‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 12 sur 66 · W MN · texte numérisé non relu

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ne serait mieux justifié et mieux coniHns que les mots pléthore et anémie; malheureusement il n'en est pas ainsi , et Ton trouve que les quatre était que nous venons de parler, loin de se grouper deux à deux dans un ordre constant, peuvent former quatre combinaisons. Aiusî on rencontre : 1^ une grande abondanoe de sang ^ avec une proportion considérable de gl(d>ules; S^ une grande abondance de sang avec une proportion telle de ses principes constituants, quilest véritablement pauvre, et cependant la saignée spulage encore les individus qui ont cette forme àe la pléthore; 3"" une petite quantité de sang, mais ses globules sont abondants relativement à la masse du sang; 4'' enfin une petite quantité de sang et une proportion peu avantageuse de ses globules, le sérum ayant toutefois conservé sa densité. Les analyses de MM. Becquerel et Rodier nous montrent la réalisation de ces différents états. 11 me paraît évident', diaprés ces considérations, qu'on ne peut plus opposer la pléi/iorek Yanémie. •

Je serais assez d'avis que le mot pléthore n'impliquât que Tidée de quantité, tandis que pour réaliser ïanémie on exigerait tout à la fois la diminution de masse et une- proportion trës-réduite des globules. Cette anémie présenterait encore des variétés suivant que le sérum aurait conservé ou non la proportion des matières qu'il tient en dissolution. Je reviendrai sur ce point à propos de la chlorose.

État dujang pendant le cours des p/degmasies. Augmentation de la fibrine.

L'augmentation de la fibrine est constante dans cet ordre d(e maladies. Tous les expérimentateurs ont confirmé à cet égar^^Ief prc^sitions émises par MM. Andral et Gavarret. Le chiffre de la fibrine peut alors , à partir de 3 millièmes ( chiffre normal, suivant MM. Andral et Gavarret), s'élever à 6, 6, 8, et môme 10 millièmes (1). C'est dans le rhumatisme articulaire

. (1) Il n'aueint jamais 10 dans les analyses de MM. Becquerel et Rodier, qui,

DIFFÉREIfeiGi MJ SANG. 147

tàffiBij et surtout diiis la pneumonie , qu'on ébs/tne au plus haut degré cet aceroisseioent de la fibrine. L'élévation du chiffre est un peu moins considérable dans la bronchite capillaire , dans les inflammations des séreuses splanehniques ^ et moindre encore dans la bronchite lurdinaire et les inflammations des autres muqueuses. Elle n*a point lieu dans la grippe (1).

L'inflammation développée autour des tubercules pulmonaires, chei les phthisiques, élève aussi le chiffre de la fibrine. Je remarque que dans le travail publié ultérieurement par MM. Andral , Gavarret et Delafond , sur le sang de divers animaux (2) , celte règ^e se soutient si bien , que quand il leur arrive de trouver la fibrine dépassant pour un individu la quantité ordinaire à son espèce , Tautopsie ou les commémoratifs montrent invariablement un foyer de phlegmasie. Cette augmentation de la fibrine n'est point accompagnée d'une augmentation de globales; tout au contraire, l'abstinence à laquelle on soumettes malades dans ce cas, aussi bien que les émissions sanguines , diminuent bientôt le nombre de ces particules en suspension. La cholestérine au^ente et l'albumine diminue pendant les pblegmasies (3).

L'augmentation constante de la fibride dans le cours des phlegnasies aiguës a paru difficile à concilier avec une particularité sur laquelle M. Marchai , de Gaivi (4), et après lui M. Ciorne (5), ont récemment appelé l'attention. SI on reçoit dans deui vases cylindriques le sang d'une tnème saignée , en poussant la préca#* tion au point de recueillir dans un des vases le premier et le • quatrième quart dé ta saignée , et dans l'autre vase le second et k troisième quart ; si , dans l'un de ces vases , le sang est agité

ftimiqiK j*al ôéi\ dit, évaluent g^éralement la fibrioe plus bas, et les fflo Met plus haut , que MM. Andral et Gararret.

(Il Arch. gén. de mid„ 2« série, t. XIV, p. 17.

(Ij 'ilvmfej de chimie et de physique, 3" série , t. V, p. 301.

(9'MR|ttTcl et Rodier, Kech. sur la compos. du sang, p. 77.

(f; Gnzctte dex hôpitaux, 18:0, n** 9, p. 33.

