B l'A CIBGCJLATIOII
taisseaax vides , on a pa apercevoir souvent den llgma ébth' cures, parallèles, qai indiquaient TeiisieDce d'une paroi. Les glu* bules que Doellinger a vu s'engager, comme il le dit , dans h matière animale, entraient probablement dans des capillaires vides , et qu'il n'avait pas aperçus avant que les gtotmles da sang s'y engageassent.
Voici donc comment il faut concevoir la composIlioB des capillaires. A mesure que les vaisseaux se divisent et se solNliTiieDt, leurs parois deviennent de plus en plus minces. Ils perdent les différentes couches de fibres qui se superposaient à la membrane interne , jusqu'à ce qu'il ne reste dans le trsyet vasculaire que cette espèce de pellicule, de vernis , d'enduit , dont j'ai indiqué la texture ou plutôt la presque complète homogénéité (p. 699 de ce vol.). L'utilité de cet amincissement progressif ne peut vous échapper ; cela favorise le conflit du sang avec les parties qui doivent s'en nourrir ou lui enlever quelques matériaux pour les sécrétions, etc. Mais comme, d'une autre part, le sang , en passant des artères dans les veines, doit conserver son caractère propre , son individualité, il reste, pendant ce passage , contenu dans la membrane propre qui l'isole et l'élève au rang de fluide spécial.
Cet enduit intérieur se retrouve dans ces parties où le système circulatoire semble interrompu , et où existent des apparences de lacunes (pag. 600 de ce vol ). On le retrouve à la lace interne des sinus veineux et à la face interne des cellules des corps crectiles.
Que si, au lieu de montrer ces parois des vaisseaux allant en se simplifiant et s'amincissant pour engendrer les capillaires, vous voulez partir de ceux-ci pour reconstituer progressivement le vaisseau, vous verrez : P dans ces capillaires les plus fins, une seule membrane homogène^ ayant d'espace en espace des noyaux analogues à ceux des cellules à noyau ; ces corpuscules sont allongés suivant Taxe du vaisseau; 2^ dans des canaux d^à plus développés, mais qui sont encore des capillaires, une seconde couche s'ajoute à l'extérieur de la première, avec laquelle elle fait corps. Cette seconde couche porte des noyaux comme la
COURS DU SANG DAltS tES CAPILLAIRES. 757
première I mais ici ils sont dirigés en travers j au lieu d*étre allongés suivant Taxe du vaisseau; de plus, celte couche est granuleuse, au lieu d'être , comme la précédente, parfaitement homogène; 3^ enfin, dans un troisième degré, qui appartient à des voies plus larges encore que celles des deux premières espèces, on voit paraître des fibres dans Tépaisseur de la paroi vasculaire : elles y constituent une troisième couche, couche de nature celluleuse , qui se superpose aux deux autres; ces fibres sont onduleuses et allongées suivant Taxe du vaisseau. Le passage de cet ordre de capillaires à Tétat d'artère ou de veine ne se Fait pas par l'addition de couches nouvelles, mais par Taddition d'éléments nouveaux dans l'épaisseur des trois couches , et notamment de la moyenne , pour les artères , et en même temps par la transformation des éléments qui s'y trouvent.
Différents modes suivant lesquels se fait la transition des artères aux veines. Il y a un mode très-simple qui a été observé sur des embryons de poissons. L'artère principale, arrivée à Texlrémité de l'embryon, se recourbe angulairement, et revient sous forme de veine accolée à l'artère. De sorte que le capillaire intermédiaire n'a pas plus de longueur que l'angle de réunion des deux vaisseaux. Doellinger(l) et Âutenrieth (2) ont vu cette disposition que Haller avait déjà signalée.
Dans un second mode, une artériole et une veinule marchent parallèlement, mais à distance, et ils s'envoient des branches transversales de communication, après quoi ils s'anastomo- .sent ou non par arcades. Ici tous les conduits transversaux et l'anastomose terminale doivent être considérés comme des capillaires.
