‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 54 sur 66 · INFLUENCE DES PNEUMOGASTRIQUES, ETC · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES PNEUMOGASTRIQUES, ETC

vers la fin du xvi*' siècle, que le cœur soutirait de la rpasse nerveuse renfermée dans le crâne, et à Taide de ce nerf, le principe de ses mouvements ; il expliquait certaines morts subites par aae obstruction survenue tout à coup dans les filières de ces nerfii; mais il ne parait pas avoir fait d'expériences. Cette opinion, attaquée par Riolan (I), par Bauhin (2), et quelques autres qui avaient vu , comme ces deux auteurs , les battements du cœur continuer après la section ou la ligature des pneumogastriques, fut reprise par Willis; mais alors elle entrait dans la cotiception de tout un système que nous exposerons ailleurs. Disons seulement que Willis (3), dérivant les nerfs vitaux du cervelet, en disait venir les pneumogastriques, et mettait sous la dépendance prochaine de ces nerfs les mouvements du cœur ; il était, à la vérité, Qbligé de faire intervenir le grand sympathique pour expliquer comment les animaux xlont il avait interrompu les pneumogastriques avaient pu ne pas mourir à Tinstant. L'opinion de Willis fut soutenue par Lower (4), par Robert Boyle (ô), et par Boerhaave, et surtout par Bohn (6), qui, ayant vu un animal mourir comme frappé par la foudre, au moment où on serrait la ligature, attribuait cette mort subite à Tinterruption d'action du cœur. Ces cas de mort si prompte, après la section ou la ligature, devaient être un singulier embarras pour ceux qui , comme Chirac et comme Haller (7), avaient travaillé à renverser la doctrine de Willis; on sait aujourd'hui comment les expliquer (voy. t. III, p. 457 et suiv. de cet ouvrage). Il y a eu, depuis la découverte de Legallois, une telle réaction, que personne n'est tenté d'attribuer à la section des pneumogastriques le pouvoir d'arrêter immédiatement les mouvements du cœur ; mais il y a lieu de s'occuper encore de son influence. Pour cela, il faut examiner les effets de son irritation et de sa section.

(t) opéra analomica,^. 414, 227.

(2) Theatrum anatomicum, 1621, p. 219.

(3) Opéra omnia^ 1. 1. p. 86.

(4) Tractatus de corde, p. 00.

(5) BIrcb, Hisiorx ofthe royal Socieif, 1. 1, p. 504. ifi) Circulas anai. physioL, p. 104; Lips., 1697.

(7) Opéra mmora, 1 1, p. 147; Biement. phjrsioL, 1 1, p. 403.

700 DE L\ CmCllL/iTION.

Les physiologistes et les physiciens, qui ont galvanisé les nerfs du cœur sans toucher à la substance de cet organe, ce qui est la seule bonne manière d'instituer Texpérience, n'ayant pi5 cherché à distinguer les provenances du pneumogastrique de celles du grand sympathique, je pense qu'il faut surtout appliquer à ce dernier nerf le résultat positif qu'ils ont obtenu. J'en parlerai plus loin. Fowler (1) a obtenu des contractions en excitant les nerfs récurrents. M. Longet (2) a avancé que la stimulation galvanique du tronc même de pneumogastriques oe pouvait ni modifier les battements du cœur ni les ranimer, quand ils venaient de cesser sur un animal récemment tué; mais il lui est arrivé quelqueft)is d'obtenir ces résultats en stimulant les filets cardiaques du pneumo|>astrique. L'irritation mécanique de ces nerfs sur un gros chien et sur un mouton a produit une modification dans les battements du cœur (3).

Nous avons vu plus haut qu'un courant galvano-magnétique énergique, excité dans la partie supérieure des pneumogastriques, arrêtait momentanément les battements du cœur. Ce phénomène, signalé par Budge, a été bien étudié par MM. Edouard et Ernest -Henri Weber (4); ils ont opéré sur des grenouilles , et confirmé ensuite les résultats sur des lapins. IjCs nerFs vagues étant coupés à leur origine, et excités par une forte machine galvano-magnétique , le cœur est tout à coup privé de mouvement. Lorsqne lïrrltation a cessé , et après un court espace de temps , il recommence ù battre, d'abord lentement, puis il revient, peu à peu, à son mouvement habituel. Si la rotation de la machine n est pas très-rafiide , le mouvement du cœur est seulement retardé et affaibli. On n'observe jamais, dans ces divers cas, de contractions tétaniques dans le cœur ; l'organe est aplati, et ses fibres sont relâchées. L'irritation du nerf

(1) Experimenis on animal electricitjr ; Edinb., 1783.

