‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 14 sur 66 · III · texte numérisé non relu

III

:iM DU SANG.

ast passible de plusieurs des objecUons que nous avons faites à la précédeate.

Je rapproche des deux théories précédentes celle de Home et Bauer (1), qui me paraissent avoir ici, comme dans beaucoup d'endroits de leurs mémoires , fiait une espèce de roman. Ils recherchent , jusque dans le mucus stomacal , Torigine des globules du sang. Us voient, dans la région pylorique dun homme mort subitement après son diner, des globules séreux et une très- petite quantité de globules analogues à ceux du sang, moins la matière colorante. Dans les ganglions du mésentère, le chjrle offre un dixième environ de globules séreux et d'autres globules analogues à ceux du sang , moins la matière colorante. En laissant reposer le liquide tiré des ganglions , ils auraient vu se former de nouveaux globules , pendant que ceux qui existaient déjà augmentaient de volume par un véritable accroissement de substance. Quant à la couleur , c'est dans le poumon et non dans la rate que les globules la prennent.

La seconde variante , à savoir que les globules propres de la lymphe deviennent globules sanguins, et non simplement noj'aux de globules, a pour elle des autorités imposantes, mais elle offre aussi des invraisemblances. Il fout admettre que, de ronds, ces globules deviennent plats et lenticulaires chez les mammifères, plats et ellipsoïdes chez les ovipares. Il faut admettre qu'ils perdent leur apparence granulée, qu'ils augmentent de volume et acquièrent enfin la couleur. Plusieurs physiologistes disent avoir en quelque sorte assisté aux transformations que cela suppose. La conversion des granules du chyle (globules de la lymphe) en corpuscules pourvus d'un noyau aurait été établie par Nasse (2), qui dit avoir fréquemment observé les divers degrés de transition dun état à l'autre. MM. Lane et Ancel (3)

(1) PhiUn. irons., t. GX , p. 1 ; l&M). Jrcldv: de méd. > t 11, p. 139.

(2) la a. Wasoer^t Handint^rHrimch der Physiologis, B. i, p. 24a.

(3) Lectuns on ike blood (Uncet, ISdiMO, vol. 1 , p. IM, et vol. U, p. 152).

attribuent à des globules sanguins imparfaitement développés la couleur rose de la lymphe, qu'on observe quelquefois dans les gros troncs lymphatiques. M. Gulliver (1) a vn dans le liquide, Fréquemment rouge, du canal thoraciqne du cheval , des corpiAiicoles plus petits, plus irréguliers, et moins parfaits dans leur forme que ceux du sang. M. Simon a Fait les mêmes remarques. Il fout reconnaître que la présence de globules rouges du sang dans le canal thoraciqne ou les gros troncs lymphatiques est fort diFficile à expliquer autrement que par une transformation des globules lymphatiques en globules du sang; car on est porté à dire avec Hewson: D'où viendraient ces globules? Or ces glogules sanguins, déjà signalés par Hewson, et par les auteurs que je viens de citer, le sont encore par Schultz, Gurlt, Valentin (2). Le D' Davy a informé M. Gulliver qu'il avait trouvé nn crassamentum rouge dans le conduit thoracique d'un homme mort subitement d'apoplexie. D'une autre part, M. Denis, Prout, Krimer , et surtout Monro , parlent du rougissement des globules de la lymphe ou du chyle.

Je ne suis pas parfaitement convaincu par toutes ces assertions. J'ai dit ailleurs que la couleur rouge du chyle et de la lymphe n'était pas attachée à des globules (t. II , p. 766) , et que les globules de la lymphe ne se montraient jamais colorés en rouge (t. II, p. 757). Quant aux globules sanguins proprement dits trouvés dans le canal thoracique , les cavités des ganglions ou des lymphatiques , il n'est pas démontré qu'ils résultent d'une métamorphose des globules de la lymphe , et ils ont pu être introduits accidentellement dans la lymphe pendant la préparation à l'aide de laquelle on se la procure. J'ajpute que Ton voit, dans le sang , les globules de la lymphe (globulins du sang), ayant conservé tous leurs caractères. Il y a donc au moins matière à doutes sur ce sujet.

(1) Édition anglaise de HewM>n, p. 277 (note 161 ).

(2) Lehrbuch der Physiologie des Menschen, 2 Aufl., B. I, 8. 4(M.

i96 DU SAKG*

Yoilâ pour ce qui concerne les globules propres de la lymphe et du chyle.

Les globules graisseux du chyle peuvent-ils se convertir en gaules du sang? La théorie d'Ascherson (t. I, p. 213) invitait à leur faire jouer ce rôle, que leur a attribué aussi M. Donné (1), d'après d'autres considérations. M. Donné a ii^ecté du lait dans le sang de divers animaux vivants. (Les chevaux en meurent, les ânes ne s'en trouvent pas trop bien , mais les autres espèces animales, grenouilles, oiseaux , divers mammifères, supportent cela sans en être incommodés, comme l'avait vu Gaspard, à moins qu'à l'exemple de quelques anciens transfusears, fA. King , Lower, on ne force trop la dose ou qu'on ne brusque l'opération ). Les globules très-reconnaissables de ce lait injecté ont complètement disparu, après quarante-huit heures , du sang des animaux à sang chaud. Non pas qu'ils aient été éliminés, dit M. Donné , car on n'en trouve point dans les urinés , mais parce qu'ils se sont peu à peu convertis en globules sanguins. De petites saignées , faites de distance en distance pendant cette période de quarante-huit heures, permettent, suivant l'auteur, de suivre ces métamorphoses. D'abord on voit les globules du lait intacts; puis les plus petits s'agglomèrent , et s'enveloppent trois à trois, quatre à quatre, d'une couche albumineuse, tandis que les gros globules en obtiennent une pour eux seuls. Plus tard ils ressemblent aux globules blancs du sang et sont grapulés comme eux. Plus tard les granules se fondent, les globules s'aplatissent comme ceux du sang; il ne leur manque plus que la couleur, qu'ils prennent en traversant la rate , organe dans lequel M. Donné voyait beaucoup de globules blancs du sang agglomérés.

J'ai promis de ne pas vous satisfaire complètement sur la formation des globules du sang, et vous vous apercevez que je vous tiens parole. Voici toutefois mon dernier mot sur ce sujet.

Quand nous voyons des cellules ou globules se former dans tous

(1) Cours de microscopie, p. 08 et suIy.

les liquides animaux qui s'organisent sous nos yeux , dans fai matière de Fœuf par exemple, et ailleurs; pourquoi ne recon-^ naltrions-nous pas que des globules se forment dans le sang luimême; le plasma du sang jouant le rôle de cy toblastëme ( voy* 1 1, p. 212et suiv.).

La matière de ces globules provient, en dernière analyse, des principes immédiats élaborés que la digestion introduit dans le sang, et que la respiration modifie plus tard. J'ai prouvé que les produits utiles azotés de la digestion entraient en grande partie dans les veines mésaraïques ; là probablement commence une émission abondante de globules. Telle est au moins la conclusion qu'on peut tirer, et que M. Béclard a tirée , des expériences qui lui ont fait voir que le sang des veines mésaraïques contient tantôt la même proportion de globules que le sang des autres parties du corps , tantôt une proportion plus considé^ rable , et que ce dernier résultat pouvait être rattaché aux phé* Domènes consécutifs de la digestion (1).

L'opinion que des globules naissent dans la veine porte rappelle et nùeunit Tancienne théorie qui attribuait une grande part au foie dans la formation du sang. Voyez ce que j'en ai dit à l'article Fonctions du foie, t. Il , p. 378. M. Beau vient de reprendre ce sujet (2).

En se plaçant , comme je le fais , à ce point de vue général de la formation de globules dans le plasma , on n'exclut ni la matière de la lymphe, qui concourt au renouvellement du sang, même en l'absence de la digestion , ni la matière du chyle. Fautil prendre aussi de ce dernier liquide ses globules graisseux? Leur disparition si régulière du champ de la circulation quelque temps après le repas, phénomène sur lequel j'ai appelé

(1) Recherches expérimentales sur les fondions de la raie et sur celles de la veine porte, p. 35 ; Paris, 1848. Celle ibéorie se complète par udc autre théorie tur la circulation du sang dans la veine porte ; il en sera question ailleurs.

(2) Ârch. gén. deméd,, i^ 9ér\e, uXXy.p^ i,m ,d»S; t.XXVl»p^.

récemment votre attention, tiendrait - il à ce qu'iU seraient transformés, comme le suppose M. Donné?. La formation de sang blanc, coïncidant avec une diminution excessive des globules rouges (t. III, p. 121 ), tiendrait-elle à ce que les globules gras du chyle ne sont pas devenus globules sanguins? Malgré ce qu'il y a de séduisant dans ce dernier rapprochement , qui n'avait jamais été fait, que je sache, il me semble que la chose est peu vraisemUable. Il y a bien peu de graisse , s'il y en a , dans les globules des mammifères, et à peine signale-t-on dans les globules des ovipares, globules pourvus de noyaux, nn granule graisseux formant le nucléole. Cette théorie, du reste, exclurait les autres.

Quelque opinion qu'on admette sur Torigine des globules du sang , on est porté à reconnaître que ces globules ne sont pas formés d'emblée , et qu'ils subissent plusieurs phases de développement. Parmi les globules pris dans le même sang , les uns , dit M. Donné (1), résistent moins que les autres â l'action de l'eau et même de l'acide acétique ; les uns se flétrissent rapidement pendant qu'on les observe, les autres se conservent trèslongtemps intacts , plusieurs n'ont aucune tendance à se réunir en chapelets et restent isolés , tandis que les autres s'empilent comme des pièces de monnaie. M. Donné parle encore de globules qui ne seraient ni blancs ni rouges , mais d'une teinte intermédiaire, etc. Ces idées de transformations progressives des globules avaient du reste été professées et sont admises aujourd'hui par un grand nombre de physiologistes. Schultze, en 1838 (2), voyait dans le sang plusieurs générations de vésicules (c^est ainsi qu'il nomme les globules du sang). Les plus jeunes sont spécifiqueipent plus légères, dit-il ; elles ont moins de matière colorante, elles circulent plus vite. Les vieilles s'encombrent plus facilement dans certains appareils (le foie par exemple), qui les éliminent. Pour Schultze, le dernier terme de

(1) Cours de microscopie^ p. 87.

(3) Gaz. méiL, 1898, p. â05.

k nétiiiDorpbofie dans cette profpressieii ascendante est la con-* ▼ersioa des|;lobuIes en plasma , sons Tinfluence de la respiration*

L'auteur d'un des travaux les plus étendus qui aient été Mt»^ sur le déyelopperoent des globules du sang dans toute la séria animale, le CK Wharton Jones (1), décrit les phases suivantes dans le développement du globule sanguin de Thomme et dea^ mammifères.

l'^ p/tase. Ce sont des cellules granuleuses incolores , les-» quelles parcourent deux périodes : Tune, dans laquelle elles sont grossièrement granulées; Fautre, dans laquelle elles sont finement granulées. Vous reconnaissez là, Messieurs, nos globules blancs du sang, que M. Wharton Jones considère comme appartenant à une phase du développement du globule rouge.

