‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 33 sur 66 · TOUX. — EXPECTORATION · texte numérisé non relu

TOUX. — EXPECTORATION

6^ Relativement à la fonction de locomotion , nous dirons la part importante des agents de la respiration dans le mécanisme de XefforL

6^ Relativement à la fonction par laquelle Thomme et les animaux communiquent ou laissent voir tes sentiments qui les ^^'- Uni (fonction des expressions)^ nous Verrons la respiration accomplir les actes les plus importants, la voia>, le rire, le san^ glot, le bâillement, le soupir.

T* Enfin toutes les puissances de Vexpiratlon s'unissent à la contraction utérine pour expulser le produit de la génération par un des modes de Teffort.

Tous ces actes ont été décrits ou le seront à propos des fonctions auxquelles ils se rapportent; je ne m'occuperai ici que de la toux, de Y expectoration ^ et du hoquet.

De la toux et de l'expectoration.

Bien que la toux soit presque toujours un phénomène morbide ou du moins lié à une affection morbide, il appartient au physiologiste d'en exposer le mécanisme. Elle résulte d'une expiration rapide, sonore, expiration qui chasse avec impétuosité l'air qu'une inspiration plus ou moins ample a préalablement introduit dans les voies aériennes; cet état violent est consécutif à un état d'irritation ou de gène rapporté par celui qui tousse à un point quelconque de l'appareil respiratoire.

Le diaphragme intervient donc d abord par une ample contraction, pendant laquelle le ventre se gonfle, en même temps que le poumon se remplit d'air. Ce premier phénomène est suivi à Tinstant d'une contraction brusque et énergique des muscles abdominaux ; le ventre prend une dureté **emarquable dans ce temps. L'air, expulsé comme un torrent , met en vibration les lèvres de la glotte, un peu rapprochées à ce moment , et produit un son différent de celui de la voix.

En étudiant le son de la toux avec un peu plus de soin peutêtre qu'on ne Ta fait jusqu'ici, j'y remarque deux temps : le premier répond au moment où Tair est expulsé , le second répond au moment où cesse l'effort brusque de l'expiration. Les

parois thoraciques , violemmeiit rameDées en dedans , se restituent tout à coup, par leur élasticité, à leur position première; la compression exercée sur les conduits aériens cessé en même temps, et il semble qu'une colonne d'air, rentrant brusquement dans le tuyau aérien par un mouvement analogue à celui qui s établit dans une bouteille que Ton débouche, engendre le sejcond temps du bruit de la toux. Le son retentit dans la poitrine, en même temps qu'il se propage dans l'air environnant; ses variétés de timbre et d'intensité sont eu rapport avec la Force des sujets, l'ampleur de la poitrine et la nature des affections qui causent la toux. Je laisse cet examen aux pathologistes.

Des secousses de toux qui se succèdent sans rémission pendant un certain temps constituent ce qu'on appelle des quintes de toux. Cet acte laisse alors un sentiment très-prononcé de fatigue dans les parois de la poitrine.

La toux est un phénomène de Tordre des actions que nous décrirons sous le nom d'actions réflexes, c'est-à-dire qu'un stimulus, siégeant le plus souvent, dans ce cas, dans Tappareil respiratoire, est transmis par les nerfs au centre nerveux, qui excite alors la décharge sur les muscles de la respiration et surtout sur les expirateurs. Je pense donc que Haller (J) s'est trompé en assimilant la toux aux actes purement volontaires. Sans doute nous pouvons, à volonté, faire entendre le bruit de la toux; mais les contractions qui amènent ce résultat ne sont point aussi ré[;ulières, aussi efficaces pour l'cxpcctoralion, que celles qui sont excitées synergiquement par Faction réflexe. La volonté peut suspendre la toux , mais elle ne le peut pas toujours ; elle devient impuissante lorsque le stimulus est excessif, [/action réflexe qui produit la toux conserve son influence pendant le sommeil, et même dans les cas de lésions graves du cerveau.

Le point de départ du stimulus qui cause la toux est le plus souvent la membrane muqueuse qui rcvét les voies respiratoires.

(1) Etementa pfiys.,i. 111, p. 300.

