes gras contenus dans le sang y ont subi le dédoublement indiqué par M. Ghevreul , puisque nous trouvons des savons et même des acides margarique et oléique libres. J'ajoute que l'on trouve dans le sang , quelque temps après le repas , une assez bonjie proportion de matière grasse, non dédoublée. C'est ce que la fin de cet article montrera.
Le premier pas dans la voie des découvertes sur les corps gras du sang a, je suppose , été fait par M. Le Ganu (1), qui a reconnu que le sérum renfermait constamment une matière hui-
(1) Journal de pharmacie , t. XVII , p. 491.
COMPOSITIOIV hV SANG. 11(
levé, saponifiaUe, qa'U a regardée à tort Je pense , comme ai MttYcaa principe immédiat. L'extrait alcoolique da sérum cMtient, dit-il, celte huile mélangée arec la graisse phosphofée. On les sépare i Taide de Talcod froid , qui n'attaque pas ifMihtonfint la graisse phosphorée, et dissout fedlement, au contraire, la matière huileuse (1).
La déeoB?erte an savon contenu dans le sang est due à IL Bondet (9), qui a nié Texistence de la matière huileuse adottse par M. Le Gann. CTest aussi dans Textrait alcoolique du se* rmnqa'il l'a trouvé. Le produit qu'il avait obtenu était mou, fraosparcnt, très-soluble dans Talcool et Téther, soloble dans Ffan , soit à chaud , soit à froid , et la rendant mousseuse. Il ransenait au Men la couleur de tournesol rougie par un acide. Cétaient bien là les caractères d'un savon. Pour confirmer cette vue , M. Boudet versa daas la solution quelques gouttes d'acide chiorbydrique ; les acides du savon , déplacés , vinrent surnager sons l'apparence d'une huile , rougissant le papier de tournesol humide. Quant à la matière de ces acides, M. Ghevreul s'est énoncé en ces termes^ dans le rapport qu'il a fait à l'Institut sur le iravaif de M. Boudet : «Si la petite quantité de cette matière, et la difficulté de l'isoler complètement de la graisse cérébrale, n'ont pas permis à M. Boudet de prononcer définitivement l'identité de ce savon avec celui qui résulte d'un mélange de Bsargirate et d'oléate de soude, nous croyons avec lui
(1) n tmu noonnalcre que la croyance 4 l'existence de corpi gras dans le M dale pat de notre époque, f^'arons-nous pas dit que Malpighi avait pris les sMNiles du sans pour &» globules de grouse ( p. 17 de ce vol. ). tialler At : Femm in s€Uio animale adipis maieiies est in proximo. Nom chy^ lus quidem, cujtts magna pars butyrosa est,per sanguinem conspicuus obemi. Werum adlpem ,gutiularum specie de amputalis vasis diUlIlavisse, iwrefragsdnUs auctor est /. Baptisla Morgagnus. In ranarum
vasis flueniem pinguedinem vidit Malpighius
Si adeo adeps in sanguine arterioso fluit, etc. etc. (T. I , p. 38.) Je ne nppflerai pas îd Tarticle du 2* vol. intitulé Oleum sanguinis; c'est nn produ't de distillation dn sang.
;2; Journal de pharmacie, 1833 , p. 800.
que très -probablement le savon du sang a cette composition.»
Acides margarique et olëique. Ce qui donne à la conjecture précédente le caractère de certitude , c'est que le$ acides margarique et oléique ont été trouvés plus tard à Pétat libre dans le sang par M. Le Ganu (1). Après avoir traité par Talcodl Froid Textrait éthéré du sérum du sang , il a obtenu , outre la cholestérine , dont nous parlerons plus loin , une masse jaune transparente, et formée de deux parties. L'une était liquide , huileuse, jaune, très-soluble dans Talcool froid , qu'elle rendait acide , solubie dans les dissolutions alcalines, et ne passant point à la distillation avec Teau : c'était Vacide oléique ; l'autre était solide , d'aspect nacré, fort peu soluble dans Talcool Froid , très-soluble dans Téther Froid , très-soluble dans Talcool bouillant , qu'elle rendait acide, s'en déposant par le refroidissement sous forme de lames nacrées, se fondant entre 65 et 58, ne laissant pas de résidu alcalin lorsqu'on la calcinait : c'était de Vacide margarique.
