‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 46 sur 66 · DU RHYTHXB DES BATTEMENTS DU COEUR. 62S · texte numérisé non relu

DU RHYTHXB DES BATTEMENTS DU COEUR. 62S

des bruits du cœur, il égarait toute une gcnérttioii de médecins sur le rhythme des battements de cet organe! J'admire, pour mon compte, comment, pendant près de dix ans, il ne s'est pas trouvé un seul médecin qui se soit souvenu de Harvey oa de Haller (1). Que si on eût ouvert au hasard le journal des expériences de Tauteur des Elementa p/grsialagiœ , on y eût trouvé des passages comme celui-ci: «Le mouvement du cœur se faisait en bon ordre ; les oreillettes se contractèrent les premières, les ventricules suivirent n (2). Et ailleurs: «Je vis fort bien le mouvement syncbronique des deux oreillettes , que sui^ çait le mouvement pareillement syncbronique des deux ventricules.» Telle est donc la succession des contractions. Gela n'a plus besoin d'être prouvé aujourd'hui. Quant à la pause^ elle coïncide, je pense, avec le moment où l'oreillette achève de se remplir, et où le ventricule commence à recevoir du sang , sans que la systole de roreillette, qui n'a pas encore éclaté , lai en ait envoyé.

Je signale à votre attention le rôle de l'oreillette , c'est elle qui est V échappement de celte admirable machine. Dès qu'elle a commencé sa contraction , elle a porté à son summum la diastole du ventricule , qui réagit si vite , que toute l'ondée san* guine a été projetée en un instant de l'oreillette dans l'artère.

Le ryhthme des contractions du cœur perd de sa régularité dans l'agonie et chez les animaux qu'on soumet aux vivisections. Souvent, dans ces derniers cas, on voit l'oreillette s'essayer trois ou quatre fois avant de provoquer une contraction du cœur ; w voit encore une des oreillettes s'arrêter^ quand l'autre continue débattre. Dans les palpitations, le rhythme des contractions da cœur est plus ou moins troublé. A entendre les pulsations tumultueuses dont la région du cœur est le siège dans certains cas^ sans que cependant les battements artériels soient sensiblement

(1) 1^ dûûiknces sur la cause et le moment du choc du ccnir contre la poi* trioe n*empèchent pas que tout le monde ne soit d*accord sur la succession des contractions, dans les parties qui composent le cœur.

(2) Mémoire sur les parties sensUdes et irritables, 1. 1, p. 350, expé- 60^

621 DB LA Glll€DLAT10Br.

augmentés dans lenr firéqaence, on serait tenté de penser q«e, le synchronisme des contractions ayant cessé poar les dein yentricules, chacun d'eux exécute à part ses mouvemeals de du btation et de resserrement.

Du cIhk du cœur contre la paroi antérieure dé la paiirine:

locomotion du cœur.

Il ne s'agit pas ici de la simple incurvation de la pointe du cœur, mais d'un mouvement plus étendu par lequel la masse ventriculaire, et surtout la pointe, décrivant uue sorte d'arc de cercle autour de la base , se porterait en avant pour Frapper la poitrine, en même temps que s'accomplirait le mouvement qnroide , et retomberait ensuite en arrière.

Ce double mouvement peut élre constaté chez les animaux auxquels on enlève le sternum, tant que le cœur conserve ses battements; on Ta observé aussi dans l'espèce humaine, soit dans les cas d'ectopie , soit dans le cas pathologique cité par Harvey.

Celte locomotion est certainement plus limitée lorsque la poitrine est intacte. Le cœur ne trouve plus pour se mouvoir l'espace qu'on lui a ménagé quand on Ta amené au dehors; car le cœur, contenu dans la poitrine, n'a autour de lui ni vide ni air dans lequel il puisse se déplacer librement.

Cette considération a porté quelques observateurs à nier la locomotion du cœur. Il en serait alors de cet organe comme dn cerveau, dont le mouvement s'établit dès qu'on fait une solution de continuité au crâne , et cesse , comme je le prouverai , dès que l'on a bouché le trou ; mais cette assimilation n'est pas justifiée. La paroi molle de la poitrine peut céder à une pression dans l'intervalle des côtes , et , d'une autre part , le poomon plein d'air peut fuir sous la pression du cœur, et revenir avec plus de facilité encore que la paroi thoracique. D'ailleurs ce soulèvement du cœur se dessine à l'extérieur chez les personne maigres; la main appliquée sur cette région perçoit souvent le choc, et peut même être soulevée, si le cœur bat avec énergie.