TOUX. — BXMGTOnATION. &33

Telle est la sensibilité de cette membrane , qae toot auti^ corps qœ Fair atmosphérique af^it presque inévitablement sur elle comme corps étranger. Pour ce qui concerne cetle sensibilité, et surtout la sensibilité du larynx, voyez ce que j'ai dit, page 482 de ce volume. C'est le pneumogastrique qui transmet le stimulus au centre nerveux ( voyez p. 482 de ce volume). La moindre irritation avec ou sans hyperémie des bronches produit le même résultat que les corps étrangers. Enfin le point de départ du stimulus peut être ailleurs que dans les voies de Tair; et, de même qu'on vomit sans affection primitive de Testomac, dans la colique néphrétique par exemple, de même on peut tousser sans affection primitive de Tappareil respiratoire.

Pendant les efforts de toux , la face rougit, les veines du cou et du front se gonflent , les yeux deviennent brillants et larmoyants. Je donnerai ailleurs Texplication de ces phénomènes^ Lesi secousses données à Testomac et le resserrement du ventre causent quelquefois le vomissement , des hernies ou d'autres accidents.

Le mécanisme de V expectoration est facile à l^oncevoir diaprés ce qui précède. Le torrent d'air expulsé pendant Texpiration qui accompagne la toux balaye les voies aériennes et entraîne les mucosités amassées dans les grosses divisions des bronches. Dans Tétat de santé parfaite , la sécrétion muqueuse n'est pas assez abondante pour susciter aucun effort de toux on d'expectoration. Il suffit des mouvements de Tair pour entraîner les humidités des voies aériennes (voyez Transpiration pntmonaire); mais certains sujets catarrheux expulsent chaque malin parla toux une certaine quantité de mucus, accumulé, pendant la nuit , dans les grosses divisions des bronches.

Les glandes qui fournissent ce mucus ne sont pas logées dans l'épaisseur do la membrane muqueuse, comme le sont par exemple les glandes en tube de la membrane muqueuse digestive ; elles sont plus en dehors. Les plus petites reposent sur la face externe de la membrane muqueuse; les plus grosses sont en dehors de la couche musculaire , entre celle-ci et la tunique celluleuse de la trachée ; elles sont de la nature dos glandes en

634 DE hk RESPIEATION.

grappe. Leurs conduits percent la couche musculaire et la membrane muqueuse , pour s'ouvrir dans la trachée, où ils sont très- apparents , dans rintervalle des bandes longitudinales élastiques de ce conduit. Il y en a aussi dans l'intervalle des cerceaux cartilagineux. La compression de ces glandes fait sourdre dans la trachée un mucus rougeâtre, chez le fœtus, et d'une teinte bleuâtre chez l'adulte. Les corps étrangers autres que le mucus sont entraînés comme lui vers le larynx , dans les efforts d'expectoration; mais, quand ils sont solides et d'un certain volume, ils se heurtent contre le détroit que forme la glotte rétrécie à ce moment , après quoi l'inspiration les ramène vers le bas de la trachée. Que si , par exception , ils traversent le détroit de la glotte , ils peuvent être lancés au dehors comme une bille par mie sarbacane.

Le mouvement des cils vibratiles qui couvrent les cellules épithéliales de la membrane muqueuse des voies aériennes est dirigé de manière à amener les mucosités de la périphérie des tuyaux aériens vers la trachée et le larynx. De récentes observations ont mis en évidence ce fait, en ce qui concerne la trachée. M. Biermer (1), ayant observé ce mouvement sur le cadavre d'un phthisique , douze heures après la mort , a pu voir, à l'œil nu , que dès molécules de charbon , dont il avait saupoudré la membrane, étaient pfoussées dans une direction constante, c'està-dire de bas en haut, dans la trachée, tenue verticalement L'auteur a confirmé ce fait sur un lapin et sur un chien. Le mouvement était de 2 à 3 lignes par minute ; il persistait , chez l'homme, une fois trente-deux heures, une autre fois cinquante-deux heures après la mort. M. Gosselin (2) l'a vu persister pendant huit jours , dans la trachée d'un supplicié.

Le resserrement du tissu contractile des luyaux aériens contribue aussi à la propulsion du mucus et à l'expectoration (voyez Irritabilité des bronches, dans ce volume).

(1) Direction et effets du mouvement vibratile sur la muqueuse respiratoire de l'homme, du lapin et du chien [Gaz, méd. , 18.52, p. t25; traduit de rallemand).