(5) $<'a loe de rinHt lut du 18 mars 1850, et Gaz. m W/ , 1890, p* ^^*

118 im SANG.

rapidement , et si , dans Tautre , on laisse le sang se coaguler en repos , on trouve moins de fibrine dans le second vase que dans le premier; d*oCi M. Marchai (de Galvi) a tiré la conclusion que le sang se défibrine par l'accélération de son mouvement. Et comme il y a pourtant augmentation de fibrine , nonobstant Taccélération de mouvement, pendant les phlegmasies aiguës avec état fébrile , M. Marchai explique le foit par l'augmentation de chaleur : d'autres expériences lui ayant montré que l'élévation de la température du sang agit en sens inverse de l'accélération du mouvement, et augmente la proportion de fibrine. Il n'était peutêtre guère nécessaire de se mettre en frais d'explication pour concilier des phénomènes qui vraisemblablement ne sont pas du même ordre : l'un ayant lieu pendant la vie, et Tautre post ■ mortem,

Laquantité de fibrine en plus, et la quantité d'albumine en moins, dans le sang emflammé , sont à très-peu de chose près proportionnelles , ce qui permet de penser que l'albumine se convertit en fibrine.

La modification que le sang éprouve pendant les phlegmasies se traduit par un autre phénomène, qui avait frappé l'attention bien longtemps avant qu'on eût imaginé de doser la quantité de fibrine contenue dans le sang; je veux parler de la formation de la couenne inflammatoire.

On donne ce nom à une couche d'un blanc grisâtre ou jauuàhe, plus ou moins épaisse , qui se forme à h surface du caillot , avec -lequel du reste elle est continue. 11 ne faut ps, comme Ta fait M. Hatin (I), confondre la Cimenne avec la couche crémeuse qui couvre quelquefois le caillot, notamment chez les personnes eu les animaux saignes quelques heures aprùs le repas (voy. t. II(| p*119). 4»

Harvée en a parlé un des premiers, el, depuis son époque, elle a donné lieu à des explications si disparates, que Van der

(1 ) Recherches expérimentales sur l'hématose (daos VEiculape^ 1840, n**l,2ct4).

Kolk, qui a fait preuve ici d'une assez grande érudition , désespère de pouvoir les rapporter à quelques groupes généraux. H n'y a certainement pas là matière à regrets. On peut dire que, jusqu'au moment où Hewson enseigna que cette couenne inflammatoire n était que de la lymphe coagulable (notre Yibrine) condensée à part, on n'avait rien écrit qui méritât d'être recueilli. Ge n'est pas que nous ayons le dernier mot à ce sujet. Le grand nombre des recherches modernes prouve qu'il y a encore des desiderata sur ce point de physiologie pathologique. Rasori , dans l'ouvrage posthume publié à Livourne en 1837 (1), et qui eut onze éditions en quelques mois, n'a pas consacré moins de seize chapitres à l'histoire de la couenne inflammatoire. On peut juger par là de l'attention apportée en Italie à l'étude d'un phénomène qui n'a pas moins préoccupé les praticiens de France et d'Angleterre.

La couenne est tantôt mince, comme serait unWoile étendu sur le caillot , tantôt elle a plusieurs centimètres d'épaisseur. Tantôt elle reste plane, tantôt sa surface est concave, ce qui tient à l'énergie de son retrait, et alors elle offre moins de largeur que le caillot rouge qu'elle surmonte. Parfois elle est molle comme de la gelée , parfois dure et coriace comme du cuir. Vdx elle-même , elle est à peu près incolore ; mais sa transparence peut faire croire à une autre teinte. Ge n'est pas après la coagulation du sang , et consécutivement à cette coagulation , qu'elle se forme; elle marche avec le phénomène de la coagulation. La matière qui va lui donner naissance est d*abord liquide au-dessus de la masse du caillot , et si on l'enlève a^ec une cuiller pour la transporter dans un autre vase, elle s'y coagule (voy. t. III , p. 71).

Quelle est la nature de la couenne ? Est-ce une substance nouvelle, un principe immédiat particulier développé dans le sang pendant le cours des phlcgmasies? Non, Messieurs; la couenne est généralement considérée , de nos jours, comme de la

(1) Théorie de la pklogose, trad. par S. Pirondi ; Pariii, 18i9.

