RAPPORTS DES PULSATIONS ARTÉRIELLES, ETC
Rapports des pulsations artérielles avec les mouvements du cœur, avec les bruits de cet organe et entre elles.
Désormais j'emploierai indifféremment, comme synonymes Fun de Tautre, les mots pouls et pulsation artérielle.
Le pouls coïncide avec le mouvement inférieur du cœur, et par conséquent avec le choc du cœur contre la paroi antérieure de la poitrine (je ne reproduirai pas ici la discussion relative à la coïncidence du choc avec la systole ou la diastole) ; le pouls coïncide avec la systole ventriculaire; enfin il coïncide avec le premier l))ruit du cœur, ou bruit inférieur. Ce n'a pasétésaas une grande surprise quej'ai trouvé le synchronisme de la systole du cœur et du pouls trës-po$i,tivement signalé par Fauteur inconnu A\x Synopsis, de ce livre antérieur à Galien, et composé à une époque où on faisait circuler le pneuma dans les artères. Voici ce qu on y lit : a Les artères et le cœur battent en même temps; aussi presque tous les médecins pensent-ils que le pouls se produit par la réplétion simultanée du cœur et des artères. Je veux les convaincre d'erreur. Nous constatons que les battements du cœur sont isochrones à ceux des artères, cela est évident; mais les battements ont lieu pour les artères, guami elles se remplissent, et pour le cœur, quand il se vide » (I). L'auteur dit plus loin que le pouls coïncide avec le choc du cœur contre le sternum.
Tant d'expériences ont justifié sur ce point la doctrine de Harvey, qu'il devient inutile de les citer; mais il faut noter qu'on observe un léger intervalle entre le premier bruit et le pouls, c'est-à-dire que le pouls retarde un peu sur le premier bruit ; de sorte que le pouls correspondrait plutôt, suivant la remarque de M. Marc d'Espine , avec le petit silence qui sépare le premier bruit du second.
(1) Xuvoil'iç irtpi ffçvjfiAttv, traduction de M. Daremberg. Si le Synopih edt élé plas coDDU , Harrey n'eût pas priii tant de peine pour prouverquele rcnir et les artères ne se dilatent pas en même temps.
726 BE h\ CIRCULATION.
Toutes les artères du corps battent en même temps , c'est-àdire qu*ane même systole du cœur ébranle tout l'arbre artériel. Ce Fait , déjà énoncé par Harvey, a été formulé comme une loi par Haller et par Spallanzani. Cependant la communication de cet ébranlement unique parvient un peu plus tard aux artères éloignées du cœur qu'à celles qui en sont voisines. Weitbrecht, qui en avait fait la remarque, a été, à ce sujet, combattu par Haller (I). On avait à peu près oublié les assertions de Weitbrecht, lorsque M. Rochoux (2) et ensuite M. Marc d'Espine (3) constatèrent de nouveau oe petit retard, qui ne change rien à la loi dont je viens de parler. I/artère carotide bat avant la radiale, la labiale bat aussi avant la radiale, la radiale avant la pâdîeu$e(4). Suivant Weber (6), Tartère maiillaire externe avance sur la pédîeuse d'un 6* ou d'un 7* de seconde. I^e D' Hameijnyk, de Prague, dit avoir constaté que le pouls de l'artère sous-clavière est de 8 tierces en retard sur le cœur, celui de la radiale de 15 tierces en retard sur le même organe, et celui des artères du métatarse en retard de 20 tierces (6). Quelques personnes se refusent encore à admettre ce retard si évident. Burdach cite des expériences dans lesquelles Tartère caudale du cheval n'était pas en retard sur la carotide. Je pense que le mode de constatation a pu tromper Burdach, cqpime on pourra le souçonner en lisant le détail de son expérience. Rien ne me semble plus facile que de constater sur soi-même ce retard. Croisez un genou sur l'autre : la pointe du pied qui est en l'air accusera le mouvement du pouls dans la poplitée ; tâtez en même temps l'artère
(1) Elementa physiologia, t. Il, p. :241 et 242. Haller admet cependant théoriquement ce pelit temps de relard , mais il ne le croit pas supérieur à la 25* partie du temps d'une pulsation : Quod quidem discrimen anima non percipit. Il ajoute : el ego, obscuriorem aliquam successionem in rorde et carpo nonnunquam percepisse mihi visas sum.
(2) Art. Pouls de la 1^* édition du Dictionn. en 25 vol.
(3) Jrch, gén. de inéd., t. XXVI, p. 427.
(4) Arnott, Éléments de philoiophie naturelle, t. Il, p. 384. (6) De Pulsu, reorptions et taclu, in-4^ p. 2 ; Lcips., 1631. (6) Gaz. méd., 1844 , p. 203.
radiale à votre poignel , et vous verrez qirelle avance un peu sur le mouvement du pied.
Le retard dont nous nous occupons est plus marqué chez les animaux affaiblis; Haller ne Tavait admis que dans ces cas.
Ce serait commettre une grande erreur que dVxpliquer ce retard par cette circonstance que Tondée sanguine sortiedes ventricules arrive plus tard à la pédieuse qu'à la carotide. Il ne s'agit ici que de la propagation d*un choc , d'une impulsion , à travers une colonne de liquide. Le choc serait instantané, si le liquide était contenu dans un tuyau solide; il se propagerait, an contraire , avec lenteur dans un liquide contenu dans une simple gouttière, ce liquide formant alors une série d'ondes qui s'élèvent et s'abaissent de proche en proche. On obtiendra un résultat intermédiaire à ceux-ci , si le liquide est contenu dans des tuyaux élastiques. Il se fdit, au moment de l'impulsion, une dilatation légère , suivie de réaction , d'où dilatation dans la partie voisine , et ainsi de suite (1).
Les artères homonymes de droite et de gauche battent en même temps.
Causes du mouyement du sang dans les artères.