Ceci a été observé sur les branchies des poissons et sur les branchies temporaires des larves de grenouilles, de crapauds, de salamandres.
' Dans un troisième mode , qui est de beaucoup le plus commun, et qui appartient aux parties où la vascularité est Irès-
(1) Journal complémentaire, t. XI, p. 312.
(%) Hmdhwch flfr empihtche Phxàol., in-S«, 1. 1, p. 312; Tubioc., 1802.
768 DE LA CmCtTLATfON.
prononcée on passablement prononcée , il existe des âftorisitions , un véritable réseau dans lequel les dernière difialMis vasculaires s'anostomosent mille Fois. Les artères abontissent I ce réseau et les veines en naissent , par des branches dendriliqoes. Le vaisseau artériel et le vaisseeu veineux marchent rapprochés, mais non accolés. Il y a alors, entre ce qui est capillaire artériel et capillaire veineux , une partie réticulaire, composée de tubes de même diamètre, et où les courants n'ont plas rieo qui puisse les faire rapporter plutôt aux artères qu'aux veines; ce sont là les véritables vaisseaux intermédàires , les véritables capillaires. M. Dubois (d'Amiens), qui s'est occupé de leur étude, pense que ces courants réticulaires diffèrent des capillaires artériels et veineux en ce qu'ils manqueraient de parois. Je me suis expliqué plus haut sur ce sujet. Haller regardait comme appartenant au système veineux tout ce qui Aisait suite immédiate aux artères.
Un anatomiste auquel on présenterait deux portions du tube digestif prises, Tune au haut de l'intestin grêle et l'antre vers la terminaison de cet intestin , dirait sans hésiter : Ceci appartient au Jéjunum , et cela appartient à V iléon. Cependant cet anatomiste, ayant sous les yeux l'intestin grêle tout entier, ne pourrait dire où finit le Jéjunum et où commence Yiléon. Même chose peut être dite d'une artériole comparée à un vaisseau capillaire muni d'une simple paroi homogène. La différence est fiicile à établir; mais, là où la transformation de l'artère en capillaire est progressive, il serait impossible de dire où finit celle-ci et où commence celui-là. Cest dans les capillaires déjà pourvus de trois couches superposées, que se fait d'ordinaire la transition dont nous parlons : ce sont les vaisseaux dits de transition.
Mais il faut savoir que , pour passer des artères aux veines, le sang ne traverse pas nécessairement les trois variétés de capillaires dont on a vu plus haut la description. Quelquefois le capillaire intermédiaire à une artériole et une veinule est un capillaire de la deuxième espèce, c'est-à-dire muni de deux couches superposées ; c'est même quelquefois un capillaire de la
eOURS DU BANO DANS LRS CAPILLAIRES. 7fi0
iroMèiiMi espèce. Enfin on voit quelquefois une artériole se reootirber et se continuer directement avec une veinule (I).
Da diamèire des vaisseaux capillaires. Le diamètre de ces vaisseaux est très-peu considérable; il est généralement admis qu'il n'y en a pas de visibles à l'œil nu. Les mesures que Ton a prises sur des pièces injectées ne sont pas , comme on le pourrait croire , entachées d'exagération : une sorte d^ compensation s'établissant entre la dilatation produite par la matière injectée et le retrait produit par la dessiccation. Weber (2) a pris des mesures sur les préparations sèches de Lieberkuhn; Henle(3)ena aussi mesuré les petits vaisseaux; on a encore évalué le diamètre de capillaires pleins de sang. Le diamètre des plus petits capillaires ne s'élève pas au delà de 2 à 3 millièmes de ligne , celui des plus gros atteint 8 ou 9 millièmes. Les plus petits sont dans les poumons , ceux de la substance cérébrale sont encore très-délicats, ils ne sont pas très-gros dans les muscles ; ils sont plus grands dans la tunique celluleuse des artères, dans les capillaires des reins, dans les cartilages d'ossification en train de s'ossifier ; les plus gros sont dans la moelle des os. M. Valentin a dressé une table du diamètre de quelques capillaires; il a pris pour uniié le diamètre des capillairesles plus ténus de la substance médullaire. Je vous ai dit que ce diamètre était de 2 millièmes de ligne environ; mais, encore une fois, il est pris ici pour unité. Voici les chiffres de ce tableau: capillaires des poumons, 0,97; du nerf médian, 2,3; du biceps brachial , 3,3 ; du derme, 3,6; des villosilés intestinales, 4,4; de l'intestin grèle, 4,9; de Testomac, 5,4; du rein, 6,5; des corpuscules de Malpighi, 7,06.
