‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 31 sur 66 · III · texte numérisé non relu

III

198 DE LA EBSMBiiTlOlV.

favoriser la mastication ; onais il est bien certain qu'il concourt à certains actes qui assurent le passage de Tair pendant Tinspiration. Chez Thomme, et surtout chez les quadrupèdes, il fait contracter les muscles qui empêchent le resserrement des narines au moment où Tair est attiré (voyez page 284 de ce volume). Gomme il envoie des filets dans le voile du palais (voyez t. II, p. 38), c^est lui encore qui concourt à donner à cette partie la position qu'elle affecte , suivant qu'on respire par le nez ou par la bouche (page 286 de ce volume). Dans les maladies qui rendent la respiration difficile, le jeu des ailes du nez est augmenté d'une manière remarquable. Ces mouvements automatiques , régis par le nerf facial , sont utilisés pour l'établissement du diagnostic. Dans le rire, Tétonnement , le bâillement, il y a accord entre l'expression faciale et les contractions du plus important des muscles de la respiration : le diaphragme.

L'anatomie comparée confirme ce que nous disons de Tintervention du facial dans les phénomènes mécaniques de la respiration. M^Shaw (1) a suivi les ramifications de ce nerf dans les muscles moteurs des branchies. Ce nerf se répand aussi dans la trompe de l'éléphant ; et ce fut a priori que M. Sbaw en annonça l'existence dans cette partie, où Ton n'avait décrit que des branches de la cinquième paire. 11 résulterait enfin d'un rapport fait par M. Du* méril (2), sur un mémoire présenté à Tinstitut par M. Bourjot, que, chez le marsouin , le nerf facial atteindrait son summum de développement comme nerf respirateur. Au lieu de se répandre en filets nombreux dans les muscles de la face , comme chez l'homme, le nerf va se plonger, par une direction rétrograde, dans les muscles puissants qui agissent sur les poches à eau de ces cétacés , et sûr ceux qui déterminent la dilatation des évents. La section de ces nerfs, si elle était pratiquée des deux côtés, déterminerait inévitablement l'asphyxie , car l'animal ne pourrait ni attirer Tair ni se débarrasser de l'eau qu'il a reçue dans ses poches nasales.

(1) QuarUrljr journ. of science j mars 1822, et Joum. de physiologie,

(2) Jtmales des sciences MaureHes, 3« série, Zoologie, t. Il , p. 255.

Influence du nerf spinal sur la respiration.

Voici un nerf qni a été roccasion de nombreuses controverses , ce dont on n*a pas lieu de s'é(onner, vu la singularité de sa disposition anatomique.

Ce nerf est-il mixte , ou simplement moteur ? Gonstitue-t-il pour le pneumogastrique , qui serait exclusivement nerf de sentiment, une racine motrice représentant la racine antérieure des nerFs rachidiens? Fournit-il au pneumogastrique les nerfli vocaux? Lui fournit-il tous ses autres filets moteurs? Intervientil dans la respiration soit par sa branche externe , soit par h branche qu'il donne au pneumogastrique (branche interne) F Dans le cas d'affirmative , quel est le mode de cette interventiou? Je réserve presque toutes ces questions pour le moment où j'exposerai la physiologie de ce nerf; je ne prends ici que ce qui concerne la respiration.

Vous n'ignorez pas que le tronc commun de ce nerf, c'est-àdire la partie qui répond au trou déchiré postérieur, a pour origines deux séries superposées de filets. Les inférieurs, en plus grand nombre, viennent de la région cervicale de la moelle épiniëre ( nous préciserons ailleurs cette origine); les autres, au nombre de cinq ou six, viennent du bulbe rachidien. Les plus élevés sont si près de Torigine du pneumogastrique, qu'il faut beaucoup d'attention pour les distinguer de ce nerf: il y a donc des filets spinaux et des filets bulbaires.