DU CHOC ET D£. LA LOCOMOTIOAl DU COEUR. 636

Daos les cas d'hypertrophie, on voit le mouvemeat se coaimuniqoer aux vêtements du malade. C'est sans doute lubservalioa de laits de ce gearc qui a fait dire, mais dans ua langage hyperbolique , je suppose , que le choc du cœur avait pu briser les côtes : costizs ipsas per/'regisse (1). Dans ua cas où M* Barry avait introduit sa main dans le péricarde d'un cheval, en la faisant pénétrer au Iravers du diaphragme, ses doigls se trouvèrent fortement pressés contre la paroi thoracique à chaque pulsation du cœur.

Du reste je ne voudrais pas vous inculquer la croyance que le cœur se meut dans la poitrine à la manière d'un battant de cloche ; il nous suffit de reconnaître qu il est animé d'un mouvement virtuel, et qu'il presse à chacune de ses révolutions la paroi antérieure de la poitrine, pour qu'il y ait là un st^et intéressant d'études.

Si Ion jette un coup d'œil sur la situation du cœur et son mode de connexion avec les parties voisines,>)n pourra se faire une ic^e de sa mobilité. Toute la masse ventriculaire, par conséquent tout le corps et la pointe sont parfaitement libres dans le péricarde. Le cœur ne tient au reste du corps que par les vaisseaux qui se rendent aux oreillettes et par les deux artères qui sortent des ventricules, c'est-à-dire qu'il ne tient que par sa base ; et comme la connexion du cœur avec les veines s'établit sur un plan plus reculé que sa connexion avec les artères, le cœur est libre dans une plus grande étendue en arrière qu'en avant. Mais il faut remarquer que les deux artères, étant invaginées dans un repli de la lame séreuse du péricarde , font partie du pédicule sur lequel le cœur se meut. •

Le choc de la pointe du cœur se fait sentir et se voit à gauche du sternum, dans l'intervalle des 6® et C® côtes. Chez quelques personnes, il ne se voit ni ne se sent à la main, ce qui peut tenir à l'embonpoint , ou peut-être à ce que la pointe du cœur reste derrière la 5® côte, et ne s'étend pas jusqu'à l'espace qui la sépare de la 6®.

(1) Ln\^'er,de Corde, p. 59; Und., 1600.

ei8 DE LA CIRGULATIOII.

A quel moment le cœur Frappe-t-il la poitrine , et quelle est la cause de ce mouvement? Voici deux questions sur lesqaeiiei on parait disposé à disputer longtemps. Ces deux questions sont connexes, cependant on peut tour à tour appliquer son attentioi à Tune ou à Tautre. Le choc du cœur contre le thorax a-t-il liei pendant la systole ou pendant la diastole? Les autorités les plui importantes des deux derniers siècles n'ont pas admis qu'il pAt y avoir le moindre doute sur la solution de cette question. On proclama alors la coïncidence de la systole avec la projectioD du éœur en avant. Harvey avait constaté la chose sur rbomme luimême dans la célèbre observati(m qu'il avait recueillie sur le fils de lord Montgommery, et il avait décrit, -dans les termes suivants, ce double mouvement : Simul conUs ipsius moium ab^ serçavimus ; nempe illud in diastole introrsum subduci et retrafd , in systole vero emergere denuo et protrudi : fieri que in corde systolen quo tempore diastole in carpo percipiebatur : atqne propriuih cordis motum, etfunctionem esse systolen ; denique cor tant peclus ferire et prominulum esse cum erigitur sursum et in se contrahitur (1). Haller ayant constaté, dans ses innombrables vivisections, que le cœur est projeté en avant pendant la diastole , comme Tavaient dit encore Senac (2), Borelli (3), et tant d'autres, l'opinioiti paraissait définitivement fixée à cet égard; la question n'est même plus agitée dans la plupart des traités modernes de physiologie. Richerahd, M. Magendie, Muller, se rangent sans discussion à Topinion de Harvey et de Haller ; c'est cette doctrine que professent aussi plusieurs auteurs modernes de monographies sur le cœur et ses affectiotis : M. le professeur Bouillaud(4), par exemple , M. Parchappe, etc. etc.

Cependant, en 1835, un expérimentateur, reproduisant, mais avec des aliments plus imposants, une doctrine qui

{\) De Generatione iinimalium, p, \57.

(2) Essais de physique, p. 191, et Traité du cœur, p. 356.