Pour traduire approximativement ces mesures en chiffres dé* cimaut, je dirai que les capillaires munis d'une seule tunique
(1) On anatomiite, très-vené dans Tart des injrctioni, me proposait, il y a quelques Jours, de me montrer, sur des pièces qu'ils ponsède, des anastoittosss de ce genre, visibles à l'œil nu,
(2) ffandlfuch der AnalomU des Menschen, H. III, p. 44.
(3) Jnatamiê généralet t. 11. p. 3.
7tO DE LA CIRCULATIOBT.
ont de 0,007 à 0,030 de millimètre ; que les capillaires miui» de deux couches superposées ont de 0,030 à 0,060 de millimètre, et qu'enfin les capillaires où il y a trois couches dans la paroi, oot de 0,060 à 0,130 de millimètre : ainsi les capillaires les plus ténus ont précisément le diamètre des globules du sang, et leur lumière, qu'on peut évaluera 0,006, est moindre que ce diamètre.
Du nombre des capillaires dans les diverses parties du corps, et de la largeur des mailles de la substance organique non injectable. J'ai fait connaître, t. P, p. 201, la théorie de Ruysch sur la vascularité générale et la réfutation qui en a été faite par Haller et par Albinus. Il y a donc , dans les mailles des vaisseaux, une matière organique non injectable. Les Ues de cette matière oq^anique sont d'autant plus grandes que la vascularité des parties est moins prononcée. En général, ces lies ont, même dans leur plus peiit diamètre, plusieurs fois répaisseur des vaisseaux, capillaires qui les entourent. Cependant la richesse du réseau vasculairc est si grande au poumon que les es|)aces qui séparent ces vaisseaux ont moins de diamètre que ces vaisseaux; on dirait de petites fentes placées entre ces vaisseaux. Les Iles sont étroites dans la choroïde, les glandes de la peau et des membranes muqueuses; elles sont larges dans les parties fibreuses , les nerfs, etc.
On pourrait formuler quelques lois sur la vascularité des diverses parties du corps. Cette vascularité est très-prononcée dans les organes qui doivent séparer du sang quelques principes; voilà pourquoi elle est si marquée dans les glandes. Toutefois il n'y a pas de réseau sur la membrane propre qui fait le cuU desac de conduits excréteurs; les vaisseaux sont à dislance. La vascularité est très-évidente aussi dans les réservoirs de ces glandes; car cela empêche, comme je Tai dit, t. Il, p. 685, que leshumeurscontenues dansées réservoirs ne transsudent par imbibition dans les parties voisines. Il y a beaucoup de vaisseaux sanguins là où, tout à la fois, la sécrétion et Tabsorption doivent être trèsactives. Voilà pourquoi les tuniques intestinales , et notamment la membrane muqueuse, sont très-vasculaires» Certaines actîoQs,
comme la cootraction musculaire, Finnervatioa, semblent dé* penser quelque chose que le sang renouvelle : de là la vascalarite des muscles et de la substance grise cérébrale. Là où il u*y a que nutrition pure et simple et intervention passive dans la locomotion , comme dans les tendons , les ligaments , les carti« lages, etc., la v«iscularité est peu prononcée; cependant les os ont une assez notable proportion de vaisseaux. Certaines parties en sont complètement dépourvues : telles sont les épidermes, les épi-* théiium, Témail et Tivoire des donts, le tissu du crislallini Tespèce de vernis qui forme la surface lisse des membranes séreuses, la couche la plus intérieure des vaisseaux, la lame posté* rieure de la cornée, les ongles et les cornes. On dispute sur Vexisr tence des vaisseaux dans les cartilages* diartbrodiaux (|voyez l.l*^p.2l6).