(2) TraUé de physioL, t. Il , p. 76.

(3) M. Longet a raclé ces neifi; avait-il pris set précautions oonlre Tat- 1 ion réflexe?

(4) ^rch, gén, dt méd, et de phXitol.,p. 12; Paris, 184A.

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vague d'uD seul côté ne change pas les moavements du cœur ; si rirritatioD des nerfs vagues est continuée assez longtemps pour que leur excitabilité soit épuisée , le cœur recommence à battre.

Si tous ces f^its montrent que le pneumogastrique exerce une certaine influence sur la contraction du cœur, ils n'établissent pas qu'il tienne prochainement le cœur sous sa dépendance; j'en dirai autant des effets des ligatures ou des sectious de ces nevfo. Je me suis arrêté (t. 111, p. 472) sur l'accélération des battements du cœur qui en est la conséquence ; j'ai mentionné (page 698 de cette livraison) l'explication peu satisfaisante qu'on pour rait être tenté de lui donner. Je déclare que je n'en ai pas de meilleure à lui substituer. Le cœur précipiterait-il ses battements, parce que le sang traverse moins facilement les poumons après la section des pneumogastriques ? ou bien la modification que le sang subit après celte section augmenterait-elle l'action stimulante qu'il exerce sur le cœur ? Je ne connais aucun argument sérieux à l'appui de ces conjectures ; bornons-nous à constater que l'interruption des pneumogastriques n'enraye pas les contractions du cœur.

Mais ne les affaiblit-elle pas ? Cest de nos jours seulement qu'on a essayé de répondre expérimentalement à cette question. M. Bernard (1) a démontré, devant la Société de biologie, que si on adapte le cardiomètre à l'artère d'un animal auquel on a coupé les deux pneumogastriques, le mercure ne s'y élève plus que, de quelques millimètres; tandis que, chez un animal dont les nerfs sont intacts, chaque pulsation du cœur fait monter le métal de 16 à 18 millimètres. Voilà enfin un fait qui prouve quelque chose, en admettant que le trouble de la circulation pulmonaire n'en soit pas la cause. M. Bernard a constaté encore que la forme du cœur est modifiée après la section des pneumogastriques. Cet affaiblissement du cœur n'est pas la cause de la mort qui suit l'interruption d'action des ncrfis vagues; je ne pense pas qu'il faille lui attri-

(1) Comptes rendus des séances de la Soclélé de biologie, 1. 1, p. 13.

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buer le passage difficile du sang au travers du poumoD. Chez les batraciens , ou peut enlever de chaque côté le ganglion do pneumogastrique, sans causer une mort prompte. M. Brown- Séquard a fait voir à la Société de biologie des grenouilles auquelles il avait excisé ces ganglions depuis quatorze jours; ces animaux étaient très-vifs , les battements de leur cœur étaient réguliers et énergiques (1). Cette expérience infirme Topinionde M. ScbifF, qui , plaçant les battements du cœur sous la dépendance de la moelle allongée et des nerfs vagues , avait annoncé que la section de ces neris chez les batraciens amène promptement la mort.

Je pense que TafEaiiblissement du cœur par la section des pneumogastriques tient principalement à Tinterruption de fibres sensitives destinées à Tentretien de son irritabilité , et par lesquelles le cœur reçoit l'impression du contact du sang introduit dans les cavités.

Influence du centre nerveux sur le4 fondions du cœur.

J'examinerai successivement Tinfluence de la moelle épinière, de la moelle allongée, et du cerveau proprement dit.

On pensait, depuis un Uemi-siècle , et sur la foi de Haller, que les centres nerveux n'avaient pas d'influence sur la coniractilité du cœur, ou que cette influence était très-bornée , lorsque Legallois avança que cet organe empruntait son activité à la moelle épinière (2).

Lorsque Legallois entreprit de prouver cette proposition , il sentait bien la difficulté de la concilier avec ce fait important, savoir : que le cœur continue de battre après avoir été arraché de la poitrine d'un animal vivant. Mais il mit de c6té cette difficulté, en disant qu'il s'agissait de savoir si ces mouve-

(1) Comptes rendus des séances de la Sociéié de biologie, t. U, p»4a.