La principale cause est la contraction du ventricule. Spallanzani n'en reconnaissait pas d'autres (2); il se flattait a de pouvoir démontrer, même au philosophe le plus sceptique, que le cœur seul , et sans aucune force additionnelle , suffisait pour mouvoir toute la masse du sang. 3 Prochaska (3) a combattu comme trop exclusive l'assertion de Spallanzaui , et a cru devoir démontrer que l'élasticité des vaisseaux constituait une force additionnelle. D'auXres enfin ont fait intervenir une action contractile spéciale autre que Télasticité. Je ferai la part de ces diverses influences.
(1) Huiler a exposé cette eipUcaiion du phénomène {Manuel de physioL, 1. 1, p. 161;.
(2) Expériences sur lœ circulation, p. 261.
(3) Controversa qaustiones phxsiologicœ , in-S'^, p. 5; Vienne, 1778.
728 DE I.A CIRCLX\T10N.
Prenons le moment où le cœur est dans la diastole, où les valvules sigmoïdes , fermant les orifices artériels , soutiennent la colonne de sang qui fait effort pour rentrer dans les ventricules. A ce moment, chez une personne bien portante, tout est plein encore et tendu dans le système artériel ; c'est alors que les ventricules entrent en contraction. L'ondée sanguine qu'ils expulsent soulève les valvules sigmoïdes, malgré la charge qu'elles supportent; elle applique les valvules aux parois artérielles, elle s'introduit dans les deux troncs artériels en poussant devant elle le sang qui remplit ces deux vaisseaux. Le sang introduit dans Taorte est employé, en partie, à pousser dans les capillaires le sang qui était aux extrémités des artères, en partie aussi à augmenter la capacité du système artériel, d'où rallongement de l'artère et sa dilatation. Dès que la contraction du cœur a cessé, l'artère réagit par son élasticité , elle se raccourcit et se resserre , elle presse la colonne de sang par laquelle elle est distendue et qui a violenté son élasticité. Cette colonne de sang tend à s'échapper par les deux extrémités du système artériel ; mais , du côté du cœur, les valvules sigmoïdes se sont de nouveau éloignées des parois du vaisseau , elles se sont mises au contact de manière à empêcher la rétrogradation ; il faut donc que le liquide coule du côté des capillaires. Cbmme on le voit , le sang est mû dans les artères à la fois pendant la systole et pendant la diastole du cœur. Dans le premier temps, les trois valvules sigmoïdes ont été culbutées et appliquées aux parois artérielles par le sang que le ventricule projette; c'est le moment du pouls, c*est le moment où le sang s'échappe par saccade d'une artère ouverte ; le sang marche dans les artères , poussé par le cœur, qui resserre ses ventricules. Dans le second temps , les trois valvules sont ramenées vers Taxe du vaisseau; c'est le moment où Técoulemenl cesse d'être saccadé, c'est l'intervalle d'une pulsation à une autre; le sang marche, poussé par la réaction élastique du vaisseau.
Deux points, dans cette analyse, doivent être repris, pour être étudiés isolément, savoir: le rôle des valvules sigmoïdes et la réaction élastique de l'artère.
Les valvules sigmoîdes, au nombre de (rois dans chaque vaisseau (aorte et arlëre pulmonaire) , ont une conformation et un mode d'attache qui vous sont connus et sur lesquels je n insisterai pas.*;l.orsque ces valvules interceptent le retour du sang dans les ventricules, ce n'est pas en se touchant seulement par leurs bords, comme Tout décrit quelques auteurs , mais en s'appliquant les unes aux autres par leur face interne , ce qui rend le contact plus étendu, la résistance plus grande, et focclusion beaucoup plus sûre. M. Monneret a insisté sur ce mécanisme dans une note communiquée par M. Roux à TAcadémie des sciences (I); mais j'avoue que je n'avais jamais compris autrement Faction de ces valvules. M. Monneret a décrit de plus, dans ces valvules, deux ordres de fibres musculaires appartenant toutes au système des fibres lisses, et destinées , les unes, à appliquer les valvules contre les parois artérielles et à expulser le sang qui pourrait rester entre ces valvules et le vaisseau , les autres, à attirer les valvules vers l'axe du vaisseau. En admettant Texlstence des deux muscles décrits par M. Monneret, je ne pourrais leur accorder d'élre les agents principaux des mouvements de ces replis. Le jeu des valvules est assuré d*une manière beaucoup plus efficace par Teffort du sang, qui alternativement les applique contre les parois artérielles et les ramène vers Taxe du vaisseau. Quant au nodule d'Azanzi, sur lequel s'attachent quel* ques-unes des fibres qui depuis longtemps ont été vues dans ces valvules, il est évident, d'après ce qui a été dit plus haut, qu'ils ne servent pas à compléter Tocclusion des orifices artériels, en remplissant une ouverture que laisseraient entre eux les bords rapprochés de ces valvules.
Faisons maintenant la part de l'élasticité dans le mouvement du sang artériel. Prochaska (2), après avoir insisté sur ce que le sang coule dans les artères , à la fois pendant le relâchement et pendant la contraction du cœur, eu conclut contre Spallanzaui que le cœur n'est pas l'unique mobile du cours du sang dansées
(1) Jrch. gén. de méd., 4« lérie, t. XXI, p. 371. {2) ConiroversœquœtUphxsioL,^.^
730 DE L.\ CIRCMLATIOIV.
vaisseaux, mais que réiasticité constitue une force additionnelle. A mon avis, Prochasica se trompe. La faculté dont jouit Tartère d'imprimer une impulsion au sang par son élasticité, elle la doit tout entière au cœur, qui, en projetant le sang dans l'artère et la distendant outre mesure, a mis enjeu Télasticité du vaîj^seaa. CTest une force d'emprunt , et cette réaction élastique ne peut être supérieure à Faction qui la développe ; elle n'en constitue pas moins une condition trèi^ précieuse dans le sjrslème vasca* iaire. Vous avez vu déjà comment, par suite de cette élasticité, le sang qui est introduit d'une manière intermittente dans l'aorte entre cependant d'une manière continue dans les capillaires.