Les capillaires, en même temps qu'ils offrent des dispositions très-variées dans les divers organes , ont , pour chaque organe en particulier, et même pour chaque point limité d'un même organe, des dispositions qui sont toujours les mêmes; si bien que, suivant la remarque de Sœmmering, un anatomiste exercé pourrait dire, en examinant au microscope une pièce injectée, dans quelle partie du corps elle a été prise. On pourra voir la confirmation de cette vérité soit dans les pièces injectées, soit dans les écrits d'Albinus, de Lieberkuhn, de Bleuland, de Prochaska, et surtout, parmi les modernes, de Doellinger, de Berres, de Weber, de Huschke, , de M. Hirschfeld (1); on pourra lire avec fruit un rapport de M. Giraldès sur des pièces aoatomiques envoyées par M. liyrti, de Prague, à la Société anatomique, la dissertation inaugurale de M. Boulland (^), et la thèse que M. Segond vient de composer à Toccasion du concours de Tagrégatioa (3). Toutefois il faut plutôt rapporter aux artérioles
(f ) Des injections capillaires. Tiièies de Pari*, 1848, n^ 223.
(2) Becherches microscopiques sur la circulation du sang dans le canal digestif, le foie et les reins, 1849, n^ 164.
(3) Le système capillaire sanguin {^natom.etphxsiolog,)»p,\SeHvàf.; Paris, 18S3.
qui vont devenir vaisseaux capillaires , qu'à ces capiilairei euimêmes, ce qu'on a dit de Tapparence des petits vaitseaux dus les divers organes. Ces petits vaisseaux ressemblent à des arb<h risations dans Tintestin et Tépididyme, à des éiaiies sur le foie , à des houppes à la langue, à des vrilles ou boucles dans k placenta , à des goupillons dans la rate , à des chevetsx boudés dans le testicule et le plexus choroïde , à des anses dans l'iris, à des franges dans la pie-mère, a un treillage dans U pituitaire, à des aigrettes ou panaclies dans la capsule da cristallin (1). Je parlerai ailleurs des glomérules^ des artères bélicines, et des réseaux admirables.
Y a-t-il des vaisseaux capillaires plus ténus que ceux qoi constituent le système réticulaire observé par tous les roooih graphes? Je rejette les vaisseaux décroissants que Boerhaave semblait avoir inventés pour les diverses séries de globales du sang admises par Leeuwenhoeck. Je n'ai point admis non plus les filaments décrits par Fontana (t. I , p. 203).
C'est gratuitement que Bichat met en communication avec les capillaires généraux les systèmes exhalant et absorbant. U n'existe point de vaisseaux exhalants comme l'entendait Bichat, et j'ai montré ailleurs qu'il n'y avait pas de communication entre les origines des lymphatiques et les vaisseaux sanguins.
11 n*y a pas non plus de communications directes entre les vaisseaux capillaires sanguins et les origines des conduits excréteurs.
L'existence de conduits séreux qui , en libi*e communication avec les capillaires sanguins , ne recevraient cependant que la partie claire ou le plasma du sang, et n'admettraient pas les globules dans l'état physiologique, semble appuyée sur les changements si rapides de couleur que peut- présenter la conjonctive. Transparente et blanche dans l'état ordinaire, on la voit tout i coup rougir pour les causes les plus légères , l'introduction d'un grain de sable sous la paupière, par exemple. On pourrait donc
(1) Soemmering, de Corp. hum, fabr,, t. V, p. 76; Béclard, JiuU. gin*' 3«édit., p. 296; Paris, 1852.