(2) Communication orale.

■OQUET. fin

Loraqae les forces de Texpiration ont chassé le nmeiift des voieg aériennes , c'est Toffice du bas du pharynx et de la bouche de le porter au dehors. Les petits enfants , qui ne savent pas cracher, avalent les mucosités que la toux ramène dans le pharynx.

. Du hoquet.

Si le hoquet, par sa cause occasionnelle, est lié souvent à une affeclion de Tappareil digestif et surtout de l'œsophage, il appartient bien franchement , quant à son mécanisme, aux phénomènes de la respiration.

On ne peut, en aucune façon, Tassimiler à la toux ; car, dans la toux, c'est ïexplration brusque qui fait le caractère principal de Tacte, taudis que, dans le hoquet, c'est une inspiration rapide, non prévue par celui qui éprouve le hoquet, et non volontaire, quoi qu'en aient dit Lower et Sylvius. L'auteur quia défini le hoqueta mouvement convulsif du diaphragme qui détermine lair contenu dans les poumons à sortir avec rapidité par la glotte» (1), a fait preuve d'une singulière ignorance ou d'une distraction inconcevable.

Je viens de dire que le hoquet était dû à une inspiration brusque et involontaire. Cette inspiration n'est pas accomplie par tous les muscles de l'inspiration, mais par le diaphragme seul; c'est une véritable convulsion cloniquc du diaphragme. L'air, brusquement attiré dans la poitrine, fait entendre, en traversant la glotte resserrée, un son bien différent de celui de la voix , laquelle n'est que rarement émise pendant Vinspi" ration. Vient ensuite une expiration qui n'a rien d'anormal.

On ne s'est certainement pas rendu compte de la cause du resserrement de la glotte pendant le hoquet. On a parlé , avec Haller (2), de spasmes de la glotte; on n'a pas bien compris ce qui se passe : le voici. Le hoquet , à proprement parler, est une convulsion du diaphragme et non une inspiration. Dans

(1) Nouveau dicUonn. de méd,

(2) Elementa phjrsioL, t 111, p. 311.

6à6 DE LA RESPIRATION.

une inspiration régulière , il y a concours , synergie du diaphragme , des muscle de la poitrine et du muscle crico-arytênoïdien postérieur, qui ouvre la glotte pendant que ]*air la traverse (voy. p. 286 et 469 de ce vol.) ; ces trois choses marchent invariablement ensemble dans la respiration normale, soit automatique , soit volontaire. Il n'en «est pas de même dans le hoquet. Le diaphragme exécute seul un mouvement rapide; Tair qui se précipite au travers du larynx entraîne Tune vers Tautre les lèvres de la glotte , qui ne pourraient résister à cette action que par la contraction du muscle crico-aryténoidieu postérieur, le seul muscle respirateur du larynx (voy. p. 469 de ce vol.) ; or cette contraction foit défaut pendant le hoquet. C'est au moment où les lèvres de la glotte, rapprochées mais non rigides , entrent en vibration, que le son caractéristique du hoquet se fait entendre.

Il est plus difficile de préciser la part que prennent Tœsophage et Testomac à la production di^ hoquet. On sait que fréquemment le hoquet survient lorsque Ton a opéré laborieusement la déglutition de portions d'aliments trop volumineuses ou trop dures. Suivant Krimer (1), on peut exciter le hoquet chez les animaux en leur comprimant le cardia. Quand on croyait que Vestomac pouvait entrer en convulsion , on cherchait à expliquer par Tanatomie comment il associait le diaphragme à sa contraction. Si, comme Fa dit WinsIow(2), quelques faisceaux charnus passaient des piliers du diaphragme à Testomac, cela pourrait expliquer la simultanéité de contraction des deux parties; mais ces faisceaux n'existent pas. Il y a bien aussi une sorte de communauté de nerfs : le nerf diapbragroatiquc envoyant quelques filcls dans le plexus cœliaque, et le plexus, à son tour, distribuant aux diaphragme quelques filaments que les artères diaphragmatiques conduisent au muscle. Mais il est inutile de chercher Texplication d'un fait qui n'existe pas

(1) Horn»s Archwfur Médecin. ,K I, S. 6; 1821.

(2) Traité des muscles ^ n® 070.

HOQUET. iS37

daasleboquetjc veux dire la contraction convulsive de Testomac.