D'autres considérations très-importantes se rattachent à l'élasticité des artères. Ces vaisseaux , chez une personne bien portante, sont toujours pleins de sang pendant la vie, et le sang y détermine un état de tension permanente des parois. Hunter(l) pensait qu'au moment de la diastole du cœur, et lorsque l'artère avait réagi, la tension élastique du vaisseau avait complètement cessé, et que cette tension n'était mise en jeu que par l'abord d'une nouvelle ondée de sang lancée par le ventricule gauche. Parry avance au contraire que, pendant la contraction comme pendant le relâchement du cœur, les artères sont également tendues; qu'elles représentent un ressort continuellement bandé. C'est une conséquence de sa doctrine sur la non-dilatation des artères pendant leur pulsation (vôy.plus haut). Pour moi, je suis convaincu que, sauf le cas où il y a eu des pertes de sang considérables et ceux où la réparation du corps est incomplète, sauf les cas d'anémie en un mot, les artères sont constamment tenues dans un état de tension élastique par le sang qui les remplit; mais cette tension est plus grande pendant la systole que pendant la diastole.
On a essayé de mesurer la pression excentrique que le sang exerce sur la face interne du système artériel. Les expériences ai bien instituées par les modernes nous permettent de négliger ce qui avait été iait au siècle dernier sur ce sujet; on pourra , pour
(1) On blood, infUtmmation, etc. , 1. 1, p. ISO.
rhistorîque, consulter dans la Physiologie de Haller, t. Il, p. 231 et suiv., le para{;raphe \ni\iu\e Pressîo in lalera arterîanim perpendicularis, et les deux paragraphes qui lui font suite. M. Poiseuille a employé à cette recherche rinstrument dont il a fait usage pour mesurer la force du cœur (voy. p. 665 de ce vol.), c'est la même expérience. Nous avons vu que les pressions les plus considérables avaient été, pour un cheval, de 183,05 millim., et pour un chien, de 141,40 millim. Ces expériences ont mogtré à M. Poiseuille que la pression excentrique exercée par le sang offrait le même degré d'intensité dans tous les points du système artériel pour un même animal, sur une artère de moyen calibre, comme sur une artère volumineuse, sur une artère éloignée du cœur et sur une artère voisine de cet organe. L'état de réplétion constant des artères et le peu d'extensibilité de leurs parois auraient pu faire soupçonner le fait, puisqu'il suffisait d'appliquer ici une loi bien connue d'hydrostatique. Ces expériences ont confirmé encore une opinion émise par Lamure, savoir: que l'impulsion du sang dans les artères est plus grande au moment de l'expiration.
Mais il ne faut entendre cette uniformité de pression à la face interne du système artériel, qu'abstraction faite de l'impulsion additionnelle que la systole du cœur communique au liquide contenu dans l'instrument. Sous ce rapport, les impulsions additionnelles sont d'autant plus marquées qu'on les étudie sur un vaisseau plus rapproché du cœur. Il faut, pour constater ce fait, un instrument plus délicat dont nous allons parler. En effet , à rhémodynamomètre de M. Poiseuille, M. Magendie a substitué un autre instrument dont M. Guettet a donné une bonne description (1), en même temps qu'il a montré la supériorité de ce nouvel hémomètre sur celui de M. Poiseuille. Les oscillations de l'instrument de M. Poiseuille n'indiquaient guère que les alternatives d'inspiration et d'expiration, et non les effets de la systole et de la diastole du cœur; ces deux mouvements sont accusés par
(1 ) Gazette des hôpitaux, 1850, p. 95. — Gazette médicale de Parts, 1S50, p. ». -^ Âreh. gén. de méé., 4* série, t. XXII, p. 849.
732 DE L\ CinCULATION.
rhémomètre décrit par M. Guettet, ce qui n'empêche pu qu'il ne soit encore très-difficile de faire la part de rinfluence ventriculaire et des mouvements respiratoires. Pour se faire une idée de cet instrument, il fîiut supposer qu'à la place de U partie ^^ courbée du tube de M. Poiseuille, il y a un flacon plein de mercmc, et que la branche ascendante qui se détache de la partie inférieure du flacon est beaucoup plus étroite que la branche ascendante di tube de M. Poiseuille. Le nouvel hémomètre est beaucoup plus sensibie que celui de M. Poiseuille, et les résultats qu'on obtiest de son application sont plus simples el plus faciles à calculer. Cependant les deux instruments concordent en un point qui me parait fort important et fort satisfaisant; en effet, ils dwinentdrs moyennes qui ne diffèrent pas sensiblement.
Diverses substances ii^ectées dans les veines modifient, suivant M. Mafjendie, la pression du sang sur la paroi interne du système artériel (1). L'eau tiède la diminue; Fcau froide, Tinfusion de café, Talcool faible, les infusions aromatiques, raugmenteut. Quand on pratique la transfusion du sang, la pression diminue chez ranimai qui reçoit le sang, et elle ne change pas sensiblement chez celui qui fournil le sang à Tautre. Ces faits ont été avancés avant Finvention du nouvel hémomètre ; ils auraient besoin d*é(re confirmés.
On peut dire que Tarière est élastique dans toute son épaisseur, cependant la propriété élastique réside surtout dans sa tunique moyenne (tunique jaune élastique, tunique sèche , tunique fragiie). Ceiie membrane, qui donne aux artères leur consistance (mais non leur résistance), est elle-même assez composée; il y entre trois éléments qui ne se superposent pas régulièrement, mais qui se pénètrent : 1^ Des fibres de l'espèce de tissu jaune élastique dont j'ai donné les caractères, 1. 1, p. 234 ; elles sont plus larges ( t plus régulières vers la partie interne. 2^ Une substance qui se déchire en lamelles minces et fragiles, et dont les bords rompus ressemblent à la cassure du verre. Cette substance homogène, striée, offre çà el là les orifices qui lui ont fait don-
(1) Séance de l'intUtot du 15 Janvier 1S38 (€az. méé,, 1838, p^ 18).
