‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 15 sur 66 · SOIXANTE-SEIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SOIXANTE-SEIZIÈME LEÇON

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DE l'inspiration.

Messieurs ,

Qiez rhomme, chez tous les mammifères , et chez les oiseaux, Tair sMntroduit dans les poumons, parce qu'il y est attiré par le vide virtuel qui se forme lors de la dilatation de la poitrine.

Gela suppose Texistence d'une cage osseuse résistante, et cependant composée de pièces mobiles. Résistante, pour ne pas s'affaisser sous le poids de l'atmosphère ; mobile, pour exécuter des mouvements alternatif de dilatation et de resserrement.

De telles conditions ne se rencontrent plus chez les batraciens, auxquels presque toutes les côtes font défaut; chez les ophidiens, qui ont des côtes, mais sont privés de sternum; chez les tortues, dont toutes les pièces thoraciques, soudées entre elles et avec la colonne vertébrale, ne peuvent exécuter de mou^ monts. Aussi le mécanisme de Tintroduction de Fair dans lei poumon est-il bien différent chez un mammifère et chez m grenouille, par exemple. Chez les grenouilles, c'est une déglutition ; l'air est poussé dans le poumon par l'action des mu! de la gorge, au lieu d'y être attiré, comme chez le mami fère, par la dilatation de la poitrine que suit la dilatation di? .poumon. Le pigiiimon de la grenouille se dilate, parce que l'air . ï% est foulé ; Ym entre dans le poumon du mammifère, parce que ce poumon se dilate. Voici le mécanisme de Y^tréc de l'air dans l'organe respiratoire de la grenouille. La bouche étant fermée, l'animal dilate sai^rgc, que l'on voit se gonfler bas ; l'air entre, par la narine, dans la parité dilatée. Jusqu'l y a bien aspiration; puisjf narine se ferme, la gorge se re|-

ksdMil nouH

DE L'mspiiiATionr. 237

icrrc, et Taîrn'a d'autre issue que le poumon, dans lequel il est foulé et qu'il dilate. H résulte de ce mécanisme cette sing^ularité , que le moyen d'asphyxier une grenouille, qui respire dans l'air, est de lui maintenir la bouche ouverte. Elle peut bien encore, dans ce cas, attirer Fair dans sa gorge; mais, au moment où la gorge se resserre , Tair s'enfuit par fouverture buccale. Une grenoaille dont la poitrine est largement ouverte remplit son poumon à peu près aussi bien que s'il n'y avait pas de solution de continuité de cette partie ; elle le remplit encore à merveille , comme je Fai vu souvent, lorsqu'elle est coupée en deux par une section transversale passant au-dessus du bassin. La gorge des grenouilles submergées, et qui respirent par la peau , reste parfaitement immobile, ce qui prouve qu'elles n'attirent pas Teau dans leur poumon.

Revenons aux mammifères , et surtout à l'homme. Nous allons exposer le rôle du diaphragme dans Finspiration , celui des paroii thoracîques, celui du poumon, Fitinéraire de Fair, et Fac- Ikn des parties qu'il traverse. ^

Action du MmpHrngtne dmnm l'inspiration*

;Ck muscle, quasi rudimentaire chez les oiseaux, où on l'avait pteoial à propos, joue un'rôle des plus importants chez tous mmifères , où il constitue une cloison contractile placée entre Fabdomen et la poitrine.

Voyons d'abord les effets de la contraction de ses piliers. Ces m robustes prennent leur point fixe sur les vertèbres ires , ils se gonflent , se durcissent , se raccourcissent , et vnC en bas Faponévrose centrale du diaphragme, dont ils augmentent la fixité; La dépression de ce centre aponévrotique avait été niée anciennement^ jKir des considérations plutôt théoriques qii*eipérimentales. On croyait que la dépression de cette partie centrale, sur laquelle repose le cœur, ne pourrait se faire sans menace de syncope, et on alléguait d'ailleurs que la partie flbreose du péricarde fixée sur cette aponévrose ne permettait pas qu elle fût entraînée en bas. Le fait est qu'on a constaté sur

238 DB Là MWIRATION. ^

les animaoi vivants la dépressioD de ce centre aponévrotique (1); mais il faut reconnaîtra qu'il descend moins que les parties la* térales du diaphragme, lesquelles sont charnues, et que la foliole aponévrotique centrale, sur laquelle s'attache plus parti* eultèrement le périfinrde, descend moins que les foliole latérales (3).

Voilà donc le centre aponévrotique du diaphragme 0xé et un peu abaissé, voyons Taclion des autres fihres charnues. Celles^ ci , nées de toute la périphérie convexe du centre aponévrotique, se portent à la base de la poitrine , en décrivant des courbures à concavité infiérieure; toutes descendent. Les antérieures aboutissent à Tappendice xipbQïde; les latérales et les postérieures, qui constituent surtout la partie efficace du diaphragme, et qui peuvent être considérées comme formant deux muscles, Tua droit et Tautre gauche, aboutissent au bord cartilagineux de la poitrine (cartilages des six dernières côtes ).