2* phase. La cellule a acquis un noyau : cette phase a aussi deni périodes. Dans la première, la cellule à noyau estinco^ lore ; dans la dernière , elle s'est colorée en rouge. C'est dans cet état qu'on voit passagèrement le sang des embryons des mam« raifères, lesquels ont, comme je vous l'ai dit, des globules munis de noyau. On voit rarement des globules à noyau chez l'homme adulte, maïs Wharton Jones les représente d'après d'autres mammifères.

3* pJiase, Le noyau de la cellule s'échappe de celle-ci, et c'est lui qui constitue le globule sanguin des mammifères. En effet ce noyau, dit Tautcur, n'avait point un aspect granuleux, mais ressemblait à une cellule incluse dans la grande; il offre l'apparence du globule sanguin, il en a exactement le volume (toutefois, chez l'alpaca, il est rond , mais il s'allonge après avoir été mis en liberté). Ce globule peut être incolore au moment où il s'échappe de la cellule.

Maintenant, suivez bien ceci, Messieurs. Les globules du sang des vertébrés ovipares ne parcourent que les deux pre mières phases ; voilà pourquoi ces globules sont plus gros et

(1) Tfie blood corpuscule considered in Us différent phase ofdeve^ lopment in the ivUmal séries {PhUosophical transactions, 1846, p. 03)

munis de noxau , ne les ayant pas laissé édiapper. L'explicalkm que donne M. Wharton Jones de l'absence de noyau dans les globules sanguins des mammifères s'éloigne beaucoup de celle que M. Gulliver a accréditée. En effet, soit un embryon humain ayant des globules rouges à noyau : la dernière phase de déve* loppement,pour M.Gulliver, sera la dissolution, la disparition du noyau; pour M. Wharton Jones, au contraire, ce sera le noyau qui , échaïqié de sa cellule , constituera le globule arrivé à sa perfection. Les globules à noyau de l]embryon des mammifères sont , d'après lui , beaucoup plus gros que les gld>ules sanguins définitifs.

Enfin M. Wharton Jones croit avoir vu , dans la lymphe , des globules parvenus aux diverses phases que je viens d'exposer.

La place distinguée que M. Wharton Jones a prise parmi les micrographes m'imposait le devoir d'analyser son travail; mais il me semble bien douteux que les globules blancs proprement dits, dont vous connaissez les singulières propriétés, soient le premier degré de la formation des globules rouges.

A cette histoire fort longue et pourtant concise de la formation du sang , j'aurai quelques mots à ajouter, à propos de la respiration , sur la formation de la fibrine et de la matière colorante

SOlXANTE'OUATORZIèlE LIÇON.

OU SAIIG.

( Saite. )

nuuns* — TRAirarasioiv w 0ajm}« De 1» Tie du miiis*

Messieurs,

(Test avec une répugnance bien marquée que je vais traiter ce sujet. J'ai dit , dans les Prolégomènes (t. I, p. 18) , que pour ceux qui regardent la vie comme un résultat, et non comme un principe, la question de la vitalité des humeurs ne devait pas être posée, et qu^elle était un non-sens, Burdach dit de cette question qu'elle est surannée (I). Voilà des motifs pour ne pas m'y arrêter longtemps.

Bien que ma manière de voir ait soulevé quelques critiques, je n'ai point changé d'avis à ce sujet. Sans doute le sang n'est pas nn corps étranger dans Féconomie, il fait partie de ce tout qa'on appelle organisme. Il modifie par son contact, et par les principes qu'il fournit, les autres parties vivantes; il est modifié par elles. U est même le siège d'un travail moléculaire permanent. Certains principes immédiats s'y développent, d'autres s'y détruisent. Il est enfin, comme les autres parties du corps, le siège de ces phénomènes intimes, dont Tensemble constitue ce que nous appelons vie. A ce titre, j'admets qu'on puisse dire que le sang est vivant. Mais, qu'on attache à ce mot l'idée que le sang renferme ye ne sais quoi en dehors de sa matière consU-

(1) TtaUé dephysiolQgU, U VI, p. 585.

BfJ SANG.

tutive, UD principe particulier, le principe vital (puisqu'il feat l'appeler par son nom), c'est ce que je ne pourrais accepter sans me mettre en contradiction avec les notions de philosophie médicale que l'ai essayé dt vous iiicviquer.

Après avoir fait ces réserves, je vais vous dire ce qu'on a allégué pour prouver que le sang^ est vivant.

Je ne commenterai pas cette opinion, que Van der Kolk (1) attribue à Harvey , que le sang est vivant, parce qu'il est animé n- ni celle de Van Hdmont, qui met un archée dans le sang. Arrivons à des opinions plus sérieuses.

Le phénomène de la coagulation a surtout été remarqué comme une preuve de la vitalité du sang; mais nous avons dit que ce phénomène prêtait à deux interprétations assez difficiles à concilier. Pour les uns, c'est l'acte de la mort du sang ; pour d'autres, c'est, au contraire, un acte de sa vitalité. Nous verrons Hunier tirée argument et de l'état liquide et de la coagulation. Suivant Deyeux et Parmentier, le sang se coagule plus vite pendant le temps de Tagonie , parce que le liquide a d^à perdu de sa vitalité.

Le travail de Hunter est certainement ce qui a été publié de plus remarquable sur ce sujet (2); il professait depuis vingt ans la doctrine dont je vais donner une esquisse, lorsqu'il livra ses idées à Timpression (3). Les recherches qu'il a vrit faites sur la résistance que présentent les œufs fécondés , à une eertaine éleva* tion et à un certain abaissement de température, l'avaient conduit à admettre que les liquides peuvent jouir de la vie. Lorsqu'après avoir gelé une oreille de lapin , il la dégelait avee

(1) Diss. dit. sMHgminif eoagulantts hist0nam,p. t#; iB20.

(a) (M ike biooé, eie.; te ebapUfe a pour titft ^ the KN^ ^InctgOê' aftke klQod, p. 133 et suif.

(3) Huoter dit «pi'U est auni diffidleà o^ruioes gens de se faire uns idéa d*un fluide vivant, qu'aux ba^itanU de certains climats de croire à la solidification de l'eau, et il raconte assez plaisamment rétoonement que moau*a i» gentleman des Barbades en voyant pour la première fois de la glace. Avant cet illustre médecin, on ne croyait pas non phM à la vie du cal.^

]N«éea«ti(Hi , et voyait le saag reprendre sa fluidité et son mou* vemeat circulaire y il ea concluait que lesanfi^, coinme la partie . solide de Toreilie, avait conservé sa vitalité, ije san^^ et le corps étant nécessaires Tun à l'autre pour le maintien de leur vitalité, il se demande si le sang meurt plus vite sans le concours du corps, que le corps sans le concours du sang. Le principe vital a le pouvoir de conserver la fluidité du sang. La coagulation du sang, ou, en d'autres termes, sa solidification, ayant lieu incessamment dans le mouvement de la nutrition, est un acte de la vie du ^ng, qui s'accomplit en détail pendant que les organes s'approprient les matériaux de leur réparation ou de leur accroissement, et qui s'accomplit en grand lorsqu'une masse de sang vient à être retirée par la saignée du corps d*un animal vivant. Dans certains genres de mort, le sang a perdu brusquement ce pHneipe de vie auquel il doit la faculté de se coaguler, et il reste liquide. Hunter a vu cela : 1"* après l'action de la foudre ; 2^ sur deux daims forcés à la course au point d'en mourir; 3*^ sur des gens qu'un coup à Tépigastre avait tués; 4"* sur des gens morts dans l'accès d'une passion violente. Dans ces mêmes circonstances, les muscles, dii-ii, n'offraient point de rigidité eadavé<» rique : la même cause qui avait ôté au sang sa faculté vitale de se coaguler ayamt enlevé au muscle son pouvoir contractile. Ainsi, dans les idées de Hunter, le même principe (le principe vital) entretient dans le muscle la foculté contractile, et dans le sang son pouvoir de coagulation.

Je préviens les partisans du principe vital qu'ils ne doivent pas se bâter de triompher, à la lecture de ces extraits; car ce principe vital ou principe y\sdJki{living principle) du sang doit son existence, dit Hunter, à la même matière qui la donne ans solides. Cette matière diffuse de la vie {matèria vitœ diffasa)^ dont cbaque partie d'un animal a sa part,, est de même nature que la matière qui compose le cerveau (1)1 U est vrai que Hunter

(I) On ihe hlood, etc., p. 155 et 156. J'ai dit ailleurs que Bonter, devaaçiBt l'analyte chioiique, atait admis qm isaapg omtaaait mm nmièra asalogoeà la matière neryense.

dU plus loin qu'un simple arrangement de la matière ne peot donner la vie, assertion bien difficile à concilier avec cette antre : Que la matière de la vie est diffuse dans le corps (1).

Parmi les iàits qu'on a allégués à l'appui que le sang est vivant , les uns auraient été observés sur la fibrine, les antres sur les globules du sang.

On a invoqué Tirritabilité de la fibrine. Tourdes (2), ayant soumis un paquet de fibrine du sang à l'action de la pile de Volta, dit ravoir vue se contracter. Cette propriété est aussi reconnue à la fibrine par Van der Kolk (3); il ne parait pas que des expériences plus récentes Talent définitivement établie.

Relativement aux globules, Treviranus dit avoir observé au microscope des mouvements rotatoires, une sorte de tourbillon de ces particules dans le sang récemment sorti des vaisseaux» Van der Kolk (4) les décrit ainsi : On voit, dit-il, çà et là dès courants de globules marchant dans des directions variées et souvent opposées. Ce mouvement était encore apparent, mais plus faible et languissant, dans du sang pris dans la veine cave inférieure, deux heures après la mort. Van der Kolk croit que ces mouvements rapides et continus s'opposent à la coagulation du sang sur le vivant. Lehmann et quelques auteurs ont vu des mouvements convulsifs, une sorte de palpitation^ans le sang qui se coagule. Plus récemment, Emmerson (5) a eiicore décrit un mouvement des globules qu'on observerait quatre à cinq jours après que le sang est tiré de la veine , pour peu qu'il ne soit pas encore putréfié. Les globules contenus dans du sérum, étendu d'eau distillée/ 1 se dirigent dans toutes sortes de directions, se réunissent, se séparent, et changent, à chaque instant, d'aspect et de place.

(1 ) On the btood, etc. , p. 166.

(2) MiUoire du galvanisme, ptr M. Sue, p. 68.

(3) Dissertaiio tistens sanguims coagulaniU hisioriam, p. 61; Gro- DiDsae, 1620.

(I) Loc. ât, p. 60.

(5) Edinà. med. and surg. Journal, vol. XLV, p. 956; 1636 , et ^/tA. gin. de méd,, T série, t. XI, p. 167.