(2; Pour éDoncer d'une maulère aussi concise que possible les idées exprimées daos le célèbre ouvrage de Legallois, je serai obligé d^inlerrerlir l'ordre de son travail {Expériences sur le principe de la vie, iàa^, p. Ol etsuiY.;181'i}«

INFLli£NGE DU CENTRB NSaVEUX , ETC. 703

menu pouvaient être assimilés à ceux ^ai entretiennent la circulation d'un animal sain. Tenant donc peu de eompte, dans ses expériences, de la persistance des contractions du cœur, il reconnaît à d'autres signes que cet organe a perdu le pouvoir d'entretenir la circulation. Ces signes sont la demivacuité et la flaccidité des carotides , ie défaut d'hémorrhagie dans un membre qu'on vient d'amputer, on bien TécoulemenC d'un sang noir provenant des artères de ce membre.

Quant à l'expérience par laquelle Legallois démontre que la moelle dispense au cœur le principe de son activité , elle ne consiste pas à pratiquer la section de la moelle à diverses hauteurs. En effet, si la moelle a une action propre, elle la conservera, malgré sa séparation d'avec l'encéphale. Legallois détruit la moelle à Taide d'une tige de fer introduite dans le canal verte* bral, et comme cette destruction avait pour résultat immédiat, chez un mammifère, l'interruption de la respiration, Legallois pratiquait la respiration artificielle (voy. t. 111, l'art. Respi^ ration , de cet ouvrage).

Voici, d'après Legallois, les résultats fondamentaux de cette expérience :

La destruction de l'une quelconque des trois portions de la moelle épinière (portion cervicale, dorsale et lombaire) est mortelle dans les lapins âgés de vingt jours.

La mort est subite après, la destruction de la portion dorsale et de la cervicale.

La mort ne survient qu'une minute ou une minute et demie après la destruction de la région lombaire.

L'action du cœur étant d'autant moins prochainement nécessaire à l'animal qu'il est plus jeune, la destruction de la région lombaire ne fait pas périr les lapins de dix jours (s'ils meurent ensuite , c'est de la lésion traumatique et non de l'affaiblissement du cœur ).

Si toute la moelle est détruite, la mort par défaut d'action du cœur est constante à tous les âges ('2).

(i ) Loc, cit., p. 5f et 65.

(2) Loc, cU,, p. 57.

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L'étendue de la portioa de moelle qu'il ftiut détruire pour affaiblir la circulation au-dessous du degré nécessaire à Tenfretien de la vie est d'autant plus longue dans chaque espèce , que ranimai est plus voisin de Tépoque delà naissance; et si on di* minue le champ de la circulation par la ligature de Faorte ou des gros vaisseaux , il y a besoin alors d'une longueur de inodle moins considérable pour entretenir dans le cœur une action suffisante (1).

La conclusion de Legallois est que c'est indistinciemerd de toutes les portions de la moelle que le cœur emprunte le principe de ses forces. Ceci appelle un petit commentaire, que Legallois et ceux qui Font cité ont négligé de donner. D'après ce que j'ai dit plus haut des connexions anatomiques du cœur avec les centres nerveux, la moelle ne peut influencer l'organe central de la circulation que par l'intermédiaire du grand sympathique , lequel communique avec chacune des paires rachidiennes, dont il semble tirer son origine. Or ni les nerfs lombaires ni les nerfs dorsaux, moins les deux premiers, n'envoient de filets ù la portion du grand sympathique qui se distribue au cœur. 11 faudrait donc admettre que l'action par laquelle la moelle influe sur le cœur ne va pas de liant en bas , comme Faction purement conductrice de la moelle relativement aux muscles volontaires , mais que la moelle tout entière est , par rapport au cœur, le réservoir d'une (orce que cette moelle produit, et qui s'écoule dans le grand sympathique par les paires cervicales et les deux premières dorsales. Que si on voulait admettre que cette force passe de chaque partie de la moelle dans les branches correspondantes du grand sympathique, on serait obligé de reconnaître que l'action peut aller de bas en haut dans la chaîne ganglionnaire qui est placée sur les côtés de la colonne vertébrale.

Enfin Legallois cherche à démontrer comment on peut faire, par certaines opérations, qu'une )X)rtion de la moelle soit sup-

(1} Loc, ciLi p. ill.

là

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