DE L'IRRITABILITÉ DU COEUR
même des oreillettes, qui ne se videraient jamais complètement et pourraient être considérées comme des réservoirs tenant du sang eu réserve pour les ventricules. Aux noms de MM. Barry, Brodie, Hope, Marc d^Espine, que j*ai cités à la page 607, j^ajouterai ici quelques autorités imposantes. M. Bouiliaud (1), les membres du comité de Dublin, réunis sous la direction da ly Macartney (*2), les membres du comité de Philadelphie, réunis sous la direction de MM. les D" Peunock et Moore (3), MM. Barth et Roger (4), n'oot point vu les oreillettes des animaux à sang chaud se vider complètement. Je rappelle qu'il faut tenir compte de la perturbation que cause , dans les mouvements circulatoires, la dénudation du cœur d'un mammifère, et que nonobstant cette perturbation, on a vu parfois les oreillettes d'animaux de cette classe se vider complètement pendant leur systole.
De VirrUabilitédu cœur.
On peut entendre, par irritabilité du cœur, la faculté qu'il a de se contracter sous Tinfluence d'un stimulant. Dès les premiers moments où Ton peut apercevoir le cœur dans l'embryon , cet organe a commencé à exécuter les mouvements alternatifs de dilatation et de resserrement qu'il n'interrompra plus avant la fin de l'existence.
L'irritabilité du cœur survit même à l'existence , et cet organe, arraché de la poitrine d'un animal, continue de se contracter pendant un certain temps.
Bien plus , les morceaux d'un cœur divisé sont encore irritables. «J'ai vu, dit Haller, le cœur divisé en plusieurs petites parties, et chacune se mouvoir sur la table » (6).
(1) Traité clinique des maladies du cœur, t. 1 , p. 1 10.
(2) Dublin journ. of med. se., vol. Ylll, p. 154.
(3) Americaii medic. examiner, 2 nor. 1839.
(4} TraUé pratique d'attmtitation, p. 373 ; Paris, 2* édit. (5) iiff m. sur les paniesêensiblee et IniMtÊf, 1 1, p. 50.
Cette faculté persiste plus longtemps ehez les animaux à sang ftoid que chez les animaux à sang chaud. Le cœur d'une anguille, bien que séparé du reste du corps, exécute, pendant des heures entières, ses mouvements avec la plus grande rtgulari(é;il en est de même du cœur d^une grenouille. Sco- Msby a vu le cœur d*un requin battre encore pendant quelques béures après avoir été arraché du corps. L'irritabilité s'éteint plus promptement dans le cœur des oiseaux que dans le cœur des mammifères ; elle disparaît assez promptement dans le cœur des invertébrés. Le cœur d'un limaçon , retiré de son corps, bat- ^t pendant un quart d'heure , et conserva son irritabilité pendant près de deux heures et demie; celui de Técrevisse ne battit que cinq minutes, et ne resta irritable que pendant dix miiwtes (1).
Le cœur des fœtus à terme et celui des jeunes animaux conserve plus longtemps que le cœur des adultes ses mouvements spontanés et la faculté de répondre aux irritations : au moins en est-il ainsi lorsqu'on ouvre comparativement la poitrine d'un mammifère adulte et celle d'un jeune sujet. Boyle , ayant pris un Itetns dans te ventre d'une chienne, mit à nu le cœur de cet animal après l'avoir laissé respirer; il battit pendantsept heures. Hùoke dit qu'un ftetus retiré le soir du ventre d'une chienne avait encore , le lendemain matin , des contractions du oœur (2) : ce dernier fait est en dehors de la règle.
iiOrsque les mouvements spontanés du cœur viennent de cesser, on peut les ranimer encore à l'aide de quelque irritation directe, comme le contact d'une aiguille, d'un scalpel, d'un sel , de l'eau , ou de quelque excitant chimique , un acide, par exemple. La chaleur de l'haleine ou de la main peut avoir ce résultat. Si on soufSe de l'air dans le cœur d'un animal vivant , on ktue; et cependant, si on pousse ce gaz dans un cœur qui ne bat plus, mais qui est encore irritable, on réveille ses contractions. On peut pousser l'air par les veines caves ou encore par
(1) Rvird^ch , Traité de phxsioL, t. VI, p. iÉd (d*après Gams).
(2) Birch , ffistoiy ofUêe royûi So€ieV^;vA. 111 , p. 404.