Ce$t préciséincnt parce que ces mouvements se montrent encore après quatre à cinq jours que je les regarde comme étant de la même nature que ceux qui s'établissent si facilement par les plus petites modifications de température ou Tévaporation dans les corpuscules en suspension dans les liquides observés au microscope. Rien ne démontre qu'il y ait là participation de la vie.

Mais les globules, en tant qu'on voudra les considérer comme des cellules analogues à celles dont j'ai fait Thistoire dans les Prolégomènes (voy. théorie cellulaire) , doivent participer aux propriétés de ces cellules. Elles sont dans le plasma du sang, comme d'autres cellules dans leur cy toblastème, exerçant, comme d'autres cellules, des actions d'endosmose et d'exosmose, et métamorphosant sans doute la matière qu'elles absorbent. Nous avons vu Schultze décrire les phases de leur développement , ce qui constituerait, dans ces particules, des actes en tout semblables à ceux qui constituent la vie dans les autres parties du corps.

A ces considérations, j'ajoute celle des changements de forme qui ont été observés dans les globules blancs (voy. t. III, p. 22 ), bien que je ne sois pas parfaitement édifié sur la nature de ces singuliers phénomènes.

Le sang, quand il est extra vase, ne s'organise pas; mais, quand son plasma filtre au travers des parois vasculaires, comme on l'observe dans diverses exsudations, il s'organise en membranes, il produit des adhérences, etc.; c'est par un procédé analogue qu'il nourrit les parties. Voilà certainement une propriété qui décèle une activité particulière dans le sang.

Acrriom du saihg ai;» l'ohgawuixb. — TmAHisrvHOM du bamo.

La première partie de ce sujet pourrait être traitée en une phrase. Il suffirait de dire que pas une action de l'économie ne peut se continuer sans le concours du sang; que l'exercice de la pensée est suspendu , que le cerveau ne commande plus de contractions musculaires, que les muscles des parties où le sang n'aborde pas n'obéissent pas à la volonté, que les sens de» Tieimeot insensibles à leurs stimulants habituels » que les ptrlki

206 DU 8AarG.

qae le sang cesse d'arroser se refroidissent et meurent, qneles sécrétions se suppriment, et que la nutrition est enrayée, et qu'enfin, si la soustraction du sang est générale, notable, et brusque, rtonme, le mammifère ou Toiseau, tombent dans nn état de mort apparente que suit inévitablement une mort réelle, si on ne restitue provisoirement du sang au système vasculaire.

La science toutefois ne peut se contenter de cette solution générale. Il est indispensable d'entrer dans Texamen des espèces ; mais j'aurai ici beaucoup de renvois à indiquer. Ainsi j'étudierai :

l"" L'action du sang sur le centre nerveux , avec la physiotogre du système nerveux.

2° L'action du sang sur les muscles, dans l'histoire des monvements.

3** L'influence du sang sur la température aninjale, la nutrition , les sécrétions, à propos de chacune de ces fonctions. C'est là qu'il faudra rechercher quelles mutations intimes s'opèrent et dans le sang lui-même, et au contact de ce sang avec la matière vivante.

4^ L'influence différente du sang artériel et du sang veinenx, à l'occasion de Yasphjroàe, qui terminera l'histoire de la respiration.

J'ai dit que la mort apparente suivait une soustraction brusque et considérable du sang. Voici ce qu'on observe dans ce cas. Si on ouvre l'artère crurale d'un chien, qu'on y adapte un tube, comme l'a fait Blundell (1), et si on laisse le sang couler librement, 8 onces de ce liquide environ s'échapperonl en deux minutes, et l'écoulement s'arrêtera. Alors l'état le plus alarmant se déclare, la respiration est agonisante; l'animal se débat, il est pris de convulsions , il tombe dans rinsensibiltté , et on observe u relâchement complet des muscles abdominaux. De grandes bé- Borrhagies traumatiques ou survenant après l'expulsion du ft»-

(1) Êxperiments on thê transfusion of hlood hy the syringe (dani i4mé9n medèahcMmrg. transactions, vol. IX , p. 56 et Miv.; 1918)»

ACTION DU SAIVG. ^07

pÊ$ donnent souvent l'occasion d'observer, dans l'espèce humaine, . les mêmes accidents, auxquels se joignent la décoloration de la fiMieetdes lèvres, Tétat vitré du regard, les bourdonnements d'oreille , etc. L'apparition des convulsions mérite surtout d'être notée dans Tbistoire des héraorrhagies ; il en sera question dans une autre partie du cours.

II est intéressant et important de déterminer quelle est la proportion de leur sang qu'un animal ou un bomme doivent perdre plus ou moins brusquement, pour que mort s'ensuive; ou, ce ce qui revient au même, quelle proportion de leur sang ils doivent retenir pour ne pas mourir. Les expériences par lesquelles on a cherché à déterminer la proportion du poids du sang avec le poids du corps répondent, jusqu'à un certain point, à ces questions ( voy. t. III , p. 9). En général on ne peut, sans causer la mort, soustraire brusquement une quantité de sang qui dépasse la vingtième ou seulement même, la vingt-cinquième partie du corps. A des chiens pesant 25 livres , M. le professeur Piorry (1) pouvait retirer illico une livre et demie de sang veineux ; mais, s'il ôtait quelques onces de plus, l'animal succombait à l'instant. Il n'y a cependant rien de constant à cet égard. Dans les expériences de Rosa (2) , la quantité de sang retiré à de jeunes veaux, avant la mort apparente, ne dépassait pas en poids la trentième partie du poids du corps; tandis qu'elle atteignait jusqu'à la douzième, ou même jusqu'à la neuvième, chez des veaux plus âgés. A certains chiens , Blundell ne pouvait enlever plus d'un trentième ; à d'autres, il faisait perdre jusqu'à un vingtième du poids tolal du corps.

La manière dont te sang sort a beaucoup d'influence sur le résultat. S'il s'échappe à flots d'un gros vaisseau, I animal en perdra moins avant de tomber dans l'état de mort apparente que si l'écoulement est plus lent. Dans ce dernier cas, une répartition plus égale ramène plus longtemps du sang au cœur , en même

(1) Arch, gén. de méd., t. X , p. 138, (2; LetUre fisiologiche, vol. 1, lettera 4.

DU SAttO.

temps qu*uae certaine proportion de lymphe s^iy^te â la masie du sang.

Llnfloence da sang est moins prochainement nécessaire à Tentretien de la vie chez les reptiles qne chez les mammifères. Une grenoaiHe à laquelle on excise le bulbe de l'aorte ne périt point à Finstant; elle reste sensible, éveillée; elle nage, elle saute si on Texcite (1).

L'importance du sang se révèle d'une autre manière, lorsqu'au lieu d'une perte excessive et brusque de ce liquide, il y a seulement insuffisance , comme on Tobserve à la suite de dérangements profonds de la digestion ou d'hémorrhagies se reproduisant à intervalles. La description des effets de cette réplétion incomplète du système vasculaire appartient à la pathologie.

En preuve de faction vivifiante du sang, on a cité encore Tassèrlion de Humboldt (2) , que le cœur d'une grenouille, lorsqu'il est devenu immobile et flasque , peut être ranimé si on l'arrose avec du sang. Lorsqu'une membrane muqueuse, sous laquelle vibrent des cils, est mise en contact avec du sang, le mouvement de ces petits corps se prolonge sensiblement (3).

{.orsqu'un animal est tombé dans Tétat de mort apparente par suite d'une perte brusque de tout le sang qu'il a pu fournir, il y a possibilité , dans des circonstances données, de le rappeler à la vie en lui introduisant de nouveau sang dans les vaisseaux. Cest ce qu'on appelle transfusion da sang, pratique ou expérience sur laquelle il appartient à la physiologie de se prononcer; je vais m'y arrêter un instant.

(1) HaHer, Optra minora, 1. 1, p. 116.

(2) Uber die gêreizte Muskelfater, t. Il , p. 264.

(3) Purkiiôe et Valemia , de Phamomeno generaii et fundamentali mo* tus vibratorii continui in memàranis animalium plurimorum obifH, io-40 ; WratitlaYi» , 1835.

De )» transffiuiion du mmng,

Une)^^ audacieuse surgit, au xyu'' siècle, au milieu des errances qu'avait foit naître Timmortel le découverte de la circalalion du sang : c'était de transfuser ce liquide d'un individu vivant à un autre. On y avait pensé , à la vérité , avant la découverte de Harvey ; mais , faute de connaître le cours du sang, on n avait pu donner suite à ce projet. Il n'en fut pas de même dès que la circulation fut connue. Oc quelles illusions ne se berçat-oo pas alors! Au faible on donnerait le sang d'un fort, au cacochyme le sang d'une personne saine, à Thomme furieux le sang d'un animal paisible et débonnaire , comme la brebis ou le veau; et, faisant enfin passer le sang d'un jeune sujet dans les veines d'un vieillard , on allait réaliser les merveilles de la fontaine de Jouvence !

Jamais peut-être aucun sujet médical ne fit plus de sensation.

L'Angleterre et la France se disputèrent l'honneur de Tinvcution. La vérilé est que le D** VVren (Ij, Anglais, en avait eu le premier Tidée après la découverte de la circulation; mais ce fut on Français, Denys(3), professeur de philosophie et de mathématiques à Paris, qui, assisté du chirurgien Emmerets, la pratiqua le premier sur Thomme.

Vous pensez bien qu'on débuta par des expériences sur les animaux. Robert Boyle expose, dùnsles Jransactions p/tilosophiques (3) , la méthode de Lower pour les transfusions. Ix)wer adaptait la carotide d un chien à la jugulaire d'un autre chien, et comme ce dernier recevait trop de sang, on lui en retirait d^une autre veine. Il est dit qu'après l'opération l'animal allait courir , comme si on ne lui eût rien fait.

Une autre méthode d'opération est décrite par Edmond

(1) Pliilosophical transactions, vol. I, p. 96.

(2) Journal des savants, p. 44-67; 1667.

(3) Abrégé des transactions pfUtosophiqtif s, 1. 1 , p. 128.

King (1); il faisait passer le sang d'une veine jugulaire dans la jugulaire d'un autre animal. Un mouton ayant été à peu près tué par hémorrhagie, on lui transfusa le sang d'un veau, et il se rétablit.

De son côté, Denys (2) , en France, assisté, comme je Tai dit, du chirurgien Emmerets , avait fait de curieux essais sur les animaux. Un chien vieux et sourd avait eu, dit-il , rouie améliorée, et montré une gaieté juvénile. Le sang de quatre agneaux avait rendu les forces à un vieux cheval de vingt-six ans ; un chien malade s'était trouvé guéri après avoir reçu de nouveau sang.

Il y avait de quoi enhardir à opérer sur Thomme. On crut en avoir trouvé Toccasion : c'était sur un fou. La veille du jour où on Topera , il était revenu tout nu de la campagne à Paris. On lui transfusa d'abord 8 onces du sang d'un veau; il passa la nuit sans agitation. On recommença la transfosion le lendemain; il dormit. La raison lui revint, il fit son jubilé, etc. Les choses en étaient là , quand Denys et Emmerets publièrent l'observation (3). Mais elle devait avoir une suite.

