‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 58 sur 66 · INFLUENCE DES ANASTOMOSES ET DES COURBURES, ETC · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES ANASTOMOSES ET DES COURBURES, ETC

ment la perte du membre, à moins que, par variété anatomîque, celle artère fût double. Haller, Trew (1), Penchienati (2), Guattani, Murray, ont, des premiers, signalé le rôle des anastomoses. Murray dit qu'après avoir lié la fémorale sur un cadavre, il a va l'injection atteindre l'extrémité du membre. CTest aux anasto* moses, et non à la présence de deux artères fémorales super* ficielles, qu'il attribue la guérison après les cas de ligature qu'il a rassemblés dans son mémoire (3). Avant Murray, Guattani avait fait une expérience plus concluante encore, puisqu'il avait Injecté le membre par l'aorte ou l'iliaque primitive après avoir lié l'iliaque externe. Luteam enim impulsant aquam prodire videram ex arteriis perreptantibus articulum pedis quem ipse nuper abstuleram (4). Il obtint le même résultat d'une expérience dans laquelle il avait lié, à la fois, l'iliaque externe et la poplitée. Plus anciennement encore, Monro avait [montré dans ses planches, dont une renferme une figure empruntée au célèbre Gowper, les anastomoses des vaisseaux du pli du bras. Enfin Georges Martine (5), Gooch (6), Revans, avaient constaté qu'on pouvait comprendre dans une ligature l'artère fémorale d'un chien avec la veine et le nerf qui l'accompagnent, sans causer la perte du membre. Depuis les travaux de Scarpa et la publication de ses planches , ces notions sont devenues vulgaires.

Il y a d'autres modes d'anastomoses dont il est moins facile d'assigner l'utilité : tel est, par exemple, le cas où deux troncs se réunissent à angle aigu pour former un tronc unique, comme on le voit dans la jonction des vertébrales pour former la ba-

(1) Jneurysmatis spurii posl venœ sectionem orti hist. et curat.^ In Script, latin, de aneurysm, coltecl., p. 549.

(2) Rech, oitat.'pathotog. sur les aniurysmes de l'art, crurale {Mim. délia n. Jcad. dette Se. di Torino^ vol. VI, p. 131 ; 1781:.

(3) Scriptorum tatinorum de aneur^smatibus cotiectio, ln-4^, p. 499; Arsenr., 1785.

(4) De Extemis aneur/smatibus, in Script, latin, de aneurfsm. coll.,

(5) Commentaria in Kustachii tabulas, p. 233.

' (6) Philosophicat transactions^ vol. LXV, p. 37.

748 DE LA CinCULATlON.

silaii'e. J'en dirai quelques mots en traitant de la cîrculatioo cérébrale.

C'est là aussi que je signalerai la finalité des courbures des artères carotides internes et vertébrales. IVautres flexuosités artërieUes se rencontrent dans des parties dilatables, et Ton suppose qu'elles se prêtent ainsi à Tampliation de ces parties. Cependant il est des organes, Tutérus, par exemple, où les artères se montrent très-flexueuses, alors que Torgane a subi la plus graude expansion. D'une autre part, on voit des artères très-flexueuses dans certaines régions du corps où il ne se produit pas la moindre alternative d'expansion et de resserrement; telles sont les artères temporales. Il y a encore quelque chose à faire sur ce sujet.

QUÂTRE-VlNGT'DiXiÊHE LEÇON.

DE LA GIRCULATIOR.

(Suite.)

COURS DU SAMO DAMS LBS OAVUAAIRRS.

Messieurs ,

Nous D'avons examiné jusqu*ici que ce qu'il y a de plus grossier dans le mécanisme de la circulation: une sorle de pompe foulante (admirable sans doute dans sa conformation et douée de propriétés merveilleuses) poussant le sang dans des tuyaux qui réagissent beaucoup plus par leur élasticité que par une contraction vitale, bien qu'ils n'en soient pas dépourvus tout à fait, ainsi qu'on Fa exposé plus haut. Nous allons voir maintenant ce liquide traverser, pour aller gagner les veines, des voies si étroites, qu'on renonça longtemps à donner d'autresj démonstrations de leur existence que celles qu'on empruntait au raisonnement.

Ces voies ont reçu le nom de vaisseaux capillaires, non parce que leur ténuité les aurait fait comparer à des vaisseaux capillaires (rapprochement inexact s'il en fut jamais, puisqu'un vaisseau du volume d'un cheveu serait une sorte d'aorte par rapport aux véritables capillaires), mais plutôt parce qu'on les a comparées à des tubes capillaires.