PHÉNOMÈNES DE lA ClRCtLATION CAPILLAIRE. 763
supposer que les globules sout admis alors dans un ordre de vaisseaux qui les excluait auparavant; mais on peut tout simplement expliquer le phénomène en disant que des capillaires , où les globales étaient reçus en petit nombre, en reçoivent tout à coup une quantité beaucoup plus considérable. Du reste, on conçoit la nutrition à Faide de capillaires qui ne recevraient que le plasma du sang. Ces capillaires alors ne constitueraient pas des vaisseaux à part. Suivant M. Lambotte, de Liège, les membranes séreuses seraient entièrement composées de vaisseaux séreux; mais cette opinion parait diFficile à concilier avec les recherches d'histologie concernant ces membranes.
Krause a vu dans le muscle tibial antérieur des tubes de 0,0008 allant d*un vaisseau capillaire à Tautre. Henle , qui explique cette apparence par une injection incomplète (I), dit avoir observé, de son côté, dans la substance cérébrale , des filaments attenant aux vaisseaux, et d'une ténuité si marquée qu'ils étaient à peine aperce vables à un grossissement de 300 diamètres. Il n'est pas permis de se prononcer sur la valeur de ces Faits, qui d'ailleurs ne détruiraient point cette proposition que les derniers réseaux capillaires sont formés en général de vaisseaux d'un même diamètre, et qui semblent arrivés, pour chaque partie, au dernier terme de leurs divisions.
Phénomènes de la circulation capillaire.
Noms nous sommes borné jusqu'ici à déterminer quel est le ^iége, quel est le théâtre de la circulation capillaire; nous allons maintenant étudier ses phénomènes, après quoi nous remonterons à leur cause.
Les phénomènes de la circulation capillaire ne tombent point sous le sens de la vue, si Tœil n'est aidé d'un instrument grossissant. Ces phénomènes doivent être étudiés sur des parties transparentes, bien rarement snr des parties opaques ; on les a observés principalement sur les animaux à sang froid, sur quelques
(1) Jnaiomiê générate, U ll| p. 3.
parties d*aiiimaux à sang chaud; sur les larves et les embryons de diverses espèces. La circulation capillaire a été observée sorb membrane interdigilale, les poumons, le mésentère, la vessie, la langue des grenouilles; sur la queue de la grenouille à l'état ;de larve ; sur les branchies des larves de protée ou de triton; sur les poumons et le mésentère des salamandres , et aussi sur les branchies de ces animaux à Fétat de larves; sur la queue, les nageoires, des très-jeunes poissons; sur les ailes des chauves-souris; sur le mésentère des souris, sur la vessie de jeunes surmulots, sur Tœuf couvé; on Tétudie très-bien sur les poches à air des oiseaux (I). Parfois on a soumis les animaux à réthérisation, pour éviter les mouvements qui dérangent la préparation (2).
Soit donc une de ces parties conveoablement disposée sur le porte-objet du microscope , le plus merveilleux spectacle se présente aux yeux de l'observateur. Ici des torrents de globules traversent, avec une vitesse sans égale, les capillaires artériels; ailleurs les capillaires veineux ramènent des flots de ces globules , pendant que, sur le fond du tableau, se dessine un réseau de petits courants où circulent, un à un, des globules moins rapides dans leur course que les précédents. De célèbres micrographes, de grands physiologistes, Haller entre autres, ne pouvaient se détacher de celte contemplation, dans laquelle ils s'oubliaient pendant des heures entières.
Mais il faut prendre, un à un, les détails de ce tableau, et traiter séparément les questions que soulève la circulation capillaire.