En Angleterre , un homme bien portant s'offre pour qu'on lu! fasse la transfusion. Lower et King (4) lui ôtent au préalable un peu de sang; puis ils adaptent à une de ses veines la carotide d'un mouton. La veine a battu comme une artère. L'opéré a senti la chaleur du sang qu'il recevait ; il a déclaré que delà lui semblait bon, et s'en est si bien trouvé, qu'il voulait qu'on recommençât.

Ajoutez à cela deux opérations faites à Rome, l'une par Riva (6), l'autre par Manfredi (6); lyoutez-y encore l'histoire (peut-être suspecte) d'un individu de Francfort-sur-l'Oder, que le sang

(1) Abrégé des Irons, philos., 1. 1 , p. 158.

(2) Journal des savants , p. 87-94 ; 1667.

(3) Ltiire touchant une folie invétérée qui a été guérie par la (ransfusion du sang /in 'i^ ; Paris , 1668.

(4) Philosophical transaciions , vol. Il , p. 557, 617; 1C67.

(5) Ephemerid. natur. curiosor., dec. i, ann. 1, obs. 149.

(6) De Nova et inaudita operalione sanguinem transfUndente de individuo in inditidUun, in-4*; Romœ, 1668.

TRANSFUSION DU SANG. 2tl

d'un agaetu guérit de la lèpre (1), et vous ne serez point étonnés de l'enthousiasme que la transfusion excita d'abord.

Mats le moment des revers arriva. L'opéré de Denys et Emmerets redevint fou; on fit une nouvelle transfusion, pendant laquelle il mourut. Un fils du baron de Bond , premier ministre dil roi de Suède, qui s'était bien trouvé d'une première opération, succomba peu de temps après la seconde (2). Le malade de Riva, lequel malade était phthisique , ne vécut pas longtemps.

Alors le parlement de Paris intervint (le 17 avril 1668) , et délendit, sous peine de prison, de faire la transfusion sans l'asseiitiment de la Faculté de Paris.

Depuis lors Topération est tombée en discrédit. Eh bien , Messieurs, ce serait à tort qu'on voudrait la proscrire entièrement Je vous donnerai plus loin l'indication de plus de douze cas ob elle a réussi. Tous ces cas offrent entre eux la plus grande analogie , ou plutôt ils se ressemblent complètement. Une femme en couches a été frappée d'hémorrhagie foudroyante : elle est déco» lorée, sans mouvements; on doute si elle vit encore. Alors le mari ou une servante robuste donne son bras; on en extrait une certaine quantité de sang, que Ton infuse dans une veine de la pauvre défaillante, qui revient de mort à vie. Mais il faut traiter de la transfusion au point de vue physiologique ; les préceptes depratiques'en déduiront d'eux-mêmes.

La transfusion a soulevé de nombreuses questions , les unes futiles, les autres d'un haut intérêt scientifique et pratique. Boylc, témoin des expériences de liower, lui demande si lesanf^ d*un chien lâche , introduit dans les veines d'un chien courageux, ne ferait pas un lâche de ce dernier; si un chien ne pourrait pas se passer de manger en recevant de temps en temps le sang d'un autre chien; si on pourrait faire passer, avec le sang, la maladie ou la santé d'un chien dans un autre ; si on pourrait purger un chien eu lui transfusant le sang d'un chien qui aurait pris médecine ; si on pourrait sans inconvénient faire passer le sang

(t) Purmann, ChLrurgische Lorhterkrann, P. Il, p. 2S4« (2) Joumtd tffv SûvMÊt, p. 306; I66B.

d'un animal à sang chaud dans les veines d'un animal à sang froid j etc. etc.

Je ne prendrai de ces questions que celles qui sont sérieuses , et je débattrai quelques autres points que ce programme ne comprend pas.

1® Peut' on sans inconvénient transfuser à un animal le sang d'un animal appartenant à une autre espèce?

A relire les observations que j'ai déjà citées , il semble qu'il y ait lieu de répondre par Taffirmative , puisque nous voyons du sang de veau infusé chez un homme , du sang de mouton infusé diez un autre homme , du sang d'agneau à un cheval , etc. etc. ; '^mais il y a ici une distinction très -importante à établir, et qu'on a négligée , si je ne me trompe. Introduire du sang nouveau dans les vaisseaux d'un homme ou dun animal qui a perdu presque tout son sang n'est pas la même chose qu'introduire the certaine quantité de sang dans les vaisseaux d'un homme ou d'un animal qui ne sont point exsangues. Dans le premier cas, on remplace le sang; dans le second, on qfoute seulement quelque chose à sa masse. Tel sang qui serait incapable d'entretenir la vie , si on le substituait au sang d'un autre animal, pourra pourtant être supporté si on ne fait que V ajouter au sang que l'animal possède. A coup sûr, un animal mourrait à l'instant si son cœur poussait de l'eau ou du lait, en guise de sang, dans ses vaisseaux , et cependant on peut sans inconvénient ajouter de Teau ou du lait au sang du plus grand nombre des animaux.

Cette réserve faite , je vais examiner la question , en commençant par les espèces qui diffèrent le plus entre elles par la nature et l'apparence de leur sang.

lie mmmm é»m ircrtéfcrég mm peat êire 0«tatltaé h celvl des in-

irertéibrée, et vice TerMi. Le sang de veau injecté dans les veines de tortues les fait mourir en quelques heures (1). 3 onces de sang de lima{ons mis dans les veines d'un lièvre, auquel Gaspard

(1) BurdMb, Trotté dephxHolOfie, ^ VI, p, 402, d'après Rom

TRANSFUSION IKJ SANG. 2t3

avait tiré 3 onces de sang, le firent périr en douze heures (1).

■«e M»s éem anlniavx à mib^ flrold tel* périr le» «Dlnuiax k

MBS Chaud. Ainsi le sang des poissons, infusé dans les vaisseaux des oiseaux ou des chiens, des chats, des lapins, est pour eux une cause de mort ; on voit dans Dieffenbach (2) que , par exception , un chat supporta le sang de tortue.

liC MiBC iiré defl veines dea mammirèretf, Injeeté dan* le» ▼al»m^mmx des olaeavx, le» teU périr eomme 0*ll« étalent empolsonnéfl.

Les uns et les autres ont cependant le sang chaud ; mais il Faut noter que les mammifères ont les globules du sang circulaires , et que les oiseaux les ont elliptiques. Je ne sache pas qu'on ait expérimenté avec le sang du petit nombre de mammifères qui ont les globules du sang elliptiques (voy. t. III, p. 26). Cette action toxique, en quelque sorte, qui fait que les oiseaux meurent dans les convulsions, quand on leur transfuse du sang de mammifères, avait été signalée d'abord par MM. Prévost et Dumas (3); elle a été confirmée par les expériences de Dieffenbach (4), et ensuite par BischofîF (5). Ce dernier, ayant répété plus récemment ces expériences , fut fort surpris de voir manquer le résultat habituel; il reconnut que cela tenait à ce qu'il avait injecté du sang artériel, au lieu de sang veineux. Toici , à ce sujet, une expérience très -concluante, et que BischofF a souvent reproduite. On retira à un même chien du sang de la veine crurale d'un côté , et de l'artère crurale du côté opposé. Le sang veineux , injecté dans les veines d'un coq vigoureux , le tua en quelques secondes. Le sang artériel, injecté dans les vaisseaux d'une poule, la rendit fort malade, mais elle se remit ; le sang veineux injecté la tua. Une oie trèsforte supporta le sang artériel, le sang veineux la fit périr.

de mammifère injeeté dan» les veine» d*iui mammifère d*nne antre espèee est très-blen «apporté 9 qnand ee dernier

(1) Journal de physiologie, t. 11, p. 338.

(2) RuKt, MagaMin, t. XXX, p. 3; Arch. gén, de méd., t. XXII, p. «8, 212.

(3) Bibliothèque universelle de Genève, t. XVII , p. 306.

(4) Jrck, gén. de méd., t. XXII, p. 216.

(5' BrUish and foreign med, review, 1639, p. 548 (extrait dai MuUer'i Jrehiv, 1838).

n'est p«« exMinsve et qve cela eenaiUae une etmple eddlilea*

La plupart des fàils et cxpcrieDces rapportés par les anciens transFuseurs se rappcNrtent à cette proposition. Ainsi on a pu opérer de rhomme au chien, du veau à Thomme , de Fagoeau à rhomme, de la bi*ebis au chien, du veau au chien, du veau au chamois, du veau à la brebis, etc.

Va mununlfére^ ml» deo» VéUki de oiert epparenie fyir Ui perte ■imaqve de «en «mis 9 pemi dire reMiusellé par le mmi|; d*ii» numpUfère d*aDe entre espèce 9 mêle 11 eneeeinlie peu de tempe eprèe*

Gela me parait avoir été parfaitement établi par les expériences de Blundell (1). Trois chiens, réduits à Tétat de mort apparente par bémorrhagie, furent ressuscites par la transfusion immédiate de sang humain; cependant tous les trois moururent , Tun très-peu de temps après l'opération, le second après quelques heures , le troisième après quelques jours. Le D'' Lecaoack ( des Barbades ) (2) a constaté que les chiens ressuscites par la transfusion de sang venant du mouton mouraient quelques jours après. Quelques expériences , antérieures à celles de Blundell, avaient domié des résultats semblables à ceu^i-çi. Une brebis, à laquelle un des premiers transfuseurs, King, avait transfusé du sang de veau, périt de marasme au bout de trois semaines. Un chien que Scheel avait ranimé avec du sang de cheval, après lui avoir tiré tout le sien , périt le même jour (3). Ainsi on ne peut pas remplacer le sang d'un mammifère par le sang d'un autre mammifère; il parait toutefois que cette loi n'est pas sans exception. Entre les mains du D"^ Goodridge ( des Barbades) (4), un chien très-vigoureux ressuscita tout de bon, et se tira d'affaire après quelques mauvais symptômes.

Va mammifère» mie daae l'état .de mert apparente par la perte bniMiae de een eanf;, peut être nen-aenlement ranimé, niale eeneerré h la vie, par la tranetaelen da ean^ provenant d«un

immifère de een eepéce. Cette proposition importante, et.

(1) MxperiÊmUs oh the transfusion of blood hjr the tyringe ( London med.-chir. transact, toI. IX, p. 56; 1818).

(2) i^.ci7., p. 63.

. (3) Burdadi» Trmié de pl^sialogU , U VI, p. 401. (4) Mémoire de BlundeU , p. 62.

je le dirais volontiers consolante, est mise hors de toute contestation nou-sealemeot par les expériences sur les animaux vivants, mais par les observations recueillies dans Fespèce bamaine. Pour apprécier le degré de certitude des résultats expérimentaux , il faut se rappeler qu'un animal , un chien, par exemple, mis dans Tétat de mort apparente par la perte brusque de son sang , passe infailliblement de la mort apparente à la mort réelle, s'il n'est secouru. Or le secours , c'est la transfusion. Un chien étant donc mis dans Tétat de mort apparente , Blundell lui introduit dans la veine fémorale six onces de sang provenant de la carotide d'un autre chien. Ce fut, dit-il, une vraie résurrection (1), résurrection si rapide, que ranimai semblait s'éveiller; la sensibilité revint , la circur lation se rétablit, et les muscles abdominaux reprirent leur tonicité. Un autre chien reçut du sang veineux, au lieu de sang artériel: le résultat fut le mémeneCes deux exemples suffiront ici.