Dans ï historique de la découverte de la circulation, j'ai montré comment ces voies soupçonnées dans le poumon, en premier lieu, avaient ensuite été prouvées, mais non démontrées de visu, |)ar Harvey, pour toutes les parties du corps ; comment le microscope avait confirmé la chose à Malpighi,Lceu\vcnhoeck, Gowper, qui avaient vu sur les animaux vivants le sang passer des artères dans les veines, chose si bien observée ensuite par Haller, Spal-

750 OS lA CiRQUt\T10K.

lanzani, Reichel, Doelling^er, et aujourd'hui par tous ceux qui ont regardé dans un microscope.

Les injections devaient fournir un complément de preuves. Celles qui avaient éié pratiquées par Enl (1) avaient montré le passage, dans les veines, des matières poussées dans les artères. A la vérité, la matière solidifiable péuètre rarement les capillaires, de sorte que, si on se croit autorisé à admettre des voies intermédiaires aux artères et aux veines d'après le passage d'une matière liquide des unes dans les autres , rarement peut-on étudier sur place, à l'aide d'injections solidifiées , la continuation des artères avec les veines. Doellinger disait ne connaître en ce genre queb démonstration, fondée sur l'examen du réseau choroldien de Sœmmering.

La science a failli rétrograder dans ce siècle. Plusieurs analomistes , n'acceptant de la doctrine de la circulation que ce qui était incontestable, irréfutable, à savoir: un courant allant du centre à la périphérie par les artères, et un autre courant allant de la périphérie au centre dans les veines, ont nié tout ce qui cofi* cerne les voies capillaires, et, comme il y a eu, à ce sujet, d'asseï nombreuses variantes, nous allons agiter plusieurs questions préalables touchant la circulation capillaire.

1"* Le- sang que les veines ramènent au cœur est^ le même que les artères ont conduit aux diverses parties du corps , saufles modifications légères provenant de la nutrition et des sécrétions? On est presque scandalisé d'une semblable question. Cependant il s'est trouvé un auteur, Wilbrand (2), qui a soutenu que le sang arrivé à la périphérie se transforme en totalité en organes, y compris le vaisseau qui Ta conduit, et que le sang vei* neux résultée son tour de la transformation des organes en sang. Ainsi la masse du sang serait incessamment détruite et renouvelée, et il suffirait de quelques minutes pour la transfomution totale de cette masse de corps, au lieu des sept années quVn a

(t) jipologlm pro dreuiaiiofte stmguirds, p. 145; Londini , 1041.

W £Hauiermg 4er l€hre des Kr9i$i4i9tf,\it9',^Z'\i;9naàt^i9M.

spéculativement concédées pour racconiplUsement de celte rénovation. Dans celte débauche d'imagination, on a encore renchéri ; témoin l'hypothèse de Runge, qui ne peut prendre place dans un traité sérieux de physiologie (1). Mais la doctrine a, d'une autre part, des diminutif : ainsi, d'après la manière de voir de Spitta (2), le sang des veines viendrait en partie des artères et en partie de la décomposition du corps. Sachs (3) a professé des idées analogues à celle-ci, et on trouve dans Doellinger lui-même quelques propositions qu'on pourrait interpréter dans ce sens.

Si de pareilles idées prennent naissance en Allemagne, c'est là aussi qu'on se donne la peine de les réfuter. Dans un assez long mémoire, ayant pour titre : Passe44ldes liquides, pendant la vie, des artères dans les veines? Mayer allègue, pour l'affirmative, que du mercure étant ii^ecté dans les veines d'un lapin, on en trouve, après quatre minutes, dans les veines pulmonaires et le ventricule gauche; que si on intercepte le cours du sang dans tes artères, il n'en revient plus par les veines; que Spallanzani constatait le même fait en liant le cœur de la salamandre, etc. Une expérience de Blundell (4) montre à quelles conséquèncesabsurdes on serait conduit, si on voulait admettre la transformation instantanée et incessante du sang en la masse du corps et de la masse du corps en sang. Sur un chien qui ne pesait pas plus de 12 liv., il établit, à laide de tubes, une communication entre la carotide et la veine crurale; en 24 minutes, il passa de l'une dans l'autre environ 12 pintes de sang. U en faudrait donc conclure que le poumon a produit en se décomposant, et dans l'espace de 24minutes, une quantité de sang supérieureau poids de l'animal.

Les arguments que Ton a donnés pour une décomposition et recomposition partielles (6) ne sont pas plus admissibles. L'excès

(1) Burdach eo a dit queiques mou {Traité de phxstol, » t. VI, p. 200).

(2) De Sanguinis dignilate in palhologia reslUuenda, p. S-14.

(3) HeutloGer, Zeitschrlft fur die organ. Phxsik,V 111, p. 171.

(4) Pathoiogical aiul phrsioiogical researches, p. 63.