Vous savez aussi qu'après sa sortie du trou occipital, le nerf, spinal se divise en deux branches : l'une externe, qui va au muscle stemo-mastoïdien , qu'elle traverse, et au trapèze ; l'autre interne, qui se joint au tronc du pneumogastrique. Gettç jonction des deux nerfs , dans laquelle le spinal donne et le pneumogastrique reçoit, constitue, comme vous le verrez, un détail anatomique des plus célèbres , à cause de la signification qu'on lui a donnée. Cest Scarpa (1) qui a signalé le fait anatomique;

(1) De Nervo spinali (dans Jeta medico^chlrurg. Acad. Flndobon^, t.1, p.337;17SS).

600 DE LA RBSPUIATIOII. ê

c'est Bi$chofF(l) qui lui a donné la signification à laquelle je fais allusion.

Ce que vous ne savez pas aussi bien peut-être , parce que cela est d'une date plus récente, c'est que les filets qui naissent de la moelle , fileis spinaux, se continuent avec le rameau externe du spinal, tandis que les filets qui naissent du bulbe, fiULs bul* baires, se continuent avec la branche interne de ce nerf spinal. C'est Bendz (2) et Spence (3) qui ont établi cette dislincticm importante.

Il résulte de là qu'on pourrait , selon moi, reconnaître de chaque côté du cou deux nerfis spinaux : l'un externe ou inférieur, ou spinal proprement dit , allant de la région cervicale de la moelle aux muscles sterno-cléido-mastoidien et trapèze; l'antre interne ou supérieur, ou bulbaire, allant du bulbe rachidien an tronc du pneumogastrique , et ultérieurement à quelquesunes des parties auxquelles se distribue le pneumogastrique.

Nous allons prendre à part chacun de ces nerCs (4).

iMflaenee du nerf spinal proprement d|t, iHwnelM externe ém ■pinel, spinal externe en Inférlenr, sur In rwiplmtlen*

Nous avons reconnu au sterno-mastoidien et an trapize une action sur la respiration. Si le spinal Fait contracter ces masdes, il est clair qu'il intervient dans cette fonction; mais la chose n'est pas tout à fait aussi simple. Prouvons d'abord que si on l'irrite il fait contracter ces muscles. Giuseppe Morganti (5)| auteur d'un des derniers travaux qui aient été publiés sur le spi*

(1) De Nend accessorii mUisU anat. et physiol, iii-4«; HeideOierg,

(2) De Conervum intervagum el accessorium WiUUu; Hafate» 1836.

(3) Edinbargh med. amisurgicaljourrud, t. LVUl,p.397.

(4) Des recherches récentes d'un excellent anatomiste , M. Hirschféld, ont montré que Tiftolement des deux nerfs n'était pas aussi complet qu*on l'a dit d'après Bendz et Spence.

(5) Jrch, gén, de méd., 4* sér., t. 111, p. 333, et Jnnali uhiversalidi medidna.

INFLUENCIS DU SYSTEME NERVEUX SUA LA RESPIRATION. Mi

Dal, ayant irrité dans le rachis les filets spinaux du nerf sur plusieurs animaux, et, entre autres, sur un agneau et un petit diien d'un mois , il y eut à chaque fois des contractions dans le stemo-cléido-mastoidien et le trapèze.

Ceci prouve deux choses : l"" que le nerf spinal fait contracter ees deux muscles; 2^ que les filets issus de la moelle donnent plus particulièrement la branche externe du spinal. La section de cette branche ne paralyse pourtant pas les muscles stemo-cléidomastoîdien et trapèze, lesquels reçoivent des branches du plexus cervical.

Jusqu^à Gh. Bell, on n'a que des vues assez confuses sur la participation de cette branche externe à la respiration. Willis suppose que Taccessoire , qui à titre de nerf rachidieu est pour les mouvements volontaires , emprunte du pneumogastrique (dont effectivement il reçoit un petit filet avant de lui donner celui dont j'ai parlé) la faculté d'exciter des mouvements involontaires des épaules et du cou , qui s'associent à l'action de chanter, de crier, ou qui se montrent dans l'expression de certaines passions. Gela est bien vague.