oer le nom de substance fenétrée; elle forme enfin une sorte de gangue , dans laquelle sont plongées les deux autres espices de fibres. S"" J'indiquerai plus loin les caractères de la 3® espèce de fibres qui entrent dans la composition de la tunique moyenne. L'ensemble des fibres dans cette tunique oFFre une disposition annu* laire; c'est par artifice seulement qu'on peut faire prendre l'ap* parence spiroîde aux lambeaux qu'on en sépare. Malgré la disposition annulaire de l'ensemble des fibres de la tunique moyenne, les artères sont élastiques et rétractiles non-seulement en travers, mais en long. L'aorte du cochon, allongée de deux tiers, revient à ses premières dimensions; si on soumet l'aorte du cochon à une pression intérieure de 160 millimètres de mercure, elle s*aK longe de trois onzièmes , et se distend de cinq quatorzièmes (!)• Faut-il attribuer le retrait suivant la longueur aux fibres élastiques proprement dites, lesquelles s anastomosent, comme il a été dit plus haut? Elles y concourent sans doute; mais il faut faire intervenir ici la tunique cellulaire extérieure, tunique dartoïdc de quelques auteurs, dans laquelle on avait placé à tort tout le pouvoir rétractile qui ne dépend pas de lélasticité.
fjes artères J^ulMieiit-elleM d'un autre pauvair rëtraetlle que eelul qu'elles dalveut à l'ëlaatieltë ?
Ce point de la science a été très-débattu, mais il est fixé aujourd'hui.
Un grand nombre de physiologistes ont refusé aux artères tout pouvoir contractile, ils n'y ont vu que des tuyaux élastiques : ils se sont trompés.
D'autres physiologistes étaient tombés, avant ceux-là, dans une erreur diamétralement opposée et bien plus grande ; ils avaient admis que les artères pouvaient opérer, par elles-mêmes, leur systole et leur diastole , ou tout au moins accommoder ces mou- Ci} Schwann, EncxclopœiUscfie jyorterbuch der medic, fFUtenschaf- (en, B. XIV» H. 226*
vements rhythmiques , de manière à les hitt alterner ayetcen du cœur !
Le fait est que les artères jouissent d'une force de resselT^ ment autre que celle qu'elles doivent à leur tissa élastiqiK , qu'elles sont irritables. Mais ces mouvements ne peuvent en aucune manière être comparés à ceux du cœur ou niémed'oo autre muscle de la vie végétative ; ils sont lents, progressif, et par cela même ils s'adaptent mieux an rMe que ces vaiaseaox doivent remplir dans certains états de la circulation. J'ajouteqoe chez un animai à sang chaud , jouissant de la plénitude de la santé, les artères n'interviennent n;uère que. comme toyaai élastiques. Développons ces propositions.
Haller ne s'est pas prononcé d'une manière bien explicite sur le sujet qui nous occupe. < Quoique , dit-il , je ne nie pas absolamenl l'irritabilité des artères, je ne vois point que mes eipérieoces rétablissent» (t).
Bichat (2) a rassemblé presque toutes les objections que roa peut élever contre la doctrine de l'irritabilité des artères. Ces vaisseaux restent immobiles, si on stimule leur face externe à l'aide d'un instrument piquant; ils ne réagissent pas davantage contre une irritation portée à leur face interne. Une artère divisée longiludinalemenl ne renverse p^rs ses bords, comme le fait un intestin en pareille circonstance. Coupées par tranches sur un animal vivant , les parois artérielles n'offrent pas ce frémissement, cette palpitation que l'on remarque quand ou divise les muscles de la vie organique. L'injection de substances irritantes n'y provoque pas de contractions , et si les acides concentrés y causent un resserrement, celui-ci est un résultat purement physique ou chimique, et qu'on obtiendrait sur le cadavre comme sur le vivant.
g^D'autres expérimentateurs n'ont pas été plus heureux. Nysten (3) n'a obtenu aucun résultat de la galvanisation de Taorte ;
(1) Méin. sur la nat. sensible et irrilahle, etc. , p. 55, 56 et 57.
(2) Jnai. générale, 1. 1, p. 336; 1801.
(3) Recherches de physiologie et de chûnie pathola§iq9U^^ 312.
Wedenieyer n'a pu faire entrer ce vaisseau en coatractioo en Texcitant avec uue pile de 60 couples (1).
On a argué aussi de la constitution anatomique et de la com* position chimique des parois artérielles. Mascagni (2) , s'aidant du microscope , n'a pu voir la moindre apparence de fibres musculaires dans les membranes de ces vaisseaux. Guvier et Nysten (3) ont vainement cherché ces fibres dans Taorte de Té* léphant. Dœllinger fait observer que les vasa vasoram ne se ramifient pas dans les parois artérielles, comme ils le font dans les membranes musculaires. Nysten, Berzelius (4), Young(6), n*out point retiré de fibrine des parois artérielles, et plus récemment on a signalé les différences suivantes entre la tunique moyenne des artères et le tissu musculaire. Cette tunique moyenne se distingue du tissu musculaire, 1^ par sa solubilité dans Tacide azotique ; 2"" parce que la dissolution adde précipite peu ou pas par le cyanure ferroso-potassique ; 3** par son insolubilité dans Facide acétique; 4^ par son peu de solubilité dans le suc gastrique ; 5*" parce qu'elle se convertit en gelée.
Tous ces faits prouvent tout simplement qu'on ne peut s'attendre à susciter dans les tuniques artérielles des contractions anssi instantanées , aussi énergiques que celles d'un muscle extérieur, ou même aussi prononcées que les contractions d'un intestin. Ils prouvent aussi qu'on ne peut isoler dans la paroi artérielle une couche aussi distinctement musculaire que celle de certains organes creux; mais ils ne peuvent infirmer les résultats expérimentaux et les données anatomiques dont je vais maintenant présenter un exposé succinct. Je ne garantis pas tous les faits que je vais citer, mais il en est d'authentiques et de parfaitement concluants ; j'y insisterai.
Hunter(6) a fait quelques expériences sur la conlractilité des
(1) Joum, des progrés , t* X , p. 1.
(2) Prodromo delta grande anatomia, vol. 1 , p. 192,
(3) Mémoires de la Soc, de l'École de tnédec, p. 202.
(4) Fiew of animal chemisliy, p. 25.
(5) Médical lileralure, p. 527.
(6) On tkê biood, p. 124 et luiv.