DE L'inRITABIlITB DC COEUR. 647
le canal thoracique, à Texemple de Peyer (1), Harder (2) et Brunner (3). Oq cite Portai, Hunauld et Seoac (4), comme ayant été témoins du phénomène sur des cadavres humains.
L'irritabilité du cœur survit de beaucoup à Tirritabilité des autres muscles dans les animaux à sang froid ; il n'en est pas toujours de même dans les animaux à sang chaud , comme Font montré les expériences consignées dans le recueil de mémoires sur les parties sensibles et irritables (5). Fontana (6) a même prétendu que l'irritabilité des muscles volontaires persistait plus longtemps que celle du cœur, il faut , à cet égard , établir une distinction entre les oreillettes et les ventricules : ceux-ci ^ dV près Nysten (7) , ont plulM perdu leur irritabilité que les mus* clés extérieurs. Au reste, plusieurs circonstances, comme le froid, Taccès de Tair à l'intérieur du cœur, abrègent le temps pendant lequel rirrltabilité s'y conserve.
Le fluide électrique, dont Taction sur le cœur a été niée par Valli (8), Volta (9), Klein (10), Bichat (11), Sœmmering (12) et Behrends (13), a cependant le pouvoir d'exciter les contractions de cet organe , ainsi que l'ont vu Fowler (14) , Schmuck (16) ,
(f) Parerga anaiomica, 3^ édit. , p. 259.
(2) Exerciialiones anatomicœ, p. 236.
(3) Expérimenta nova circa pancréas, p. 21 , in-8^ ; Amsiel. , IS83.
(4) Burdach , Traité de physiologie, t. VI , p. 298.
(5) OEder, t. II , p. 59; Housset, t. 11 , p. 383 ; Zimmermann , t. Il, p. 37 et 38;CaldaDi, t. lll , p. 138.
(6) Mémoire sur les parties sensibles et irritables, u 111, p. 231.
(7) Rech. de physioL et de chimie patholog.j p. 296 et 322.
(8) Sue, ffist. du galvanisme, t t, p. 62.
(9) Opère, t. Il , part i, p. 21 1 .
(10) Pfaff , ThierUche Siektricitat, p. 119.
(11) Rech. phjrsioL sur la vie et la mort, p. 397.
(12) De Corporis hwnani fabrica, I. V, p 43.
(13) Diss. qua demonstrutur cor nervis carere, p. 20; Mogunt. , 1792
(14) Experiments on animal electricity, 1794.
( 15) Uùer îhierische EleHricUat nnd Reizbarkeit, p. 140.
PfafF(l), Rossi (3), Giulio (3), de Humboldt (4) , Mannicks (5) et Nystea (6).
Fontana et Galdani ont vu un cœur sortant da vide raoiroer ses battements par la simple affiuence du fluide qui s'échappait d'une baguette en communication avec une madiîne électrique (7).
Lorsque Humboldt mettait un cœur entre deux morceaux de substance musculaire et qu'il armait ceux-ci, son mouvement éteint se ranimait , ou celui qui persistait encore s'accélérait. Si le cœur était déjù assez affaibli pour ne plus battre qu'une seule fois toutes les quatre minutes , le nombre de ses pulsations s'élevait à 36 par minute , et quand, au bout de cinq minutes, les battements se trouvaient redescendus à trois, une nouvelle application du galvanisme les faisait remonter à 25 par minute (8). J'exposerai ailleurs les effets de Texcitation électrique sur les nerfs du cœur et les centres nerveux.
La faculté de répondre à Tirritation galvanique ne s'éteint pas en même temps dans toutes les parties du cœur. Nysten a constaté sur des cadavres de suppliciés que l'irritabilité cesse d'abord dans le ventricule aortique, puis dans le ventricule pulmonaire, après quoi elle cesse dans l'oreillette gauche, et enfin dans l'oreillette droite (9).
Il est important de faire remarquer que Tordre dans lequel s'éteint, dans les diverses parties d'un cœur qui a cessé de battre, l'aptitude à être mise en contraction par le fluide galva-
(0 Beitr xur nah, Kennt. der thierische Efekiric(tat,in-S*;\792,
(2) De ExcilabUitale contraeiionum inparlibus musadosis involuntariis, ope animafis electricilaiis: Turin, 1792.
(3) Sue, IfisL du galvanisme, 3« part. , p. 222.
(4) Expériencex sur le galvanisme, 1. 1 , p. 342.
(5) Observai iones varias, dm, anat méd. ; Groning, 1805.
(6) Rech. de physioL et de chimie paiholog,, p. 32t.