Il est bien évident que, chez les animaux vivants, les réseaux capillaires sont parcourus par des globules suspendus dans du sérum. Ceux qui ont nié les globules n out jamais eu sous les yeux le tableau de la circulation capillaire. Quant à l'existence du sérum, il a paru plus difficile d'en acquérir la preuve; mais les faits suivants ne permettent pas de conserver de doutes à cet égard. On voit des globules se mouvoir ensemble, bien que séparés , ce qui prouve qu'ils sont entraînés par un véhicule
(1) Sappejr, communication orale.
(2) Lebert, Mémoires de la SocUté deHolqgie, t. IV, p. 79.
PUIVOMXNES DE L4 ClUCtJLâTlOll CAPULAimS. M6
commun ; ils s^avancent , a-t-on dit , comme des morceaux de bois flottants. Ce n*est pas que parfois plusienrs causes que je dirai ne fosseot marcher, dans un même vaisseau , certains globales plus vite que d*autre$; mais cela ne détruit point Tarçument qui précède. Doellinf^er a vu quelquefois un globule, arrêté le long de la paroi d'un capillaire, osciller sous Tiofluence du courant invisible de sérum qui se foisait dans ce vaisseau. Il y a des capillaires qui , à certains moments, ne semblent livrer passage qu'à du sérum; puis on remarque que des globules s'introduisent dans le vaisseau.
Des observations qui ne datent pas d'une époque très-éloignée ont montré que le sérum contenu dans les divisions vasculaires et dans les capillaires y joue un rôle assez important. Il se passe dans ces capillaires le même phénomène que M. Girard avait observé dans des tubes de verre d'un petit diamètre , parcourus par des liquides qui peuvent les mouiller. Il s'établit au contact du liquide avec le tube une couche immobile. De même , entre le courant de globules et la paroi vasculaire, on aperçoit une couche transparente de sérum parfaitement immobile. M. Poiseuille (t) figure cette couche dans des capillaires de divers diamètres; elle ofFre l'apparence d'une zone pellucidequi borde la colonne de globules. Cette apparence, que Weber (2) avait remarquée aussi, a été attribuée par lui à l'existence de lymphatiques parallèles aux vaisseaux et contenant des globules de lymphe. Mais cette interprétation est inadmissible. Si, comme l'a fiiit M. Poiseuille, on pose à distance Tun de Tautre, et en travers sur le vaisseau, deux petits cylindres de platine, de manière I intercepter le courant, la couche séreuse disparaît à l'instant. M. Poiseuiile fait observer encore que les deux lignes qui bordent la colonne de globules rouges sont transparentes au mésentère comme ailleurs , bien que le vaisseau soit là avolsiné par des chylifères qui ne pourraient offrir l'aspect des lymphatiques or-
ci) Rcch. sur les causses du mouvement du sang dans les vaisseau» capitlaires, pi. i, fif^. 1.
(2) Muller*8, Jrchu» fUr Analoinie, 8. 2b7 ; 1837.
7M W LA GIRCCLA7IQ9.
41iiaires{l). La fx)ucbe immobile de sérum se voit aussi bien dans loi capillaires qui oe donnent passage qu'à un globule de frool que dans les autres capillaires.
La présence de la couche immobile de sérum explique plusievs phénomènes microscopiques delà circulation capillaire. Ainsi:
1** Deux globules marchent de front : Tun d'eux est très-près ée Faxe du vaisseau , Taulre est un peu engagé dans la couche iimDobile de sérum ; celui-ci marche moins vite, et Tautre le dovance.
2® Un globule , plus profondément entré dans cette ooudie tanmobile, y est arrêté; un autre globule, librement entraîné par le courant , frappe le bord libre du premier, le dégage ainsi, et le rend à la circulation.
3^ Deux globules flottent à distance ; si Tun d'eux est pins rapproché de la couche immobile , il se ralentira , et les deux globules s'écarteront.