'tF-

abrine coagulée à part. Je ne dois pas vous laisser ignorer qu'un habile observateur s'est cependant éloigné, à cet égard, de la doctrine généralement reçue. M. Boucbardat s'exprime ainsi relativement à la couenne : «J'ai recueilli la couenne qui s'était formée sur le sang de malades atteints de rhumatisme articulaire aigu ; j'ai épuisé complètement cette couenne par le lavage et la macération de tous ses principes solubles dans Teau ; j'ai ensuite fait bouillir cette couenne avec de Teau, et le produit de la décoction s'est pris par le refroidissement en une gelée tremblante , offrant tous les caractères d'une gelée d'ichthyocolle» (I). Plus loin M. Boucbardat dit positivement que la couenne contient, avec une portion d'albumine soluble, du sérum , et de la fibrine, une partie de cette matière qui , sous Vinfloence de Teau bouillante , se convertit en gélatine. Je considérerai néanmoins la fibrine comme formant la basé de la couenne.

Gela admis , entre le sang couenneux et celui qui ne l'est pas , il y a cette différence que , dans le dernier, la fibrine et les gk>bules forment une masse unique au moment de la coagulation; tandis que dans le premier, c'est-4-dire dans le sang couenneux, une portion de la fibrine s'est coagulée au-dessus de la masse du «aillot. Nous pouvons aller plus loin dans l'explication du fait, et dire que, dans le sang qui va se recouvrir de couenne, les globules s'enfoncent peu à peu avant que la coagulation ne se fasse; de sorte qu'une portion de fibrine, libre au-dessus d'eux , se coagule à part. Il reste néanmoins dans la partie sombre du caillot une portion de fibrine, laquelle est d'autant plus considérable que la couenne a moins d'^isseur.

Si le sang était couenneux dans toutes les saignées et chez tous les individus, on s'en tiendrait à cette explication; mais pourquoi est-il couenneux dans certains cas , et pas dans d'autres ? C'est ici que commencent les difficultés.

(i) Du sang, et des diverses alléralions qu'il éprouve dans les maladies (ihésc de coucourt pour la chaire de chimie organique, p. 6 et 7;

Serait-ce parce que le sang , dans le cas de phlegmasie , coqtient , comme nous Favous vu , une plus grande proportion de fibrine qu*à Fétat sain ? Gela peut bien y contribuer, mais pourtant cela n explique pas pourquoi une partie de la fibrine se coagule à part.

On pourrait penser que, la coagulation étant plus lente, leik^ globules , dont la pesanteur spécifique est plus considérable que^^ celle de la fibrine encore liquide , descendent avant que cette fibrine ne se solidifie. Nous verrons qu'effectivement on peut , dans certains cas, rendre le sang 'éouenneux, en retardant la coagulation. Mais admettre cette explication, cène serait que reculer la difficulté ; car il faudrait dire pourquoi le sang se coagule plus lentement dans le cas où il y a une phlegmasie que dans Tétat normal : objection que j'applique à toutes les théories qui vont suivre.

^ Une autre explication a été proposée , à savoir que, le sérum étant devenu moins dense , les globules s'y enfoncent avec plus

\- de facilité. Plusieurs particularités relatives à la formation de la couenne s'accommodent de cette explication , et semblent à leur tour Tappuyer. Ainsi il est d'observation que, pendant la marche d'une phlegmasie, les saignées qui suivent la première sont en général plus couenneuses que celle-ci (1) ; or le sang a perdu de sa densité par le fait des premières saignées. D'une autre part, il n'est pas rare , ainsi que le fait observer M. Andral (2) , que le sang si pauvre, et médiocrement dense, des anémiques ou des chlorotiques , se couvre de couenne , observation qui avait été iaite aussi par Tommasini et par Borsieri. Ajoutons que le sang est souvent couenneux pendant la grossesse. Mais Davy (3) repousse la théorie que nous examinons; et il faut avouer qu'elle est sin-

' (1) M. Donné a réclamé la priorité de ce rapprochement, qui a été fait par M. Mandl et par M. Uatin ( Gaz. méd,, 1841, p. 124, et séance de riaitilut du 8féTrierl841).

(3) Essai d'hématologie, p. 54; Paris, 1843. (3) PhUosopfUcal transactions, vol. CXU, p. 271 ; 1822.

guliëremcnt compromise par cette remarque de Muller(l), que les globules s'enfoncent moins, et moins rapidement, dans le saujQp défibriné (qui est moins dense), que dans le sang où la fibrine est encore en dissolution. J'ai pris la peine de relever, dans les tables de MM. Becquerel et Rodicr, tous les cas où la .den<^ité du sérum est diminuée, et je remarque que dans cerlaines affections où, sauf complication, il n'y a jamais de couenne sur le sang , la.fîèvre typhoïde par exemple, la densité du sérum est cependant très-diminuée. lia moyenne pour la fièvre typhoïde est 1025, dans les secondet^saignées.