736 DE LA CmCULATION.
artères du cordon ombilical. Plusieurs ligatures étaient posées à distance sur un cordon frais, de manière à y retenir le sang dans plusieurs compartiments séparés que Ton vidait successivement par ponction. Ceux qui étaient ponctionnés les premiers se vidaient plus complètement que ceux qui étaient ouverts plus tard; la rétraction des vaisseaux était plus marquée dans le premier cas que dans le second. Nous verrons plus loin de meilleures expériences de cet illustre physiolog^iste.
Zimmerman (1), Lorry ('J), Yerschuir (3), ont vu les artères se contracter sous Tinfluence des acides. Verscliuir, pour démon* trer que ce n*est pas un simple raccourcissement , allègue que le resserrement n'a pas lieu dans tous les cas; cet auteur a vu le resserrement s'étendre au delà du point stimulé , et se manifester d'autres fois sur plusieurs points isolés.
L'irritation mécanique avec la pointe du scalpel aurait réussi à Yerschuir et à Hunter (4).
Une artère simplement dénudée a présenté un resserrement comparable à celui qu'elle eût éprouvé par l'application d'une ligature modérément serrée. Les parties voisines de ce point étaient plutôt dilatées que resserrées (5).
Bikker et Van den Bos, cités par Yerschuir (p. 19), disent avoir vu les artères se contracter sous Tinfluence de Tétincelle électrique. Giulio et Rossi (6) ont obtenu des contractions ou un res* serrement par le moyen de la pile galvanique. Wedemeyer (7), qui n'avait produit aucune contraction dé l'aorte avec uue pile de 50 paires, a vu les petites artères du mésentère des grenouilles éprouver une réduction du quart , de la moitié, et même des trois quarts de leur diamètre, sous Tinfluence d'une pile de 14
(1) De JrritabilUatc ; Gœtiing, 1751, p. 24.
(2) Jncifn Journal de médecine de Vandermonde, t VI, p. 7.
(3) De Vi artfriarum fi venarum irrilahili; Groningae, 1766, p. 82, SI.
(4) On the blood, p. 124.
(5) Ibid.
(6) De ExcilabilUale cotUracUonnm inpartibusmtttculosisimvfwUa" riis {Afétn de VAcad de Turin, l. IV, p. m).
(7) Unlersuchungen uber tien Kreisiaufdei'Bftttes^ p^ 180.
CAUSES DU MOUVEMEirr DU SANG DANS LES ARTÈRES. 737
à 15 paires. Si ces Faits nç paraissaient pas décisifs, il n'y aurait pas lieu de conserver le même scepticisme à Tégard des résultats obtenus plus récemment par Kœllikcrà l'aide des cou* rants électro-magnétiques. L'artère tibiale postérieure d*an membre qu'on venait d'amputer, sur un homme, se resserra d'une manière évidente lorsqu'elle fut excitée par le courant (1).
Si on fait sur l'artère d'un animal vivant la môme expérience queHunter a faite sur les artères ombilicales, c'est-à-dire si on retient une certaine quantité de sang dans une artère, et si on fait une ponction à cette artère , elle se vide plus complètement sur le vivant que sur le cadavre (2).
Mais les expériences les plus concluantes et les plus instructives, tout à la fois, consistent à mesurer la rétraction des grosses artères d'un animal qu'on fait périr d'hémorrhagie. Cette rétraction va bien au delà de celle que l'élaslieité du vaisseau aurait produite; si bien que, quelque temps après la mort de l'animal, lartère reprend un diamètre plus considérable et en rapport avec l'élasticité des parois vasculaires. Cette rétraction est donc vitale^ c*est-à-dire qu'elle est opérée par un tissu contractile autre que la fibre élastique. Hunier av(\jt déjà constaté et énoncé ce fait, qui a été mis tout à fait en lumière par les expériences de Parry. La chose est assez importante pour que nous lui consacrions quelques lignes ; et ce détail est d'autant plus nécessaire qu'il a été complètement négligé par certains physiologistes renommés , par M. Magendie entre autres.
L'artère carotide d'un bélier mise à nu avait ^"%oo ^^ pouce de circonférence; on fait périr l'animal d'hémorrhagie en 6 minutes. L'artère, au moment où l'animal expirait, se trouvait réduite à ^'^400 ^^ pouce de circonférence; ce qui marquait une diminution de *^/4oo. L'artère, examinée le lendemain, avait recouvré ^400 de pouce, puisqu'elle était revenue à ^^5/400. L'artère carotide d'une brebis vivante avait ^^400 de pouce de circonférence. On fait périr l'animal d'hémorrhagie, ce qui
(I) jérch. gén. de méif., -I* série, t. XXII, p. 4G9. (2, Béciard, Mémoires de la Société d'émuiaiion, t. VIM, p. 669. IIL 47
738 DE LA CmOULATiON.
réduil son artère à i^^/^oo de pouce; le leDdemain, elle était revenue à ^^400 ^c pouce. Dans une autre expérience, on fit couler le san^; d'un animal en plusieurs temps , et Ton nota à mesure le décroissement du vaisseau dans sa circonférence. En regard du tableau exprimant ce décroissement , on a mis un second tableau indiquant le rétablissement successif du diamètre du vaisseau, qu*on examina 5 minutes, 10 minutes, 2 heures, 4 heures , etc., après la mort. Il y eut cela de remarquable , dans cette expérience, que,ranimal étant excessivement affaibli par la perte de son sang , Tartère commença à se dilater avant la mort de Tanimal , bien qu'on eût de nouveau retiré du sang des vaisseaux.
Toutes ces expériences démontrent un pouvoir contractile dans des artères de gros et de moyen calibre. Les observations qu'on a Faîtes sur le développement de Tinflammation ont donné une confirmation éclatante de Texisteoce de cette propriété dans les artérioles. J'en parlerai à propos de la circulation capillaire.