Admettez pour un moment, Messieurs, que toutes ces fibres ^ trouvent un point fixe à leurs deux extrémités, d'une part au centre phrénique , de Tautre au bord de la poitrine, il vous sera facile de comprendre Teffet de leur contraction. La courbure de chaque fibre diminuera , le point culminant de cette courbure \ tendra à se rapprocher d'un plan qui passerait par les de«x atta- . ebes; donc le dia|riiragme s'abaissera. La saillie qu'il ferme Mttf rellement dans la poitrine^ et dont je vous expliquerai la cause,

(1) MM. Btaii el MaiiiUt ont lu avec dittracUon peut être ce que Haltar a écrit à ce tiqet. < Seoac , et après lui Haller, disent-iU, ont proclamé la paiif tion fixe et invariable du centre phrénique. > Voici , au contraire, ce que dit Ballcr : Fèrum, quoties diaphragmatis vires serio intenduntur, non dublum esi, mnàu cor aïonscM teabi, neque potest loquenlis tiaimrm têHimonimm eorum incommodorum ipecuUUione reftUari quœ emhêc cordit dimoUone sequi videniur ( Elem, physiol^ 1 111 , p. 85 ). Ce ranarquable passase mériuit d*étre cité. J'ai vu, dans plusieurs parties du Journal des expériences de Haller, la dépression du cœur signalée.

(2) Beau et Maissiat , Recherches sur les mouvements respiraioUeê {Jrch. gén. de méd„ ^^ série, 1. 11, p. 257).

B£ L'iNSPIEATIOlV. 230

diminuera ; de sorte que le diamètre vertical de la poitrine sera agrandi.

Je doute fort que, dans Tétat physiologique , le raccourcisse- Bient des fibres soit porté au point que celles-ci , ayant complètement perdu leur courbure, marchent en ligne droite d'une attache à Tautre* A plus forte raison, refuserai-je de croire, avec Fontana et autres (1), auxquels Haller lui-même accorde ra|q)ui de son autorité (2), que Faction physiologique du diaphragme puisse être portée à ce point qu'il devienne convexe du côté du ventre; car cela supposerait qu'après s'être raccourcie, la fibre, continuant d*agir, s'allonge cependant. J ai vu , sur des cadavres humains, le diaphragme convexe vers le ventre ; mais il y avait épanchement dans la poitrine.

En s'enfonçant dans l'abdomen, le diaphragme pousse les viscères en bas; il les pousse en même temps en avant, ce qui tient à ce que la courbure du diaphragme ne regarde pas direcment en bas, mais bien en bas et en avant. Voilà pourquoi la paroi antérieure de Tabdomen se soulève ordinairement pendant l'inspiration diapbragmatique (3).

J'ai supposé, pour faciliter Tintelligence du phénomène, que laJbre décrivait une courbe régulière; il n'en est pas ainsi. A partir du bord convexe de l'aponévrose, la fibre se porte presque borliontalement ou très-peu courbée vers la circonférence de la poitrine, qu'elle atteint à une assez grande hauteur au-dessus da bord de la poitrine , puis elle descend parallèle à la paroi ihoracique, qu'elle touche (sauf interposition des plèvres costale et diapbragmatique) jusqu'au bord cartilagineux, où elle se fixe;

(1) Expér. sur les parties irritables et sensible f, 1757.

(2J El (Unique in violeniissima inspiratione omnino vidi, deorsum versus abdomen diaphragma convexum reiidi (l. lU, p. 85).

(3) Sur un homme dont le foie affleure la base de la poitrine, percutez le Tcntre 9i droite, immédiaiemcnt au de««ou« du rebord des côlet, tous aurex on ton clair; continuez de percuter au môme endroit pendant que le fujet de l'olitervaUon fait une grande inspiration , toui aurez un ion mat, parce que le foie descendra au-dessous du rebord cotul. J'ai souvent Mt cette exploratkm.

240 DE t\ RBSPllIATlO^r.

or, pendant que cette fibre se conf racte, elle se sépare de haut m bas de la paroi thoracique, dans une étendue plus ou moins considérable , et elle descend avec la portion qui était transversale. Je dois vous faire remarquer, Messieurs , que le point où le diaphragme exécute les mouvements les plus amples est précisément celui qui correspond à la base des poumons; tandis que la partie qui est en rapport avec le cœur se déplace beaucoup moins. Nous avons vu jusqu'ici Tactton du diaphragme bornée, dans ses effets , à changer la direction et la situation de ses parties constituantes; mais cette action ne s'étend-elle pas aux leviers sur lesquels le muscle est inséré? et le bord de la poitrine présenle-t-il un point si immobile , qu'il ne puisse être entraîné par les fibres qui s'y implantent? Les inductions tirées de l'anatomie, les vivisections, et même une curieuse expérience pratiquée sur l'homme, permettent de répondre à cette question , qui ne date pas de ce siècle (I). Haller pensait que le diaphragme tirait les côtes inférieures en dedans et en arrière , et si , pendant l'inspiration , elles ne se mouvaient pas dans ce sens , cela tenait à ce que l'action du diaphragme était contre-balancée par celle des intercostaux. (2). Je vois la chose un peu différemment. L'attache des fibres courbes au centre phrénique , lequel correspond à peu près, en hauteur, à la cinquième côte, étant beaucoup plus élevée que l'attache des mêmes fibres au bord cartilagineux de la poitrine, le raccourcissement des fibres doit faire monter les côtes inférieures, si le centre phrénique résiste plus que les côtes. Ainsi le diaphragme est élévateur des côtes inférieures. Cette explication , fondée sur l'anatomie , nous paraît meilleure que celle dans laquelle M. Magendie (3), qui a cru avoir découvert que le diaphragme élève les côtes inférieures, fait prendre un point d'appui

(1) Un passage trèt-explicite de Galien , rapporté par MM. Beau et Maissiat, montre que cet homme étonnant connaissait Finfluence du diaphraj^me sur les c6tes inférieures. Porro totum ipsius (Ihorach) motum guhernat inferius

septum ipstun transversum. '., altrahens coslas aulcm spurias sur-

sum levUer et prorsutn. Vésale a partagé Topinion de Galien.

(2) E/em.phxsiol.j t. Ul, p. 86.

(3) Précis élémentaire de physiologie, t. Il, p. 320.