(5) Encore une fois, il n*est pas question ici.de cette composition et décomposition lentes dont il sera question A propos de U nuUrition.

752 DE LA CJRCOLATION.

de sang dans les veines provient, dit-on, de celte décompositioo du corps; mais on a calculé que si telle était la cause de la proportion prédominante du sanïg dans les veines, il devrait se former, en 24 heures, '2,880 livres de san{;. Je négli{<^e les termes intermédiaires de ce calcul , persuadé que je suis qu'il est parfiaiitement inutile de prouver longuement un point sur lequel presque tout le monde est d'accord.

Gomme condition pratique de cette discussion, vous retiendrez que le même sang étant alternativement artériel et veineux, une déplétion quelconque, soit veineuse, soit artérielle, se fait sentira toute la masse, et n*est pas aussi promptemcnl réparée que le ferait supposer Tidée de celle métamorphose instantanée du sang en org^anes et des organes en sang. Nous voici donc fixés sur ce point. Oui, le sang passe en nature des artères dans les veines; mais,deh\à l'admission de la circulation capillaire, comme vous la concevez, il y a encore loin.

Le sang, en passant des artères aux veines, est-il contenu dans des voies rrguUères, dans des canaux non interrompus? D'après des Idées spéculatives ssitïs doute, des physiologistes ont pensé que le sang, parvenu aux extrémités artérielles, baignait à nu la matière animale, s'y épanchait dans toutes les directions, s'y infiltrait avant de rentrer dans les veines. L'idée spéculative était celle-ci , je suppose, que la nutrition exige te contact immédiat du liquide nutritif a\^ec ce qui est nourri. Mais on n'en est pas resté à l'idée spéculative; on a aspiré à la démonstration rationncUcde cette proposition, dans laquelle, comme vous le voyez, on fait renaître l'ancienne idée de sang é|)anchc dans un parenchyme. Vous savez que FJarvcy était resté en doute sur ce mode de communications entre les artères et les veines (voyez p. 584 de ce volume). Peu de temps après, Pccquci (I) et Mayow('J) se prononcèrent pour l'infiltration du sang dans un parenchyme. Schroidt (3), parmi les modernes, dit que le vaisseau, n'étant

(1) Disicrtalio de circulât ione sanguinis; Paris, 1651.

(2) Opéra omnia, p. 307 ; La Haye, 1081.

(3; OrganiseUio/ismetamorpfiose des Menschen, p. 33.

qu^an canal de condaite, disparaît là où la nutriiioa va s'opérer. D'autres allègaent qae la plus petite piqûre saigne, et qu'on ne pent supposer que des vaisseaux aient été divisés dans tous les cas. On parle de cellules vues dans la peau de Thomme et qui recevraient du sang; on aurait vu, à la loupe, des ouvertures aux parois artérielles dans des pièces injectées, et d'autres ouvertures aux veines pour la rentrée du sang (1). On dit aussi, dans Técole de Doellinger, que si on presse un vaisseau sur un petit poisson, et si on force le sang à refluer vers la circonférence, il s'infiltre tout à coup dans la matière animale.

L'opinion que j'examine ici est erronée; Tidée spéculative qui Ta en quelque sorte créée est fausse. H n'est pas nécessaire que le sang soit hors des vaisseaux pour que la nutrition se fasse àses dépens. Bien plus ! le sang sorti de ses vaisseaux ne nourrit pas, il agit plutôt comme corps étranger. Si le sang était naturellement à Tétat d'infiltration dans les parties , Tccchymose ne serait point un état pathologique. Or on sait que le sang des ecchymoses ne rentre pas, en nature , dans les vaisseaux; il faut qu'il soit décomposé et absorbe. La sérosité du tissu cellulaire devrait être rougeàtre ou plutôt elle n'existerait pas distincte du sang, si celui-ci s'infiltrait dans un parenchyme. L'aiguille qui, introduite si légèrement que ce soit dans la pulpe du doigt, en tire des gouttelettes de sang, peut être considérée comme un énorme pieu qui a divisé un grand nombre de capillaires ou de ramuscules vasculaires. Enfin les voies injectées et Texamen de la circulation capillaire témoignent contre l'opinion que le sang se répand dans le parenchyme des organes. Les injections accompagnées d'infiltrations sont des injections manquées. On voit, au contraire, dans celles qui ont réussi, la matière colorante distribuée régulièrement dans des canalicules. Quant k l'examen direct de la circulation capillaire, nous nous eu occuperons plus loin.