Suivant Scudamore (2), la couenne se forme, parce que la matière qui compose cette couenne, étant plus légère que le sérum, doit surnager. Mais Davy, ayant séparé la couenne des petites bulles gazeuses qui se remarquent à sa surface, et Tayant plongée dans le sérum, a vu qu'elle s'y enfonçait. Cette expérience est aussi décrite dans Rasori. Ce n'est |)as à la pesanteur du sérum , mais à la pesanteur des globules, qu'il faut comparer Thumeur qui va se convertir en couenne.

M. Gulliver (3), qui a fait de nombreuses expériences sur la formation de la couenne, semble avoir pris à tâche de nier nonseulement les explications qu'on a données de la formation de cette couche, mais encore l'action , incontestable à mon avis, de certaines circonstances étrangères au sang lui-même , et dont je vais bientôt parler. Après avoir fait table rase , il attribue rabaissement plus rapide des globules à ce qu'ils s'agrègent plus facilement, sans doute, dans le sang inflammatoire que dans le sang normal. La couenne est un état régulier dans le sang du cheval , dont les globules s'agrègent promptement et se fondent en une seule masse.

Si vous voulez , Messieurs , rechercher avec moi quelle est, de toutes les conditions que nous avons examinées, celle qui se

(1) Manuel de physiologie , t. I , p. 91.

(2) Jn essor on the blood, in-8^; lx)ndoA , 1822.

(3} The Edinburgh médical and surgical Journal, t LXiV, 1845, eC Gaz. méd., 1816, p. 92.

présente le plus constamment, vous roconnaitrez que c'est Taugmentation de la proportion de fibrine dans le saD{;. Vous savez que cette proportion est augmentée dans les phlegmasies , qu^elle Test un peu dans la seconde moitié de la grossesse ; vous verrez qu^elle Test souvent dans la chlorose. Le sang du cheyal, plus chargé de fibrine que celui de Thomme, est couenneux dans Félat de santé. I^ quantité de fibrine n'est point au^^mentée, et elle est souvent diminuée, dans la fièvre typhoïde; or le sang n'y est jamais coueuneux , malgré la <jUminution de densité du sérum. Rapprochez de ces considérations la remarque faite par Muller, que les globules s'enfoncent plus vite dans le sang chargé de fibrine (ce que du reste je ne m'explique point), et vous reconnaîtrez que la proportion de fibrine daris le sang a une influence incontestable sur la formation de la couenne (1).

Si vous vous proposez, Messieurs, de tirer quelques inductions pratiques de la présence ou de labsence de la couenne, de sa densité, de son épaisseur, vous ne devrez point ignorer que certaines circonstances extérieures, étrangères par conséquent à la constitution du sang, peuvent modifier considérablement Fapparence de ce liquide après la coagulation. Ces circonstances ont été fort bien étudiées par MM. Trousseau et Leblanc (3). Soit donc un même sang, celui du cheval par exemple, ayant les conditions chimiques voulues pour la formation de la couenne : le résultat variera suivant que le sang aura été ou non agité, qu il se sera refroidi plus ou moins vite; suivant la forme, le dia- Bètre et la nature du vase dans lequel il est reçu ; suivant que

(1) L*enseignemenl du professeur de physiologie de la Faculté concorde sur ce point avec renseignement du professeur de pathologie o^nérale. Voyez Andral , Essai d'hématologie , p. 64 et 55.

* (2) Recherches expérimentales sur les caractères physiques du sang ; Paris , 1832. A cet ouvrage, où l*on trouve le rédt d'expériences nombreuses, variées, et bien instituées , les auteurs n*ont point mis de conclurions, laissant à d^autres la peine et le soin dlnlerpréier leur travail. Les influences dont je vais ftarler avaient du reste été longuement étudiées daof te dernier siècle , mais asxez mal appréciées. Van der Kolk donne à ce sujet queiqua^déf ails bi«

bltofp-aphiques , pages 32 et 33 de sa dissertation.