La contraction de rœsopha{];e a été aussi mise en cause. Suivant de Lamettrie (1), le hoquet consiste en un mouvement convulsif de Kœsophage, qui tire en haut l'estomac et le diaphragme, tandis que ce muscle, convulsé lui-ménie, tire l'œsophage en bas. Je reconnais que Toesophage et le diaphragme associent quelquefois leurs contractions dans certains actes, la chose a lieu par exemple dans le vomissement (voy. t. Il , p. 261) ; mais je ne connais aucun fait qui prouve qu'il y ait convulsion de l'œsophage dans le hoquet. Je me suis demandé si un bol alimentaire, volumineux ou anguleux, écartant et pressant les piliers du diaphragme, là où Tœsophage les traverse, ne pourrait pas faire naître la convulsion du hoquet? Gela supposerait dans ce muscle une irritabilité excessive; car nous pouvons presser très-fortement, sans les mettre en contraction, tous les muscles du tronc ou des membres.

En résumé , je pense que l'estomac et Tœsophage n'interviennent dans le hoquet que comme point de départ d'une action réflexe, et non comme organes contractiles. Il est bon de noter que ce point de départ peut être dans tout autre lieu que le tube digestif, et même dans le système nerveux.

Le hoquet se renouvelle à intervalles plus ou moins rapprochés, laissant entre lui et un autre hoquet une, deux ou trois respirations. L'accès total peut durer plusieurs minutes, plusieurs heures, et même plusieurs jours. L-ne forte distraction , une surprise, une sensation vive, l'éternument , un effort pour suspendre la respiration, etc., peuvent interrompre le hoquet. C'est vraisemblablement par la distraction qu'elles cau<;ent que certaines pratiques , véritablement puériles , ont trouvé des prùneurs. Telle serait l'action de comprimer latéralement le doigt du milieu de la main droite ou de se frotter avec le petit doigt l'intérieur du conduit auditif externe (2).

(!) /nstilutiones Boerhaavii , t. VU , p. 73.

^2) Art. Hoquet du Diclionnaire ties sciences médicales. Cela fait penner k rinfeiition récente de cautériser le lobule de foreille pour 0iiérir la sciatique ! !

(^ DE LA EfiSPIKATJON.

L'étude du hoquet, dans ses rapports avec la pathologie, ne doit pas trouver place ici.

BRS MOPIFICATIOWS DE IsJk RESPIRATICMV %UX DIFFKRBMT» ACSKS DE LA VIE, ET DANS QUELQUES AUTRES CTRCOKSTANCES.

Nous dirons, en traitant de la reproduction, comment le hetus des mammifères hématose son sang au contact médiat de la circulation maternelle. La gène de la circulation, provenant de la compression du cordon , fait déjà naître chez eux le besoin de la respiration aérienne (voy. p. 4^2 de ce voL). Quelques-uns ont fait entendre des vagissements pendant Taccouchement avant d'avoir franchi la vulve; cela ne peut avoir lieu que dans certaines positions du fœtus. Les oiseaux respirent Vair, quelque temps avant d'avoir quitté la coquille ; le fœtus humain respire, et, pour l'ordinaire, fait entendre des cris, dès qu'il est sorti du sein de sa mère.

Quelle est la cause de la première respiration du nouveau-né? On a créé sur ce sujet un grand nombre d'hypothèses; Haller les a rassemblées et critiquées (1).

Supposer que le nouveau-né respire, afin de faire entendre ses vagissements, c'est dire une puérilité. Tous les mammifères respirent, comme le nouveau-né de l'homme, au moment où ils sortent, à terme, du sein maternel, et plusieurs sont muets à la naissance.

Si la pression de l'air pouvait suffire à le pousser dans les voies respiratoires sans inspiration préalable , la respiration s'établirait aussi facilement chez les fœtus faibles que chez les autres.

Ceux-là n'ont pas été mieux inspirés qui ont invoqué une sorte de déplacement des viscères abdominaux, qui, entraînés vers le bas du ventre, laisseraient au diaphragme la liberté de se mouvoir.

Que dire des auteurs qui attribuent à un malaise éprouvé

(1) SUmunu phrsiol. ^ C 111, p, 316, I. yui, $ 3; Necesdtmf primm resptraiionis.

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