Ainsi on peut concevoir la possibilité de remplacer complètement le sang d'un mammifère par celui d'un mammifère de son espèce, bien qu'à tout prendre, le meilleur sang pour un animal mt celui qu'il a fait lui-même. Lower a fait passer, dans la circulation d'un petit chien, le sang de deux gros animaux de celte espèce. Le petit chien était saigné de temps à autre ; de sorte qu'au bout d'un certain temps, il n'avait plus que du sang étranger dans ses vaisseaux.

V La meilleure condition de réussite pour la transfusion est certainement celle où le sang passe presque directement du vaisseau de l'animal qui donne son sang dans le vaisseau de celui qui le reçoit. C'est ainsi qu'opéraient en général les premiers partisans de la transfusion. Mais, la chose étant presque inexécutable pour nous, puisque la transfusion s'opère d'homme à homme, on a dû rechercher si le séjour momentané du sang, ou même son simple passage dans un instrument inerte , ne pourrait pas compromettre le succès de l'opération. L'instrument inventé et

(1) Experimenu on thê transfusion ofthe blood àx {ke JifrûffP {Iondon med. "Chir, irons., 1 81 8 , p. 58 ).

figuré par Blundell répond à ce doute. Le saug qui doit être transfusé tourbe dans une sorte d'entonnoir à large ouverture; un tube allongé le conduit à une seringue qui Taspire et le repousse de suite dans un autre tube, dont Textrémité amincie est adaptée au vaisseau de l'individu qui doit recevoir le sang. Une expérience très-orifj^inale prouve que le passage du sang au travers de cet appareil aspirant et foulant ne lui fait point perdre ses propriétés. Un chien fournissait le sang d'une de ses artères 4 Tinstrument , qui le restituait à une veine du même animal. L'expérience dura vingtrquatre minutés, au bout desquelles 12 pintes de sang environ avaient traversé Finstrument; or, ranimai ne pesant pas plus de 12 livres , son sang tout entier avait plusieurs fois passé par la seringue.

Mais le résultat serait compromis, si on laissait passer une certaine période de temps avant d'injecter le sang qui a été reçu dans rinstrument. On ne peut , sur^e point , faire d'expériences avec le sang du chien, qui est coagulé au bout de quatorze secondes (1); mais on peut expérimenter avec du sang d'homme , qui , s'il ne peut faire revivre un chien exsangue , le tire au lùoins momentanément de son état de mort apparente. Or Blundell a vu qu'en injectant du sang d'homme cinquante à soixante secondes après sa sortie de la veine, le chien qui avait reçu ce sang expira sur la table pendant l'expérience, tandis que du sang qui n'avait été retiré que depuis trente secondes ranima complètement un chien , qui ne succomba que douze heures plus tard (2).

3^ 11 n'est pas nécessaire de rendre à un animal ou à un individu quelconque , qu'une hémorrhagie a rendu anémique et plongé dans l'état de mort apparente , autant de sang qu'il en a perdu. L'indication urgente est de remettre en mouvement des rouages qui ont cessé de fonctionner, afin que l'individu qui a été soumis à la transfusion puisse ensuite former du sang par sa propre activité. Je vois, en effet, qu'on n'a injecté que des quantités très-peu considérables de sang dans les vais-

(1) filoodeU , London med,<hir. trans,, vol. IX, p. 92.

(2) Ibid., p. 61.

TBANSFtrSfON DU SANG. 217

seaax des accouchées qu'on a ramenées à la vie par la transfusion.

4® On n'est point parvenu à suppléer définitivement par la transfusion à Faction réparatrice de la digestion. Un chien , du poids de !26 livres, ne reçut que de l'eau pour toute nourriture pendant trois semaines , mais on lui injecta en plusieurs ibis 84 onces de sang emprunté à d'autres chiens; l'animal s'affaiblit , s'émacia , et mourut lorsqu'il eut perdu 7 livres environ de son poids (1). Une tentative faite sur l'homme n'eut qu'un succès de quarante-huit heures environ. C'était pour un malade que des vomissements opiniâtres avaient réduit à un marasme squeleitique. Il était saas voix, immobile, froid , presque insensible; il paraissait n'avoir plus de sang dans ses vaisseaux. A la prière du D** Cholmely, Blundell (2) fit la transfusion. Une once et demie de sang fut injectée dans la céphalique , et cela fut répété dix fois dans un quart d'heure. Dans la soirée, les lèvres et le nez se colorèrent un peu ; le malade se réchauffa , remua ses jambes, fit entendre les motsy^ suis mieux, beaucoup mieux. Le lendemain il demanda ù manger; mais l'amélioration ne se soutint pas, et il succomba soixante heures après l'opération ( il avait le pylore et le duodénum squirrheux). Il semblerait que dans ce cas la transfusion a fait l'office d'une digestion utile; mais cet effet a été temporaire, comme celui d'une digestion. Or qui pourrait songer à renouveler la transfusion indéfiniment toutes les vingt-quatre heures !

6® On peut agiter au point de vue purement physiologique, mais non au point de vue pratique, la question de savoir si le sang veineux convient mieux que le sang artériel, ou si c'est le contraire. Horward, professeur à Tunivcrsité de Gambrigde, alléguant que le sang ipjecté dans les veines doit parvenir aux cavités droites du cœur, pensait qu'il était préférable que ce sang fût veineux ; opinion appuyée plus récemment par Dieffenbacb. Blundell a réussi presque également avec les deux espèces de sang , et nous avons vu plus haut le sang artériel des mam-

(f ) BhmdeU, Physiplogical and pathological researehes, p. 75. (3) London mtd,'Chir, Irons., vol. X , p. 297; 18i9.

mifëres ne point participer, à Tégard des oiseaux, aux propriétés toxiques du saii(; veineux. Je le répète: au point de vue pratique, la question n'a pas d'intérêt. La transfusion devant se faire toiyours d'homme à homme, on ne s'avisera jamais d'ouvrir une artère à la personne qui donnera généreusement son sang pour en arracher une autre à la mort.

6^ Il n'est pas nécessaire qu'il y ait aucun rapport d'âge ou de sexe entre celui qui donne et celui qui reçoit.

7° On dit, avec raison, qu'il faut éviter de pousser de l'air avec le sang ; cependant des expériences très-bien faites de Blundell (1) ont montré qu'on peut introduire , et sans causer d'accidents graves, une certaine quantité d'air dans h veine fémorale des chiens.

S"* Le sang qu'on introduit dans les veines d'un individu mis en état de mort apparente par une hémorrhagie doit être poussé avec beaucoup de douceur; Waller a constaté qu'une introduction brusque causait infailliblement la mort des animaux soumis à l'expérience.

9^ Le sang étant, même au point de vue anatomique , un liquide complexe, on s'est demandé quelle était la partie véritatablement vivifiante. Est-ce le plasma? sont-ce les globules? Il faut admettre ici une distinction. S'agit-il de nutrition propre* ment dite, le plasma , qui contient en dissolution presque toqn les principes du sang, va les offrir à toutes les parties du corps, et pénètre même là où les globules ne sont pas admis. Sous ce point de vue, il a l'importance que Hunter réclamait indirectement pour lui , en comparant la coagula fing lymph aux globules (3); mais s'agit-il de l'action vivifiante proprement dite, excitante, fortifiante, les globules l'emportent sur les autres éléments du sang. Hunter ne l'ignorait pas non plus. «Leur utilité, dit-il , parait liée à la force» (/A^/r use ivould seem ta be connectée wiih strength). Plus un animal est vigoureux , plus il a de globules rouges; l'exercice augmente leur proportion , et chaque

(1) LondonfMd.-ckir, liwiMieC*^ vol. IX, p. 00.

(2) A irtatUe on tkB klood, fMu, p. 79.

partie du corps en reçoit d'autant plus dans sa circulation particulière que cette partie du corps est plus agissante (1).

Les expériences des modernes sur la transfusion les ont conduits , de leur côté, à des vues qui me paraissent coniirmatives de celles de Huoter. Un animal, mis en état de mort apparente par héniorrhagie , n'est point ranimé si on lui injecte de Teau on du séram à 30 degrés, tandis que le sang complet, c'est-à-dire portant ses globules , ranime à chaque ondée qui est lancée (2). On a lait la contre-épreuve. On a injecté du sang défibriné, très-liquide par conséquent , et tenant en suspension ses globales, et le sang privé de fibrine a parfaitement ranimé les api* maux anémiques. Je n'oserais, sur cette expérience , conseiller avec Muller (3) de faire usage de sang déûbriné pour b transfosKMi chez Thomme. La coagulation du sang n'est peut-être pas le seul inconvénient qui résulte d'un délai apporté à l'emploi du sang qui est retiré de la veine pour être transfusé , et je craindrais que pendant le battage , qui est nécessaire pour déâbriner le sang , ce liquide ne perdit quelques-unes de ses propriétés vivifiantes. On pourra toujours suppléer à la défibrination du sang en transfusant le sang à mesure qu'il sort de la veine.

81 Texamen critique que je viens de faire des chances de succès L| da la transfuston ne suffisait pas pour vous déterminer à y B feeaorir à l'occasion, l'indication succinte d'un certain nombre P d'opérations de ce genre , pratiquées heureusement sur l'homme, vous donnera une idée des ressources qu'elle offre dans des cas proque désespérés (4).

3? l** observation (par Waller). — Hémorrhagie foudroyante

(1) On hlood, etc., p. 80. Hunier dit déjà que la saignée dimtnae la phh portion des glolMilet.

(2) PréTOSt illkunas, Bibliothèque universelle de Genève, t XVII, p. 236. — DiefMbach, Magaxin fur die gesammte Jieilkunde,t XXX ; 1S29 (exU^t dans les Jrch. gén. de médf^ t. XXll , p. 98 et 212).— Biseboff , Mnlier's JrdUif fkr AnaltonUe, p. 347; 1885.

-}'(8) Manuel de physiologie, 1. 1 , p. 113.

(D a r McasioQ d'une u*ansfkisioa Mis t .y • «j^lqtwi mois , phn^sun Journaux parlèrent de cela comme d'une Oii>âUoa noavellell

après l'accouchement. — Tous les signes d*ane mort imminente: extrémités froides, mouvements respiratoires insensibles. 2 onces du sauf; du mari sont transfusées par Blundell; on recommence quelques instants plus tard. Guérison (1).

2*^ obseruadon (par Doubleday); opération préparée par Blundell , et exécutée quelques heures plus tard par Doubleday. — Hémorrhagie utérine. — La malade était à toute extrémité; 6 onces de sang du mari sont injectées en trois fois; la malade revient de mort à vie , et déclare qu*elle se sent forte comme un bœuf, etc. Guérison (2).