Enfin les recherches des micrographes modernes ont montré la présence de fibres musculaires dans les parois artérielles. D^à Hunter avait décrit une couche musculaire composée de fibres, les unes transversales, les autres légèrement obliques, entremêlées de fibres jaunes , couche placée entre la membrane interne et les fibres élastiques. Or c'est précisément là que les anatomistes de nos jours ont vu les fibres musculaires des artères. Ces fibres appartiennent au système des fibres lisses et rubânées de la vie organique. Elles sont soiubles dans Tacide acétique ; elles sont disposées en couche circulaire à la face interne de la couche élastique, dont on ne peut les isoler complètement; elles sont d'ailleurs entremêlées de fibres élastiques(l). Elles ne forment pas, comme la dit Henle, une couche épaisse dans Taorte; elles sont peu marquées, au contraire, dans les gros troncs artériels , et deviennent très-apparentes dans les artères de moyen calibre. L'épaisseur des parois des artères , comparée à leur lumière, va en augmentant des gros troncs aux
(1) Séance de la Société de biologie (Oa*. méd., 1849, p. 381).
artères de moyen et de petit calibre ; en sorte que la contractilîté est plus marquée dans ces dernières que dans les antres.
Ainsi les expériences, d'une part, Tanatomie des artères, de Tautre, établissent d'une manière irréfutable, contre Bichat (1) et contre M. Magendie (2), que les artères ont, indépendamment de leur élasticité, un certain pouvoir contractile. Mais il importe de limiter, dès ce moment, la portée et Toffice de ce pouvoir contractile. Je me prononce, sans hésiter le moins du monde, contre ceux qui ont cru que les artères pouvaient par elles-mêmes, et en exécutant des mouvements alternatifs de systole et de diastole, mettre le sangp en mouvement. Pas un des arguments donnés à ce sujet n'est probant Si on a vu battre une portion d'artère comprise entre deux ligatures (3) , ce n'était , comme l'a montré Bichat (4) , qu'un mouvement communiqué par le choc du sang contre la ligature supérieure. On a avancé à tort que le doigt, introduit dans l'aorte d'un animal , y était alternativement comprimé et à Taise : le fait n'est pas exact. On a dit que la circnlation se continuait encore pendant quelque temps après l'extirpation dn cœur; mais les mouvements oscillatoires, qu^on peut observer encore dans les capillaires, tiennent à ce qae le sang marche vers les points qui lui offrent le moins de résistance, sous l'influence de la rétraction des vaisseaux. Ceci sera élucidé dans la leçon sur les capillaires. Il suffit du simple resserrement continu des artères pour produire le phénomène, et cela ne prouve en aucune foçon qu'il y ait, dans les vaisseaux, des alternatives spontanées de diastole et de systole.
J'ai déjà eu soin de vous prévenir qn^il ne fallait point tirer argument des contractions évidentes de certaines parties du système artériel chez les animaux moins élevés que les mammifères, puisque ces parties sont plutôt des cœurs rudimentaires que des artères, quoiqu'elles en portent le nom. Telles sont les artères
(1) Jnaiomie généraU, 1. 1 , p. 313 ; Par», 1801.
(2} Précis élémentaire de physiologie, 1. 11, p. 387 ; Parii, 1836.
(3) Lamure, Rech. sur la cause de la pulsOlion des arléres, p. 53.
(4) JruUomie général, 1. 1, p. 314 ; tSOI.
740 DE LA CIRGULATIOlf.
branchiales des poissons et certaines fractions de l'appareil ci^ culatoire des holothuries.
D'une autre part, des faits nombreux établissent que c'est bien le cœur qui détermine, dans les artères , les alternatives de diastole et de systole. L'argumentation de Bichat est ici trèspressante. C'est le même coup du ventricule gauche qui ébranle à la fois tout Tarbre artériel. Une artère liée cesse de battre audessous de la ligature jusqu'au moment où les anastomoses élargies ont ramené du sang dans le bout inférieur. L'aHère carotide d'un chien adaptée à l'artère humérale d'un cadavre fait battre cette artère morte; elle ferait battre de même une poche de taffetas gommé, si on la mettait en communication avec le vaisseau. Une artère vivante cesserait de battre, si on y introduisait un courant de sang veineux. On établit, d'une autre part, que la diastole et la systole des artères ne ^nt pas nécessaires pour que le cours du sang s'y maintienne ; que la condition qui prime toutes les autres est qu'il y ait une impulsion donnée par le cœur, et que cette impulsion suffit pour entretenir le cours du sang dans les artères ossifiées d'un vieillard et dans le canal rigide qui représente l'aorte de l'esturgeon.
J'ajoute que l'existence de mouvements spontanés de systole et de diastole dans les artères serait plus nuisible qu'utile à l'établissement d'une circulation régulière, car il serait à peu près impossible que ce rhy thme s'accommodât , dans toutes les artères à la fois, avec le rhythme du cœur.
On a observé quelquefois que le nombre des pulsations artérielles n'était pas le même à chaque poignet; cela constitue ce que l'on a appelé pouls di/fërenL Armiger (I) cite un cas où il y avait 110 pulsations à un bras et seulement 100 pulsations au bras opposé. C'est d'ordinaire dans les cas de tumeurs anévrysmales situées vers le sommet de la poitrine, qu'on a observé Tirrcgularité dont je parle. Certaines positions ayant pu appliquer momentanément la tumeur sur l'artère sousclavière droite ou gauche , et supprimer ainsi quelques pulsations, ces faits
(I) London meUico vhirurg. (ransaclions, vol. 11, p. 244.
u'établissent donc pas que les arlères jouissent par ellesmêmes d'un mouvement rhylhmique. Je ne leur concéderais pas davantage ce privilège pour expliquer les cas où \e pouls diffé' rent aurait été observé sans qu'il y ait eu de lésions organiques vers Torigine des gros vaisseaux (i ). S'il arrive que le pouls balle
I lOfoisà droite et seulement 100 fois à gauche, lesiOO pulsations du poignet gauche n'en restent pas moins isochrones à 100 puisa- ^ lions du côté droit. C'est donc toujours le cœur qui est la cause des pulsations. Si quelques-unes ne se sont propagées que d'un côté, cela tient à diverses circonstances locales peu appréciées,
II n'est peut-être pas impossible qu'un resserrement anormal des fibres musculaires ait contribué quelquefois à ce résultat; mais, je le répète, cela ne prouverait rien en faveur de l'opinion que je combats.