Scarpa (I) s'occupe moins de la branche externe que de Tinteme, qu'il a le premier signalée.

Lobstein (2) , qui s'est livré à de grandes recherches sur l'anatomie de ce nerf, avoue , dans la phrase suivante, qu'il lui reste bien des doutes sur ses fonctions : Feniel forsan tempus quo isia quœ nunc latent dies extrahet et longioris œvi diUgentia.

Enfin Bell (3) s'est flatté que les temps auxquels Lobsteiu avait fiit allusion étaient enfin arrivés. Il range le spinal dans le système des neris qu'il nomme respirateurs. Le but de la singulière disposition anatomiquc de ce nerf n'est plus un mystère, et il semble au contraire à l'auteur que le trajet du spinal ait inscrit sar lui cette étiquette : nerf respirateur supérieur du trono.

(1) ^cta med.'Chlr. Acad. Findohon. , 1. 1 , p. 337; 17F8.

(2) De Neruo spinati ad vagum accessorio ; Argent , 1760. (S) Exposition du s/stime naturel des nerfi, p. 121.

M2 DE LA mBSFniATIOlf.

Le spinal , comme les nerfis respirateurs de Bell , se rend à des parties déjà pourvues d'autres nerfo pour les mouvements vo* lontaires. Ainsi le spinal et le trapèze, quand ils se contractent pour la respiration, sont animés par le spinal j et alors leur ton* traction, dit le physiologiste anglais, n'est ni commandée ni régie par la volonté. Si, au contraire, ces muscles se contractent pour des actes étrangers à la respiration et volontaires , ce n'est plus le spinal , ce sont les nerfs du plexus cervical qui trtns* mettent à ces muscles Teicitation qui les fait contracter.

Bell cite une expérience faite par lui sur un àne, et un cas de pathologie observé chez Thomme. Il a coupé sur Tâne le nerf 4>inal avant son entrée dans le stemo-cléido-mastoldien, il y a en de suite paralysie des mouvements involontaires par lesquels le muscle concourait à la respiration. Mais Tanimal voulait-il fkiire un mouvement étranger à la respiration , et où le muscle pouvait intervenir, ce muscle se contractait régulièrement. Le fiiit observé chez l'hémiplégique serait une sorte de contreépreuve. Le stemo-mastoidien et le trapèze étaient paralysés pour les mouvements des épaules et de la tète , en tant quMU auraient appartenu à la locomotion générale, et qu^à ce titre ils auraient été volontaires: mais ces muscles prenaient une part évidente aux grands mouvements de la respiration. Bell invoque enfin des considérations d'anatomie comparée, inexactes, si on les applique au nerf spinal tout entier. Ce nerf, dit-il, manqœ chez les animaux privés des muscles stemo-mastoldien et trapèze , les poissons par exemple et les oiseaux. Il avance qne le chameau , vu la disposition de son cou , est dans le même cas.

Les expériences qui ont été faites plus récemment par M. Bernard et par M. Longet ne confirment pas les vues ingénieoses de Bell. Ces expériences prouvent bien, à la vérité, que le stemo-cléido-mastoïdien et le trapèze restent contractiles après qu'on a coupé la branche externe du nerf spinal; mais cette coqtractilité est mise en jeu , après cette section , dans les grands mouvements respiratoires , aussi bien que dans les mouvements étrangers à la respiration , ce qui ne devrait pas avoir lieu , si la théorie de Gb. Bell était fondée.

nWFLtfelVCE DU STSltaS imVBITX Bim LA RESPIRATION. SM

Gela étant, Topiiiion qut se présente, et Ifol, si on Taceepte, nTaceorderait que des fonctions très-vulgaires à cette partie dn spinal, cette opinion, dis-je, serait que le sterno-cléido-mastoîdien et le trapèze , soit qu'ils concourent à la respiration , soit qu'ils interviennent dans des mouvements étrangers à la respiration , sont animés et par les nerEs accessoires et par les nerfs cervicaux ; de sorte qu'ils remplissent encore tous leurs offices , bien qu'affaiblis peut-être après la section des premiers de ces nerfs.

