‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 13 sur 66 · UI · texte numérisé non relu

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Mais Ambrosianî est parvenu à extraire le sucre de diabète , du sang des diabétiques, sous forme cristalline. Le sucre a été trouvé dans le sang, ensuite, par Mac-Gregor et par M. Guibourt. Le D"^ Rees a donné un procédé différent de celui d' Ambrosianî, et par lequel il a obtenu le sucre de diabète d'une grande pureté (1).

Mais pourquoi le sucre existe-Ml dans le sang des diabétiques , et pourquoi est-il expulsé à Tétat de sucre par les urines? M. Mialhe (2) a composé sur ce siyet un travail fort remarquable , et dont voici Tidée fondamentale.

Dans Tétat régulier des fonctions , le glucose est détruit dans le sang par Faction de Toxygène , c'est-à-dire qu'il est soumis à ce travail de combustion qui attaque, comme nous l'avons dit souvent , un grand nombre de principes immédiats. Le glucose ou sucre de diabète ne jouit de la faculté de s'oxygéner qu'en présence des alcalis. Ces alcalis il les trouve dans le sang. Mais, si on admet un tel état des humeurs de l'économie , que I alcalinité fasse défaut, le glucose ne sera point utilisé, il ne sera point oxygéné, point brûlé dans le sang, et les reins l'expulseront Comme un corps étranger. La glucosurie tiendrait donc à une altération primitive du sang, consistant en un état d'alcalinité insuffisante de ce liquide. A la vérité , je ne vois pas d'expériences alcalimétriques venant à l'appui de cette proposition. Mais M. Mialhe conclut à la nature du sang, d'après l'état acide des liquides des sécrétions , voire même de la salive , chez les glucosuriques, et il présente comme complément de preuves le bon effet de l'administration du bicarbonate de soude et des sels végétaux alcalins qui passent dans le sang à Tétat de carbonates alcalins par la combustion de leur acide.

Il n'est pas impossible qu'une affection du centre nerveux ne devienne cause de glucosurie (voy. t. II, p. 489).

(1) Guy's hospUal reports, octobre 1838, et Gaz. méd,, 1839, p. 8.

(2) Bulletin général de thérapeutique, t. XXWÏ, p. 198; 1849.

État du sang dans les pyrexies.

La plupart des résultats obtenus à cet égard sont presque négatifs , et cependant ils offrent une signification importante ; car le défaut d'augmentation de la fibrine dans ces maladies (sauf le cas de phlegmasie qui viendrait les compliquer) et l'absence de couenne prouvent qu'elles ne sont pas , comme Tavait prétendu Tauteur d'une célèbre doctrine, symptomatiques d'une infiammation du tube digestif. Et cela doit s'entendre nonseulement des fièvres dites essentielles , mais des fièvres éruptives, dans lesquelles le chiffre de la fibrine ne monte pas non plus. Ce n'est pas à dire que le point de départ des fièvres continues ne soit pas dans le sang; mais cela démontre que la cause première est autre chose que des globules en plus ou en moins , de la fibrine en plus ou en moins. Toutefois, relativement à la fibrine , il est bon de noter que dans la période avancée des fièvres typhoïdes , et lorsque ces fièvres offrent un caractère de gravité, la quantité de fibrine est diminuée (1). Ce qui reste de fibrine est peu rétractile , d'où il suit que le caillot de la saignée se montre volumineux, mou, facile à liquéfier, et qu il n'expulse qu'une petite proportion de sérum (2). Le sang . eofin offre les caractères assignés par tous les anciens écrivains à sa dissolution. Mais je ne saurais trop le redire, il y a certainement là un autre élément que la réduction de la fibrine. La dissolution du sang, chez le scorbutique qui n'a pas de fièvre, ne ressemble pas à ta (Us solution du sang dans le cas de fièvre typhoïde grave ; et ces deux cas diffèrent encore de Tétat de diS" solution qui amène des hémorrhagies mortelles, à l'occasion d'une piqûre de sangsue ou de l'application d'une ventouse ,

(1) Andral , Essai d'hématologie, p. 69. » Becquerel et Rodier, p. 63.

(2) M. Raciborski dit la même chose du caillot provenant de TappoMtion des TCObMtei {Gax, méd., 1839, p. 86). MM. Becquerel et Rodier afArment n'aToir jamais tu cette mollesse et cette diffluence du caillot, signalées par tant d'écrîTains {Recherches, etc., p. 74),

chezdes individus en apparence bien portants (voy. t. III, p. 157). Suivant le D' Reid-Clanny, la proportion de Teau sur les matières en dissolution ( sels et matières or{]^aniques dissoutes ) va augmentant pendant les fièvres continues, tant que la maladie augmente , et revient peu à peu au type normal à mesure que la maladie décroit (1).

Du sang dans la cfdorose.

Lorsque, peu de temps après la découverte du fer dans le sang, on crut que c'était lui-même qui donnait la couleur à ce liquide, on pensa que les chlorotiqnes avaient moins de ce métal que les individus en santé. La chose a été mise hors de doute par les modernes ; mais , à m^m avis , il y avait encore quelques problèmes à résoudre.

Que veut-on dire quand on avance qu'il y a moins de fer dans le sanp; des chlorotiqnes? Serait-ce que la matière colorante en contiendrait moins que dans Tétat normal?, Je ne le pense pas; cette matière est sans doute constituée par des proportions déterminées de fer, d'oxygène , d'hydrogène , de carbone et d'azote. Serait-ce qu'il y aurait moins de matière colorante, tous les autres éléments du sang restant les mêmes? et, par exemple, que les globules seraient moins colorés? Si tel était l'état du sang des chlorotiques , on devrait trouver moins de fer dans un poids donné du caillot de ce sang que dans un même poids de caillot d'un sang normal; mais il n'en est rien. Les expériences de M. Ilœfer (2) prouvent qu'il y a précisément autant de fer dans un cas que dans un autre. Il ne reste donc plus qu'une explication : c'est que les chlorotiques ont moins de globules, relativement aux autres éléments du sang. Ayant moins de globules , elles ont moins de matière colorante , et ayant moins de

(1) Edinb. med. and surg. Journal* vol. XXX, p. 221 , 1828, et Jrch* gén, de méd., t. XVUl, p. 289.

(2} Thèses de Paris, 1840, et Gaz* Méd*, 1840, p. 81.

matière colorante, elles ont moins de fer dans une quantité déterminée de sang.

Cette diminution des globules a d'abord été démontrée par M. Le Canu (1) , dans le sang d'une chlorotique confiée aux soins du D*^ Joly. Le chiffre des globules était réduit à Ô5,f6; une autre analyse, faite trois mois plus tard, ne donna que 5t. Quelque temps après, un auteur allemand, M. Fœdish (2), montra qu'il y avait diminution simultanée du cruor et du fer chez les chlorotiques. Enfin la diminution des globules a été parfaitement établie par MM. Ândral et Gavarret (3) , puis par MM. Becquerel et Rodier (4). II y a , en même temps , élévation légère du chiffre de la fibrine. La diminution des globules fait que la densité du sang défibriné est moindre; mais celle du se* mm est assez élevée , parce que la proportion d'albumine n'est pas diminuée. Ce dernier caractère établit une différence entre h chlorose et les anémies qui succèdent à des hémorrhagies abondantes et fréquemment renouvelées. On voit , dans ces deroiers cas, diminuer, avec les globules, l'albumln», et en général les principes en dissolution dans le sang.

Il n'est point démontré que l'état chlorotique soit exclusivement constitué par l'altération que nous venons de montrer dans la constitution du sang.

Accumulation de principes excrëmentltiels dans le sang.

L'altération dont je vais parler se rencontre dans certaines affections de l'appareil biliaire et de l'appareil urinaire.

Dans Victère par obstacle au cours de la bile, on aurait pu a priori décider que certains matériaux de la bile devaient se

(1) Études chimiques sur le sang, p. 113.

(2) Il ne faut accorder aucune confiance aux résultats absolus de M. Fœdish, qui met jusqu'à 25 millièmes de fibrine dans le sang!!! Mais oo peut accepter set résultats comparatifs.

(3) Annales de chimie et de physique, t. LXXV, p. 225.

(4) Recherches sur la composition du sangi p. 92.