DE L'msnHATioiv. 241

à' ce mascle, sar le foie et les viscères abdominaux, pour soulever les fisiusses cAtes. Cette action peut concourir sans doute au résoltat, mais elle n'est pas nécessaire, puisque, le ventre étan tou- ?ert et les viscères déprimés , le diaphragme élève encore les o6tes inférieures.

Mais je m'aperçois que mon explication précède la démonstration du fait. Voici comment MM. Beau et Maissîat (1) ont cherché à démontrer Taction que nous étudions, a Si, disent-ils, on pratique de chaque côté du thorax une incision dans le sixième espace intercostal, depuis la colonne vertébrale jusqu'au sternum inclusivement , de manière à séparer transversalement les parois thoraciques en deux portions , on observera encore quelques inspirations, malgré retendue de cette plaie et TafFaissement des poumons; eh bien, le mouvement inspiratoire sera aussi marqué qu'avant la section, dans tout le segment inférieur du thorax, même sur la première côte à partir de l'incision, c'est-à-dire sur la septième. ©MM. Beau et Maissîat, ayant, d'une autre part, coupé au préalable les grands dentelés et les pectoraux, afin d'enlever aux côtes inférieures tous leurs élévateurs , concluent non-seulement que le diaphragme élève les côtes inférieures, mais encore que les intercostaux ne les élèvent pas. (Je montrerai ailleurs que la seconde conclusion n'est pas fondée. ) I^ doctrine de MM. Beau et Maissîat a été attaquée par M. Debrou (2), qui, répétant leurs expériences, et ajoutant à cette mutilation la section des attaches du diaphragme aux côtes, a encore vu celles-ci s'élever, ce qu'il attribue à l'action des intercostaux placés entre les six côtes inférieures. A cela MM. Beau et Maissiat ont répliqué que le mouvement persiste alors que tous les muscles intercostaux du segment inférieur sont détruits, à condition toutefois que le diaphragme ne soit pas lésé (3). On peut accepter et les résultats de MM. Beau et Mais-

(1) Arch, gin. de méd„ 4« «érie, 1. 1, p. 274.

(2) Note sur l'action des muscles intercostau» {Gaz, mid., 1843,

(3) Arch, gin. de méd., 4* série , t. Il , p. 204.

m. ic

242 DE Uk RBftHBATION.

siat et ceux de M. Debrou , si on veut bien reconnaître qu'il ne faut exclure ni le diaphragme au profit des intercostaux, ni les intercostaux au profit du diaphragme. L'action de ce dernier muscle sur les côtes inférieures vient d'être mise hors de doute par une expérience d'une innocuité parfaite ayant l'homme lui* même pour si^et , expérience dont j'ai rendu témoin cette année tout mon auditoire. Sur un homme très-maigre, qui se prêtait aux expériences de galvanisation localisée de M, Duchenne (de Boulogne), et qui fut amené par ce médecin dans l'amphithéâtre , à l'heure dema leçon , le mouvement de la base de la poitrine était des plus évidents lorsque l'excitateur rencontrait le trajet du nerf diaphragma tique au bas du cou. L'opération offrant des difficultés sur l'homme, on pourrait la répéter sur les animaux vivants en agissant directement sur le nerf diaphragmatique dénudé , et observant les côtes inférieures au moment de la convulsion du diaphragme.

Si l'anatomie, d'accord avec les faits, nous rend compte de l'élévation des côtes inférieures par l'action du diaphragme , elle ne nous explique pas comment les fibres de ce muscle pourraient ei même temps porter les côtes en dehors au profit de l'inspiration , car le diaphragme parait plutôt disposé de manière à rétrécir la base de la poitrine. Je ne saisis pas bien l'explication proposée par MM. Beau et Maissiat (1); j'admettrais plus volcmtiers que toute côte qui monte a de la tendance à se porter en dehors, en raison de la configuration des articulations costovertébrales.

Quel est l'effet de la contraction du diaphragme sur les trois ouifertures dont il est percé, et sur les conduits qui traversent ces ouvertures? Il n'y a pas ici de généralités à établir ; il faut prendre chaque ouverture en particulier.

Le contour de l'ouverture qui livre passage à Tœsophage est entièrement charnu et compris entre la partie supérieure des piliers. Le durcissement de ceux-ci resserre l'ouverture et comprime un peu l'œsophage : coïncidence avantageuse , puisque

(1) Arch, gén, de nUd., V Utie^ U 11, p. 270.

restomae, élant pressé pendant rinspiration , aurait de la ten<^ dance k laisser échapper spn contenu dans l'œsopbage. Ce a'eM li, au reste, qu'une circonstance adjuvante; les fibres proprfi de Testomac formant le principal obstacle à l'issue deslalimeoti et des boissons (voy. t. II,. p. 68).

L'action du diaphragme sur Toesophage , établie par les expé-^ riences de Senac , par celles de Viridet , est confirmée par celles de Haller (1). 11 ne fout pas oublier qu'elle n*est pas assez énergique pour empêcher l'estomac d*étre vidé par les efforts du yomiisement.

La disposition du diaphragme autour de Torifice aortfque est, pour ainsi dire, un exemple amplifié des précautions que la nature a prises partout où de gros troncs artériels traversent des màssea musculaires. Une arcade fibreuse passe autour de la partie antérieure du vaisseau ; celles des fibres des piliers qui naissent de cette arcade ont plus de tendance à l'ouvrir lors de leur contraction qu'à la resserrer sur Taorte.