II reste une dernière difficulté. Le cœur est ordinairement ab* sent chez les fœtus acéphales, lesquels ont des artères et une circulation particulière qui marche sans Tintermédiaire du cœur. Je réponds que rien n'autorise à conclure d'un fœtus monstrueui^ à un adulte bien organisé (2); d'ailleurs ce fait anatomique ne prouve point que même, chez ces fœtus, les artères aient exécuté des mouvements alternatifs de systole et de diastole, bien que les vaisseaux ombilicaux jouissent d'une irritabilité très-remarquable, comme l'ont récemment établi les expériences de Kœlliker (3).
Si la contractilité des artères n'est point appelée à produire les mouvements rhylhmiques de ces vaisseaux, elle n'en joue pas moins un rôle très-important.
Nous avons vu, par les expériences de Parry, que cette force
(1) Albers de Bonn cite de« cas très-détaillés de pouls différent, sans lésion organique apparente (^ar.m<$</.^ 1839, p. 633). D'autres faits du uiéme genre sont cités, Gaz. méd., 1811 , p. 88.
(2) Il serait bon que des anatomisies s'appliquassent à l*étude de l'appareil circulatoire des fœtus acéphales privés de cœur; leur circulation offre un problème physiologique bien digne dMntérét. Un de nos agrégés, M. Adolphe Richard, ancien prosecteur à la Faculté, a publié une observation sur ce sujet.
(3) Jrchiues gén. de méd., 4< série, t. XXII, p. 469.
742 mt LA CIRCULATION.
contractile proportionne la lumière du vaisseau à la petite colonne de sang qui le parcourt , chez les animaux qui ont subi de grandes déperditions de sang. Cet effet n'eût pu être obtenu avec un système de tubes qui n'auraient joui que de Télasticité.
Un système de tubes purement élastiques n'eût pu répondre Bon plus aut variations locales que les sécrétions plus ou moins actives, le mouvement nutritif, le repos ou l'action des parties, entraînent avec eux.
Une pratique chirurgicale d'une vingtaine d'années m'a permis de constater que la rétraction tonique des artères pouvait arrêter certaines hémorrhagies traumatiques , sans le concours de la coagulation du sang ou du gonflement du tissu cellulaire ambiant.
C'est à cette contraclilité qu'il faut rapporter aussi bon nombre de ces nuances du pouls que les pathologistes se sont , un peu subtilement, complu à décrire.
Lorsque la déperdition du sang a été si considérable, que la pulsation de l'artère manque dans certaines parties du corps, il est vraisemblable que le resserrement de certaines artères limite, utilement pour l'organisme , le théâtre de la circulation. La chose se passe vraisemblablement ainsi chez les cholériques ; chez eux le pouls manque souvent à la radiale , mais il n'est certainement pas interrompu dans les artères cérébrales.
lx)rsque le sang remplit et gonfle le système artériel chez les personnes en santé, l'élasticité des artères et leur tonicité, ou mieux leur retrait musculaire, sont congénères pour pousser le sang dans les capillaires , pendant la diastole du cœur. Mais, dans les cas d'anémie , ces deux propriétés des artères se constituent à l'état d'antagonisme; car la tonicité des vaisseaux artériels réduit leur diamètre beaucoup plus que ne le ferait l'élasticité du vaisseau, qui se trouve ainsi violentée , non par excès de distension , mais par un mécanisme diamétralement opposé. Ceci ne peut avoir lieu, je pense, sans qu'il survienne quelques dérangements et dans la circulation proprement dite, et dans les autres fonctions.
Quelques pathologistes modernes , $e fondant sur ce hit
assez généralement admis que les artères qui vont aux parties enflammées augmentent de volume et battent plus fortement, en ont conclu que la tonicité de ces vaisseaux était sensiblement diminuée dans les parties atteintes dinflammation. Le professeur Alison, d'Edimbourg, a fait, à ce sujet, des expériences que je cite avec quelque réserve. Uartëre axillaire d'un cheval qui avait une forte inflammation au genou l'emportait par sa circonférence sur Tartëre homonyme de Vautre membre antérieur. Dans une expérience faite sur un autre cheval, on vit que, la rétraction des parois artérielles du côté sain ayant élevé dé 16 lignes le niveau de Tcau dans un tube-, la rétraction de Tartère du membre où on avait suscité une inflammation n'avait élevé Teau qu'à 10 lignes (1).
Les fibres musculaires disséminées dans la tunique moyennedes artères sont-elles dans la même dépendance du système nerveux que les autres fractions de l'appareil musculaire? L'influence des nerfs a été assez exagérée pour qu'on ait prétendu que, chez les hémiplégiques, le pouls faisait défaut dans les membres paralysés. L'expérience journalière dépose contre cette assertion. Il faut rapporter à quelque influence locale autre que la simple paralysie l'absence du pouls, qui a été signalée par Hoffmann (2), Marshal (3) , Storer (4). Je n'accorde aucune confiance à l'expérience de Home , qui , ayant louché avec un alcali caustique les nerfs sympathiques d'un lapin , aurait vu les carotides battre pendant quelque temps avec violence. G^est à l'excitation du cœur et non à celle de l'artère qu'il faudrait rapporter ce résultat, s'il a été observé sans prévention. On est disposé à attribuer à des affections nerveuses les pulsations énormes que l'on observe parfois à la région épigasirique de certains hypochondriaques , et qui ont si souvent simulé des anévrys-
(1) Gaz méd., 1836, p. 133.
(2) Opéra omnia, t. VI , p. 237.
(3) Ànatomx of the braitij p. 239.