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rencontrer dans le sang. Je ne conçois pas que des hommes graves aient agité la question de savoir si la bile se trouvait dans le sang. Ck)mment reconnaître un liquide complexe dans un autre liquide très-composé lui-même? 11 est clair qu'il n'y a d'autre problème à résoudre que celui qui concerne la présence ou l'absence des principes caractéristiques de la bile. A cet égard , la science n'est pas complètement faite, mais elle est avancée. Il y a trois sortes de principes immédiats à chercher dans le sang, dans les cas d'ictère : 1** les matières colorantes, V les différents principes gras que la bile charrie, S"" le principe fondamental de la bile , savoir, les cholate et choléate de soude.

1^ Quant aux matières colorantes, elles sont déjà indiquées par M. Clarion (1) ; M. Orfîla a trouvé la matière verte dans le sang de trois ictériques (2); M. Chevreul (3) a montré dans le sang d'enfants ictériques un principe colorant rouge orangé, un principe colorant vert , et un principe colorant bleu , analogues à ceux de la bile, ou quv plutôt sont les mêmes que ceux de la bile. M. Félix Boudet signale aussi dans le sang des ictériques des principes colorants jaune, vert, et bleu; enfin cet état du sang * est constaté aussi par M. Le Canu (4), par M. Gollard de Martigny (5), et par MM. Becquerel et Rodier (6).

2^ Relativement à la proportion des principes gras dans le sang des ictériques, ce point a été très-bien établi par MM. Becquerel et Rodier (7). Ils ont trouvé en matières grasses, dans le sang de deux ictériques, plus que le double de la quantité normale, le chiffre de 3,616. Cette somme de matières grasses était ainsi répartie: séroline, 0,070; matière grasse phosphorée, 0,810, cholestérlne , 0,627; savon animal (2,139).

(1) Journal de Corvisart ji, X, p. 288.

(2) Journal de chimie médicale , t. Vil , p. 222.

(3) Journal de physiologie ,i. IV, p. 126 ; 1834.

(4) Études chimiques sur le sang humain, p. ICI . (6)^ Journal de chimie médicale , t. Ui, p. 423. {fi)y{echerches sur la composition du sang, p. 104 et suiv. (7) Lac, cit., p. 106.

3^ Restent enfla les cholate et choléatc de sonde, parties qa constitnent le caractère fondamental de la bile. Je ne sache point qu'il ail été Fait de recherches à cet égard, la connaissance de ces substances étant d'une date assez récente.

Chez les individus atteints de rétention d'urine, il semble que tons les liquides des sécrétions soient pénétrés des matériaux de . Turine. Le sang étant intermédiaire obligé entre Tapparefl urînaire,où sefait la résorption, et les autres parties du corps, je ne doute pas qu'il ne contienne, dans ces cas, une plus grande proportion d'urée et d'acide urique'.

La présence de Turée dans le sang des goutteux a d'abord été soupçonnée (Weatheread), puis démontrée (Lehmann, Garrod). Il en a été de même pour l'acide urique , que Copland, M. Rayer, M. Turk, admettent, par induction, dans le sang des goutteux, et que M. Garrod y a trouvé combiné à la soude. Ce que je vous ai appris touchant la composition normale du sang vous indique qu'il ne peut y avoir ici qu'une question de quantité, puisque l'urée et l'acide urique existent dans le sang d'une personne saine. Je ne sais si on est bien autorisé à dire que l'accumulation de ccfi produits excrétoires dans le sang forme le caractère anatomique et en quelque sorte l'essence de l'affection goûteuse.

Altération du sang dam le cJioléra.

Cette espèce de gelée qu'on retire des vaisseaux des cholériques , cette matière épaisse dans laquelle la séparation s'opère si imparfaitement entre le sérum et le caillot, contient beaucoup moins d'eau que le sang normal, et, en revanche, une si grande proportion de matières fixes, que celles-ci dépassent quelquefois le double de celles que renferme le sang d'un homme sain (1) Toutefois cette augmentation des parties solidifiables du sang ne

(1) Le Canu, Éludes chimiques sur le sang, p. 105. On y trouve, ayec le rédt des analyses faites par l'autear, l'indicaiioD d'un bon nombre d'expérimentations qui ont obtenu les résultats que jMndique.

porte pas également sur toutes : ce sont les globules qui sont en excès, ainsi que les matières extractives, les sels, et surtout les matières grasses (1); mais Talbumine est diminuée ainsi que la fibrine. MM. Garrod et Becquerel signalent la présence d'une grande quantité d'urée dans le sang des cholériques. ., il y a peut-être une petite diminution dans l'alcali du sang; cependant Talcalinité de ce liquide n'est pas détruite, comme on Ta dit.

Tous ces résultats sont, à mes yeux, une suite des évacuations excessives des cholériques, jin effet de la maladie, et non sa cause; mais ils la compliquent, et peuvent même occasionner la mort, car un sang si épais circule mal et s'hématose à peine dans le poumon.

Y a-t-il, en outre, un principe morbifique contenu dans le sang des cholériques? Des grumeaux de sang pris dans le cœur d'une cholérique, morte dans la période algide, furent mis sous la peau d'un lapin; il eut quelques déjections glulineuses et blanchâtres, et mourut le dixième jour. Le sang de ce lapin, employé de la même manière, tua un second lapin; le sang de celui-ci causa la mort d'un troisième , et le sang de ce dernier fit mourir un quatrième lapin. Le sang des cholériques morts dans la période de réaction n'eut point, dit-on, cette influence délétère (2). Je me hâte de dire qu'on n'a rien obtenu de semblable dans les expériences faites en France (3).

Altération du sang par le pus.

J'ai démontré dans ce livre, t. Il, p. 737, et plus longuement à Tarticle Pus du Dictionnaire en 30 volumes , que l'absorption ne pouvait introduire le pus en nature, c'est-à-dire avec ses globules , dans le système vasculaire. Lorsque du pus est con.

(1) MM. Becquerel et Garrod, Arch, gén» de méd., 4* sér., t. XXII , p. 83.

(2) Namias, de Venise, ia Bulletino deUe scienxe mediche, et dans la Gaz, méd,» 1836, p. 424.

(3) Voir les expériences de M. Maaendie ( Leçons sur le choléra-morbus, in-8«; 1832).

teau dans des vaisseaux, il a donc été sécrété dans le système vasculaire. Il ne résulte pas alors , comme quelques-uns Font dit , d'vne transformation des globules du sang , lesquels, se dépouillant , peu à peu , de leur enveloppe, laisseraient leur noyau pour former le globule purulent! ! Le globule du sang, tout entier, est beaucoup moûgj^gros que le globule du pus; comment pourrait-il devenir globule du pus après avoir perdu son enveleppe? Vous savez d'ailleurs que Ton n'a pu démontrer les noyaux des globules du sang des mammifères.

Le pus renfermé dans les vaisseaux y est ordinairement séquestré, dans des parties limitées du système vasculaire, par des caillots qui bouchent d'espace en espace la lumière du vaisseau. Nous n*avons pas à nous arrêter ici sur cet état anatomique , qui oe constitue pas, à proprement parler, V altération du sançç par le pus. Pour que celle altération ait lieu, il faut que les globules du pus, mélangés avec ceux du sang, soient entrâmes avec eux dans la circulation générale ; or un tel phénomène se produit-il? On a dit que Toblitéralion des vaisseaux, enflammés par des caillots qui séquestrent le pus, s'opposait à cette diffusibn du produit de l'inflammation; mais J'ai prouvé, article /^^/^^ que les occlusions n'étaient pas toujours complètes, et cela a été confirmé par MM. de Casteinau et Ducrest (1). J'ajoute qu'une ^ * certaine quantité de pus a dû être entraînée avant ces oblitérations partielles des vaisseaux. Enfin, et ceci met la chose hors de doute, rinjcction directe de pus dans les veines d'un animal vivant cause absolument les mêmes symptômes, les mêmes altérations organiques (ecchymoses, noyaux brunâtres, abcès multiples) que la phlébite suppurée. Cette phlébite a donc mis du pus, pour quelques instants au moins, dans la circulation générale (2).

(1) Bech, sur les abcès multiples {Mém. de l'Acad. de méd.j t XII ; Paris, 1846).