Quant à l'ouverture que traverse la veine cave inférieure , son contour ne ressemble ni à celui de Toriâce œsophagien , ni à ce! uî de Forifice aortique. Cette ouverture se trouve placée dans le trèfle aponévrotique du diaphragme , à la Jonction de la foliole moyenne avec la foliole droite. Des paquets de fibres resplendissantes bordent son contour et se croisent sur certains points de ce contour. Il est assez difficile de déterminer quel peut être l'effet de la contraction des fibres musculaires du diaphragme sur le diamètre et la forme de cette ouverture , dont elles sont assez éloignées. W insLow (2) , dont Haller avait primitivement partagé l'opinion, pensait que la contraction des fibres charnues ne chaugcait rien à la disposition des fibres tendineuses de la circonférence du trou. Mais Haller a vu, dans ses expériences 49, 53, 57, 59, 61 et 62, l'expansion tendineuse du diaphragme céder à la contraction des fibres charnues , et com-

(1) JStem, physiol.» t lU, p. 87.

(2) Exposition anatomique de la structure du corps humain, t 11 , p. M.

S44 DB LA RBSmiATION.

priDaer la veioe cave, qui était entraînée en bas, et qui se vidait (1). Schwartz avait vu comme Haller. Bichat (2) dit que l'ouverture destinée à la veine cave devient circulaire pendant rinspiration.

Influence du nerf diaphragmatique sur la contraction du

diaphragme.

Ce sera un sujet d'études très-important , et , si je ne me trompe, très-attrayant, que Texamen des rapports de la respiration avec les centres nerveux et divers nerfs, tant crâniens que racbidiens ; mais je veux , dès ce moment , accorder quelques mots à l'action du nerf diaphragmatique, un des premiers sur lesquels on ait expérimenté.

Galien (3) avait déjà signalé certains effets de la ligature de ce nerf. Richard Lower, Tun des plus habiles expérimentateurs du xvu^ siècle, et que nous avons déjà cilé avec éloge à propos du cours du chyle et de la transfusion du sang , a parfaitement décrit la perturbation que la section des nerfs diaphragmatiques introduit dans les phénomènes apparents de la respiration (4). Haller a sur ce sujet un paragraphe ayant pour titre Expertmenta cum hoc nen^o instUuta (6), où il fait allusion aux expériences de Swammerdam , Zimmermann, Zinn, Caldani, Lecat, Monro, etc. etc., et où, chose rare dans cet auteur, le mémoire de Lower est par inadvertance attribué à ilooke.

Voici les résultats obtenus. Le nerf étant dénudé, en quelque

(1] Ei cavam venam ab eo musculo uUque stnngi, et deorsum duci, dum descendit iiiter Uispirandum et inaniri {Elem.phxsioL, t. Ul, p. 97). — Voir au88i le Journal des expériences.

(2) Analomie descriptive, 1. 11, p. 107.

(3) De Jnatomicis adminislrationibus , lib. viii , cap. 8.

(4) Le titre de son mémoire est fort original : Jn account of making a dog dratv its breaih exacLly like a windbroken horse, c'esi-à-dire : Récit d*une expérience par laquelle on fait qu'un chien (ire sa respiration exactement comme un cheval poussif ( Trans. philos., vol. Il , p. 544 ; 16C7).

(5) Elem. physioL, t. III , p. 92.

DE l'inspiration. 245

point que ce soit de son trajet, soit au cou, soit dans la poitrine , si on le pique, il y a à Tinstant une convulsion du diaphragme. Le même effet se produit sur un animal qui a cessé de vivre , pour peu que la mort soit récente. On dit avoir observé que les deux côtés du diaphragme entrent en action, bien qu'un seul nerf ait été irrité. Si on coupe le nerf, et si on irrite le bout inférieur, il y a encore convulsion du diaphragme. On n'obtient rien en irritant le bout supérieur. Si on presse entre les doigts le nerf dénudé , la moitié correspondante du diaphragme devient immobile, et si on le serre des deux côtés, l'immobilité s'étend à tout le muscle. Si on lâche le nerf, le mouvement revient; enfin la section du nerf, ou sa ligature fortement serrée, déterminent une paralysie complète.

Il est curieux alors d'observer le changement que cela introduit dans les mouvements respiratoires. Vous savez que, dans l'état physiologique , le ventre se gonfle pendant l'inspiration et se retire pendant l'expiration; eh bien , c'est précisément le contraire qu'on observe alors , surtout si on excite l'animal au mouvement. Lower, qui a parfaitement vu cet effet de la section des diaphragmatiques, s'est complètement trompé sur Texplication du phénomène, puisque son explication a pour base la croyance que le diaphragme tire les côtes inférieures en. bas. Voici, Messieurs, comment j'explique l'interversion que j'ai signalée dans les mouvements respiratoires. Lorsque le diaphragme est paralysé, l'inspiration ne se produit plus que par les mouvements des côtes; or, au moment où le vide virtuel se fait dans la poitrine, la pression atmosphérique pousse les viscères abdominaux vers la poitrine.

La multiplicité des origines du nerf diaphragmatique semble en rapport avec l'importance du maintien de l'influx des centres nerveux sur le diaphragme. Sa principale origine est à la branche antérieure de la quatrième paire cervicale (en comptant 8 paires cervicales). Une petite branche descendue de la troisième fortifie le rameau principal. Constamment le tronc phrénique reçoit vers la partie inférieure du cou, ou un peu plus haut , ou dans la poitrine, des filets de renforcement qui vien-

346 DB lA KEdntlATlOlV.

nent d'une ou deaî des quatre dernières paires cervicales, ou même de la première dorsale ; et , chose digne d'être remarquée , tandis que ce nerf au^pmente en bas le nombre des points par lesquels la moelle peut lui transmettre son action, il n'est pas excessivement rare qu'il soutire en haut quelques rameaux dont Torigine remonterait jusque dans le crâne. C'est ainsi que Haller a vu jusqu'à cinq fois (1) l'anse nerveuse que l'hypoglosse (aidé quelquefois du pneumogastrique) forme avec les deux premières paires cervicales fournir des filets au nerf diaphragmatique.