4^ Parfois, dans un capillaire très-ténu , un globule elliptique d'un animal à sang froid se place de telle sorte que ses deux extrémités s'enfoncent dans la couche immobile ; d'autres arrivent par derrière, auxquels le premier fait barrage; le tout se meut Uéi-lentement.
6** Lorsque le cœur languit, il n'est pas rare que des globules venant à s'embarrasser dans cette couche de sérum immobile, il 84 fasse des amas qui se propagent à des capillaires voisins; jMlis, les globules venant à se dégager, il se fait une débâcle , et la circulation se rétablit. Plusieurs de ces observations appartiennent à M. Poiseuille ; l'explication est de lui.
Je reprends l'examen de la circulation capillaire. Il y a des capillaires dans lesquels deux ou trois globules marchent de front , d'autres n'en laissent passer qu'un à la fois : tel est , en général , le cas des capillaires réticulés.
(f) Loe, cit, p. 74. Cet argument n'est peut-élre pas très-ooncluant pour lai cfajrUfèret des repUlet, cbylifères dans lesquels oo ne Toit pat drailer un Uquide émulsionné. Il ne serait pas meilleur pour les lymphatiques du néseotère des oiseaux.
PHÉNOMÈNES 0S LA GWCULATION CAPILLAIRE. 9t7
On ft'esC demandé si les globules changeaient de forme dans filières étroites. J*ai cité , tome III , page 35 , le passage dans lequel Leewenhoeck dit qu'ils s'allongent. Spallanzani (I) a fait It même observation ; le fait a été noté aussi par Reichel (8). Doellinger objecte que dans ces capillaires où les globules sem- Ment comprimés , on voit quelquefois un second globale se placer à c6té du premier, et que d'autres globules tournoient pendant leur progression , ce qui montre qu'ils sont à leur aise t ae peuvent être comprimés ; mais ces observations n'infirment point celles qui ont été iiiCes sur des filières plus étroites.
Le sens dans lequel se font les courants est très-apparent et ne parait pas soumis à de fréquentes perturbations dans les capillaires décidément artériels on veineux. Il y a pourtant, même poor cet ordre de vaisseaux , certaines conditions qui peuvent fiire varier la dilatation des courants. C'est ce qui arrive dans les votes anastomotiques , où le sang se meut tantôt dans un sens 9 tantôt dans Tautre , suivant que la circulation est plus ou moins libre dans les troncs que ces anastomoses mettent en rapport. Dans les capillaires réticulés, où il est pins difficile de dire ce qui est artériel et ce qui est veineux, la direction des courants n'est pas constante , et nne foule d'influences peuvent la modifier. On a comparé cette partie réticulée à un système d*irrigation qui aurait poor affluents les artères et pour tuyaux de déehrge les veines.
J'ai déjà dit que parfois certains capillaires étaient vides Divers phénomènes peuvent y être observés lorsque des globules s'y engagent ( Doellinger croyait que dans ces cas il y avait irruption des globules dans la matière organique). Tantôt un globule engagé dans le capillaire vide hésite, se ralentit, et rentre dans la voie qu'il avait quittée ; ou bien il continue sa route , s^approehe d'un autre courant , s'accélère en y arrivant , et là tantôt il est repoussé , tantôt il s'incorpore à ce courant. Quelquefois , au lieu d'un globule, c'est une file de globules qui se
(1) Expériences sur la circulation, p- 281.
(2) De sanguine ejusque motu, io-4^i p. 16; Upê.^ 1767.