(2; Les expériences sur TinjecUon du pus dans le sano n*ont eu de râleur réelle qu'après réublissement de la doctrine relative à VinfecUon jgunUenie et aux abcès diu méiastatiques , et encore n'y a-t-il pas lieu de mettre sur

Il était naturel de chercher une dernière démonstration dans Fexamen direct du sang. On pouvait croire que dans une goutte de ce liquide placée sous le microscope , on distinguerait," parmi les globules du sang , les globules du pus, ^/«« gro^, à aspect framboise, sphériques, munis d'un noyau, etc. J'ai cru avoir fait cette découverte en 1841. Un enfant,fiuquel j'avais amputé la cuisse, était mort de phlébite suivie d'abcès métastatiques; le sang de la veine iliaque, pris au-dessus du point où des caillots oblitéraient ce vaisseau , et le sang de la veine cave inférieure, m'avaient présenté, parmi les globules du sang, d'autres globules granuleux que j'avais regardés comme des globules de pus. Mieux renseigné depuis, j'ai compris que j'avais vu simplement les globules blancs du sang, lesquels ressemblent beaucoup à ceux du pus. J'ai donné (p. 21 de ce volume) leurs caractères distinctifs. Je soupçonné que M. Andral , bien que prévenu de la possibilité de cette erreur, aura pu la commettre. Mon honorable collègue dit avoir vu trois fois les globules du pus parmi les globules du sang pris dans les gros vaisseaux ou le cœur \ dindividus morts d'abcès multiples (1).

il est une autre cause d'erreur, sur laquelle M. Donné (3) a insisté. Lorsque les globules du sang sont altérés, comme cela a lieu souvent sur le cadavre, et même dans le sang examiné peu de temps après qu'il est sorti des vaisseaux de l'homme vivant , il n'est pas rare qu'ils offrent l'aspect inégal , crénelé , déchi-

la même ligne toutes les tentatives qui ont été faites depuis cette époque. Le travail de MM. de Casteinau et Ducrest, trayait couronné par l*Académie de médecine, et qui méritait bien cette distinction, confirme de tous points la doctrine que j'ai développée à rarlicle Pus du Dictionnaire en 30 volumes, et dans mes leçons sur l'absorption (voyez t. Il, p. 737). Avant le concours institué par l'Académie, M. Gaspard [Journal de physiologie de M. Magendie, 1. 1 et II), MM. Trousseau et Dupuy {Arch. gén. de méd,, t. XI, p. 273), MM. Renault et Bouley {Arch, gén. de méd,, 3« série, t. VIII, p. 184), M. Félix d'Arcet (dissertation inaugurale, 1842), M. Aran [Gaz. méd., 1842), avaient fait des expériences sur riotroduction du pus dans le sang.

(1) Es^ d'hématologie pathologique, p. 113 et suiv.

(2) Arch, gén. de méd., 2« lérie, t IX, p. 443.)

quêté, dont j'ai parlé (page 35); et d'une autre part, s'ils ont absorbé' de Teau, ils peuvent cesser d'être aplatis. On peut, dans ces cas, confbndre les globules du sang avec ceux du pus. H y a pourtant moyen d'éviter celte erreur en faisant concourir, avec le microscope, un réactif, à savoir, l'ammoniaque, qui , introduite entre les deux lames de verre où sont déposés les globales que Ton observe, dissout complètement et promptement les globules sanguins, et laisse intacts les globules du pus. C'est le moyen conseillé par M. Donné pour reconnaître le pus dans le sang.

A ces procédés, où intervient le microscope, il y a une objection très-sérieuse à f^ire : c'est que les globules du pus, injectés dans le sang d'un animal vivant, disparaissent peu à peu, de sorte qu'après six heures ordinairement on n'ep^voit plus dans le sang qu'on retire à l'animal (1). C'est pendant et après cette disparition totale des globules, que les accidents généraux de Vinfection purulente se développent. La diminution progressive et la disparition totale des globules du pus peuvent tenir soit à ce que, plus volumineux que les globules du sang, ils s'empêtrent peu à peu dans les capillaires du corps, soit à ce qu'ils se dissolvent; peut-être aux deux causes à la Fois.

A défaut d'observations microscopiques utiles , on a proposé d'autres moyens de reconnaître que le sang est altéré par le pus. Voici celui que M. Mandl a proposé (2). Si on bat le sang avec une baguette de verre, la fibrine s'y attachera, qu'il y ait ou non du pus dans le sang. Dans ce dernier cas, la fibrine forme une membrane élastique, lisse, sans lambeaux ni filaments, cédant sous le doigt comme du caoutchouc mouillé, rougeâtre, et devenant d'un blanc jaunâtre par le lavage. Mais , si ce sang est altéré par le pus, n'en eût-on ajouté que Veo? ^^ fibrine qui s'attache à la baguette de verre consiste dans une réunion de lam-

(1) Expériences de M. Lebert; elles ont eu M. Robin pour témoin. Communication orale.

(2) Séance de llnslilut du 24 février 1837, et Arch. gén- de méd., 3* sér., t. 1, p. 268.

beaux filamenteux , non élastiques, qui par le lavage deviennent tout à fait blancs.

D'un autre côté , M. Piorry a cru pouvoir reconnaître l'altération du sang par le pus, à certains états du caillot. Celui-ci, recouvert d'une couche plastique de couleur verdàtre, demitransparente comme du blanc d'œuf , contient une infinité de granulations grisâtres , se confondant , par leurs bords , avec la couche plastique. Lorsqu'on déchire la couenne, on voit ces granulations faire saillie sur les bords de la déchirure. Mais M* Donné, qui a examiné ces granulations, n'y a vu que de petits caillots de sang emprisonnés dans la couenne , et n'a rien trouvé qui indiquât la présence du pus dans le sang. J'ajoute que les cas de M. Piorry sont simplement des cas d'inflamma- Uon terminés /m* suppuration , et non des cas d'infection purulente.

En somme, les meilleures preuves de l'altération du sang par le pus sont celles que j'ai données , il y a quelques instants.

Ce n'est pas la sérosité du pus, mais le globule, qui est cause des accidents de Tinfection purulente. La sérosité est absorbée sans danger quand le pus n'est pas altéré; quand le pus est altéré, l'absorption de cette sérosité cause l'infection putride , qu'il ne faut pas confondre avec l'infection purulente (voy. t. il, p. 737). Enfin les animaux auxquels MM. de Gasteinau et Ducrest (1) ont injecté cette sérosité se sont rétablis. Quant aux globules , qui ne sont point absorbés à l'état de globules, et qui ne peuvent agir sur le sang que quand le pus a été formé dans les vaisseaux, il n'est pas nécessaire qu'ils appartiennent h un pus fétide ou altéré pour qu'ils altèrent le sang et fassent naitrc les accidents de l'infection purulente. Ce que j'ai écrit, A cet égard, en 1842, en opposition avec presque tous les pathologistes , a encore été confirmé par MM. de Gasteinau et Ducrest, qui ont fréquemment employé dans leurs expériences du pus louable, crémeux, frais et inodore.

(1) Mémoires de l'Académie de médecine, t. XII, p. 106.

En quoi coosîste TallératioD que le sang éprouve par le mélange avec le pus? On a voulu étudier cette altération au dehors du corps. Une partie de pus étant mélangée à huit ou neuf parties de sang, celui-ci se coagule, comme de coutume; mais, après huit, douze on vingt heures, le caillot se ramollit, devient diffluent, et finit par se dissoudre entièrement (1). Si on examine au microscope ce qui se passe pendant ce temps, àù voit, suivant M. Donné, les globules du sang se déformer et disparaître peu à peu ; de sorte qu'au bout d'un certain temps, on ne trouve plus que des globules purulents.

Cette expérience. Messieurs, ne me parait pas répondre à ce qui se passe sur le vivant. En effet, nous voyons dans un mélange de pus et de sang, fait au dehors du corps, les globules du sang disparaître , dissous peut-être par Tammoniaque qui se forme dans le mélange ; tandis que, si Ton injecte le pas dans le sang , c'est le pus qui disparaît , après un certain nombre d'heures, du champ de la circulation.

Je pense que les globules du pus se décomposent, et notamment dans les capillaires, où ils s'arrêtent, et que le produit de leur décomposition est la cause de cette forme d'intoxication du sang. Le sang et toutes les parties du corps des individus qui succombent à l'infection purulente ont une odeur particulière, très- tenace, et que j'ai signalée depuis longtemps.