Ce n'est pas tout. Le diaphragme reçoit d'autres nerf^ dans . aa partie ventrale. Ainsi les piliers ont quelques filets venant directement de la moelle par les deux dernières paires dorsales et ta première lombaire ; le pneumogastrique leur envoie quelques petites ramifications I et enfin plusieurs rameaux du plexus solaire {minime coniemnendi, dît Haller) pénètrent aussi ces piliers.

Dans un muscle dont la contraction se lie à des actes si divers , les uns volontaires, les autres plus ou moins soustraits à la volonté, cette multiplicité des sources d'innervation ne nous étonne pas ; mais il serait difficile de donner à chaque catégorie son usage spécial. Toutefois le nerf mémorable qui descend au con et ensuite sur les c6tes du péricarde est le véritable nerf respirateur. Gomme il y a pourtant quelques filets rachidiens naissant à la hauteur des piliers , il se pourrait que la paralysie dn diaphragme par section des nerfs phréniques au cou ne fût pas complète. Krimer (9) dit avoir vu ce muscle se contracter encore après la section de ces nerfs , et je crois me rappeler que quelques-uns des expérimentateurs qui ont coupé les nerf^ diaphragmatiques pour étudier le vomissement ont reconnu que le muscle n'était pas complètement privé de mouvement. Si ce reste d'action ne venait pas de quelques filets cervicaux qui auraient rejoint le diaphragmatique au-dessous de la section , il

(1) Quinguies omnino et dUucide vidi ( Elem, phjrs., t. Ul, p. 89).

(2) Vniersuch. uher die nachste Ursache des Ifustens, p. 39; 1819.

BB L'0î8PmATION. 247

fiiut l'attribuer à rinflaence des filets abdominaui dont je vous ai parlé.

ii#tl»n émm parois tlior»elque««

Noos allons examiner ici : l"* les mouvements des pièces ou leviers qui composent le thorax , abstraction faite des puissances qui agissent sur ces leviers; 2^ l'action des puissances ellesmêmes.

Mouvements du sternum. Dans la respiration calme et dans certaines ibrmes de respiration où le mouvement se passe par en bas, le sternum bouge ft peine ou ne bouge pas. Il n'en est pas de même dans les amples inspirations.

Alors le sternum s'élève, La chose est facile à voir sur aoimême en inspirant largement devant une glace. L'étendue de ee mouvement égale presque celle d'un pouce.

Le sternum , en même temps , se porte en avant. L'application d'un compas d'épaisseur le démontre.

Mais, pendant que le sternum se porte en haut et en avant , s'éloigne-t-il d'une quantité égaie de la colonne vertébrale , par ses extrémités supérieure et inférieure ?

Ici trois opinions se sont produites. 1^ Le sternum , faisant un mouvement de bascule , se rapprocherait en haut de la colonne vertébrale et s'en éloignerait en bas; 2'' il s'en éloignerait partout, mais plus en bas qu'en haut ; 3^ il se placerait de telle sorte que son plan resterait parallèle au plan qu'il a quitté.

La première opinion est absurde (il faut bien le dire). Il Euidrait que la première oùte ou son cartilage cédât, oti ne sait comment, pour que le haut du sternum se rapprochât de Il colonne vertébrale. L'anneau que les deux premières côtes , leur cartilage, et le bord supérieur du sternum, forment audevant de la colonne vertébrale est obliquement incliné sur elle. Or, quand l'anneau se redresse sur la colonne vertébrale par l'élévation du sternum , le bord supérieur de cet os s'éloigne nécessairement du rachis. Des lecteurs inattentifs ont attribué à Haller l'opinion qne nous examinons, mais Haller dit

248 DE lA RESPIRATION.

positivement que le haut du sternum ne recule pas; bien plus, Haller reconnait quMI se porte en avant. On s^est mal trouvé (introduire ici la comparaison avec un mouvement de bascule. Terreur dans le langage a introduit Terreur dans les choses.

Dans la deuxième opinion, il n'est plus question de bascule du sternum; mais Textrémité inférieure, ayant un excès de mouvement sur la supérieure, décrit un petit arc de cercle autour de celle-ci, pendant que Tos, en totalité, se porte en avant et en haut. L'extrémité inférieure du sternum étant suspendue à des leviers plus longs (les dernières vraies côtes) que Textrémité supérieure , on comprend que la chose se passe ainsi. Haller pensait que, Textrémité inférieure du sternum s'éloignant de 8 lignes de k colonne vertébrale , Textrémité supérieure s'en éloignait de^ lignes seulement.

La troisième opinion ne peut être acceptée, si on adopte la deuxième. M. Gerdy (1) pense que les choses se passent tantôt suivant ce mode , tantôt suivant le précédent. Je crois qu'il y a bien peu de sujets chez lesquels le sternum , porté en avant , reste parfaitement parallèle au plan qu'il a quitté.

Il n'est pas impossible que, chez des sujets très-jeunes, la première pièce du sternum se meuve sur la seconde.

Iles mouTementA des mètem et de leurs eartilases*

Ces mouvements étant complexes , il faut les analyser avec * sbin.

Les côtes exécutent pendant Tinspiration deux mouvements principaux, auxquels se rattachent des changements importants dans leur direction générale et dans la direction de leurs faces et de leurs bords. Ces deux mouvements principaux sont : V un mouvement à' élévation, 2** un mouvement de rotation.