(4) TransacL of a Soc, for the improvem. of med* and chir. knOfV' ledge, vol III , p. 448.
mes {puisaiions abdominales). Je crois que la disposition physique que preoncol , dans certains, cas , les viscères creux du ventre, contribue à exagérer les résultats des pulsalions des artères de cette région. Du reste, il ne fout pas oublier que les filets du grand sympathique et des pneumogastriques sont si nombreux autour des artères qui naissent du trépied cœliaque et autour de Forigine de la mésentérique supérieure, qu'ils y forment une véritable tunique. A la vérité, ces nerfs sont destinés aux organes auxquels se rendent ces artères; mais ils abandonnent certainement des filaments aux parois des vaisseaux. Qus^nd on examine Tartëre mésentérique d'un cheval qui a succombé à une mort violente et qui a perdu beaucoup de sang , Tarière mésentérique supérieure est tellement contractée et offre des parois si épaisses , que sa lumière a en quelque sorte disparu (1). Dans les autres parties du corps, on voit partout des nerfs se fondre dans les couches extérieures de la paroi artérielle. Nul doute que quelques-unes de ces provenances délicates du système nerveux {neivi molles de quelques auteurs) ne se mettent en rapport avec les fibrilles musculaires de la tunique moyenne des artères. Pour éviter des répétitions, je traiterai, à la fin de la circulation , de Tinfluence du système nerveux sur la circulation générale.
Influence des anastomoses et des courbures des artères sur le cours du sang dans ces vaisseaux.
Je ne veux point parler ici de Tinfluence des anastomoses et des courbures des artères sur la vitesse du cours du sang, me proposant de traiter à part de la vitesse de la circulation. Les anastomoses peuvent être étudiées ù un autre point de vue:elles favorisent la distribution du sang dans certains organes ; elles assurent son passage lorsque, dans les différents mouvements des parties, le cours de ce liquide peut être momentanément gêné
(1) Lacauchie, communication orale. On voit là, à mon avix, une con6rmaiioo des rétuttato obtenus par Parry (voy. plut baut).
INFLUENCE DES ANASTOMOSES ET DES COUnnURES, ETC. 745
dans le vaisseau priacipal ; elles rétablisscnl , ea cas d'obiitératioa de ce vaisseau principal, une nouvelle circulation, etc. Il y a, comme on le pense, divers modes de ces anastomoses.
Dans certaines parties, les artères s'anastomosent p:tr arcades; de ces arcades, naissent d'autres branches qui, à leur tour, s^anastomosent par arcades encore, et ainsi de suite plusieurs fois. C'est par cet admirable artifice et en agrandissant, amplifiant dans le mésentère, le champ de la circulatiou, que la nature a obtenu d'une artère dont la longueur n*excède guère l'étendue du bord pustérieur du mésentère (la mésentérique supérieure ) une série de branches qui Fournissent à toutes ta longueur rie Cinteslin grêle! Les colonnes de sang qui viennent par les deux extrémités de ces arcades artérielles ont de la tendance à se faire opposition : mais elles s'échappent parles artères qui naissent de la convexité des arcades, et elles pénètrent ainsi dans les arcades de second ordre. Le même artifice anatomique se remarque dans la distribution des vaisseaux à certains conduits longs et tortueux.
Une autre mode d'anastomose non moins intéressant à connaître se remarque dans la continuité des membres et autour des articulations fiar lesquelles les membres s'attachent au tronc; elles forment autour de chaque articulation une sorte de chaîne vasculaire qui Fait communiquer l'artère de la section supérieure avec l'artère ou les artères de la section qui la suit. En outre, de longues branches musculaires et des ramifications multipliées qu'on peut injecter dans le périoste unissent les embranchements artériels qui entourent les articulations à ceux qui couvrent les articulations supérieure et inFérieure. Gela Forme dans le membre une chaîne non interrompue ; en sorte que la circulation s'y pourrait faire encore, dans le cas où le tronc principal serait oblitéré dans la plus grande partie de sa longueur. Bien plus, les artères du cou pourraient au besoin suppléer le tronc commun des artères du membre supérieur, celles du bassin ramener le sang dans le membre inférieur. Enfin toutes les ressources de la nature sont en quelque sorte résumées dans le rétablissement complet de la circulation, malgré la ligature de
l'aorte chez les animaux, ou son oblitération complète chez rhomme: état anatomique dont je connais un assez bon nombre d'exemples.
Il fout remarquer que, dans les membres, le tronc artériel est placé dans le sens de la flexion. Or, quoi qu'en ait dit Bichat, le sang passe moins facilement dans Tartère lorsque la flexion est portée très-loin. La chaîne anastomotique se trouve placée, elle, sur les côtés et même dans le sens de l'extension, comme on le voit au genou. Ces circonstances assurent le passage du sang par les voles collatérales, dans toutes les positions du membre.
Ceci me suggère une autre observation : c'est que, dans la ci^ culation collatérale qui s'établit après la ligature ou Toblitération d'une artère , le sang parcourt certaines divisions en sens inverse de son cours habituel. L'artère poplitée est-elle oblitérée, le sang suivra son cours habituel dans les artères articulaires supérieures, c'est-à-dire qu'il ira du tronc vers les capillaires ; mais, dans lesartères articulaires inférieures, il ira en sens inverse de son cours régulier, c'est-à-dire des capillaires vers les ramuscules, de ceux-ci vers les rameaux, et ainsi de suite jusqu'au tronc principal, dans lequel le sang sera ramené. (Test ainsi que les choses se passent lorsque, l'artère crurale ou l'artère humérale ayant été ouvertes et liées seulement au-dessus de la blessure, le sang revient par le bout inférieur ; c'est ce qui fait quelquefois reparaître les pulsations dans les anévrysmes , c'est enfin ce qui assure le rétablissement du cours du sang après l'oblitération du sac anévrysmal et de l'artère prineipale au voisinage de ce sac.
Le point que je viens de toucher offre une grande importance en matière chirurgicale ; il n'a guère été établi que dans le dernier siècle et celui-ci. Bien que Galien ait pu , sans le secours des injections, découvrir les anastomoses de la mammaire, de Tépigastrique, et celles de l'artère ovarique avec l'utérine, on n'avait pas, à cette époque et dans les siècles qui suivirent , la moindre notion du rôle des anastomoses dans le rétablissement de la circulation, après l'oblitération d'un tronc principal. La lésion d'one grosse artère paraissait devoir entraîner inévitable-