(7) Mém. sur les parties sensibles et irritables, exp. 20, t. III , p. 135. (8; Burdacb, Traité de physiologie, t. VI, p. 297.
(9) Bcch, deph/fiol. et de chimie patholog., p. 32t.
DE L'iEATTAUUTi DU COEUR. 619
nique esc le même que celai dans lequel ces diverses parties cessent naturellement de palpiter. Haller, ayant eiaminé sur un chat Tordre dans lequel s'interrompent les contractions des cavités du cœur, vit le ventricule gauche perdre le premier son mouvement, et ensuite le ventricule droit. Quelque temps après, Toreillette gauche demeura immobile , pendant que roreillette droite, véritable itUimum moriens, palpitait encore (I). Le même résultat a été obtenu dans une foule d'expériences. Legallois (2) a vu l'oreillette droite d'un fetus de lapin battre une fois six heures , une autre fois sept heures , après que les autres parties du cœur avaient cessé de se contracter.
Le sang doit être considéré comme le stimulas naturel qui met enjeu Tirritabilité du cœur. Cette propositioo, à Tappui de laquelle on trouve déjà des arguments dans Senac, est devenue, comme nous le démontrerons plus loin , d*une importance capitale dans la doctrine de Tirritabilité hallérienne. Dans lés animaux à sang froid, on voit quelquefois le cœur rester immobile jusqu'à l'arrivée d'une nouvelle ondée de sang qui réveille ses contractions. On affaiblit considérablement Ténergie du cœur en liant les veines qui lui apportent le sang (3). On produit un effet inverse en retenant le sang dans le cœur par la ligature des gros troncs qui en sortent; les contractions deviennent alors énergiques et fréquentes. Ces considérations avaient conduit Haller à admettre , comme nous Ttf vous dit , que les cavités du cœur se vident complètement dans la systole ; elles lui avaient donné ridée aussi de confirmer sa doctrine par cette expérience célèbre qui a pour résultat de changer Vultimum moriens. Nous venons de voir que Toreillette droite est cet ultimum moriens. C'est
(1) Mém. sur les parties, etc. , exp. 474. Il dit ailleurs : Ergo kœc auriruia recle ultimum moriens Galeno dicta est; eadem diutissime et expeditissime a quiète ad motum rei^ocaiur {Elementa]physiologiœ, 1. 1, p. 425).
(2) Fragment d'un mémoire sur le temps durant lequel les Jeunes animaux peuvent être, sans danger, privés de la respiration, in-4*', p. 26; 1834.
(3) Haller, Opéra minora, 1. 1 , p. 178.
dans sa oavilé aussi que, chez uaaQimhl vivant dont on a ouvert la poitrine, le sang afflue et s'accumule en dernier lieu , parce qu'il ne traverse qu'imparfaitement les poumons. D'où il suit encore que les cavités gauches se vident peu à peu , pendant que les cavités droites se distendent. Pour changer ces dispositions, Haller retenait le sang dans les cavités gauches dn coMir par la ligature de Taorte , tandis qu'il produisait Tévacuation complète des cavités droites en ouvrant Tarière pulmonaire et en liant les veines caves , qui dès lors cessaient d'en apporter à ces cavités. Cette expérience, qui, dans les mémoires sur les parties irritables, est la 515^, et qui est décriteaussi dans les Opéra minora (IX ^Qt un plein succès. Le mouvement du ventricule droit s'arrêta le premier, celui du ventricule gauche dura quatre heures entières. Haller a souvent obtenu le même résultat (2). Marc- Antoine Cal* dani a varié et perfectionné cette expérience, qui lui a presque toujours réussi (3).
C'est à tort qu'on a nié Tinfluence excitatrice qoe le sang exerce sur le cœur. Merk objecte que d^à les oreillettes et les ventricules renferment du sang au commencement de la diastolCv et que la contraction ne survient pas encore ; mais Burdach (4) a (ait observer, avec beaucoup de raison , que la réaction ne survient là, comme ailleurs, que lorsque le stimulus est porté à un certain degré d'intensité. Le même auteur établit aussi qu'il n'est pas vrai que le cœur de l'embryon batte avant de contenir du sang.
Ce serait cependant tomber dans une exagération que de dire qu'un stimulus est la condition sine qua non de la contraction du cœur, et que la direction du cours du sang, c'est-à-dire dn stimulus [stimuli iteret successio)^ règle seule la succession de
(2) Mém. sur les parties sensibles, etc. ; Toy. 6011*6 autres les exp. 518, 519 et 620, et iortout 521, sur un chevreau.