Avec cette solution , on ne comprend guère pourquoi cette branche externe du spinal prend ses racines , et par conséquent emprunte son action à une si notable portion de la région cervicale de la moelle.

M. CI. Bernard (1) a essayé de restituer à cette branche une action spéciale, bien différente de celle que, pendant une vingtaine d'années, on lui avait attribuée, d'après Gh. Bell, et^pourtant relative à la respiration. Voici , en substance , sa doctrine : Si Ton fait une grande inspiration ou simplement une de ces inspirations qui précèdent la phonation , ce n'est pas par Finfluencedu spinal que les muscles sterno-clcido-mastoidien et trapèze se contractent , c'est par l'infiiuence des neris cervicaux ; mais cette inspiration doit-elle être employée à la phonation, au chant, au cri , il faut que l'expiration qui lui succède soit prolongée, ménagée, pendant tout l'accomplissement de ces actes : or, le spinal intervenant, les muscles sterno-cléido-masto'idien et trapèze empêchent la chute trop prompte de l'épaule et du sternum ; ils modèrent l'expiration pour les besoins de fonctions qui sont cloutées à Tacte respiratoire, mais qui en dépendent. Bien loin de présenter les nerfs accessoires comme des nerfs respira-leurs, M. Bernard les regarde comme des nerfs antagonistes de la r^^/>/ra//{>/2^ appellation qui,dans ce cas, ne me parait pas légitimée. En effet , c'est toujours comme muscles d'inspiration que le sterno-cléido-mastoïdien et le trapèze interviennent pour modifier Texpiration.

(1) Recherches expérimenta sur les foncttont du nerf spinal , io-4®; Paris, 1851.

Quant aux expériences sur lesquelles M. Bernard appuie celte théorie sur les usages de la branche externe du nerf spinal (théorie qu'il complète par l'étude des fonctions de la branche interne) , elles montrent que les animaux qui ont le spinal ex« terne coupé ont l'expiration vocale plus brève, que chaque cri est moins prolongé, qu'ils sont dans les conditions des personnes dont la respiration est courte et qui sont facilement essoufflées. C'est aussi Faute de pouvoir modérer ou suspendre l'expiration qu'un animal auquel on a divisé la branche externe du nerf spinal se livre moins facilement à l'effort et à quelquesuns des actes dans lesquels Teffort intervient. Je n'ai point d'objections sérieuses à élever contre cette doctrine de M. Bernard , mais je n'oserais garantir qu'elle soit parfaitement fondée. Les expériences de M. Longet (1) n'ont pas confirmé à cet égard celles de M. Bernard.

lBfla«B«e de I* brasdie Interne dn 0pl»al sur la reepInUlea.

Cette branche, que nous avons nommée nerf spinal sapérieur ou bulbaire, se jette dans le pneumogastrique , et il semblerait que son histoire dût finir ici, et qu'elle se confondit avec l'histoire physiologique du pneumogastrique; mais l'analyse physiologique a pénétré ce que le scalpel n'avait pu séparer.

C'est là une conquête de nos jours. VVillis , qui n'avait pas distingué cette branche du pneumogastrique, n'a pu s'occuper de son usage spécial, et a cru , comme nous l'avons vu plus haut, que l'accessoire empruntait au pneumogastrique.