(3) De Motu animalium, t. II , prop. 3S , p. 66.

(4) TraUé clinique des maladies du camr, t 1, p. lOT.

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avait ea de loin en loia quelques adhérents, osa se mètre en opposition contre de si importants témoignages. M. Beau (1) a aFflrmé résolument que le cœur était prcjeté contre la poitrine pendant la diastole ; ce qu'a dit aussi Burdach (2) dans son Traité de p/ijrsiologie. Bientôt cette opinion a trouvé des défenseurs ; elle en compte parmi les agrégés et parmi les prosecteors de notre Faculté (3).

Pour la seconde fois, vous vous étonnez qu'on ne puisse s'en* tendre sur une question de fait; il semble qu'il suftise de regarder pour juger la question. Mais non; la diastole et la systole, se succédant avec la rapidité de Téclair, mettent en défout le sens de la vue ; sens qui est moins apte que celui de Fouie à juger de la coïncidence de certains phénomènes. Supposez que le cœur soit progeté en avant pendant la diastole, la systole commencera pendant que cet organe est en avant , et alors vous pourrez croire que c'est pendant la systole que sa projection a eu lieu. Il peut résulter de tout cela qu'en présence du même phénomène, de la même expérimentation, il y ait dissidence parmi les assistants sur la question de savoir ce que Ion voit. Ainsi , dans un cas où M. Hope expérimentait sur le cœur d'un gros quadrupède , M. Lane, l'un des assistants, déclarait que pour lui , il était évident que la prcgection du cœur en avant coïncidait avec la diastole ; tandis que les autres témoins de lexpérience affirmaient le contraire.

Il faut donc attaquer la question par d'autres côtés que l'observation pure et simple des battements du cœur. Voyons quelle peut être la cause du choc de cet organe contre la poitrine , et commençons par l'examen des explications données par les physiologistes qui ont pensé que le cœur était soulevé pendant la systole.

• 1^ Le redressement de la courbure de l'aorte et de l'artère pulmonaire, au moment où la systole des ventricules y préci-

(1) Jrch. gén. de méd.j 2' série, t. IX, p. 384.

(2) Traité tic phxsiologic, t. VI, p. 234*

(3) Hardy et Behter, Traité de pathologie, 1. 1, 284; Vemeuil , thèse citée. Piusim.

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pite le sans , causerait la k)cofnotion du cœur suspeoda à ces vaisseaux. Cette explication a été doimée presqu'à la même époque par Senac (I), en France , et par les deux Hanter, es Angleterre. Senac comparait ingénieusement le monvement di cœur à celui que Tartère popUtée imprime à une jambe que Ton tient croisée sur le genou du côté opposé. John Hunter (2) M^ d'après son frère William Hunter, que Tarière aorte fait effbit pour devenir rectiligne, mais qne, cette artère étant fixée là où elle s'applique contré le rachis , tandis qne le cœur, ou partie suspendue , est le point mobile , Tinfluence de sa propre action se reporte sur lui-même. Il faut abandonner cette'explication. Chez le jeune poulet , les vaisseaux issus des venlricides sont droits et trop petits pour déplacer le cœur, qui cependant se relève (3); la courbure des artères ne se redresse pas, elle augmente plutôt au moment du pouls (4); rétablissement d'un courant dans un tube courbe et flexible ne diminue pas sa courbure (5). Chez la grenouille, on voit Paorte se raccourcir, et sa courbure s'exagérer plutôt que se redresser, pendant la systole du cœur. Si, vers la fin de la systole, le vaisseau semble s'allonger un peu, c'est que l'oreillette, distendue elle-même, étend à son tour le vaisseau qui lui adhère (6).

2** L'oreillette gauche, pleine de sang pendant la systole, et ne pouvant reculer à cause de la colonne vertébrale , repousserait le cœur en avant. Cette explication est due à Senac Ce n'était pas à l'ondée du sang qui afflue dans roreilletle par les veines, mais à la masse de sang que le ventricule gauche repousse dans roreillette au moment de sa contraction , que Senac attribuait la projection du cœur en avant. Haller avait attaché beaucoup d'importance à cette action; car il dit, dans ses Opéra minora, que la principale et presque la seule cause pour laquelle

( 1 ) Traité du cœur, p. 356.

(2j Treatise on inflammation, p. 144; Lond., 1704.

(3) Uailer, Elcm. physioL, 1. 1, p. 394.

(4; Bat ry, /innaies des sciences naturelles, t. X, p. 415.

(ô) Carsoo , On the causes ofthe motion ofihe blood, p. 183.