Dans \t mouvement d'élévation, les côtes, qui, hors l'état d'in-

(I) Arch. gin, de méd., T série, t. VU, p. 520.

D£ l'inspiration. 249

spiratioQ , sont îDclinées très-obliquement sur la colonne vertébrale, se relèvent un pea sur ce point d'appui. Le centre du mouvement est dans rarticulation costo-vertébrale. La côte se meut autour de ce point d'appui , comme si rextrémité antérieure allait décrire autour de lui un arc de cercle. Cette extrémité antérieure de la côte se relève donc en se portant en avant. Mais telle est la connexion du plus grand nombre des côtes avec le sternum, par le moyen de leurs cartilages, que leur extrémité antérieure ne peut se relever sans que le sternum marche avec elle. Voilà la cause principale du mouvement sternal que nous avons décrit , mouvement qui appartient plus particulièrement ou aux grandes inspirations , ou à un type particulier de respiration que bientôt vous connaîtrez.

Tous les physiologistes s'accordent à reconnaître Tascension des ^ côtes dans les respirations un peu étendues, mais quelques-uns ont avancé que ce mouvement n'était pas général. Sabatier, dans un mémoire sur les mouvements des côtes , dit que telle est la configuration des articulations postérieures de ces os, que les supérieures s'élèvent pendant l'inspiration, tandis que les moyennes se portent en dehors , et les inférieures en bas. Mais il est facile de constater dans les grandes inspirations que sauf le cas où, dans une respiration abdominale exagérée , les côtes flottantes s'abaissent un peu en se portant en dehors (1), sauf ces cas, dis- je, le mouvement d'ascension est général chez Tbomme.

II est intéressant d'examiner ce qui se passe , pendant le mouvement d'élévation , à la jonction de l'extrémité antérieure de la côte avec son cartilage. H faut tenir compte ici de certains faits d'anatomie comparée, sur lesquels M. F. Sibson (2) a appelé Tat' teution. Examinez de profil la poitrine d'un oiseau ; vous verrez qu'il a des càtes vertébrales dirigées à peu près comme les

(1) Beau elMaîMîat. jirch. gin. de méd., 3« «érie, t. XV, p. 413.

(2) On the mechanUnn of respiraiion {Philos, transac, 1846, p. 528). Crst un des meilleurs ouvrages qui aient été publiés sur les phéoouii&ei ciuMi|iici de la respiraitoo.

S60 DB lA RESPIRATIOIV.

nôtres, et déplus des côtes stemales, lesquelles s'articulent ayec les càtes vertébrales, en faisant un angle saillant en arrière et en bas , et ouvert dans le sens contraire. Or, à chaque inspiration , cet angle s'ouvre davantage , ce qui éloigne le sternum de la colonne vertébrale.

Eh bien! Messieurs, les cartilages costaux des mammifères sont analogues aux côtes stemales des oiseaux. Il y a deux types de ces cartilages sternaux. Les uns sont roides et aussi inflexibles que des os , alors ils sont joints au sternum et à la côte , à laquelle ils correspondent par une véritable articulation. Ceci se voit chez le marsouin, le mouton, le bœuf, et le cochon. On peut dire qu'ici la seule différence entre ces leviers et les côtes stemales , c'est qu'ils sont de nature cartilagineuse , au lieu d'être de nature osseuse. Dans l'autre type, les cartilages sont complètement soudés avec l'extrémité antérieure des côtes correspondantes , et non articulés avec elles ; mais , par compensation, ces cartilages sont flexible^ , et cela rétablit encore une analogie de fonctions avec les côtes stemales des oiseaux. Ce dernier type se remarque chez le chien, le veau marin , le singe, l'homme , etc.

Vous comprendrez facilement, d'après ce qui précède, la modification que l'élévation de la côte apporte à l'angle qu'elle fbrme avec le cartilage. Celui-ci, dans l'état de repos , se porte en dehors et en bas à partir du stemum , et il forme en se joignant à la côte, qui est oblique elle-même, un angle saillant . en bas et ouvert en haut. Par l'effet de Tinspiratton, cet angle 8*ouvre à mesure que l'extrémité antérieure de la côte s'élève , entraînant le cartilage avec elle.

C/iangements introduits par Vété\^ation des càtes dans le diamètre antéro-postérieur de la poitrine, et dans la largeur et la forme des espaces intercostaux. L.e diamètre antéro-postérienr est agrandi. En effet, la côte étant très-oblique à partir de la colonne vertébrale et se redressant sur le rachis, Textrémité antérieure de cet os s'éloigne des vertèbres. D'une autre part, l'arc que forment la côte et le cartilage étant ocwdé à angle à la jonction de la côte avec son cartilage , et cet angle se redressant , l'arc s'allonge , ce qui ne peat avoir lien

DE L^SPIHATIOIf. - 251

sans que le 'steraum et la colonne dorsale s'éloifrnent l*an de Faatre. La courbure que forme la colonne vertébrale, depuis la première jusqu'au niveau des sixième, septième et huitième vertèbres dorsales, se creuse; les côtes qui suivent sont plus courbées en arrière, ce qui augmente l'espace qui reçoit le bord postérieur des poumons. Dans une vue de profil du thorax, on remarque que la saillie des apophyses épineuses qui suivent la sixième est presque' complètement masquée par la courbure postérieure des côtes, alors qu'elles sont entraînées dans un mouvement Inspiratoire exagéré (1). Enfin la courbure antérieure de Tare osso- cartilagineux s'exagère un peu, de sorte que cet arc bombe sur les côtes du sternum.