Scarpa (-2), qui, le premier, montre cette grosse communication, dans laquelle le spinal donne ti le pneumogastrique reçoit, dôrive la branche anastomotique du spinal tout entier, et non exclusivement des filets bulbaires. II n'est guère plus satisfaisant que Willis au point de vue physiologique. Le spinal ayant, ditil , la même origine que les nerfs des muscles du bras, et remon-

{\) De Netvo splnali (ia jicta maL-chir, Acad, Fîndohon., 1. 1 ; 1788). (2; AnaL et physioL du syst nerveux, r. Il , p. 266 et tuir.

tant dans le crâne pour fournir une branche à Taccessoire , a pour usage de lier syropalhiquemeut les mouvements produits par le pneumogastrique (certains mouvements respiratoires) à ceux du membre supérieur et du cou. Presque autant d'erreurs qnede mots! Mais Scarpa a le mérite d'avoir considéré Tanastoffiose , qu'il a si heureusement signalée comme une sorte de racine motrice fournie par le spinal au pneumogastrique.

M. Bell néglige cette branche interne; la branche externe attire touCe son attention, comme vous Tavez vu plus haut.

Enfin vient une ère nouvelle. La distinction établie entre les racines sensitives et motrices des ner£s rachidicus rappela que Gcerres (I ) , dès Tan 1805, avait comparé les racines du pneumogastrique et de son accessoire aux racines postérieures et antérieures des nerfs rachidiens. De Tassimilation, au point de Yue anatomique , à Tanalogie des fonctions, il n'y avait qu'un pas. Bischoff fils (*2) entreprit de vérifier sur ce point les vues de son maître Arnold, et publia, dans sa dissertation inaugurale, dédiée à son père, les résultats de ses recherches d'anatomie comparée et de ses expériences. Après ce magnifique travail , dont nous rendrons compte en traitant de la voix, la science parut presque fixée. Mais, comme il arrive souvent quand on fait une découverte , on était allé trop loin. Bischoff avait développé la proposition suivante : Nervus accessorius Wiilisii est nervus motorius , atque eamdem liabet rationem ad nervum vagum qui sensibiiitatl solummodo prœest , quam antica radix nervi spinalis ad posticam. En ce qui concerne les contractions des muscles du larynx pour la production de la voix , sous dirons ailleurs que la proposition de Bischoff était fondée, ifais était-il probable que le rameau donné par l'accessoire au pneumogastrique fût la source de tous les filets moteurs de ce dernier nerf , qui , comme vous le savez, fournit au pharynx, tu larynx , à l'œsophage, au cœur, à l'estomac, aux ramifications

(1) ExposiUon der Physiologie, p. 328; GoblenU, 1805.

(2) Nervi accMorti WiUisuanat* et physiol. ; Ù9iTWMi9àtf 1834.

£06 DE lA EB8FIRATI0BI.

des bronches ? Je l'avais depuis longtemps mis en doute dans mes cours.

Limitons la questionaux mouvements respiratoiresdansletuyau aérien. Je vous ai foit connaître le mécanisme de la dilatation de la glotte pendant Tinspiration et l'action des musclescrico-ary ténoïdiens postérieurs (p. 286 et 469 de ce vol.); je vous ai dit que la section ou la compression des nerfe laryngés inférieurs paralysait ces muscles, et que cela pouvait quelquefois.causer l'asphyxie. Ces nerfs laryngés inférieurs sont composés (rexpérience Ta démontré, à défaut de la dissection) de filets appartenant au spinal et de filets appartenant au pneumogastrique. Les filets qui procèdent du spinal excitent les contractions pour la production de la voix. Entretiennent-ils aussi les mouvements respiratoires dans le larynx? voilà la question bien posée ; je la résous par la négatiçe, et je m'appuie sur certaines expériences de M. Bernard. Si tous les nerfs moteurs du laryngé inférieur procédaient du nerf spinal , la destruction de ce dernier nerf devrait avoir les mêmes conséquences pour les mouvements intrinsèques du larynx que la section des laryngés. Or cela n*a pas lieu. Les deux nerfs spinaux étant arrachés par un procédé que nous décrirons ailleurs, on voit persister dans le larynx ces contractions salutaires par lesquelles le crico^ryténoïdien postérieur neutralise Teffet de la colonne d*air qui entraînerait, Tune vers Faulre, les lèvres de la glotte (voy. p. 461 de ce vol.). Il y a bien quelque chose de paralysé dans le larynx, mais ce sont les muscles qui resserrent et rendent rigides la glotte et les ventricules laryngiens; ce sont , en un mot , les contractions nécessaires à la phonation. Ainsi la branche interne du spinal n'est pas affectée à maintenir le courant d'air dans le larynx pendant Tinspiration. Les filets qui remplissent cet office procèdent du pneumogastrique, soit que celui-ci porte ces filets dès son origine, comme je le pense, soit qu'il ait emprunté des nerfs moteurs, et en particulier tes filets dont il s'agit, à d'autres sources encore qu'au spinal , comme le soutient M. Longet : question réservée pour un autre temps.