(3) Mém, sur les parties sensibles et irritables, exp. 1 » 3, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, ^ptusim, 1. 111, p. 120 et sulv.
(4) Traité de physiologie, t. VI, p. 300.
DE L*niB1TABrLfTi DU COEUIl. 661
V la diastole et de la systole , la ifiythme , en on mot , des eontrae- ■ -tîons du oœnr. S*il en était ainsi , le cœur arraché de la poitrine cl^un animal et mis sur une table devrait cesser de se contrac* ter, ce qui n'a pas lieu de suite. Il devrait, à plus forte raison , intervertir son rhythme, et cependant nous voyons quMI le conserve. La chose était bien évidente dans les eipériences oA Spallanzani voyait , pendant des heures entières, le cœur d'une («grenouille ou d'une salamandre conserver ses mouvements rhythiniques après avoir été enlevé de la poitrine de ces animaux. De petits lambeaux de cœur ont encore leur diastole et leur sjrstole. Je me suis quelquefois demandé si Tair ne remplaçait pas alors Taction stimulante que le sang produit à Tétat normal , mais le cœur continue ces mouvements sous le récipient de la machine pneumatique (1). La nature a donc profondément imprimé dans la texture intime du cœur la faculté d'exécuter des contractions rhylhmiques ; la systole appelle la diastole, comme rcxercice le repos. Fontana (t?) a vu que sMl piquait le cœur, soit au moment de la systole, soit quand commençait la diastole, il ne pouvait ni prolon(;er la première ni diminuer la durée de sa seconde. Il Fau* drait une puissance excitatrice considérable pour rendre la systole , c'est-à-dire la contraction continue ; ceci sera examiné plus loin.
L'influence du sang comme stimulus, et la propriété dont jouit le cœur d'exécuter des contractions rhythmîques, ne se contrarient pas ; elles concourent au contraire au mouvement régulier du sang. La systole débarrasse le cœur du stimulus; la diastole permet Taccumulalion d'une nouvelle dose de ce stimulus , c'est-à-dire de sang , que le cœur reposé va encore mettre eu mouvement.
Si le contact du sang avec la membrane interne du cœur est , dans l'état physiologique, la cause excitatrice de ses mouvements , on ne peut douter que la composition du sang ne puisse modifier le pouls dans sa fréquence et ses autres qualités. Je
(1) Amolt, tlém. de philos, naiur., t U, p. 393.
(2) Mém, sur les parties sensibles et irritables, t. III, p. 230.
suis coavaiocu que certaîaes maladies fébriles ne recouoaisseot IMS d'autres causes que Taltération du sang. M. James Blaire i étudié les effets de l'introduction directe de certains sels dam le sang; quelques-uns de ces résultats s'appliquent aa ccNir. II ji une différence fondamentale dans Faction des divers sels roétilliques. Les uns ( ceux de potasse , de soude , d'ammoniaque , de baryte , de chaux , de magnésie) arrêtent de suite la contraction du cœur et le privent si complètement de son irritabilité , que Tapplication des deux pôles de la pile , quelques secondes après la mort, ne peut foire reparaître ses contractions. Les seb de soude, au contraire, laissent le cœur irritable; ils causent II mort en empêchant le passage du sang au travers des poumons (1).
On a disputé sur Tinfluence que lopium exerce sur le cœur. Suivant Ualler, ce poison, qui , admioistré à rinlérieur, détruit Tirritabilité des autres muscles , n'affaiblit pas les oontraclious du cœur. C'est une erreur. Whytt (2) a professé à ce sujet une opinion diamélralement opposée à celle de Haller, et c'est une des circonstances rares où il a eu raison contre son célèbre antagoniste. Suivant Meckel, Topium, agit sur le coeur comme sur les autres muscles. L*opium mis directement eu contact avec le cœur le paralyse. M. Henry (3) a fait la remarque intéressante que , si Ton introduit de la dissolution d'opium dans les cavités du cceur, le mouvement de cet organe s'arrête presque à l'instant.
De la sensibilité du cœur.
La sensibilité du cœur ^ été peu étudiée. Haller dit que le cœur est sensible, sur la foi d'autres auteurs, mais il ne s'est pascon vaincu par lui-même de la sensibilité de cet organe (4). Il dit ailleurs(5):
(1) jirch.gén.demé4i,,dl^ié[i»,uy,p.d7U
(2) Physioiogical essais: Edinb., 1763.
(3) A crUieal and expérimental inquiry Mo ihe relations suhsisting beltveen nerve and muscle, p. 10 f t f I .