Voyons maintenant ce qui se passe dans les espaces intercostaux et intercartilagineux. Quelques erreurs ont été accréditées à ce sujet par des hommes d'un grand nom. Borelli professait que les espaces intercostaux diminuent de hauteur (2). Hallcr a été entraîné dans la même erreur par sa théorie de la fixité de la première côte ; il dit : Si musculi intercostales cas- ^ tas inferiores élevant magis quant costas superiores depri-^ muni, oportet intervalla costis intercedentia bra^iora fieri , dum a musculi agunt.

Haller admettait pourtant un élargissement de Tintervalle

(1) Voir la figure donoée par Sibton , loc, cit, p. 531 (je la reproduis plue loio}. Je penie que cela est dû plutôt à un petit renverseiiie.it de la côieen arrière , alors qu'elle se porte en dehors. Si on fait jouer la oôie sur une préparation fraîche , on peut Juger qu*un tel mouyement s'opère par ce qui se pim diM Tartieulation costo-verlébrale. Peut-être ee petit ligament inleraniculaire, que les protecteurs se font un point d'honneur de mettre en évidenoe , résitte-l-il dans ce cas à la tendance qu'offre la tète de la côte à se déplacer. Le mou?ement dont je parle est naturellement plus facile dans les côtes qui ne sont pas fortement attachées par leur cartilage au sternum ; Toilà pourquoi la grande échancrure antérieure de la base de fa poitrine iTélargftt pendant rinspirctioB, eonme nous le montrerons.

Ci) Diefuiiun est igUur quod omnei (làra decuuatw promUnas costmê ailiganUs effeclum umcum producuntj conslriclioiiem nempe et mu- Utam approodmationem eantmdem costarum ( de Molu anim. ,i. Il , p. 99).

des cartilages. Le fait est, Messieurs, que les espaces intercostaux s'élargissent presque partout. J'ai vu bien des personnes embarrassées pour expliquer le mécanisme de cet élargissement. Bernouiili et Hamberger ont donné à ce sujet un théorème fort satisfaisant. Des tiges parallèles les unes aux autres , mais obliques sur leur point d'appui, interceptent des espaces plus grands à mesure qu'elles se redressent sur ce point d'appui. Or les côtes représentent des tiges parallèles les unes aux autres et posées obliquement sur un point d'appui, la coloune vertébrale. H faut reconnaître, avec MM. Beau et Maissiat, que les côtes ne sont pas parfaitement parallèles, et qu'elles s'écartent à partir de la colonne vertébrale à peu près comme le font les tiges d'un éventail; mais il n'y a pas lieu, pour cela, de rejeter l'explication de Bernouiili et Hamberger.

A cette cause d'élargissement des espaces intercostaux , il faut joindre le mouvement des côtes en dehors qui accompagne leur élévation.

L'élargissement des espaces intercostaux n'a pas lieu dans tous sans exception , ni même dans toute la longueur d'un même espace. Pour bien saisir les développements de cette proposition , il faut avoir égard à la direction de la région dorsale du rachis. Chez tous les mammifères , elle présente une courbure dont la concavité regarde le sternum. Chez l'homme, la partie supérieure de ia courbure regarde en avant et en bas, la partie moyenne regarde directement en avant , et la partie inférieure regarde en avant et en haut. A chacune de ces parties correspond , suivant la remarque de M. Sibson, un groupe particulier de côtes (1). Le groupe supérieur, ou thoracique, se compose des cinq côtes supérieures; le groupe intermédiaire est formé par les sixième, septième et huitième côtes, les plus longues de toutes, et qui sont attachées en arrière dans la partie la plus profonde de la courbure du rachis , tandis qu'en avant leurs cartilages sont unis les uns aux autres. Enfin le groupe inférieur ou diaphragmaUque est formé des quatre dernières Q0tes. Au

(I) Phiiosophical transactions, 1846, p. 529.

DC L'INSPIRATIOIV. • 253

voisinage dû racbis , tous les espaces ialercostaux sonl agraadis au momeat de rélévation des côtes. En avant, le résultat est moins uniforme. Les trois espaces compris entre les quatre premières côtes sont un peu diminués, au dire de Sibson (1); mais je dois vous faire remarquer que chacune des côtes ayant une longueur bien différente et un périmètre propre , elles ne se placent pas dans le même plan à mesure qu'elles montent, ce qui maintient toujours un certain écartement entre elles. Les espaces qui viennent ensuite , y compris ceux des côtes du groupe intermédiaire, s'élargissent un peu; enfin les espaces compris entre les côtes du groupe diaphragmatique s'élargissent beaucoup.

Quant à rintervalle compris entre les cartilages : le premier est diminué, suivant Sibson; les autres sont agrandis. Enfin, le bord cartilagineux droit de la poitrine s'éloignant du bord cartilagineux gauche, la vaste échancrure que présente en avant la base de la poitrine est sensiblement agrandie en travers.

Passons au mouvement de rotation, \\ s'opère autour d'une ligne qui , tirée de l'articulation postérieure delà côte à l'articulation sternale de sou cartilage, représenterait la corde de cet arc osseux et cartilagineux. On voit de suite comment cela agrandit le diamètre transversal de la poitrine. Un arc incliné sur un plan qu'il touche par ses deux extrémités intercepte un espace plus grand s'il se redresse sur ce plan; or le médiastin étendu du racbis au sternum représente un plan sur lequel sont inclinés, après l'expiration , et sur lequel se redressent , pendant Tinspiratîon, les arcs formés par les côtes et leurs cartilages.

Pendant que les côtes exécutent leur mouvement de rotation , leur bord supérieur s'incline en dedans, leur bord inférieur s'incline en dehors; leur face externe regarde en haut, et leur face interne en bas. Ces changements sont très-marqués dans les côtes qui suivent la première; il suit de là que si on examine la face interne d'une poitrine dilatée en se plaçant sous elle, on constate que les côtes supérieures forment une espèce de dôme

(1) loc,cU.,i^S».