Je sortirais de mon sujet , si je m'arrêtais à Texamen de la cause prochaine des abcès dits métastatiques.

État du sang dans diverses maladies contagieuses ou

'jépidëiniques.

II ne s'agit pas ici de globules, de fibrine ou d'albumine, en plus ou en moins; mais d'altérations jusqu'à ce moment insaisis-

(1) Donné, Arch. gén, de méd., 2« série, t. XI , p. 443. — > Andral, ffé^ matologie, p. 118 et 119. M. Andral pense que pour a^ir aioti le pus doit être altéré.

174 DtJ SAflO.

sables , et que révèlent cependant les propriétés délétères que le sang a acquises. Je me bornerai à Tiudication de quelques exemples.

Le sang pris dans les vaisseaux d'un cheval mort du charbon est injecté dans les veines d*un autre cheval ; il se développe chez ce dernier une tumeur charbonneuse , et il meurt le quatrième jour (1). Dans une autre expérience, on fait passer directement le sang de la jugulaire d'un animal malade dans la jugulaire d'un animal sain. Celui-ci meurt sans avoir été atteint de char* bon ; mais ou trouve des ecchymoses au cœur, des taches noirâtres dans le tube digestif, une tuméfaction des plaques de Peyer.

Le sang des gallinacés qui succombent à Tépizootie, qui souvent ravage toutes les basses-cours d'un pays , inoculé à des poules, des pigeons, des oies, des lapins, les tue en quelques heures (2).

Le sang des hommes et des animaux morts de la rage aurait, dit-on, transmis cette maladie aux animaux chez lesquels on Ta injecté (3); mais ce résultat est contesté par d'autres expérimentateurs.

Le sang d'un animal atteint de la morve communique cette maladie, s'il est injecté dans les veines d'un cheval, etc.

Des Itëmatozoaireii*

On donne ce nom à des animaux qui vivent dans le sang ; il ne faut pas les confondre avec les infusoires du sang. Les hématozoaires vivent dans le sang d'animaux vii^ants; les in-

(1) Recherches sur les altérations du sang, p9r Leuret {Arch. gén. de m^rf.,t.Xl,p.98; 1826).

(2) Mémoires lus dans les séances de rAcadémie de médecine du 6 et du 20 mai 1851 par M. Renault, et ensuite par M. Delafond, qui, le premier, a fait oes inoculations.

(3) Gax, méd,, 1841 , p. 45.

fusoires se développent dans le sang , quelqoe temps après la mort.

Les hématozoaires ont été Tobjel d'une bonne monographie présentée par M. Chaussât (1), en 1850, à la Faculté de médecine de Paris. MM. Grabyet Delafond, M. Gros, de Moscou, ont publié des recherches intéressantes sur quelques espèces de ces êtres.

On eoa trouvé dans presque toutes les classes d'animaux, mais non dans tous les genres et toutes les espèces; on en a vu chez quelques invertébrés. Je ne m'arrêterai qu'à ceux des vertébrés ; encore me bornerai-je à quelques-uns d'eux, comme pour donner un spécimen des merveilles que la nature dérobe à nos yeux, s'ils ne sont aidés des inslrumeuts grossissants.

Dans les mois de printemps et d'été, les grenouilles adultes et vivantes ont dans leur sang des animalcules ('2), dont la longueur est de 40 à 60 millièmes de millimètre, et dont la largeur ne dépasse pas 10 à 12 millièmes de millimètre; leur corps est dentelé et tourné comme une tarière {trypanosoma sanguinis). Sur cent grenouilles adultes, deux ou trois ont des trypanosomes ; chaque goutte de sang en contient deux ou trois. Ces animalcules font environ quatre mouvements par seconde autour de leur axe, et 14,400 circonvolutions par heure. D'autres espèces d'hématozoaires avaient déjà été observées chez les grenouilles par Schmitz, par Valentin, par Vogt, etc.

Pour exemples d'hématozoaires chez les oiseaux, je citerai une espèce de filaire^ dont les individus fourmillent dans le sang de diverses espèces appartenant au genre connus. Cette filaire, vue d abord par M. Gros (3), a été étudiée depuis par MM. Ecket^ Follin, Rayer, Robin (4).

(1) Thèses de Paris, 1850 , n» 192.

(2) Gruby, Recherches et observations sur une nouvelle espèce d'hé' nuUozoaire, trypauosoma sanguinis {Ann. des sciences nalur., 3^ série, t.I,p. 101; 1814).

(3) Bulletins de la Société impériale des naturalistes de Moscou, tXVm,p. 45; 1845.

(4) Cbauttat , thèse citée , p. 2&M29*

On a trouvé aussi des hématozoaires chez quelques maiiimifères. Les faits qui se rattachent à cette proposition et qui l'établissent sont de nature à piquer vivement la curiosité.

Si on examine le sang d'un grand nombre de chiens, on trouvera que, chez certains individus, ce liquide contient des fîlaires dont le corps, passablement allongé, a moins de diamètre transversai que le diamètre des globules du sang (I ) ; de sorte que ces longs aniraalculestraversent les capillaires, passent desarlères dans les veines, et sont présents dans toutes les parties du système vasculaire, dans les capillaires de la conjonctive, de la muqueuse buccale, de la peau, etc.

M. Chaussât (2) a constaté que le sang du rat noir adulte contient quelquefois des hématozoaires filiformes. Ils survivent do vingt à trente-quatre heures à Tanimal dans le sang duquel ils se sont développés.

Les concrétions fibrineuses des anévrysmes de Fartère mésentérique du cheval, anévrysmes très-fréquents, contiennent ordinairement des strongles, strong^lus armatus minor de M. Rayer. Un autre strongle, strongx^us inflexus minor de M. Raspail, a été vu par un grand nombre d'observateurs dans plusieurs veines, et notamment dans les sinus veineux de la base du crâne du marsouin.

Quant à Tbommc , si vous rejetiez : 1^ les observations de caillots fîbrineux pris pour des vers, dans l'enfance de Tanatomie pathologique; 2^ les animalcules microscopiques qui, au dire de I^ancisi, Réaumur, Yallisnieri, seraient la cause des maladies contagieuses ou épidémiques , et, en particulier, les infusoires indéterminés que M. Gros dit exister dans le sang de l'homme atteint de syphilis; 3^ les cas où l'on aurait cru voir sortir d'un vaisseau un gros ver unique (observations de Treullcr, de

(1) GnibyetDelafond, îiote sur une altération vernUneuse du sang , etc. [Comptes rendus des séances de l* Académie des sciences, t* XVI, p. 325),

(2) Thèw citée, p. 25, n« 192; 1850.

DlFFÉRE^rCES DU SANG. 177

Welchi etc.), que reste-t-il ?... Rien ou à peu près rien, à moins pourtant qu'on n'admette Fexistence du poiystoroe dans le sang expectoré ou dans les veines pulmonaires des phtbisiques (I).

Le maintien de la bonne santé chez un animal qui , comme le chien, peut nourrir dans son sang jusqu'à 100,000 Maires, est un fait digne d'être noté.

(1) St. délie Chi>ie , de Naptes, Recherches sur l'existence du pol/stome du sang hwnain^

lU. 1*2

i7è DU SA^G.

SOIXANTE'TREIZIÊIE LEÇON.

bu sAi^G.

( Suite. )

DB MJk FORHJLTIOM DIT SA1V«*

Messieurs,

Nous avons à nous occuper, sous ce titre, de la formation primitive du sang chez le fœtus, et de son renouvellement pendant toute la durée de la vie.

La première question ne sera développée qu^à propos de Thistoirc de la reproduction ; j'en toucherai cependant quelques mots ici, à titre de renseignements pour Tétude de la seconde question.

Il y a chez le fœtus deux époques distinctes pour la formation du sang : Tune où , avant même que les organes aient pris une forme et une texture bien apparentes, il y a déjà du sang et des trajets vasculaires visibles dans le Feuillet intermédiaire aux feuillets muqueux et séreux; Tautre où, avec ses viscères, l'embryon a acquis une circulation beaucoup plus considérable. A aucune de ces époques, le fotus ne reçoit le sang tout Formé de sa mère, il Fait lui-même son sang. La chose n'a pas besoin d'être prouvée pour les ovipares, qui n'empruntent rien à leur mère, si ce n'est sa chaleur pendant l'incubation, et qui Forment du sang, aux dépens des matériaux de Fœuf. Pour les mammifères, la différence Fondamentale qui existe entre le sang de la mère et celui du Fœtus démontre qu'elle n'envoie pas le sang tout Fait à celui-ci. Vous savez que le sang du Fœtus est moins coagulable que celui de la mère, qu'il a plus de globules et moins de fibrine. M. Chaussât (1),

(1) Des Bémaloioaires iX^^êCide Paris., n<> 192, p. 26; 1860).

