DE LA MATIÈRE NOIRE DES POUMONS
nne opinion qui ne ressemble à aucune de celles que nous avons exposées. Il professe, à la vérité, que la matière colorante noiredn poumon n'est autre chose qu'un amas de molécules de charbon; mais il soutient qu'elles sont déposées là f)ar l'organisme, et qu'en conséquence, elles ne viennent pas du dehors. Il nie aussi que la couleur noire soit, comme on Ta dU , un produit d'inflammation chronique ou d'une transformation du sang épanché dans le parenchyme de l'organe. Assisté de M. Mclsens , il a constaté , par des analyses qui se rapprochent de celles qui ont été citées plus haut , la nature de cette matière noire. L'examen microscopique lui aurait fait voir, en outre, que la matière noire offre, au moment où elle commence à être déposée dans le poumon, l'apparence d'une poussière irrégulièrement semée dans le parenchyme, et composée de grains très-fins, dont le nombre va augmentant , au point qu'ils se touchent. Ces grains sont bien en dehors des xanalicules aériens et non à leur surface interne , car ils cessent d'être visibles dès qu'on rend la membrane interne opaque en laissant tomber sur elle une goutte d'acide azotique.
Je ne puis m'empècher de signaler une certaine ressemblance entre l'opinion de M. Guillot et une hypothèse qu'on avait presque oubliée , bien qu'elle vint d un homme illustre. Fourcroy (1) regardait la teinte noire des ganglions bronchiques comme le résultat d'un simple dépôt de carbone, résidu de la combustion qui s'opérait dans l'acte de l'hématose.
Si M. Guillot, qui a trouvé des amas de matières noires chez des individus que leur profession n'exposait pas à respirer un air chargé de molécules de charbon, observation déjà faite par Thompson ('2) , veut en induire que la couleur uniformément noire des poumons des mineurs, des charbonniers, et môme du mouleur en cuivre dont il a été question plus haut , n'était pas due à un dépôt de charbon venant de dehors (dépôt parfois
(1) Sysléine (les connais teuices chimiques, t. X, p. 370.
(2) Medicochirurg. irons,, I. XX , p. 230; 1836.
si abondant, que, dans une observation de Graharo , on en avait trouvé plus d'une once ), il ferme les yeux h Tévldence.
Reste à rechercher la nature et la cause de la coloration moins abondante de ces stries noires et de ces petits amas qo*oo trouve dans les poumons du plus grand nombre des gens âgés. Si véritablement cette matière n^est pas composée de cellules de pigment, si elle résulte d*un dépôt de molécules de charbon, comme M. Guillot Tafflrme , je me demande si ces molécules ont été déposées là par un travail organique, comme le pré* tend Tauteur, ou si elles ne proviennent pas du dehors, comme chez les mineurs et les charbonniers. Il faut Tavouer, ni Tobservation directe, ni Tanalogie, ne portent à admettre cette action excessive de l'organisme, qui retirerait, des matières animales, un de leurs principes constituants, le charbon , pour le déposer, on ne sait dans quel but, dans la trame du poumon. J'aimerais mieux admettre que ce charbon vient du dehors, comme chez les mineurs; car l'homme , à moins qu'il ne* vive à l'état sauvage, est partout exposé à respirer un air chargé de molécules de charbon. Ces molécules, après avoir pénétré la trame délicate de la membrane qui revêt les dernières ramifications des bronches, formeraient une sorte de tatouage dans le poumon ; et, de même que les matières du tatouage des bras passent quelquefois dans les ganglions lymphatiques de raisselle, ainsi que le démontre un hit recueilli par M. Follin (1), de même les molécules charbonneuses qui tatouent le poumon passeraient dans les ganglions bronchiques. Si elles s'accumulent le long' des cloisons celluleuses qui séparent les lobules pulmonaires, G*est que ces cloisons offrent plus d'obstacles à la migration de ces molécules que le parenchyme même du poumon. lia matière nuire qui colore le mucus nasal et celui de Tarrièregor|];e, chez les individus qui ont passé une nuit au bal , peut bien aussi colorer le mucus des poumons.
Je ferais , sans hésiter, Tabandon de cette théorie , si , comme
(I / Mémoires de la Sce. de hloïogie, t. 1 , p. 79 ; 1S49.