254 DE LA nESPIIIATlON.

au hnut de la poitrine. Eofia il s'opère, pendant le double mouvement d'élévation et de rotation de la côte , un glissement de celle-ci sur la racine transverse de la vertèbre qu'elle touche par sa tubérosité, un mouvement dans l'articulation de son cartilage avec le sternum , et une certaine torsion de ce cartilage, qui est flexible chez l'homme. La côte elle-même jouit d'un certain degré de flexibilité.

Quelques autres faits de détail ont été parfaitement relevés par M. Sibson. Si on compare, dans ses figures, (1) le profil de la poitrine dans l'expiration et Tinspiration, on voit que les côtes, qui dans le premier état offrent diverses courbures, sont devenues presque droites (vues de profil). Par exemple, la sixième et la septième, qui , hors Télat d'inspiration, sont courbées, la première en haut et la seconde en bas , deviennent parallèles en s'écartant Tune] de l'autre, et semblent droites, vues de profil. La huitième et la neuvième, recourbées aussi en en bas, se relèvent, et deviennent presque parallèles. Ce changement est plus marqué dans la huitième que dans la neuvième. On voit que certaines côtes s'élèvent plus par leur extrémité que par leur partie moyenne; d'autres, au contraire, s'élèvent par leur partie moyenne plus que par leur extrémité.

Voilà donc la poitrine dilatée dans tous les sens : dans le sens vertical, par l'action du diaphragme , avec laquelle concourt parfois Télévation de toute la poitrine; dans le sens antéroposlérieurti dans le sens trans^'ersal, par les mouvements des côtes, de leurs cartilages, et du sternum. En même temps qu'elle s'est dilatée, la poitrine a changé de forme. Déjà vous connaissez dans leurs détails un grand nombre de ces changements; Tappareuce totale n'est pas moins sensiblement modifiée. Le thorax est moins plat; Willis (2) disait qu'il prenait une forme carrée, et Daniel Uernouilli (3; l'a comparé à un cylindre elliptique. Mais, les mots ne pouvant suppléer ici à la vue des parties, je vais em-

(1) Philosophieal transactions, 1846, p. 631.

(2) Pharmaceuiice ralionalis, t. H, p. 26; Uag»Com., 1677. (3} Dits.ph/s» med. d€ rcspiratione , in-4®; B«fil-, t721|

DE t'iHSPIBATlON. 356

pninter i M. Sibsoa quatre figures, sur lesquelles vous pourrez étudier et le cbanfrement d'ensemble et la plupart des détails qui footTolyet des pages précédeates.

Région dorsale.

BsfIrMUB.

Région antérieure du titorax.

■■■flratloB* BiylraUoa.

DE IK RESmATIOff.

Thorax vu de profil.

Blfr<rcB«« «rpea de resplnttl*!!.

blUt< dea cAtes.

Nous avons supposé jusqu'ici que tous les changements de lîormeet de diamètre delà poitrine avaient lieuren mfime temps dans une inspiration. La chose peut se rencontrer dans cerlaines inspirations exagérées; mais, le plus souvent, il y a pour chaque individu certains phénomènes mécaniques qui l'emportent sur les autres. Gela constitue ce que MM. Beau etMaissiat (1) ont nommé les modes ou types abdominal, costo-infériear et costo - supérieur.

Type abdominal. Il ne s'agit pas ici de phénomènes méca-

(I] Anh. gin. de miil., 3* lérie , t XV. p. 399.

DE L'mSPimATIOll. 2S7

niques tout diffiérents de ceux que tous coonaissez, et il ne fiinl pas croire que Von respire par le ventre^, comme pourrait le faire supposer Texpressioii peut-être impropre ai type abdo* minai. Voici la traduction de ce mot. Si vous examinez un certain nombre d'individus ou d'espèces animales pendant leur respiration calme, vous en trouverez chez lesquels l'action respiratoire ne se révèle que par le mouvement du ventre , qui devient saillant, comme nous Tavons dit, pendant Tinspiration, et se retire pendant Texpiration. Vous devinez que ces mouvements du ventre trahissent les contractions et relâchements alternatifs du diaphragme, qui, dans ce cas, borne son action à déprimer les viscères abdominaux. Pendant ce temps , les puissances qui élèvent les côtes sont peu ou pas actives, car les côtes semblent immobiles , à moins que les inférieures ne soient entraînées en dehors et en bas, en suivant, au moment de rinspiration , les mouvements des viscères abdominaux', qui dilatent les flancs , en même temps qu'ils distendent la paroi antérieure du ventre.

Ce type s'observe constamment dans le premier âge, quel qut soit le sexe ; mais, au bout d'un nombre variable d'années, on voit s'établir des différences entre les jeunes garçons et les jeunes filles, ces dernières perdant celte forme de respiration qui persiste chez un grand nombre d'hommes. Le chat , le lapin , le cheval , respirent d'après le t3rpe abdominal.

Txpe costO'inférieur. Dans ce mode, les mouvements respiratoires sont trè«- 'apparents au niveau des sept dernières côtes; ils diminuent à inesure qu'on remonte vers le sommet de la poitrine, qui semble parfaitement immobile. Le sternum est un peu porté en avant dans sa partie inférieure. La paroi abdominale ne se gonfle pas , comme dans le type précédent ; elle est immobile, et parfois même , disent MM. Beau et Maissiat (1), elle s'aplatit pendant l'inspiration, pour reprendre un état normal de gonflement I l'expiration.

Ce mode r^iratoire s'observe rarement cher la femme. Chez

(1) jirch. gin. de méd., 3« i^rie, t. XV, p. 400.

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