164 DU SAIIG.

le saog sera sorti en bavant ou par une large ouverture du vais^ seau ; suivant que le sang proviendra du commencement ou de la fin d'une hémorrhagie. t

Il y aura plus de couenne dans le sang qui se sera coagulé en repos q«r dans celui qui aura reçu quelque succussion; il j en aura d'autant moins que les succussions auront été plus nom« breuses, et qu'elles auront été faites à une époque plus rapprochée du moment où la coagulation va s'opérer. On comprend que l'agitation aura eu pour résultat de mélanger de nouveau les globules et la fibrine, que leur pesanteur spécifique différente commençait h séparer.

Si le vase qui reçoit le sang est placé dans un mélange réfrigérant, à la température de la glace par exemple, il se tient liquide pendant plusieurs heures. Pendant ce temps, les globules s'abaissent, une coache claire et liquide les surmonte. Cette eouche sera la couenne , lorsque la coagulation s'opérera. 11 y aura alors une couenne très-épaisse, et un caillot très-foncé et peu consistant, parce que la fibrine sera presque tout entière dans la couenne ( 1). Le caillot serait plus consistant , et la couenne moins épaisse, moins nettement distincte du cruor, si le vase où le sang est reçu était entouré d'eau à + 40 degrés. Je passe sous silence ce qui a lieu à une température plus élevée.

L'action de la température étant connue, vous pourrez, d'après les notions que vous possédez sur les lois du refroidissement des corps, prévoir quelle sera l'influence de la forme, de la capacité, et même de la nature, des vases dans lesquels sera reçu le sang : ainsi il y aura relativement plus de couenne dans une petite éprouvette que dans une grande, etc.

Le sang qui sort en bavant de la veine, ou par un jet effilé, a moins de couenne que celui qui a été tiré en un temps trèscourt et par une large ouverture. Harvey connaissait déjà cette influence (2) ; elle n'avait point échappé à Sydenham (3) ni à

(1) H serait corieox de rechercher si où Tobtiendrait «usii de la coœiuie avec l c sang d>Hi homme sain.

2) ExercUatio de molu cordis, p. 223.

3) Opéra med.s.f, 164.

DIFFEIIBNCES DU SANG. 165

Sdiweack (f ). Gela'est dû , je pense, à ce que le sang qui coule en btrant se coagule si vite , que les globules n'ont pas le temps de se séparer de la fibrine (voyez 1. 111, p. 160).

Le sang qui coule à la fin de la saignée a un peu moins de couenne que celui qui coule au commencement ; mais, si Thémorrhagie a été excessive, les dernières parties de sang qui s'éooulent ^ont plus couenneuses que les premières.

la couenne , indiquant en général la proportion de fibrine dans j^ le sang, et non la richesse de ce sang en globules, ne doit pas ^ être considérée comme un guide sûr pour le renouvelIemenMe la saignée.

te sang des eniimts est très-rarement couenneux.

Le sang retiré des capillaires pendant le cours d'une phlegii^ie offre, dit-on, des caractères spéciaux^r/fiuivant M. Raciborski (2) , les rondelles tirées de la ventouse sont alors bien formées, rouges, fermes; elles nagent dans une sérosité abondante et claire , et ne tachent pas les doigts (3).

L'examen microscopique du sang , dans les parties mêmes qai sont le siège de l'inflammation , n'a pas donné de rfeultats bien {lositifîs. Suivant GIuge(4) , on voit , dans le poumon enflammé au premier degré, des masses formées d'une agglomération de noyaux, des globules du sang parfaitement transparents, et ayant de i/soo à y^QQ de millimètre ; mais vous savez que les globules du sang de Thomme n'ont pas de noyaux. Deux ans plus tard (5), M. Gluge a décrit, dans les parties enflammées, des globules inflammatoires composés de y^o ^ Vao ^^ millimètre, et résultant de l'agglomération de 20 à 30 noyaux de globules. Pendant que ces agglomérations se forment, la matière colorante, ayant abandonné les globules, se mêle au sérum et le teint en rouge.

Les changements si remarquables que Ton constate dans la

(1) JfœnuUologia, p. 160.

(2) Gat. méd., 1839, p. 83.

(3) MM. BouiUaud et Raciborski, Gaz. tnéd., 1839, p. 83. (1) Gaz. méd., 1837, p. 746.