L'existence de deux acides libres dans un liquide alcalin est expliquée , dit M. Le Ganu , par cette considération que les acides oléique et margarique ne décomposent pas les carbonates alcalins.
Le chiFfre des matières grasses dont nous venons de parler est, dans l'homme sain, sur 1 ,000 parties de sang, 1600 en moyenne ; — maximum, 3,255 ; — minimum , 1 ,000.
Cholestérine, M. Denis (2) dit avoir trouvé de la cholestérine dans le sang de quelques individus; il voyait là un état pathologique. M. F. Boudet (3) a montre que le sang normal contenait une substance qui a tous les caractères de la cholestérine, et il pense que M. Denis avait pris, pour ce dernier produit, de la matière grasse phosphorée , cristallisée.
L'alcool bouillant enlève cette matière au sérum du sang évaporé à sec , et préalablement épuisé par l'eau bouillante. Incertain de la nature du principe immédiat qu'il venait d'isoler ,
(1) Éludes chimiques sur le sang, p. 46 el 47.
(2) Recherches expérimentales sur le sang, p. 110.
(3) Essai critique cl experimenUil sur ie 9an(f, p. 31 et 35.
COMPOSITION DU SAIVG. 117
II. fioadei , d'après le conseil de M. Ghevreul , Ta étudié cornpmliveiiient avec un échantillon de cholestérinc extraite de afcids biliaires. Les deux matières ont le même aspect : la cho« IcstériM du saog se fond de 136 à 137 , la cholestérinc des caU oris biliaires à 137. Elles se comportent à peu près de la même ■uiièreavec Tacide sulfurique, Tacide nitrique et la potasse. M. Le Canu (1) Ta aussi isolée; et désormais elle figure dans les aidyscs quantitatives du sang humain, mais pour une bien pettlc fractiûD : moyenne, 0,088 ; ^ maximun, 0,1 75 ; — minimum, 0fi3O (2).
SéroUne. Cesl encore à M. Boudet qu'il faut rapporter la découverte de cette espèce particulière de corps gras , lequel se dépose par refinoidissement de Talcool bouillant, avec lequel on a traité relirait sec du sérum.
M. Ghevreul s'exprime en ces termes sur la séroline de M. Boudet : Elle est Maodie , légèrement nacrée , disposée en filaments qui , vus au nûcrosoope, présentent des globules ou des renfleméats globuleux. Elle est sans action sur les couleurs végétales; elle se hmd eo une huile incolore, à la température de 36 degrés. Elle difRre des stéarines et de Foléine en ce qu'elle n'est pas saponifiabie , ou, ce qui revient au même, en ce qu'elle n'est pas susceptible de se changer en acides sous l'influence des alcalis. GomiDe la cholestérine , elle rougit par Tacide sulfurique concentré ; mais elle en diffère par sa fusibilité, et par l'ammoniaque qa elle donne à la dbtillation. La séroline est très-soluble dans rétber, même à froid; et ce qui est remarquable , elle ne l'est pas pour ainsi dire dans l'alcool froid.
La séroline a été depuis retrouvée dans le sang par MM. Verdetl et Marcet, et soumise à une étude plus approfondie. Je dois à leur complaisance la note suivante.
«Le procédé qu'ils emploient pour extraire cette substance du saog est différent de celui de M. Boudet, et il permet de trouver, dans une même portion de sang , les autres principes qui
(1) ilmées chimiques sur le sang, p. 46.
(2) Bceqaerd et iMkr» AecA. sur la compos. du sang, p. 23.