L'influence constrictive provenant du spinal ne s'exerce pas

TsnvmcE DU STiriun «rveux sim la respieation . tffl

Mokment sur les muscles intrinsèques du larynx , elle se dénote encore par une géoe de la déglutition provenant de ce que les muscles constricteurs inférieurs ne contribuent plus à resserrer le larynx pendant que Taliment Franchît le pharynx. Je n'ai pas besoin de vous rappeler que le rameau pharyngien du pneumogastrique est, en grande partie, emprunté au spinal.

Enfin la perte de cette faculté constrictive rend les animaux moins aptes à produire Teffort, acte pendant lequel respiration est suspendue. Ainsi la branche interne et la branche externe agiraient dans le même sens , et toujours pour modérer ou suspendre l'expiration.

Quant à Vinfluence prochaine de la destruction des nerfs spinaux pour la production des phénomènes dont je viens de parler Je ne Tenvisage pas comme M. Bernard. Ce physiologiste croit que le pneumogastrique et le spinal se distribuent tous les deux à tous les muscles intrinsèques du larynx, et que chacun de ces nerfs y apporte une influence différente. S'agit-il de mouvements respiratoires , les muscles obéissent au pneumogastrique, la glotte s'ouvre, etc. S'agit-il de mouvements pour la phonation , les mêmes muscles obéissent au spinal. Je ne Fentends pas ainsi, et mon explication est beaucoup plus simple. Je inrofesse que les filets provenant du spinal vont aux muscles Mistricteurs ou phonateurs (moins le crico-thyro'idien , qui reçoit son nerf du laryngé supérieur et qui reste hors de cause), et qae le pneumogastrique anime le crico-aryténoldien postérieur, muscle destiné à ouvrir la glotte et à assurer le courant de Tair dans cette partie du tuyau aérien , véritable muscle respira^ imr, en un mot.

V En détruisant le spinal , on ne paralyse que les premiers de ces muscles; on les paralyse tous quand on coupe les pneumogastriques ou les nerfi; laryngés inférieurs.

De Vinfluence du centre nerveux ou axe cérébro-spinal sur la respiration.— Du nœud ou collet vital — Du besoin de respirer.

Quand les muscles de la respiration se contractent , ils obéb«

M8 DE LA RESFinATION.

sent à une incitation, une impulsion, qui viennent du centre nerveux.

La moelle épinière, qui porte presque tous les nerfs qui se répandent dans les muscles afFectés aux mouvements de la poitrine, n'est pourtant pas le point de départ de cet influx nerveux. Elle n'agit ici que comme un simple cordon conducteur par rapport à une influence qui vient de plus haut; si elle jouissait ici d*une initiative, elle pourrait entretenir encore les mouvements respiratoires, quand elle est séparée de Tencéphale. Mais il n'en est rien , et, quand la section de ce cordon est Faite à sa partie supérieure, elle ne suscite plus la moindre excitation dans les nerFs des parois thoraciques et du diaphragme; la poitrine reste immobile , et Fasphyxie commence.