Mais n'y a-t-il pas au moins quelques exceptions à la règle que nous venons de formuler? Je n'admets pas celles que l'on a cru

(1) Burdach a rauemblé cesar5uinenlé, mais pour les combaUre {Traité de physiologie^ t. VI, p. SW7;.

lU. 48

704 PE Ik GlACLLATION.

|M>uvoir clablir. Je n'admets pas que , comme Tont dit MM. Ve^ ger et Dujardio (1), le saog arrivé aax exlrëmilés des vaisseaux du foie s'infiltre autour des globules dont ils croient cet orgaot formé, comme Teau passe au travers d'un morceau de soere. Je n'admets pas non plus que le sang s'épanche entre les granulations glandulaires, comme Gruithuisen croit Favoir yu (S). Il suffit aussi d'avoir examiné les capillaires iiyectés des vaisseaux d'un vertébré à sang froid , pour se convaincre que We^ meyer (3) a été dupe de quelque erreur, lorsqu'il a cru voir les globules du sang, s'échappant des artères du poumon des salamandres par des ouvertures spéciales, rouler comme des pais, et s'introduire ensuite dans des ouvertures veineuses. Quant à ce qu'on a décrit sous le nom de lacunes, et quant aux sinus et aux cellules des tissus érectiles , il en a d^à été question (p. 696 de ce vol. ), et j'en dirai encore quelques mots plus loin.

Les trajets par lesquels le sang passe des artères aux veines oni-ils des parois distinctes comme celles des vais^' seaux auxquels ils succèdent , ou bien sont-ils de simples ifoies dans la matière organique ? Il ne faut pas confondre cette question avec la précédente. Le sang peut parcourir des voies privées de parois membraneuses , sans être pour cela i Tétit d'infiltration dans la matière organique. Permettes-moi une comparaison : elle n'est pas relevée , mais elle est d'une justesse parfaite. Dans la coupe d'un fromage de Gruyère , on aperçoit des trous , des vides , dont les parois sont parftiitement lisses. Supposez ces vides canaliculés et qu'un liquide y soit poussé ; ce liquide ne sera pas à l'état d'infiltration dans la matière du fromage, et cependant il n'y aura pas là de parois distinctes de la matière du fromage. On pourrait comparer encore les courants sanguins, et on l'a fait, à ces tr^els, ces rigoles, que des cours d'eau se creusent dans le sable.

L'existence de parois distinctes dans les capillaires a été mise

(1) Thèses de Paris , 1838, n» 313, p. 22.

(2) BeUrœge sur PhysiognoM, p^ 159.

(3) Neckel, JrchWfw AnalomU, 1828, p* 818.

COURS DU SAMG BàM iEg CAPILLAIRES. 76fr

ea^outs et même niée par M. Doellinger (1) et plusieun de tm élèves , tels que Wedemeyer (2) et Kalteabninner (3). Ce der* nier est revenu, dans un travail plus récent, k une opinioR beaucoup moins abM)lue sur ce sujet (4).

Ceux qui ont professé cette opinion allèguent : 1® qu'on ne voit point de parois aux capillaires; 2"* que parfois, en observant sous le microscope le cours du sang dans les capillaires , on voit des globules quitter la série , s'aventurer dans la ma» tière animale, rentrer ensuite dans le courant, ou se jeter dans des courants voisins (5) ; S"* on aurait vu le sang , chez un embryon de poisson , s'épancher, s'irradier dans la substance de l'animal , etc.

Je me prononce contre cette manière de voir. Dans certaines membranes très-vasculaires , on ne pourrait démontrer un parenchyme qui servirait de parois aux canalicules vasculaires ; les courants sanguins y sont donc bien véritablement limités par des parois membraneuses. La chose est surtout très-évidente, comme le fait observer Muller (6), dans cet organe singulier, en forme de plaque, que Treviranus a signalé dans le limaçon des oiseaux. C'est un organe /;u//7tfii^, dans lequel existe un magnifique réseau sanguin, que Windischmann a parfaitement injecté. Lavez cette petite masse pulpeuse , il ne restera que le réseau vasculaire. Ces petits vaisseaux -là om donc des parois. Le ramollissement de la substance propre du rein met de même à nu des capillaires que leurs propres parois dessinent encore. L'analo.^ie nous porte à penser qu'il en est de même dans les autres parties du corps. La transpa* rence des parois des capillaires est cause qu'on n'aperçoit pas ces paroby alors que le sang remplit le vaisseau ; mab, dans des

(1) DœUîager, Venkschrifien der ÀkadêmU mh Munchen, U VU, p. 179»

(2) Untersuchungen uberden Kreislauf, in-S*; Hamiover, 1828.

(3) Froriep'8 Notizen, t. XVI, p. 308.

(4) Journal des progris des sciences méd., t. IX, p. 37 ; 1828.

(5) DodUn^er, loc. ciL, p. 187.

(6) Burdach, TNiUé de phniologie, L Yl, p. 224

Page 1