3« observation (par Brigham, de Manchester). — Hémorrhagie aprfes raccouchement ; perte de connaissance, extrémités froides; la malade allait succomber. — 10 à 12 onces de sang ii^ectées en plusieurs fois; dès la troisième injection, la malade se ranime. Guérison (3).

4* observation (par le D' Burton Brown). — Hémorrhagîe après raccouchement ( d'un dixième enfant). — La malade offrait l'aspect d'une morte; extrémités froides, pupilles dilatées, plus de pouls ni à la radiale ni à la carotide ; trois injections de sang à cinq et à dix minutes d'intervalle. Guérison (4).

6® observation ( par Waller). — Hémorrhagie utérine; imminence de mort. — 13 drachmes du sang d'un aide sont injectés, nouvelle injection cinq minutes après; après cilÉq minutes en- b core, on injecte 13 drachmes du sang du neveu de M. WaDer/ -r de sorte que la malade a reçu du sang de deux hommes. Réta- j tablisscment (5).

6* observation (par Banner, de Liverpool). — Hémorrhagie

(I) Londùnmed. and phxs. Journal , vol. LIV, p. 273; 1825, ti Arch. §ên. de méd,j u IX, p. 666.

"^.^(2j london mèd. andphys. journal, yqI LIV, p. 380; 1825, et Arcli. gki, de méd,, t. IX , p. 572.)

(3) Journal des progrés, t. 111, p. 272, et London medico-chirurgical review, octobre 1826, p. 613. ^

(4) London 9ned. andphfs, Jaiunal, roi. LVU , p. 184 ; 1827, et Jourmd des progrés , t. IV, p. 280. ^

(6) London med. and pl^tle^Jmuiua, vol. LV, p. 458. - Journal des progrés, t IX , p. 280. >.• *

atérine , insensibilité de la malade. ^ 14 onces environ du sang dtt mari sont injectécsen sept fois, à Taide de Tappareil de Blunddl. L'état de la malade reste douteux pendant quelque temps, cependant elle se rétablit (1).

7' €)bseivaUon ( par Ingleby). — Hémorrhagie utérine après racoouchement, malade froide et insensible. — Ii^eclion de 4oaces de sang fourni par le mari ; après sept minâtes, le pouls reinratt ; après trente minutes , la malade est en partie rétablie. Gnérison (2).

8* observation (par le D' Kiett). — Métrorrbagie non puerpérale, sueur glaciale, brouillard sur les yeux, hoquet, traits altérés annonçant une fin prochaine. — Injection de sang fourni par le mari ; la malade ouvre les yeux presqu'à Tinstant, ses traits prennent une meilleure expression. Guérison (3).

9® observation (par le D*^ Klelt). — Hémorrhagie utérine. — La malade , qui ressemblait à une morte, faisait ses adieux d'une voix entrecoupée ; on lui injecte une petite quantité de sang de SQQ mari , homme vigoureux ; « la vie parut se ranimer comme par une commotion électrique» (4).

\0^ observation (par M. Lane, rapportée par M. Sotteau). — Jeone homme opéré de la strabotomie. — Hémorrhagie intarissable , état désespéré ; injection de 3 onces et demie de sang d'une jeune femme. Rétablissement (5).

1 1^ observation (par M. Bougard). — Malade épuisée par des hémoptysies et ensuite par des hémorrhagies abondantes. —

(1) London med, and surg. Journal, 8 juin 1833, et Arc/i, gin. de iii^</.^2«série,t. m,p. 128.

(2) liigleby, On utérine hemorrhagjr , et Arch^ gén. de méd., t. IV, p. 339.

(3) Mediciniscties correspondenzblatt , année 3, n<>6, H Jrch. gén. de méd., 2« série, t. Yl , p. 1 17.

(4) Ibidem.

(5; Sotteau, Mémoire sur la transfasion du sang, rwuvel appareil tranifusoire (dans Annales el Bullelin de la Sociélé médicale de Gond, 1847, ft Gas. méd., 1847, p. 787). C'est le seul cas que je connaisse de trinstak» beoreoie pour une héroorrhaoie traumalique. La tenutlve de BlnodeU n*a pai eu de suooèi, pas plus que celle de M. Roux e| 1880.

222 tiV BANG.

Une jeune femme fournit quelques onces de sang , qui furent introduites à l'aide d'un instrument de transfusion inventé par M. Bougard. La malade ne succomba que Tannée suivante (1).

12® observation (par le D^'Savy ). — Hémorrhagie utérine au troisième mois de la grossesse; froid glacial universel, yeux ternes, lèvres pâles , membres tombant par leur propre poids. — Transfusion du sang emprunté à une servante robuste. Guérison (2).

13^ observation (par M. le professeur Nélaton). — lei le succès a été compromis par des accidents puerpéraux qui ont enlevé la malade, mais le premier résultat avait été aussi satisdisant que possible (3).

14** observation (par le V Domène). — Hémorrhagie après Taccouchement, signes d'une mort prochaine. — Transfusion du sang d'une voisine; la connaissance revient quelques minutes après l'opération. Guérison (4).

Sans doute on pourrait trouver d'autres foits de ce genre (ô). Si quelque sceptique disait que souvent la vie se rétablit d'ellemême après une forte hémorrhagie, je répondrais que ce rétablissement eût certainement fait défaut chez quelques-unes de nos opérées. Les chiens mis dans l'état de mort apparente par hémorrhagie ne se rétablissent jamais sans le secours de la transfusion (voy. p. 206 de ce vol.).

La quantité de sang transfusée a été si peu considérable dans tous ces cas , qu'elle n'a pu remplacer le sang perdu ; mais elle a agi comme je l'ai dit page 2t4 de cette leçon. De plus , ce sang transfusé étant relativement très-riche en globules, ceux-ci se répandent, s'éparpillent dans le liquide plus clair que le canal thoracique verse dans le sang. Cela rétablit les conditions d'une circulation provisoire.

(1) Gaz. méd, de Paris, 1850, p. 132.

(2) Journal universel des sciences médicales, t. LVll , p. 153.

(3) Gazette des hôpitaux, 1850, n<» 150.

(4) Getzette des hôpitaux, 1851 , n* 15.

(6) Je trouYe un 15* fait, pn M. Marmoiiier ( Gaz. méd., 1851 , p. 42^).

SOIXANTE'QDINZIÈIE LEÇON.

Messieurs ,

Nous avons vu deux humeurs récrémeniitielles parvenir au sang veineux. D'une part, ie ckjrle, qui, nonobstant les élaborations auxquelles il a été soumis dans son trajet , n'est pas encore du sang ; d'une aulre part, la lymplie, qui, comme le chyle , doit devenir sang , mais non sans subir des mutations dans le système vasculaire. Le sang veineux lui-même, dans lequel affluent le cbyle et la lymphe , n'est plus propre à Tentretien régulier des fonctions. Ainsi, de ces trois fluides, confondus en un seul, il y en a deux qui n'ont jamais possédé en totalité, et un autre qui a perdu en partie, les qualités voulues pour nourrir le corps et exciter Faction des organes. C'est dans l'acte de la respiration que ces fluides vont prendre ou recouvrer ces qualités.

Envisagée exclusivement chez les animaux supérieurs , la respiration |)Ourrait être définie la fonction qui convertit le sang veineux en sang artériel. Mais cette distinction de sang vei» netix et artériel ne pouvant être nettement établie chez certains animaux , et d'ailleurs quelques espèces inférieures , qui n'ont pas de véritable sang , ayant pourtant un suc nutritif que la respiration modifie , il faut étendre la compréhension du mot respiration. On pourrait donc la définir ainsi : C'est la /onction qui, ajoutant au suc nutritif des animaux un principe aérien, et le dépouillant de certains principes gazeux et vo^ tatils , le rend apte à nourrir les organes et à exciter leur action. H ne i^ut point essayer de comprendre dans la défiai-* tioQ dte la respiration les actes de physiologie végétale aaxqneli

on a appliqué ce nom; j'ai montré (t. I, p. 181) qu*il n'y avait pas la moindre assimilation à foire entre les deux respirations , et qu'elles n'appartiennent pas à un même ordre de phénomènes.

Fue générale de l'appareil respiratoire.

Messieurs, il n'y a point de partie du corps qui ne puisse, suivant une expression germanique, entrer en conflit avec Tatmosphëre , y prendre de Toxygène , et y verser de Tacide carbonique. Lorsque, pénétré de Tidée quil fallait un orgiQè spécial , doué d'une vie particulière, pour exécuter Tacte respiratoire , je voyais dans les expériences de Spallanzaui tous les tissus du corps , mis successivement en contact avec l'air, lui prendre de Toxygène et dégager de l'acide carbonique , accomplir, en un mot, les actes que je ne croyais possibles que dans un poumon ou des branchies, j'éprouvais, je l'avoue, un singulier désappointement. Aujourd'hui je relrouve, et je lis avec plaisir, le détail de ces inombrables essais , dont Spallanzani n'avait pourtant pas tiré, que je sache, la doctrine que je professe ici.

Ainsi donc. Messieurs, pour bien comprendre Fessenced'un appareil respiratoire, il faut partir de ce principe que partout où le fluide nutritif et l'air se trouvent en contact presque immédiat , c'cst-â-dire séparés seulement par des membranes peu épaisses, partout, dis-je, où ces conditions anatomiques se rencontrent , il se fait une respiration.

Supposez d'abord un animal si simple dans son organisation qu'il n'y ait pas de vaisseaux pour fiiire circuler le suc nutritif produit de la digestion , et que ce suc pénètre par une sorte d'imbibition la matière organique de cet être : il est clair qu'il n'y aura pas ici nécessité d'un appareil respiratoire spécial. L'air agissant sur toute la surface de l'animal, il se fera sur toute cette surface un acte de respiration ; il y aura du gaz oxygène absorbé, et de l'acide carbonique dégagé. Or ce que je viens de supposer existe. Tel est le mode de respiration des polypes hy- ^raires et de tous les zoophytes globuleux. Notons pourtant qu^

DE L4 HESPin ATI Ol«. 223

déjà, chez plusieurs de ces êtres, une particularité aoatomique de la sarfoce extérieure viendra eu aide au phénomène. Ainsi les cils vibratiles qui couvrent soit tout le corps, soit une partie seulement de la surface des infusoires, renouvellent par leurs mouvements rapides le contact de celte surface avec le liquide tenant Pair en dissolution. Voilà donc des agents de la locomotion générale employés en même temps dans Tacte de la respiration, et ce qui prouve qu'ils ont ce dernier usage, c^est qu'on ne peut guère leur en supposer d'autre chez les spongiaires, qui restent fixés au lieu où ils ont accompli leur dernière métamorphose.