(5) Gaz. méd., 1839., p. 511.

masse du sang pendant le cours des phlegmasies sont-ils cause on effet du travail phlegmasique ? sont-ils précurseurs ou consécutifs? Je pense qu'ils sont la conséquence, et non la cause, de la pfalegroasie (t). Je partage donc, sous ce point de vue, les opinions émises par MM. Ândral et Gavarret. Telle est Tinfluence des lésions inflammatoires sur la composition du sang, qu'on peut faire naître à volonté les changements de composition dont j'ai tout à Ttieure donné les caractères. Cest ce que ^ démontrent très-bien les expériences nombreuses faites en 1848 par le D'' Zimmermann (2); à la suite d'irritation chimique des téguments sur des chiens, ou de blessures peu profondes, il voyait constamment diminuer le nombre des globules , et augmenter la fibrine. La perte des autres éléments solides du sérum ne suivait pas c^ du poids des globules. Les globules avaient une plus grande tendance à s'attirer les uas les autres, pour former des colonnettes et des arborisations, et la fibrine se coagulait plus lentement, surtout quand, par suite de la blessure, la plaie venait à suppurer.

Il est un autre élément des lésions extérieures qui altère aussi la composition du sang : c'est une douleur vive , une souffrance capable d'user la vie (3). Ce si^et sera repris ailleurs.

(1) M. Piorry, qui a écrit de bonnes choses stir Jl'apparence du sans inflam- ■litoirel, croit que raltératlondu sang est tantôt préventire, tantôt consécutive.-Je ne puis pas approuver le mot hémiie ou inflammation du sang, adopté par mon collè(5ue. L'inflammation est un phénomène complexe , dans lequel interviennent les capillaires sanguins, le parenchyme or(];anique, le sang, et peut-élre aui^si Taction nerveuse; il esi donc Ulogique de parler ^inflaoïmation du sang.

(2) Archiv fur phy&iologische Meilkunde, 1848, p. 149, et Gaz. méd.

de Paris, 1849, p. 700.

(3) Communication raiie à Tlnstitut par M. Clément , préparateur de chimie à Alfort, séance du 15 juillet 1850 , et Gazette des hôpitaux, 1850, n" 85. Je ne pourrai», maljjré mon amour pour la science, m'cmpécher de prendre en exécration ceux qui se livreraient à de semblables expériences ; mais M. Clément a pris pour siùet de ses observations les animaux vivants sur lesquels les élèves d' Alfort s'exercent à la pratique des opérations chirurgicales.

DIFFERBNGBS DU SANG. 157

JÊératton du sang par diminution de la fibrine , fluidité

trop grande du sang.

Li diminotioii de la fibrine n'est probablement pas la seule iMratiQQ da sang dans h constitution malheureuse dont il va être question , mais à coup sûr elle y intervient. Je veux parler dfaiic disposition Fréquemment héréditaire, et qui enlève à cer- UâKs familles la plus grande partie de leurs membres. La plus petite Incisioo, une écorchure , une ventouse, un vésicatoire , saot rocctsion d*hémorrhagies contre lesquelles échouent toutes les ressources de la thérapeutique , et qui n'ont de terme que la fie. Qoelqiiefois aussi ces terribles hémorrhagies s'établissent sponianéiiient par les muqueuses, et notamment par la pituftaire. Je vais vous donner l'indication de quelques fiiits qui ne ■aoqiieront pas de vous Frapper.

Diathèse hémorrfiagique dans la famille Gamble. A l'un des enfants, âgé de neuFans, on place des ventouses scarifiées an genou; il meurt d'hémorrhagie. Un autre enfant, âgé de six ans, se beorte la tempe contre l'angle d'une table; il meurt d'béfDorrhagîe le lendemain. Un troisième enFant , âgé de treize ans, fut réduit à l'extrémité par une hémorrhagie provenant de deux piqûres de sangsues placées à l'épaule (1).

Une femme du pays de Nassau perdit de même ses trois enfwts : run avait eu une petite morsure à la langue, un second ivait des hémorrhagies par toutes les muqueuses , le troisième ht ^levé par une épbtaxis (2).

Le docteur Sylva parle d'une femme dont le sang s'échappait |ttr toutes les muqueuses ; elle en mourut (3).

Leiy Hughes décrit une disposilion hémorrhagiquc qui s'élait montrée, pendant quatre ou cinq générations , chez tous les

(1) OMtrfaUoo par le IK OuboU, de Neufcbâtel {Gaz. méd., 1838, p. 43).

(2) Obterfatioo par le IK Otbome {ihtbiln iownal ofmed, se, t. VII, p. 32, et Jrch. gén. de méd., V série , t VIII, p. 3S7).