FORMATIOIV DU SANG. 179

ayant examiné , au printemps de 1850, le sang d'une femelle de rat noir, y trouva les animalcules filiformes dont nous avons parlé précédemment. Cette femelle portait cinq petits , aac|)|i d'eux n'avait de vers dans son sang. Ainsi la mère fournit m matériaux que le fœtus absorbe, et aux dépens desquels il ftilt son sang.

Dans la première période de la formation du sang, ce liquide est d'abord incolore, puis jaunâtre, puis rouge. MM. Prévost eC Lebert décrivent à peu près en ces termes la formation du sang chez les vertébrés. Parmi les globules que renferme Tœuf fécondé de Ja grenouille, il en est que ces auteurs nomment organo-/?/aj^ tiques, et qui sont très - composés. Ils renferment, en effet, des granules animés d'un mouvement moléculaire, un noyau diaphane, et quelques petits globules en paillette. Ces globules orgaiio-plastiques donnent naissance non-seulement aux organes, mais aux globules du sang lui-même. Pour cela ils perdent une partie de leur contenu granuleux. Les petits globules en paillette disparaissent les premiers; ce qui reste prend une teinte jaunâtre, les globules deviennent ellipsoïdes; enfin la teinte jaune tourne au rouge (1).

A l'apparition des premiers globules dans la membrane blastodermique, succède, pendant les autres phases du développement foetal, une émission bien plus considérable de globules. Ceux-ci ont la forme que présenteront désormais les globules du sang de l'animal dans toutes les périodes de sa vie. M. Dumas, dans un travail peu cité (2), avance que les globules elliptiques de l'oiseau (lequel a d'abord des globules arrondis) ne paraissent qu'au moment où le foie se forme ; d'ob il conclut, par induction, que les globules prennent naissance dans cet organe.

Le renouvellement du sang, et par conséquent la formation de ce liquide , s'opèrent avec une grande activité pendant tonte la durée de la vie.

(1) Séance de riosUtut du 15 janTier r844, et du. méd., 1S4I, p. 43 et 44, (2; SadiiierUtkmfiiM9unte,n«Q7; Paris, 1882.

180 DU SAHG.

La diminution si rapide de la masse du sang, pendant Tabstinence , et la mort si prompte qui suit la privation complète d*aliiments, attestent que, du sang étant dépensé chaque jour pour lÉmaintien des actes de la vie , il s'en reforme à mesure qu'il se consomme.

On peut se faire une idée de la puissance réparatrice dont Torganisme est doué, par la quantité énorme de sang qu'ont pu perdre quelques individus dans le cours d'une certaine période de leur vie, soit par des hémorrhagies spontanées, soit par des saignées répétées. Il n'est plus question ici d'hémorrhagies se manifestant en une fois, mais de pertes de sang reproduites à intervalles. Une femme hystérique fut saignée 1,020 fois en dix-neuf ans. Une jeune fille de Pise se laissait ouvrir la veine tantôt tous les jours , tantôt tous les deux jours , pendant quelques années; elle perdait de plus 126 onces de sang environ à diaque menstruation. Un autre individu perdit 1,000 livres de sang dans un an. Chez un autre, des hémorrholdes laissaient fluer 6 livres de sang en vingt-quatre heures ; cela dura soixantedeux jours. Enfin un jeune homme perdit 76 livres de sang en dix jours. A ces faits, que j'emprunte à Haller (1), j.'jgouterai Tobservalion publiée par le D** Carlo Gavalli , et dont on trouve un extrait dans le journal d'Omodeï (2). La nommée Maria Besana, qui en fait le siyet , a été saignée trois mille cinq cents fois en vingt-huit ans !

L'habitude de perdre du sang monte, dans Torganisme, la force de réparation à un degré considérable, et qui peut même dépasser les besoins de l'économie, de sorte qu'un état de pléthore peut survenir lorsque les évacuations sanguines sont diminuées ou supprimées.

Le sang ne se répare pas à la fois et en même proportion dans tous ses éléments. Le plasma est remplacé plus tôt que les globules, de sorte que les saignées rompent três-promptement l'équi-

(1) Elemenia physioL, 1 11, p. 5. .

(2) Amali universali dimaUcin^, U tXXVI, p. 405; 1835.

FORMATION DU SANG. 18i

libre entre la partie liquide et la partie en susp^sion. J'en ai donné la preuve dans la 2' livraison de ce volume. Si les hé-* morrhagies sont excessives ou si la force réparatrice languit , Tanémie survient, et elle se traduit non-seulement parla diminution des globules, mais encore par une proportion moindre des parties animales qui sont en dissolution dans le sérum. Cet état peut causer des hydropisies.

11 est très-intéressant de rechercher quelles sont les sources de la réparation du sang; ce sujet est d'une grande fécondité, comme j'espère vous le faire reconnaître.

La source la plus prochaine, la source immédiate , c'est la sulh stance même du corps, dans laquelle puise l'absorption, et qui retourne au sang sous forme de lymphe. Ainsi, chez un homme ou un animal qui a perdu une grande quantité de sang , le canal thoracique verse dans la veine sous<clavière, et avant même que la digestion ait rien fourni , une notable quantité de lymphe qui s'ajoute au sang, devient sang, et augmente ainsi la masse de ce liquide. Il me parait très-vraisemblable que les veines introduisent aussi dans le sang quelques produits de la décompositioa du corps.

Remarquez, Messieurs, que ce n'est pas exceptionnellement, et seulement parce qu'une hémorrhagie a appauvri le sang , que le canal thoracique y apporte de la lymphe ; c'est là un phénomène normal de tous les jours et de tous les instants. C'est là une des sources régulières de la réparation du sang, liquide dissipé chaque jour par les diverses sécrétions et la nutrition.

Certaines expériences et quelques faits de pathologie me paraissent propres à montrer la part de la lymphe, et par conséquent de la substance du corps, dans la réparation du sang, indépendamment de toute alimentation. Soit un animal , un chien, par exemple , auquel vous aurez ouvert un gros vaisseau (les expériences de M. Piorry ont prouvé que cet animal pouvait perdre immédbtemcnt, et sans succomber, une quantité de sang égalant la vingtième partie du poids de son corps). Lorsque le chien sera tellement affaibli par la perte de son sang, que la sortie de quelques onces de plus causerait infailiibleoMlht

l62 DU S4NG.

la mort, fermez le vaisseau. Le lendemain, sans que ranimai ait pris aucune ndnrriture, vous pourrez, sans le faire mourir, lui tirer 10 à 12 onces de sang. Il s'en est donc formé depuis la veille, et, puisque ranimai n'a pas mangé, c'est aux dépens de aa propre substance que cette régénération a eu lieu.

Je ne saurais trop appeler votre attention sur le merveilleux phénomène dont je vous entretiens. Ce quil faut avant tout, dans le cas d'une déperdition abondante et brusque de sang, ce qu'il faut, dis-je, c'est que de nouveau sang soit formé en toute hâte, pour que la circulation l'offre aux organes. 11 fout du sang pour que le cerveau et les nerf^ fassent contracter régulièrement diverses fractions du système musculaire, il faut du sang pour que la respiration s'effectue, il faut du sang, ou l'animal est mort. Eh bien! avant que la digestion ait donné des matériaux réparateurs, la substance du corps en a fourni, et le canal thoracique les a versés dans la veine sous-claviëre. Certes il y a lieu d'admirer cette prévision de la nature , qui fait que chacun porte en soi les moyens de subvenir à une déperdition éventuelle du liquide sans lequel la vie ne pourrait se continuer. * Ce qui se passe dans certaines maladies aigués, pendant le cour$ desquelles on est revenu plusieurs fois k la saignée, donne une nouvelle démonstration de la réparation du sang, aux dépens du corps. Les malades étant, dans ces cas, privés d'aliments, la résorption seule peut fournir au sang de nouvelles matières extractives. On dirait que, dans leur pratique, certains médecins avaient pris à tâche de nous montrer jusqu'où peuvent s'étendre, en ce genre , les ressources de la nature. Je prends presque au hasard un passage dans le recueil des lettres de Guy Patin (1). «M. Martel, dit-il , a été fort malade d'une fièvre continue pour laquelle nous l'avons fait saigner trente-deux fois; il est parfaitement g.uéri , dont je loue Dieu » (2).