Je vais prendre maintenant à l'autre extrémité de la série un animal dont l'organisation aura atteint le plus haut degré de perfection , un vertébré , par exemple. Chez cet être , le suc nutritif ayantacquis un caractère spécial, étant devenu sang,'\\ circulera d.ns des conduits particuliers (les vaisseaux sanguins). La masse de ce sang sera si considérable et son mouvement si rapide, que la portion qui ira subir, dans la peau , Faction de Tatmosphêre, ne pourra pas à beaucoup près suffire à la revivification du tout. Ajoutez que la peau de cet animal , s'il est à sang chaud, sera recouverte de parties épidermiques d une certaine épaisseur, qui rendront par trop médiat le contact entre l'atmosphère et le sang; dès lors il faudra un appareil respiratoire spécial. Rn quoi consistera-t-il? En une disposition anatomiqueau moyen de laquelle le contact entre l'air et le sang sera aussi multiplié que possible.

Pour que ce résultat soit obtenu , la modification anatomiquc doit porter sur deux points.

V D'une part, elle doit être telle que le milieu qu*on respire touche la matière organique par le plus grand nombre d'endroits possible ;

2® D'une autre part, elle doit être telle que la plus grande partie , ou même la totalité du liquide nutritif, passe dans cet endroit ainsi modifié pour y subir l'action du milieu qui contient le principe rcspirable.

La première modification portera sur l'appareil tégumentaire m. 16

226 DE LA RESPIEATION.

( peau et membrane muqueuse), qui sera tantôt replié en dedans et tapissant d'innombrables cellules, tantôt déployé sur des saillies divisées et subdivisées i Tinfini ; et, dans l'un et Tautre cas, devenu si mince, que Tair pourra agir facilement au travers de son tissu.

La seconde modification portera sur l'appareil circulatoire, qui s^a disposé de manière à envoyer, par des vaisseaux parti- ' ticuliers, tout ou la plus grande partie du sang dans cet appareil pour s'y vivifier.

Pour rendre cela sensible, voyez le poumon de Thomme (sans aborder encore le problème de sa structure intime): la modifl* cation dans la surface tégumenlaire consiste dans son reploiennent en dedans , et la formation de cellules nombreuses qui multiplient le contact de Tair. La modification dans l'appareil ciixulatoire consiste dans la formation des cavités droites du cœur, de l'artère , et des veines pulmonaires.

Lorsque la nature a ainsi spécialisé l'organe respiratoire , elle crée simultanément des leviers et des puissances musculaires pour mettre en mouvement ou l'air ou l'eau. Puis elle tire parti de ces leviers et de ces muscles pour les besoins de la locomotion générale, pour l'effort , pour l'évacuation de la vessie, l'expulsion des fécès, l'accouchement, la voix, la parole, et Vautres phénomènes expressifs. N'y a-t-il pas là pour nous un nouveau sujet d'admiration !

Lorsqu'un appareil spécial de respiration a pris naissance, les autres parties de l'appareil tégumenlaire n'ont pas perdu pour cela le pouvoir d'entrer en conflit (c'est-à-dire en action respiratoire ) avec l'atmosphère ou l'eau. Plus l'appareil respiratoire s*est développé, plus aussi la peau a perdu de son pouvoir, de sorte que, chez les animaux à sang chaud, lorsqu'on suspend la respiration pulmonaire , l'invasion de Tasphyxie ne peut être retardée par la respiration cutanée ; tandis que nous verrons, chez certains reptiles, la peau suppléer le poumon pendant des heures et même pendant un certain nombre de jours.

Pour étudier sommairement, ou plutôt pour classer les formes de l'appareil respiratoire, on peut avoir égard à Tune ou à l'au-

fre des deux considérations suivantes : V celle du milieu dam lequel les animaux respirent; les uns respirant dans Tair, loi autres respirant dans Teau : ^ celle, purement anatomique, di| point d'orif me de Tapp^fcil respiratoire; cet appareil paraissant tantôt une provenance de la peau proprernent dite , tantôt ans provenance du tube digestif. Je vqis Tiedemann (1) procédif d'après la première considération, etBurdach (3), d'après la son conde: il n'y a pasd*inconvénient, je pense, à les faire intervenir^ toutes deux successivement.

La respiration aérienne appartient en général aux animaoi supérieurs , V aquatique à des espèces moins élevées.

La respiration aérienne , dès qu*ellc a un appareil spécial , M fait dans des cavités, c'est-à-dire dans des parties du corps qui sont , comme on Ta dit, retournées en dedans. La respiratioq aquatique se fait souvent par des parties saillantes qui plongent dans le liquide ambiant ou que celui-ci arrose. Dans un grancl nombre d'espèces pourtant, leau chargée d'air est introduite dans des cavités où se fait la respiration.

L'essence de la respiration restant la même chez les animain à respiration aérienne que chez les animaux à respiration aquit tique , il y a plusieurs points d'analogie à signaler dans les actiau des uns et des autres, l** Dans Tair comme dans Teau, c'est le même élément qui est absorbé, Voxygène. Les poissons troOf* vent ce gaz en dissolution dans Teau, et ils ne décomposent pu celle-ci. 2^ La respiration aérienne se fait dans des parties sa** turées d'humidité , ce qui la rapproche, à certains égards , de la respiration aquatique. Cette humidité de Tappareil favorise Tendosmose et Texosmose des gaz. Cette humidité ne pouvait être entretenue d'une manière permanente que dans des parties intérieures; de là la disposition générale que nous avons signalée dans l'appareil de respiration aérienne. S*' Ce qui semble rap*

(1) TraiU complet de la physiologie de l'homme, etc.» traduction de Jourdan , p. 305 et miît.

(2) Traité de physiologie, t. IX, p. 475.

228 DE LA RESPIUATION. ^

procher encore les deux modes respiratoires , c'est qu'on trouve dans certaines classes d'animaux des ordres qui respirent dans Tair et d'autres qui respirent dans l'eau. 4^ Un même animal peut porter tout à la fols un poumon et des branchies: tel est le cas du protée et de \9i sirène. 5P D'autres animaux ont successivement les deux genres d'appareils : tels sont les grenouilles, qui , à l'état de fêtards , respirent par dcfS branchies , et qui ont des "poumons pendant le reste de leur vie. 6** Un même organe pcul , dans de ccrlaines limites , servir aux deux modes de respiration. Certains poissons retirés de l'eau respirent dans l'air avec leurs branchies, pour peu qu'on ait soin de les maintenir humides.

Il ne faut pas donner trop de portée à la sixième et dernière proposition. En effet, quand la respiration est fortement centralisée, son organe est inhabile à exécutera la fois les deux modes de respiration que nous examinons. Jamais un poumon n-a pu être employé à la respiration aquatique, pas même chez les grenouilles , qui pourtant peuvent vivre sous l'eau froide et aérée pendant un certain nombre de jours; elles ne respirent alors que par la peau , et suspendent complètement les mouvements qui sont en rapport avec la respiration pulmonaire.

Les animaux qui respirent dans l'air sont : 1® trois des divisions des vertébrés, savoir, les mammifères, les oiseaux , et les reptiles. 2^ Parmi les mollusques, plusieurs mollusques gastéropodes, les limaces, les hélices, les testacelles, elc, lesquelles vivent en même temps dans Fair. D'autres mollusques qui vivent dans Teau respirent néanmoins dans l'air : telles sont les planorbes, les onchidies, les lymnées, et les physes. 3^ Parmi les articulés, a plusieurs annélides, comme les vers de terre, les sangsues; b les insectes; c les arachnides. Vous remarquerez que nous ne voyons pas un seul radiaire parmi les animaux qui respirent dans Fair.

Les organes de la respiration aérienne sont : l*' des poumons, 3® des sacs pulmonaires, 3® de petites cellules aériennes ou vésicules membraneuses ( telles sont peut-être celles que les sang-

sues ODt sur les côtés du corps) (1) ; 4"^ enfin des trachées. Celle^ qui se ramifient dans toutes les parties de Tanimal appartiennent aux insectes et à quelques arachnides , lesquelles ont en même temps des sacs pulmonaires.

Les animaux qui respirent dans Veau sont : T ces innombrables espèces qui appartiennent à Tembrauchement des radiaires (spongiaires, infusoires, polypes, acalëphes, échinodermes); puis, en remontant la série, 2^ les crustacés, parmi \e& articulés , 2lvùs\ que la plupart des annélides ; S"* parmi les mollusques, presque tous ceux que nous n'avons pas rangés parmi ceux qui respirent lair. Ainsi le plus grand nombre respirent Teau. 4° Les poissons. On doit rapprocher des animaux qui respirent dans Teau les entozoaires, lesquels vivent dans les humeurs ou les tissus d'autres animaux.

La détermination des organes de la respiration aquatique a donné lieu à d'assez grands débats, l*' Pour les espèces même les plus simples , la respiration se fait à la peau, munie ou non de cils vibratiles (p. 225 de cette leçon). La peau agit encore oMnme organe respiratoire chez beaucoup d'animaux pourvus d'organes spéciaux; 2^ puis viennent des dispositions anatomiqucsqui semblent avoir pour objet, d'une part, d'augmenter le nombre des points par lesquels l'eau touche les parties vivantes, et, d'une autre part, de renouveler plus fréquemment les contacts; pour cela , l'eau est reçue dans diverses cavités de ranimai ; 3" le plus haut degré de développement consiste dans Tapparition des branchies. Je vais donner des explications sur ces deux dernières formes.

Chez les alcyoniens et les zoanthaires, le tube digestif flotte dans la cavité du corps et communique avec elle. L'eau extérieure, admise dans cette cavité, la baigne ainsi que la face externe du tube intestinal. De plus, l'eau pénètre dans le canal

(I) On M MMlfe ces poches que dans quatre genres dliinidhiées, et d'ailleurs elles y sont pleines de mucus ; cela a fait penser ù M. MoquinTandon que |j peau est le Téritable or^aue de respiralioa chez ces animaux {Jfo/i&j:raphie des hirudUUes, p. 148, 2« édil.; 1840 ). *

S30 l^t LA AESPIRATION.

lioîit soht creusés les tentacules. Des cils vibratiles l*y mettent en t&ouvettieiit (I). Cette pénétration de l'eau autour des viscères àMomInaut se retrouve chez un très -grand nombre de radiaires, et même chez quelques aunélides. Délié Chiaje (S) a vu des conduits aqùifères chez pluslenrs knolltisques ; Baêr (3), chez les ihoules ; Mayer, chez quelques mollùscofdes (4). Omme les mollusques ont des organes |»articUliers de respiratioii , les conduits âquifères constituent alors chez qnelqnes-uns une sorte d'annexé dé Tappareil. La présence des tubes aqulFères est très-si- ^iflcative lorsqu'il y a, dans les parois que Teau baigne, des vatoseaux ou des saillies vasculaires naissant de ces parois. Â ce point de vue, j'établirai plusieurs degrés dans la respiration que produisent ces irrigations intérieures. 1^ L'animal n'a pas de vaisseaux; les conduits aquifëres n'ont alors d'autre utilité que de multiplier lés points de contact entre l'eau chargée d'air et la matiène vivante qui respire directement. 2^ L'aûimal n'a pas de véritables vaisseaux sanguins , mais le produit atténué de U digestion est reçu dans ces singuliers prolongements canaUformes du tube digestif que nous avons décrits chez les aïà^ lèphes ( t. P, p. 332). On se demande si ce produit , qui n'est pas selon moi assimilable au sang (t. III , p. 6 ) , n'éprouve pas déjà une action respiratoire. 3^ L'animal n'a pas de système circulatoire général, mais il a des vaisseaux dans les parois de l'intestin; alors l'air de l'eau agit sur le sang de ces vaisseaux: telle est, par exemple, la condition des astéries, 4^ Le réseau vasculaire qui se déploie dans la partie arrosée par l'eau aérée ne parait pas avoir d'autre finalité que d'y être soumis à l'hémalose; ce quatrième degré Fait la transition avec les cavités branchiales et les branchies. Je donnerai comme type de cette forme anatomique le bel appareil respiratoire des échinodernes ,

(1) Erdl, Jnh. de Muller, 1841 , p. 426 et 428.