((.•) Guérin, dîMertaiioa ioaugurale citées p. 18.

DV CHOC ET DE tk LOCOVOTIOlf DU COCUR. 639

hi pointe du cœur est poussée en avant , c'est la situation dn «inus gauche. Plus tard , dans sa Physiologie, il avait beaucoup moins attribué à cette cause. On doit objecter à cette explication il^queraFBux dusangf parles veines pulmonaires n'a pas luimême une cause assez puissanle pour lancer le cœur en avant , réflexion déjà laite par Senac ; 2® que la masse de sang, repoussée par la valvule auriculo-ventriculaire n'est pas assez considérable pour réagir ainsi sur le cœttr.

3^ J'appliquerai cette objection à Teiplication suivante , proposée par M. Hope(l), à savoir : que les valvules auriculoyentriculaires, repoussées en arrière pendant la systole, agissent sur une colonne de liquide qui a plus de résistance que le poids du cœur ; en sorte qu'il y a une action réfléchie qui pousse le cœur en avant.

Dans toutes les explications qu'on vient de voir, le sang est la cause immédiate du choc du cœur contre la poitrine; la contraction des flbres de cet organe n'est intervenue que comme cause de propulsion du sang. Nous allons voir invoquer mainte nant l'action des flbres charnues sur le cœur lui-même.

Dès le XTii® siècle, Back émet cette opinion dans le passage suivant : Bine fit ut in aciione quando cor est {quœ omnium simul fibrarum contractione peragitur), ad immobile prin-cipium Uber apex trahatur, sursum elevetur et tanquam saitam faciens pectus externe perceptibili pulsu feriat (2). Borelli (3), après avoir essayé de plusieurs explications, flnit par dire que la cause mécanique du choc du cœur en avant paraît résider dans la disposition des flbres de cet organe. C'est ce que j*ai professé depuis plus de vingt ans , et sans avoir consulté les deux auteurs que je viens de citer. J*ai pu, dans ces derniers temps, être un peu ébranlé dans ma croyance; cependant je n*ai pas de motifs suffisants pour l'abandonner. Il m'a toujours semblé qu'une action vigoureuse et directe , comme celle

(1) Xoc. eiV.^p. 14.

(2) Diisertatio de corde, p.

(3) De Motu animal ium, l. Il , prop. S3, p. 80.

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4es ventricules , pourrait seule rendre comple de Tinpidtiei éoernique communiquée à leur masse et à la pointe du cttoi;^ J*étai$ surtout décidé par cette considération, qne le cœur, arraché de la poitrine d*un animal vivant et mis sur une t^^, redresse encore sa pointe pendant la systole, bien qu'il n'y ait plus de circulation du sang dans ses cavités. Ce ftiit, signalé i plusieurs époques, a été bien, constaté par Hope et les personnel qui Tassistaient dans ses txpériences. M. Parchappe (1) a w jussi le cœur du lapin, se contractant à vide, incurver sa pointe ^n avant pendant la systole.

L'action des fibres charnues des ventricules étant admise, H fondrait pouvoir dire en vertu de quel arrangement aoatomiqoe elles projettent le cœur en avant plutôt qu'en arrière, et soscitent le mouvement de locomotion dont nous nous occupons. M. Parchappe attribue cet efFet à la prédominance du nombre des ftbres dans la paroi antérieure chi cœur. «Il suffit; dit-il, que la base du cœur étant fixée , les anses musculaires , dont la résultante d'action motrice est longitudinale, qui s'attachent à cette base et qui concourent à former la pointe, constituent, dans le plan vers lequel Finflexion a lieu, une masse plus omsidérable, et représentent, au moment de la contraction, une^ force plus grande» C2). M. Verneuil (3), bien qu'il se soit rangé à l'opinion de Burdach et de M. Beau sur la cause de la locomotion du cœur, reconnaît cependant que la pointe de cet organe se recourbe en avant pendant la systole, et explique ce foit de la manière suivante : La base des ventricules étant coupée trèsobliquement, la face antérieure de ces ventricules est beaucoup plus longue que la postérieure ; la partie antérienre des anses musculaire se trouve plus longue aussi que leur partie postérieure. Le raccourcissement absolu de ces anses sera donc plus grand en avant qu'en arrière, et la pointe du cœur, vers laquelle se trouve la partie culminante de l'anse, sera portée en avant

(1) Loccit., p. 106.

(2) £oc. cit, , p. 137.

(3) ThèM citée.

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