(3) Gai.iH4d.,\9^, p. 43.

lia mu 8A1VO.

membres mâles d'ane {amille. Les plaies des yésicatoires doanaient du sang, aa Heu de sérosité ; les plus petites incisions produisaient un écoulement de sang qu'on ne pouvait tarir. Plusieurs en sont^morts^(l).

Je vois, cbez presque tous ces individus, une disposition rhumatismale assez prononcée et assez difficile à concilier avec l'état de dissolution de leur sang.

Dans le scorbut , dans le purpura hemorrhagica , il y a quelquefois diminution de la fibrine du sang. M. Andral a utilisé la seule occasion qui lui ait été donnée d'analyser le sang d'un scorbutique; le chiffre de la fibrine était descendu à 1,6. Dans la variole confluenle, dans la dernière période des fièvres, élats graves, on a aussi noté la dissolution du sang. Heister a écrit : In multis auiem varMis in quibus urina cruenta mota est, sanguinem e brachio missum adeo œqualum putridumque esse vidi, ut flaciaaret crassamentum in vase non aliter quam ipsum sérum.

On dit que Tiujection du sang défibriné dans les veines fait naître les mêmes symptômes et les mêmes lésions organiques qu'on observe dans le scorbut (2).

Je pense que la diminution de la fibrine ne peut seule rendre compte de tous les états connus sous le nom de dissolution du sang. L'abondance des alcalis peut augmenter la fluidité de ce liquide , et dans certaines formes graves de maladies , il y a encore des influences qui nous échappent. Relativement à l'action des"^ alcalis en excès , M. Andral (3) nous apprend que dans aii^cune de ses analyses , il n'a trouvé autant d'alcali libre que dans le

(1) Tran%ylvania journal tZxxW 1832,et7%€ jémeric Journal of mmÊ^ sciences, i. IX, p. 642, fév. 1833. On pourra consulter sur cette affection un mMoire publié en anglais par Otto {New -York médical reposUorx, Tol. VI, p. 1 ; 1803), et un autre mémoire du professeur Nasse, de Bonn ( llorD*4 ÀrcMv far med, Erfàhr,, 1. 1 , p. 385 ; 1 820 )• U diathèse hémorrha- 0ique a Mirloui été obser? ée dam les protincei rhénanes de l'Allemagne.

(2) Gaz.méil,, 1838, p. 17.

(3) Essai d'Iiémaiofogie , p. 138.

sang da scorbutique dont il a été question plus haut. MM. Frémy et Magendie araient d^à signalé la diminution de la fibrine et l'augmentation des alcalis dans le sang des scorbutiques. Enfin rinjection concentrée de sous-carbonate de soude dans les veines d*aatmaux vivants liquéfie leur sang , et fait naître divers accidents qu'on peut rapprocher de ceux que les anciens attribuaient i l'état de dissolution du sang : ecchymoses diverses , engoue*» ment des poumons, tuméfaction de la rate , évacuations intestinales (1), etc. etc.

A ces deux éléments de la dissolution du sang, diminution de la fibrine et alcalis en excès , je soupçonne qu'il se joint parfois une séparation partielle de la matière colorante d avec les globules. Je ne trouve pas de documents déclsifis sur ce fait dans les écrits qui ont pour objet le scorbut ; mais je lis , dans un mémoire de Stevens (2) , que chez les individus atteints de fièvre jaune, le sang, qu'il appclle'un liquide dissous (a ^mo/i^e^^/Jai^), est noir comme de Tcncre; que le sérum lui-même est coloré, parce que la matière colorante s'est détachée des globules. Sterens croit que cet état coïncide avec une diminution des sels neutres du sang et de la fibrine.

(1) Magendie, Leçons sur les phénomènes physiques de la vie, t II, ^ 316. James, Gaz. méd„ 1838, p. 17.

Uq aecood cas de scorbut a été étudié par M. Audral en 1847 ( séance de rinstkut du 28 juin ). La fibrine ayait plutôt augmenté que diminué dans le saoB ^u malade. Il y a longtemps que la diminution de la fibrine dans le sang des scorbutiques avait été niée par Deyeux. D'une autre part, MM. Becqnerel et Rodier ont aussi entretenu TAcadémie des sciences d*un cas de scorbut où iJ n*y ayait ni changement appréciable dans l'aspect du sang ni diminution da la fibrine. Tous ces fait» démontrent ce que j'ai dit, au commencement de celte le^m , qu'il y a bien d'autres éléments des maladies du sang que le cbangement dans la proportion de ses principes immédiats.