(2) Mémoire suUa storia e tuiatonUa degli animaU mnza vertèbre del regno di NapoU, t. Ul , p. 60.

(3) Nowé acta Acaà, FuUur, curiosor., t. XIU, p. 597. ' (4) Isu, 1828, p. 1228.

et noCamment des holothuries. On trouve dans Muller (1) la reproduction de la figure qu*ea a donnée Tiedemann. L'eau s'introduit , par le cloaque, dans cet organe , qui se ramifie dans la cavité du corps , où il se couvre de nombreux vaisseaux. La contractilité des parois expulse Teau qu'il a reçue et qui a été soumise à l'acte respiratoire. Chez les échinoïdes, les parties vasculaires qui reçoivent Teau venant de la cavité du corps forment cinq arbuscules placés autour de la bouche, et doués, tant en dedans qu'en dehors , de cils vibratiles (2). Les ^otothuries et les échinoïdes ont , avec l'organe respiratoire dont je viens de parier, une vésicule membraneuse vasculaire qui communique par un conduit aquifère central avec les arobulacres. Les astéroïdes et les crinoïdes n'ont pas d'autres organes req)iratoires que cette vésicule.

Pour type des branchies, nous pouvons prendre l'appareil respiratoire des poissons osseux. Les branchies se composent de plis ou de filaments nombreux formés par la membrane muqueuse, et qui multiplient le contact entre la partie vivante et Teaa, à ce point que, dans une raie longue de 18 pouces, les brandiies, si on les étalait, offriraient «ne surface respiratoire de 9,9£0 pouces carrés (3). Le sang qui doit être hématose passe dans le riche appareil vasculaire de ces plis avant d'être introduit dans l'aorte. Dans les poissons choodroptéry giens , cet appareil vasculaire, au lieu de se répandre dans des parties saillantes, se déploie dans des espèces de sacs branchiaux, au nombre de six ou sept de chaque côlé, et recevant l'eau par des ouvertures arrondies , que vous avez pu apercevoir sur la lamproie.

(Test au moyen de branchies que respirent les espèces sans nombre de mollusques et d'articulés qui ne jouissent point de la respiration aérienne. Les naturalistes prennent en grande considération l'origine de ces branchies , leur forme , leur si-

Ci) Màmuel ^fil^ùologle, traductioa française • 1. 1 , p. 219.

(2) Archives d€ fPlegmann, 1 1, p. 59; 1842.

(3) Burdadi, TraHi de physiologie , t. IX, p. 478.

232 * DE LA RfiSPiHATlON.

tuation plus on moins abritée, etc.; de là des divisions qui ont considérablement chargé les vocabulaires, mais que le physiologiste peut négliger, puisque Tessence du phénomène reste la même au milieu de ces variations. D'autres particularités sont plus dignes d'intérêt. La plus extraordinaire peut-être de ceiies qu'ont révélées les dissections des modernes 9 c'est, chez certains mollusques, ce prolongement du foie, ramifié comme un vaisseau dans les divisions et subdivisions des branchies. Comme ce foie tubuleux s'ouvre dans l'estomac, les promoteurs de la doctrine avortée du phlébenterisme se sont mépris sur la signification des tubes gastro-hépatiques. Ils ont cru qu'ils se chargeaient de la matière digérée, qu'ils allaient sans doute offrir dans les branchies à l'acte respiratoire! Mais là, comme dans les autres branchies, il y a de véritables vaisseaux sanguins sur lesquels la respiration opère. Les branchies des mollusquesnndibranches, sur lesquels, entre autres, on a observé les tubes gastro-biliaires, offrent une propriété singulière. Si une lésion quelconque les détache de l'animal , elles nagent pour ainsi dire pendant quelque temps, entraînées qu'elles sont par les mouvements des cils vibratiles qui les couvrent. Gela a fait nier à Kôelliker que ces branchies fussent de véritables organes respiratoires.

Après avoir pris pour point de départ, dans notre examen de l'appareil respiratoire, le milieu dans lequel vit l'animal, ou plutôt dans lequel il respire, nous dirons un mot de l'origine anatomique de cet appareil.

11 peut procéder de la peau, il peut prendre naissance dans un des points du tube digestif.

Appareil procédant de la peau. 1*> Ce peut être la peau elle-même sans appareil spécial ( voy . p. 224 de cette leçon) ; 2^ les organes respiratoires auxquels elle donne lieu résultent , a les uns de ce qu'elle se soulève, ce sont des parties saillantes; b les autres de ce qu'elle se renverse en dedans , ce sont des caifités.

a. Les parties saillantes sont : les cils, dont je parlerai en traitant des mouvements; les tentacules de quelques radiaires , de

certains moUuscoides, qui, creux à 1 intérieur et garnis de cils vibratiles, sont baignés par Teau tant en dedans qu'en detiors; enfin les branchies (autres que celles des poissons, qui naissent de la gorge). Comme parties accessoires , on trouve, chez certains crustacés , des organes de tourbillonnement de Veau, des soies, des cirrhes, des écailles, des plaques mobiles, laflagellum ou fouet des décapodes, sorte de balai qui a le double usage d'entretenir des courants et de nettoyer les branchies.

b. I^s parties rentrées, ou cavités partant de la peau, sont, les unes en rapport avec la respiration aérienne: telles sont les trachées, les sacs pulmonaires des limaçons, des limaces, et des arachnides pulmonaires ; les autres, en rapport avec la respiration aquatique , ce sont les cavités branchiales et plusieurs des tubes aquifërcs déjà mentionnés. On peut dire que, par l'intermédiaire de ces derniers , Teau va ))orter Tagent de Thématose dans les parties profondes , comme Tair le fait par le secours des trachées.

Appareil procédant du tube digestif. Je me suis demandé (t. 11 , p. 492) s'il ne s'opérait pas quelques actes respiratoires dans le tube digestif. J'ajoute ici qu'on ne doit point ranger au •nombre des actes physiologiques normaux la défj;lutition de lair atmosphérique et ses effets. Il n'est pas vrai non plus, comme le ditPlagge (1), que Tœsophage inspire Tair et Texpire, ni que le gonflement du ventre pendant la respiration tienne à lair avalé; ni enfin, comme le dit Krimer (2) , que les phthisiqucs suppléent à l'action du poumon en avalant fréquemment de l'air!

L'action directe du tube digestif sur lair ou sur Teau aérée a lieu plus vraisemblablement chez quelques animaux. On dit qu'une respiration aérienne , accessoire de la respiration branchiale , s'établit de temps à autre chez le cobite , qui avale de l'air à la surfiace de l'eau et qui en laisse échapper par l'anus. Dafis les temps chauds, les poissons des viviers viennent certainement

(1) Meckel, Deulsches Archiv far Physiologie, t. V, p. «9.

(2) lloru, Neues Archiv fur medic. Erfahrung, p. 261 ; 1821.

S3I DE 14 RftSHRATlOBT.

humer Tair; je suppose qu'Us Ta valent, car on ne le voit pas sortir sur les côtés des branchies. Quand une partie du tube digestif se dilate , se vascularise , ou présente même des lames branchiales que Teau chargée d*air vient toucher, on peut dire que le tube dig^tif lui-même est devenu , en un des points de son étendue , or{|;ane respiratoire. Cet état anatomîque s*observe vers le commencement du tube digestif chez les tuniciers, et vers le cloaque chez les mollusques céphalopodes.

Gomme exemple d'appareils autres que le tube digestif proprement dit, mais qui en proviennent, nous citerons Tappareil déjà décrit des holothuries, lequel natt du- cloaque; les branchies des poissons osseux, lesquels naissent de la gorge; les cavités brancfiiaies de certains chondoptérygiens, qui naissent aussi dans la gorge , et enfin les cavités aériennes, qui, nées de la gorge comme les précédentes , constituent les poumons. Je ne pease pas que la vessie natatoire , laquelle ne reçoit pas Tair extérieur, puisse être considérée comme organe respiratoire ; tout au plus, serait- elle un organe destiné à V expiration des gaz.

iiiTniaM nu

Si on examine la succession des actes qui constituent une respiration complète chez un animal vertébré à respiration aérienne, on observe 1^ qu'une sensation particulière précède et commande l'inspiration de l'air {besoin de l'inspiration ) ; 2** que des puissances musculaires agissant sur différents leviers introduisent l'air dans la poitrine {phénomènes mécaniques de l'inspiration)\ 3^ qu'en même temps, le cœur envoie au poumon par * l'artère pulmonaire le sang qui doit être hématose ; 4"" qu'à la suite du conflit établi entre l'air et le sang au travers des membranes excessivement minces qui les séparent, l'un et Vautre fluides ont été modifiés dans leur composition {phénomènes pttfsicO'Chimiques de la respiration) \ 6° qu'une nouvelle sensation provoque l'expulsion de Tair qui a été soumis à la respiration {besoin de l'expiration) \ & que des puissanm,, musculaires et des agents donés d'élasticité expulsent une partn^

DE LA ABSmiATIOBr. SS5

de Fair qui a été introduite dans la poitrine {phénomènes mé^ caniques de l'expiration). On observe en outre que les actes respiratoires prêtent leur assistance à un grand nombre d'actes soit expressif , soit excrétoires , soit de locomotion générale. Tel sera donc Tordre dans lequel il conviendrait d'étudier les actes nombreux de la fonction qui nous occupe. Mais il y aurait des inconvénients à suivre tr«p strictement cette division; il vaut mieux étudier ensemble les deux seasations internes , ensemble aussi 7 c'est-à-dire dans une même chapitre, les phénomènes dits mécaniques soit d'inspiration, soit d'expiration; à part encore, tout ce qui concerne les altérations qu'a subies Taîr introduit dans les poumons ; à part enfin, les changements que teiang a prouvés dans le poumon, etc. C'est la marche que je vais Mrirre. Relativement aux sensations internes ou besoins de l'inspiration et de l'expiration, j'ai remarqué qu'en en traitant ici on l'exposerait à des redites, soit en étudiant l'action du pneumo- ^Btrique , soit en étudiant l'asphyxie ; je ne les nowne donc ici qoe pour mémoire, et je passe à la deicripifoa 4t linspiratioa it de respiration.

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236 DE LA. HESPIRATION.

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