W DB LA CmCCLâTIOll.
comportait oonme noas venons de le dire. Si le Taisseiii vide est biforqaé, la série de globales qui s'y est engagée se partage en deux séries secondaires. Les micrographes se sont conpla dans la description de divers incidents de cette circnhtion apillaire ; j'en choisirai deui pour eiemples. Deux capillaires qoi ne charrient qu'un globule de front se réunissent à angle poor former an petit tronc qui lui-roème n'admet qu'an globale; dans ce cas , les deux séries afférentes engagent , chacune à leor toar, un de leurs globules dans le tronc unique , et pendantqoe le globule qui est en tête de la série de droite s'engage dam le tronc unique, le globule qui est m tète de la série de gauche recule pour le laisser passer, et ainsi de suite , alternativement Ce petit détail est fort agréablement raconté par Spallanzani (I). Souvent, comme Tout vu Haller et Doellinger, des globules s'engagent dans les deux extrémités d'une arcade anastomotique qui n'a pas de débouchés à la partie moyenne. Arrivés là , ils se heurtent pendant quelque temps ; enfin l'un des globules bat en retraite, il est suivi par les autres, et alors le courant se dessine dans le petit conduit anostomotiqne.
La vitesse des courants capillaires parait excessive ; mais, comme on le conçoit , on en prend une idée exagérée à I aide du microscope , lequel amplifie démesurément le champ dans lequel se passe ce phénomène. Cette vitesse est plus grande dans les séries artérielles que dans les séries veineuses (2). Les angles et les courbures des petits vaisseaux ne paraissent point la diminuer (3). La vitesse est moindre dans les vaisseaux réticulés que dans les vaisseaux qui y sont afférents. Le mouvement parait aussi rapide dans les courants qui charrient deux globules de front que dans les séries composées d'un plus grand nombre de globules (4). L'incorporation d'une série artérielle dans une série veineuse , et par le côté de cette série veineuse, y accélère le courant.
(1) Expériences sur la circulation, p. \p.
(2) Hailcr, Opéra minora, 1 1 , p. 9(.
(3; Spallanzani, Expériences sur la circulalion, p. 250. (4) Doellinger, Journal des progrés, u IX, p. o.
^^ PHÉBroaJSNES DE LA ClRCULATIOll CAFILLAIU. 709
Dans les vaisseaux qui admettent, à la fois, un grand nombre de globules , ceux de ces globules qui sont le plus rapprochés de Taxe sont entraînés par un mouvement beaucoup plus rapide que ceux de la circonférence. Ce que j'ai dit plus haut des efFets de la couche immobile de sérum eût pu faire prévoir le lait; mais il était connu depuis longtemps, et avant qu'on eût » dMervé cette couche immobile de sérum. Malpighi (1) et Schretber (2) Favaient déjà signalé. Il a surtout été démontré par Haller (3), il a été observé aussi par le D' Parrot (4); Doellinger n'a pas été assez heureux pour le constater. Les premiers observateurs attribuaient au frottement le retard éprouvé par la couche périphérique des globules qu'un courant emporte. M. Poiseuille fait intervenir, comme nous Pavons vu , la couche immobile de sérum qui adhère aux parois vasculaires. L'excès de vitesse des globules centraux sur les globules périphériques est d'autant plus marqué que la circulation générale est plus rapide.
Après avoir traité de la vitesse de la circulation capillaire, disons quelques mots de son rhythme.
Le cours du sang est continu dans les capillaires , lorsque ht circulation générale s*uccomplit avec régularité et une vigueur suffisante ; si , au contraire , Tanimal est affaibli , il y a une saccade dans les artérioles, mais le cours du sang est encore continu dans les veinules. Avec un affaiblissement plus grand de la circulation , les veinules ont aussi la saccade. Dans cet état de choses, la circulation n'est pas encore intermittente ; elle le devient, si la faiblesse du cœur est plus prononcée encore. A chaque contraction de cet organe, les globules avancent par un mouvement saccadé , puis tout entre en repos pendant la diastole. Enfin , dans un degré plus marqué encore d'affiaiblissement, les globules avancent vers la périphérie à chaque con-
(\) De Otncnto et adiposis ductibus, p. 42.
(2) Jlmagestum mcdicum, io-4®, p. 227 ; Lips., 1757.
(3) Elementa phx^ologiœ, t, 11, p. 166.
(4) Disi. de molusangninùi incorpore iiumano, iaS^lDofpHj 1814.