Ooant aux modifications dans l'état alcalin du sérum , elles seront plus loin l'obiet d'un paragraphe spécial , où je rendrai compte des recherches puMié«i, il y a quelques jours , par M. Caben.

(2) Observations sur le sang dans la fièvre Jaune (dans The London médical and ph/S' Journal, iul^ni^aO),

Cliangements dans les proportions ou la composition de

l'albumine.

Il est extrêmement rare que Talbumine soit en eicès dans le sang(t) , et on ne signale aucun état pathologique en rapport avec cette augmentation, si tant est qu*elleait lieu. L'albumine diminue assez souvent, et alors le sérum perd de sa densité. Elle diminue constamment, quand la fibrine augmente, dans les phlegmasies, et notamment pendant la pneumonie. La diète prolongée , une mauvaise nourriture, peuvent aussi amener ce résultat.

Mais la coïncidence la plus remarquable est celle de la maladie de Bright (albuminurie par afFection granuleuse des reins) avec la diminution de Falbumine dans le sang. Ce fait, établi par les travaux de Gregory, de Bostock et de Christison, a été confirmé par MM. Andral et Gavarret ; de nouveau par M. Ândral dans son Hématologie (2), par MM. Becquerel et Rodier (3) , etc. La diminution de Talbumine est plus considérable dans cette maladie que dans toute autre , et elle va croissant avec les progrès du mal. Suivant M. Mialhe, il n'y aurait pas seulement diminution, mais encore transformation, d'une partie de Falbumine , d'où résulte le passage plus facile de ce principe immédiat dans les urines ( voy. ce que j'ai dit à ce sujet , p. 88 de ce vol.). Lorsqu'à la fin de la scarlatine , on voit se développer l'anasarque, l'albumine a diminué dans le sang, et il y a albuminurie.

Les auteurs anglais que j'ai cités disent que, pendant que l'albumine diminue dans le sang, Turéc s'y accumule en mfmc

(1) L'aUMiminimètre de M. Becquerel ne lui a pas fait constater d*au{{roentatioD tenûble dans la proportion d'albumine ( Jrch. gén^ de méd., 4* série, t. XXII, p. 52 et 356;.

(3) Recherches sur la coinponllcn du sang, p. 1 10.

BlFFÉREIS'CES DU SANG. 161

temps que les matières grasses. Ceci n'a point encore été con* firme en France.

C'est une chose remarquable, mais non inexplicable (voy. t. III, p. 88), que la diminution d'albumine , el surtout sa dissolution, causent plutôt les hydropisies, que la diminution des {^lobules ou des autres éléments du sang.

MM. Becquerel et Hodier viennent de décrire une nouvelle espèce d'anémie par diminution de Taibumine du sang (1). Cette forme de l'anémie occasionne aussi dts hydropisies , mais Talbuminurie ne l'accompagne pas; il y a pâleur, teint jaune de la face , et faiblesse extrême.

Je ne sais s'il faut attribuer à un état particulier de l'albumine la propriété dont jouit la sérosité de se prendre en une masse compacte ou gélatiniforme , chez les nouveau-nés atteints d'œdème compacte? (2)

Modification du sang dans le diabète , présence du sucre.

Diminution de ialcalinité.

Pour que la présence du sucre dans le sang soit considérée comme un état pathologique , il'faut qu'il s'y trouve d'une manière permanente et en assez notable quantité (voy. t. lll , p. 112). C'est ce qui a lieu dans le diabète.

Les premières recherches faites en France sur ce sujet (3) , pas plus que celles de Wollaston (4), n'avaient confirmé le fait avancé par le D'* Rollo , que le sang des diabétiques contenait du sucre.

(1) Séance de l'Ioslitul du 5 mars 1850, et Arch. gén. de mid., 4^ série, t. XXU,p.482.

(2) Léger, Recherches sur V œdème compacte des nouveau-nés {A rch. gén. de méd., t. Vil , p. 16;.

(3) Nicolas et Gueudeyille , Annales de chimie, t. XLiV, p. 45. — Vauquelin et Ségalas, Journal de chimie médicale, t. 1 , p. 1.— Heory fili et Soubei* ran , Journal de plutrmacie ,i. Xil , p. 320.

(4) Pfùlosophical transaclions , vol. Cl, p. 96 (trad. dans Annales de Chimie, t. LXXXiV, p. 225).

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