Les effets des sections ou des lésions de la moelle varient suivant la hauteur à laquelle elles Tatteignent ; les médecins et les chirurgiens doivent savoir en calculer les effets. Galien en savait sur ce siyet plus que la majorité des praticiens de nos jours. Les sections ou les lésions à diverses hauteurs dans la région dorsale paralysent inévitablement les muscles des espaces intercostaux inférieurs à la lésion ; cependant les côtes ne sont pas pour cela complètement immobiles. Nous avons vu, en effet, que le diaphragme agissait sur les côtes inférieures. Le grand dentelé et d'autres muscles encore peuvent soulever quelques côtes et même imprimer un mouvement de totalité à la poitrine.

Si on suppose une interruption de la moelle entre la dernière vertèbre cervicale et la première dorsale, tous les muscles intercostaux seront paralysés ; il restera, pour Taccomplissement, imparfait, il est vrai, de la respiration. Faction du diaphragme, qui augmentera , pendant Finspiration , le diamètre vertical de la poitrine. Celle-ci ne restera pas complètement immobile, car les scalènes, les grands pectoraux, les petits pectoraux, les grands dentelés, les sterno-cléido-mastoidiens , les trapèzes, que nous avons vus intervenir dans la respiration difflcile, reçoivent leors nerft soit du plexus brachial , soit du plexus cervical , et même du spinal (sterno-cléido-mastoldien et trapèze); de plos, ViÊim nenreuse formée ptr la. jonclicm de Fbypoglosse tvec les

INFLUENCS DU SYSTHU MWIVnX SIA LA mSSniiAnON. MW

dfluxièiiie el troisième paires cervicales cootiDuera d^aoioier les muscles sous-hyoïdiens.

Si la sectioQ est plus élevée encore, et, par exemple, au-dessus de l'origine du nerf diaphragmatique, cette lésion paralysant da même coup ce nerf et ceux qui procèdent du plexus brachial, il ne restera plus que les efforts impuissants des muscles animés par Tanse de Thypoglosse et par une portion du spinal.

Placée enfin à Torigine de la moelle , la lésion a les résultats que j ai indiqués d'abord, mais il reste dans la fiace certains mouvements automatiques dont je parlerai plus loin.

Ces résultats , qu un anatomiste habile pourrait prévoir spéculativement, Galien les avait presque tous constatés et démontrés dans des expériences laites en public sur des animaux vivants (1). II y ajoute les variantes résultant de la section des nerfs diaphragmatiques , combinée avec la section de la moelle , et cela le conduit à la découverte de quelques lois que l'induction anatomique seule n'eût pu faire prévoir. Par exemple , It section de la moelle a été faite entre la dernière vertèbre cervicale et la première dorsale : il reste, pour la respiration, le diaphragme et les muscles qui descendent du cou à la poitrine. Si ranimai est calme , ces derniers muscles , que Galien nomme muscles supérieurs, n'entrent point en action forcée ; mais, si ranimai a la fièvre, si la chaleur est excessive, ces muscles viennent en aide au diaphragme.

Voici une autre variante : Galien coupe la moelle comme précédemment; l'animal respire avec le diaphragme. L'expérimentateur divise les nerfs phréniques ou diaphragmatiques : on pourrait croire que celte double section aurait le même résultat que la section pure et simple de la moelle entre la troisième et la quatrième vertèbre cervicales, c'est-à-dire au-dessus de l'origine principale du nerf diaphragmatiquc ; mais non. Il y a entre les origines du nerf diaphragmatiquc et le bas de la région cervicale une portion de moelle , d'où naissent des nerfs qui se distri-

ct) Je ne sache pat qu'il ait eu quelques noiions sur le nerf tpioal.

610 DB L4 EISPIBAXIOII.

baent aux scalènes , aux muscles pectoraux , aux muscles des épaules, muscles dont les contractions, énergiques, dans ce cas , rétablissent encore une forme de respiration. Combien de traités de physiologie publiés de nos jours sont moins riches sur ce siûet que les écrits de Galien !

il ne fout pas s'exagérer les ressources de la natnre dans les cas que nous supposons ; elles sont temporaires ou insuffisantes, de sorte que la plupart des lésions traumatiques de la moelle, dis qu'elle suppriment Faction d'un bon nombre de muscles intercostaux, sont suivies de mort au bout de quelques jours.