(1) T. I, p. 63, édition de M. Réveillé-Parise ; Paris, 1810.

(2) Ortaiaement il faut en louer Dieu ! 8*écrie le spirituel éditeur des Lettres de Gay Patin,

l«i raiteC^ P^tla asiiMît eo iMMiBie convaiiica» et De te refusait po^

Ainsi 9 Messieurs, nous venons d'état)lir que la lymphe est une des sources 4e la réparatiop du sang; mais cette source est nécessairement bornée y puisque ranimai qui fait du sang avec sa lymphe vit littéralement & ses dépens. Il existe une autre source plus abondante encore que la première , c'est la digestion, ce sont les aliments, ou plutôt c'est ce que j'ai nommé, en faisant l'histoire de l'absorption , produits utiles de la digestion : à savoir le chyle et les matières organiques solubles que les veines puisent dans le tube digestif.

Les expériences sur les animaux, et les observations recueillies sur l'homme , montrent aussi la part de cette source de réparation. Par exemple, nous avons vu qu'après avoir épuisé, par hémorrhagie, un chien, au point que la soustraction immédiate de quelques onces de plus le ferait périr, on peut, «le lendemain, ôterà l'animal, sans qu'il meure, 10 à 12 onces de sang, parce que la substance du corps a fourni des matériaux de réparation ; mais si , comm^ l'a vu M. Piorry , on laisse s'écouler deux ou trois jours dans l'abstinence avant d'ôter de nouveau sang à ranimai , il sufQra de lui en enlever 6 ou 7 oncea pour le faire périr. La dépense quotidienne qu'exige l'entretie» de la vie a alors dépassé en graiide partie ce que la substance du eqrps avait fourni. Au lieu de cela, donnez des aliments à l'ann

tes indispositions, les bienfaits de ce remède souverain. ■ Depuis ma dernière leure, dit-il ailleurs, un méchant rhume m*a tant pressé qu*îl m*a follu tout quitter et mt mettre au lit, où fai été saigné sept fois» ( 1. 1 , p. 375). Il traitait de même les personnes de sa famille. On lit , à la page 104 du l^^* ?olume : « Mon fils aine était ici fort malade ; ipais je l'ai ft\vt^ du mauviûs pas d'une fièvre continue par le moyen de vingt l)onnes saignées des bras et des pieds, avac pour le moins une douzaine de bopnes médecines. > 11 saignait libéralement dans la petite vérole. > J*ai , dit-il, traité id un gentilhomme du Languedoc d'op^ Irèf-cruellf et très- mauvaise petite vérole ; il a été saigné dix bonnes fois , èi tuUe entptiOMm, et in ipsa erupilone, et poti plenam erupiionem » ( t. If , p. 219). Avant Guy Patm , Boial i»vai$ d|t «que le sapg dans le oorpe bwnfal est comme Feau dans une bonne fontaine; t^( pliys oi^ ^ puise, tant pM»fl s'en trouve. >

Les eimcmis de Guy Patin raccusèrent d'avoir bâté par des saignées inteo)pestives la fin de l'illustre Gatseodi.

mal : vous pourrez , dans une période de quinze jours, lui soustraire, sans le foire périr, une quantité de sang égale au cinquième du poids (otal de son corps. De petits chiens pesant 10 livres donnèrent ainsi 2 livres Vs- Pobr les foits recueillis sur rbomme, il me suffira de vous renvoyer à ceux que j'ai cités , page 180 de cette leçon.

On a essayé de déterminer quelle est au juste la quantité de sang qui se forme chaque jour pour Tentretien régulier de la vie. Gomme tout ce qui est excrété sort du sang, à savoir les urines, la transpiration cutanée, la perspira t ion pulmonaire , etc., on pourrait penser que la quantité de sang produite , toutes les vingt-quatre heures, est précisément égale à la somme de ces excrétions, pendant une même période de temps. Ce serait mal raisonner. Sans doute, pour que Téquilibre se conserve, il faut que le sang reçoive chaque jour autant qu'il dépense; mais il peut entrer dans le système vasculaire, et en sortir, diverses substances, sans que la masse du sang ait été sensiblement modifiée. Celui qui boit 10 mesures d*eau dans une matinée, et rend immédiatement par les urines une quantité de liquide égale à celle qui a été ingérée, n*a ni formé ni dépensé 10 mesures de sang , car Feau n'a fait que traverser cette humeur. On n'a donc pu donner qu'une détermination approximative , lorsqu'on a dit que la quantité de sang réel formé en vingt-quatre heures s'élevait à 2 livres. Ce chiffre a dû être dépassé dans quelques-uns des cas d'hémorrhagies périodiques que nous avons rapportés.

Enfin la respiration forme un troisième contingent pour la réparation du sang ; nous en parlerons ailleurs.

Puisque le sang se renouvelle aux dépens de la lymphe et du chyle , il est intéressant de rechercher s'il n'y a pas quelques rapports de composition entre ces trois humeurs, A ne considârer que la couleur, on pourrait croire qu'il n'y a entre elles aucune analogie ; mais, cette couleur éliminée, vous trouverez d'assez notables points de ressemblance entre le sang et les deux fluides qui lui sont afférents.

Tous les trois se coagulent spontanément, lorsqu'ils sont tttirés des vaisseaux , la lymphe plus que le chyle.

Toas les trois charrient des globules , et sont en conséquence composés d*un plasma et d'une matière en suspension.

La coagulation, dans les trois humeurs, tient à la solidificatîoD spontanée d'un principe immédiat particulier , la fibrine , principe que les trois humeurs contiennent.

Le plasma de chacMe de ces humeurs contient de Talbumine^ que la chaleur peut coaguler ; il renferme aussi différentes matières extractives et des sels.

Pour suivre plus loin ce parallèle et signaler d'une manière rigoureuse les analogies et les différences entre le sang et les deox humeurs qui le réparent, il faudrait pouvoir placer, en regard des découvertes modernes sur le sang, des travaux qui auraient eu pour objet de rechercher si le chyle ou la lymphe, m les deux, contiennent ou non les substances qu'on vient de trouver darts le sang. Faute de savoir que ces substances font partie du sang, on n'avait pu songer à les extraire du chyle ou de la lymphe. Un des avantages de ce parallèle serait de montrer quelles substances entrent toutes formées dans le sang, quelles substances prennent naissance dans ce liquide. Il y aura cerlaiiîement quelque chose à faire ici. Pour le moment, je ne puis mettre en œuvre d'autres matériaux que ceux que la science possède.

Relativement au chyle, voici les principaux traits d'opposition qu'on a établis entre lui et le sang. J'emprunterai plusieurs détails à Muller(i):

1"* Leurs globules diffèrent par la forme , par leur manière de se comporter dans l'eau (ceux du chyle n'étant pas attaqués comme ceux du sang), par la présence de la matière colorante chei ces derniers, et l'absence de cette matière dans les globules du chyle. En somme, le sang contient des globules comme ceux du chyle, et de plus des globules caractéristiques qui manquent dans le chyle.

2^ Le chyle est alcalin , comme Font vu Emmert , Yauqueiin ,

(f) Manuel de physiologie , 1. 1, p. 474.

et Brande; mais, d*après Tiedemanoet Gnielm, il Test plus faiblement que le sang , et nous avons dit ailleurs que parfois il ne Tétait pas du tout.

3^ La proportion des matières solides est moindre dans le chyle que dans le sang ; et cela doit s'entendre non-seulement des particules en suspension ou globules, mai^^las substances en dissolution dans les deux liquides.

^j"" Il y a moins de fibrine dans le chyle que dans le sang. lia différence est surtout très-marquée entre le sang et le chyle qui n'a pas traversé encore les ganglions du mésentère.