(4) Mém, sur les parties sensibles et irritables, 1 1 , p. 37 et 38.
(5) Zoe. cU. , p. 46.
FORGE Dli COEUR. 66}
i M Le cœur, qui csl extrémemeoc irritable, n'est que peu sensible, et I en le touchant , dans un homme qui a ses sens , on lui procure il plutôt un évanouissement que de la douleur. » En écrivant ce bI passage, Haller faisait sans doute allusion à la curieuse et cég ièbre observation de Harvey sur le fils de lord Montgommery ■ (je Tai déjà citée plusieurs fois). Harvey dit que ce jeune liomme I ne s'apercevait pas qu'on touchait son cœur, à moins qu'il n'y re- I gardât. L'expérience de Harvey a été répétée avec le même résul- I tat par M. Richerand, sur un médecin auquel il avait enlevé un I lambeau de la plèvre et plusieurs côtes. Dans un cas d'ectopie I du cœur observé sur un veau par Hering, deStuttgard (1), on i pouvait, en quelque sorte, malaxer le cœur, sans causer de ma* laise apparent à l'animal.
Bien que le cœur ne transmettte que d'une manière obtuse les impressions tactiles, il parait être, dans quelques cas pathologiques, le point de départ de douleurs très-vives.
Force du cœur.
On pourrait être tenté de renoncer tout d^abord à évaluer, même d'une manière approximative, la force du cœur, en lisant, dans certains auteurs de physiologie , que cette force , évaluée à 180,000 livres par Borelli, se trouve réduite à 6 onces dans les calculs de Keil. Mais il est évident que toutes les erreurs possibles d'expérimentation et de raisonnerùeiit n'eussent pu conduire ces auteurs à des résultats si différents, s'ils eussent appliqué Tune et l'autre à la détermination d'un même problème.
M. Poiseuille (2) a parfaitement démontré que, parmi les auteurs qui se sont occupés de la force du cœur, Tun a voulu évaluer la somme des forces que la puissance mouvante dépense dans chaque contraction du cœur; l'autre, l'effort dynamique de cet organe; un troisième, son effort hydrostatique, etc. Il n'y a
(I) Gaz. méd., 1851, p. 16ii.
(2; Disnerution inaugurale» n"* 100; l'aria 1826.
Q54 DE LA CIACIILATION.
donc pas lieu do s'étoaner que les résultats obtenus soienl si différents les uns des autres.
BorelHfdans Tadmirable analyse qu'il a faite, et que nous utiliserons ailleurs, des causes de déchet d'action musculairei avait malheureusement introduit une hypothèse qui entachait d'une singulière exagération les résultats auxquels il était parvenu ; car, supposant que chaque fibre musculaire est composée d'une suite de vésicules rhomboîdales qui se dilatent en travers et se raccourcissent dans l'autre sens, au moment de la contractioo muscalaire, il multipliait le chiffre qui exprimait les résistances vaincues par le nombre des vésicules placées, bout à bout, dans une des fibres du muscle eu action. C'est ainsi que tenant compte du poids du cœur, il évalue tout d'abord à 3,000 livres la force nécessaire pour dilater en travers les vésicules qu'il admet dans la composition des fibres charnues de cet organe. Puis, tenant compte de la masse du sang et des résistances que ce Kquide va rencontrer dans son cours, il trouve que cette résistance est 60 fois aussi considérable que la force qui est nécessaire pour dilater les vésicules rhomboîdales du cœur; et , considérant enfin que le cœur surmonte toutes ces résistances, il conclut que la force totale dépensée est égale à 160,000 livres. . Keil s^était proposé un tout autre problème, lorsqu'il arriva à dire que la force du cœur serait capable délacer à ta hauteur de 8 pouces 6 lignes , et pendant un 6® de seconde , une quantité de sang dont le poids serait égal à 6 onces, Keil, ainsi que le fait observer M. Poiseuille, n'a étudié que l'effet dynamique du cœur.
Ce fut au contraire la force statique du cœur qui fut l'objet des expériences de Haies, lorsque ce physicien, ajustant à une artère volumineuse un tube de verre d'une longueur considérable, nota la hauteur à laquelle le sang s'élevait dans ce tube, a Cette hauteur, dit M. Poiseuille, donne nécessairement la pression à laquelle est soumis un point quelconque du cœur, et par conséquent l'effort statique du cœur» (I). L^c sang ayant été élevé à la
(1) Dinert. ioaug., p. 0.