Étant démontré <[ue la moelle n*est qu'une partie conductrice pour Texcitation qui fait contracter les muscles respirateurs , on se demande si elle conduit par toute son épaisseur, ou seulement par des faisceaux ou cordons spéciaux.

Les cordons postérieurs destinés à la transmission des impressions centripètes et de sensibilité ne sont point conducteurs pour les excitations dont nous nous occupons ; les lésions de ces cordons ne détruisent pas les mouvements respiratoires. Restent les cordons antéro-latéraux. Ceux-ci sont bien certainement destinés à la transmission des excitations qui font contracter les muscles ; mais n'ofFrent-ils pas un chemin particulier pour celles de ces excitations qui suscitent les mouvements respiratoires ?

ici se présente la célèbre systématisation établie par Bell. Nous n'en prendrons que ce qui concerne l'appareil respiratoire, et nous serons très-concis sur ce sujet, que nous avons déjà touché à propos du nerf facial et du nerf spinal. Ch. Bell, affectant les cordons postérieurs de la moelle à la transmission des impressions de sensibilité , et les cordons antérieurs , proprement dits , à la transmission de l'influx qui anime les muscles de la locomotion générale , réserve , sur les côtés de la moelle , deux cordons (un de chaque côté) pour l'appareil respiratoire. Ces cordons, il ne les limite pas à la moelle; il les prolonge sur les côtés du bult>e rachidien jusque dans la protubérance , ou plutôt il les fait naître vers ce point. Au bulbe, il place cette bandelette ou ce faisceau derrière les corps olivâires et devant les prolongements qni se portent an cervelet*

INFLUENCE DU SYdTBME NERVEUX SUR LA RESPIRATION. 511

Sar cette colonne latérale , Bell fait oattre un système de nerft qu'il appel e nerfs respirateurs, que Shaw, son élève, désigne sous le nom de nerfs surajoutés (1) expression employée aussi par Bell. Les nerfs respirateurs de Bell sont : 1^ le nerf facial ou portion dure de la septième paire, 2^ le nerf glosso-pbaryngien , 3^ le pneumogastrique , 4^ le spinal , 6^ le diaphrag» matique , 6^ le nerf respiratoire externe ( branche du plexus brachial qui se rend au grand dentelé).

Les caractères de ces ntvh respirateurs ou surqfoutés seraient : V de naître, par une seule série de filets , sur la colonne déjà indiquée, tandis que les nerfs réguliers ou du système général naissent par deux ordres de racines, les unes antérieures, les autres postérieures portant un ganglion; 2^ de se rendre à des parties déjà munies d'autres nerfs qui sont en rapport avec la sensibilité, ou avec des mouvements d'une autre nature que les mouvements respiratoires ou expressifs; 3^ de pouvoir exciter dans les muscles où ils se rendent des mouvements auxquels la volonté ne préside pas , l'action de la volonté étant transmise à ces mêmes muscles par les autres nerfs dont ils sont pourvus; de sorte que ces muscles pourraient être paralysés, soit relativement aux mouvements respiratoires , soit relativement aux contractions qui servent la locomotion générale (voy. p. 602 de ce vol.). 4^ De pouvoir, grâce à leur origine commune , prendre part simultanément aux grands actes de la respiration. C'est ainsi qu'on voit, lorsque cette fonction est laborieuse, les muscles des narines, du cou, des épaules et du tronc , réunir leurs efforts pour l'introduction de l'air dans la poftrine ; leur synergie se révèle encore dans l'éternument , dans la toux causée par Tintroduciion d'un corps étranger dans la glotte, dans l'action de rire ou de pleurer. B^ De conserver plus longtemps que les autres nerfs le pouvoir d'exciter des contractions dans les muscles auxquels ils se rendent : ainsi, dans l'agonie, alors que le reste

(I) Exposition du système naturel des nerftf p. 23.

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