ô"" La nature de la fibrine ne parait pas parfaitement la même dans le sang et le cbyle ; elle semble, dans ce dernier liquide, se rapprocher de Talbumine par ses propriétés. L'acide acétique, suivant Brande , ne dissout qu'une faible proportion du caillot, du chyle, tandis qu'il dissout sensiblement la fibrine.

6^ Le chyle et le sang diffèrent surtout par les proportions différentes des matières grasses qu'ils contiennent. 11 y en a beaucoup plus dans le chyle que dans le sang ; il y a relativement plus de graisse libre dans le chyle, et plus de graisse combinée ou dédoublée dans le sang.

Z*" Le chyle, comme le sang, contient di| fer, mais en plus petite proportion. On dit que ce fer est plus faiblement uni aux autres parties dans le chyle que dans le sang , el qu'il s'y laisse plus facilement reconnaître par les réactiSs.

Il y a peut-être moins de différence entre la lymphe et le sang qu'entre le chyle et le sang. Supprimes les globules du sang, le plasma qui reste a beaucoup d'analogie avec la lymphe. En* tendons-nous bien à cet égard: ce n'est pas au sérum du sang coagulé qu'il faut comparer la lymphe; c'est au sérum du sang qui circule , au plasma^ en m mot, comme l'a trèsr. bien fait observer Muller.Ce plasma et la lymphe contiennent, comme vous le savez, de la fibrine en dissolution; tandis qu'il n'y a plus de fibrine dans le sérum qui entoure le caillot de la saignée. M. Dumas , qui , de son côté , a été frappé des rapports qui existent entre la lymphe et le sérum du sang en circulation , a remis à Breschet une note que celui-ci a insérée d^ps

sa thèse de cooooars pour la chaire d'anatomie (1) ; j'en vais transcrire ici quelques propositions. On peut se former une idée très -nette, et peut -être juste pliysiologiquement, de la nature de la lymphe, en disant qu'elle consisterait en du sang délayé d'un peu d'eau salée et filtré.

€ La lymphe présente, en effet, une composition qui la rap* proche du sérum, mais ce sérum ne peut s'obtenir que de deux façons:

a 1* En laissant coaguler le sang, ce qui en sépare à la fois les globules et la matière de la fibrine.

« S^ En étendant le sang d'eau salée par exemple, ce qui permet de le filtrer. La liqueur claire et incolore retient alors la matière de la fibrine, et ne laisse que les globules sur le filtre. ^« Ceci posé, si l'on remarque dans la composition de la lympke : V la présence de la matière de la fibrine ; 2^ celle d'une qnantité de sel marin, presque double de celle qui existe dans le sénim du sang, on sera très-disposé à admettre que la lymphe n'est que du sang qui se filtre dans les capillaires, après s'être diargé d'eau salée par quelque effet d'endosmose. »

Je vous prie, Messieurs, de ne prendre dans ce passage que l'aperçu chimique, et non la vue physiologique, ingénieuse pour* tant , qu'il renferme. Si la lymphe n'était que du sang filtré , elle perdrait toute l'importance que nous lui reconnaissons. Si la lymphe venait directement et en totalité du sang, si ce n'était que du sang filtré, retournant au sang par le canal thoracique, elle ne pourrait être considérée, en aucune f^çon, comme uns source de réparation du sang. Si, au contraire, vous considérez avec moi la lymphe comme un produit de décomposition du corps, vous comprenez de suite comment elle peut réparer /mmédiatement les pertes que le sang aura faites , non-seulement par des hémorrhagies , mais encore dans les actes ordinaires de la vie, comme on le voit chez les gens faisant abstinence, et qui maigrissent (voy. 1. 1, p. 631). Du reste, la doctrine sur la-

(1} Le Système lymphatique, p. 172; Paris, 183&

quelle jinsiste peut très-bien se concilier avec celle de la pénétration de quelques parties du plasma du sang dans les origines des vaisseaux lymphatiques. Le sang que les artères ont amené dans les capillaires reviendrait alors au cœur par deux colonnes, l'une veineuse j Fautre lymphatique^ dépouillée de globules, et toutes deux ramèneraient des produits des mouvements de décomposition du corps pendant les actes de nutrition.

Pour dernière considération relative à ce sujet, je dirai qu'on n'est point autorisée admettre plus qu'une analogie de composition entre le plasma du sang et la lymphe. Rien ne prouve que celte lymphe contienne tous les principes immédiats que nous avons reconnus dans le sang.

Du reste, à mesure que la lymphe et le chyle se rapprochcd^ de Fendroit où ils vont être versés dans la circulation sanguine, ils participent, de plus en plus, aux propriétés du sang : 1^ d'une part, en ef¥èt, ils deviennent plus fibrineux el plus coagulables ; V de Tautre, ils se pénètrent plus ou moins de matière colorante rouge.

Vous avez vu, Messieurs, s'étendre beaucoup plus que vous ne vous y attendiez peut-être cette intéressante question de la formation du sang ; je ne Fai pas encore épuisée. Il me reste à rechercher d'où viennent les éléments , les principes immédiats et les sels du sang? Où et comment se développent les globules où et comment ils se colorent? Sur ces deux derniers points, je ne promets pas de vous satisfaire.

Relalivement aux éléments^ c'est-à-dire aux corps simples qa entrent dans la composition du sang , il est à peine nécessaire de dire qu'ils viennent du dehors. J'ai dénié, dans mes Prolégo* mènes, aux organismes vivants, le pouvoir de faire de toutes pièces ce que nos chimistes regardent comme des corps simples; d'où il spit que l'embryon ou le fœtus de vivipare trouve dans l'œuf les matières élémentaires de son sang; tandis que l'embryon et le fœtus des mammifères empruntent par absorption ces éléments ù leur mère. Enfin les uns et les autres, après Téclo-

Ahi ou la parlurition , reçoivent ces principes élémentaires dans Jrars aliments et leurs boissons.

Duis tous la respiration ajoute un principe aérien, peut-être deux. Voilà pour Torigine des éléments.

Quant aux principes immédiats du sang, leur analogie avec ceux que l'analyse montre dans les matières alimentaires pourrait donner à penser et à fait dire effectivement qu il les reçoit tout formés des aliments. Prenez de la chair : vous y trouverez de la fibrine , de Talbumine, des matières grasses ordinaires, de la matière grasse phosphorée, de la créatine, de la créatinine, une matière extractive soluble dans Teau et Talcool , etc. etc. Vous trouverez de même dans le lait et dans les substances végétales des principes quartenaires azotés, des graisses, et de plus des matières sucrées ou pouvant le devenir. La digestion , en dissolvant toutes ces substances, les apporterait toutes faites au sang. Je ne pense pas , Messieurs , que la chose soit si simple. Vous savez déjà que la digestion ne dissout pas seulement, mais encore qu'elle transforme (t. II, p. 129). Vous savez que Talbunne doit passer par Tétat d'albuminose pour erre introduite dans les voies circulatoires, où elle se change de nouveau en albunune. Vous savez aussi que la fibrine du chyle n'a pas tout à Eût les caractères de la fibrine du sang ; vous savez encore que si le sang contient des matières grasses libres, il contient aussi des savons qui n'y ont pas pépétré à Tétai de savons. J'ajoute que le sang contient non-seulement des substances utiles pour la nutrition, Tassimilation , mais aussi des produits qui doivent être éliminés, comme Turée , Tacide urique , Tacide hippurique, etc. Or ces produits ont pris naissance dans le corps ou plutôt dans le sang , et n'ont pas été apportés tout formés par les aliments. Voici enfin une considération qui juge tout à fait la question. La respiration n'a pas seulement pour objet d'introduire daas le sang un gaz qui y resterait à l'état de liberté ; ce gaz, Voxygène, que les chimistes nous montrent présent dans l'immense minorité des combinaisons de la matière, attaque incessamment les principes immédiats du sang, azotés et non azotés, et y fait nattre des combinaisons nouvelles. La cbQse est prouvée précis^m#pt

par la formation de lacide urique, de l'urée, des acides hippirife que, yalérique, par la transformation des sels végétaux en etiw Bâtes alcalins , découverte Mte parWoebler (1); par la oooTersion de Tacide bcnzoïque , introduit par les aliments, en acide hippurique ; par la destruction de glucose , etc. etc.

Ainsi, parmi les principes immédiats qui entrent dans la corn-* position du sang , il en est qui y arrivent tout formés. Un plus grand nombre y prend naissance, par sitiie des réactions guise passent an sein de cette Immeur. Ici , Messieurs, un nouvel et important sujet d'études se présente. Quelles sont les muta' Uons qu'éprouvent dans le sang les principes qui y sont amenés incessamment, soit que la lymphe les y introduise^ et alors ils viennent des corps, soit que le c/tjrle les apporte, et alors ils proviennent en partie de la digestion? Je me lx>me ici à poser cette question , pour la solution de laquelle nous devrons tenir compte , plus tard , de la respiration , de la ealorification, et du mouvement intime qui constitue la nutrition.

formation des globules du sang. Il arrive souvent aux hommes qui cultivent les sciences de se persuader qu'ils ont levé une difficulté, parce qu'ils lont reculée. C'est là un travers inhérent à notre psychologie, et nous en trouvons un exemple tressaillant dans les explications qu'on a données de la formation des globules du sang. On a admis qu'ils venaient de la lymphe et du chyle, c'est-à-dire qu'ils résultaient d'une transformation, d'une évolution de ces globules. On s'est tenu pour satisfait de cette explication, sans songer qu'il n'était pas plus facile d'expliquer la formation des globules du chyle et de la lymphe, que la formation des globules du sang, et qu'en conséquence, on n'avait fait que reculer la difficulté.

Je n'entends pas, par cette critique générale, r^eter sans appel tes théories auxquelles je fais allusion , et dont je vais vous donner l'analyse.

Il y a dans le système lymphatique deux espèces de globules

(1) Journal des progrès des sdences médiC€Ues, 1 1 , p. 41.

FOIIMATIO!! Dti SAlVG. iOf

k âil WMDS : 1* les globales propres de la lymphe, qui sont cornkNms aux lymphatiques généraui et aux lymphatiques chylifères; S* les globules graisseux , qui appartiennent au chyle. On a fait Jover un HMe aux uns et aux autres dans la fbtmation des globules du sâDg.

Les globules propres dé la lymphe ont été regardés tantôt comine des noyaux des globules du sang , lesquels noyaux rece- Traient ailleurs une enveloppe colorée j tantôt comme constituant le globale sanguin tout entier moyennant certaines métamorphoses.

Hewson (1) a soutenu la première opinion. Sa théorie est plutôt indiquée qu'exposée dans la plupart des livres, ou bien elle y est décrite dans des termes qui ne répondent ni à sa célébrité ni à la considération dont elle jouit encore parmi un grand nombre d'auteurs allemands. En voici la substance : liCS parties qui concourent à la formation des globules du sang sont les ganglions lymphatiques , le thymus , les vaisseaux lymphatiques eux-mêmes, et la rate. Les parties centrales des vésicules (noyaux des globules) se forment d'abord , puis les vésicules colorées qui les enveloppent. Les noyaux se forment dans les ganglions lymphatiques et dans le thymus. Il a vu, dans les cellules de ces gangUoDS et dans les lymphatiques qui en sortent , des corpuscule (globules de la lymphe) qui, dit il, ressemblaient|>arfaitementaux parties centrales des globales du sang. Si on examine le liquide eonteno dans les cellules du thymus, on y trouve des corpuscules tout à Fait semblables à ceux de la lymphe. I^ thymus est une sorte d'appendice des ganglions lymphatiques (2); il est grand dans le foetus, et il grossit encore dans les premiers temps de la vie extra-utérine, parce que ce sont les époques où raccroissement rapide du corps exige plus de matériaux de nutrition. Si quelques vertébrés inférieurs manquent de ganglions lympha-

(1) G. Hewioiii , Opus poêihummn, éd. M. Falconar, p. 78 ei rair., fai-8*;

(2) Loc. Ciï.^p. 106.

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tiques, les plexus des vaisseaux de cet ordre remplissent toot à fait le rôle de ganglions. Les vaisseaux lymphatiques qui sorteot des ganglions ( vaisseaux afférents) peuvent être considérés comme des conduits excréteurs dans lesquels ces glandes versent les corpuscules centraux des globules du sang. Voilà pour la partie centrale des globules {noyaux des modernes).

Quant à la vésicule d'enveloppe, vésicule colorée, suivant Hewson, les globules la reçoivent les uns dans les vaisseaux lymphatiques, les autres dans la rate. On voit, dit-il, dans les vaisseaux lymphatiques ({m sortent àes ganglions, quelques globules du sang bien formés et colorés : c'est donc là qu'ils ont pris naissance. Les parois des vaisseaux lymphatiques étant plus vasealaires que ne le comportent les besoins de leur nutrition , cette vascularisalion est en rapport avec la production des vésicules colorées qui s'ajoutent aux parties centrales des globules du sang. Ici donc les globules entrent tous formés et parfaits dans le sang. Mais un grand nombre de globules de la lymphe sont versés dans le sang par le canal thoracique , sans avoir encore acquis de vésicule d'enveloppe. Ceux de ces globules , que la circulation sanguine porte dans la rate, y reçoivent l'enveloppe colorée (1); ils sont ramenés dans le canal thoracique par les lymphatiques de la rate, qui peuvent être considérés aussi comme de véritables conduits excréteurs , puisqu'ils versent des glc^ules rouges du sang dans le canal thoracique , de même que le canal excréteur du foie verse de la bile dans le duodénum (2). Si Tablation de la rate n'empêche pas la formation du sang, c'est que les lymphatiques continuent de fournir les enveloppes des globules (3).

Vous rejetterez, Messieurs, cette théorie, d'après les considé-

(1) Th€ Works of W. Utwson, ediled wiih an iniroduction and notes ^ by G. Gulliver, fôr the Sydenham societx, p. 282, in-8'' ; London , 1846. Il Ce passage prouve que Hewson avait wu les giobulios, c'est-à-dire les globulet de la lympbe dans le sang ; M. Gulliver en induit à tort que Hewson avait découvert les globules blancs, qui sont autres que les giobulios.

(2) Opus posthumum, p. 107.

(3) Édition anglaise, par Gulliver, p. 285.

FORMATION BtJ SAlVG. 1&3

nâiùBA suivantes : 1® Les globules sanguins des mammifères n'offrent pas de noyau évident. 2"" Les globules de la lympbe seraient beaucoup trop volumineux pour former ce noyau , à supposer qu'il existât (1). 3* La matière colorante n'est pas sous forme de couche corticale dans les globules du sang. 4® La lymphe charrie des globules avant même d'avoir traversé les ganglions ; ceux-ci , qui, du reste, peuvent en fournir, ne les engendrent donc pas tous. (Cette quatrième objection ne porte que sur un détail et non sur le fond de la théorie.) 5^ Les lymphatiques venant de la rate charrient bien souvent une lymphe incolore (voy. t. II , pu 782). &* L'idée d'ajouter une sorte de teinture à un globule Manc, pour en iàire un globule rouge du sang, est très-peu physiologique. Il fout avouer que cette idée grossière, qui s'est présentée à quelques-uns des successeurs de Hewson , n'est pas la sienne. Il se demande si la vésicule colorée est sécrétée par les parois des vaisseaux lymphatiques, ou si elle se forme par l'influence plastique que ces parois exercent.

Il est une autre théorie où les globules ou granulations de la lymphe jouent le rôle de noyaux relativement aux globules du sang. Cette théorie, qui est en rapport avec la théorie cellulaire dont je vous ai fait l'exposé dans les Prolégomènes, diffère toto cœio de la précédente. On suppose que les globules de la lymphe, arrivés dans le sang, y jouent le rôle de noyau pour provoquer la formation de vésicules sanguines (globules du sang).

Muller penche vers cette théorie, la seule qu'il expose. ProhaUement, dit-il , les globules du sang se forment des granulations de la Ijmpive et du chyle de la même manière que les cellules naissent de leurs noyaux (2). Il ajoute plus loin: •La formation de rhématme dans les globules dépend manifestement de la force métabolique de leurs cellules. » Cette théorie

(1) CUpz 1rs trois classes de yertébrés dont les globules sanguins ont des mofmx , ces noyaux sont plus peihs que les globules de la lymphe, et d'une forme différente, ainsi ifue Ta montré Wagner, qui a mesuré les glohales du chyle et de la lympbe dans les qaMte clasiet d'animaux vertébrés.

(2) Manuel de physiologie , t l , p. 117,

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