IH
TiO UB LA CIRCULATION.
tracUoa du cœur, et ils rétrogradent dès que la sy&tole a cela tieutà ce que cette syslole n'a pas été assez paissante pour surmonter les obstacles qui s'opposent à la progression du sang. C'est là une des formes de ce que nous allons bientôt décrire sous le nom d*oscWaiion du sang.
Parmi les physiologistes qui ont vu le mouvement saccadé se propager jusqu^aux capillaires, il en est plusieurs qui n'avaient point aperçu la coïncidence de ce feit avec Tafiaiblissement da cœur. Cet affaiblissement ne peut cependant être considéré comme une condition sine qua non de la saccade. Je vous montrerai , en parlant de la circulation veineuse , qu'on observe parfois la saccade dans de grosses veines , pendant la phlébotomie , sans que le patient soit le moins du monde à l'agonie; mais ce que j'ai dit est la règle.
La saccade a aussi des rapports avec Tàge des individus dont on étudie la circulation capillaire. A la quarantième heure du développement du poulet, Spallanzani voyait la saccade à la fois dans les artérioles et le$ veinules; de plus, le sang s'arrêtait pendant la diastole du cœur : de sorte que le mouvement de ce liquide était réellement intermittent. Dès le troisième jour. Tin* termittence a cessé, et le sang s'avance à la fois pendant la diastole et pendant la systole du cœur. Les embryons de grenouilles et de poissons ont offert, dans leur circulation, les mêmes phénomènes que nous venons de décrire (1).
V oscillation cùm\\iwt une forme particulière du mouvement du sang dans les capillaires. Ce phénomène a été étudié par des physiologistes distingués, par Haller, Spallanzani, Wedemeyer, Doellinger, de Blainville, etc. etc. ; il consiste dans une sorte de va-et-vient des globules du sang. Cela constitue Tétat normal de la circulation chez les animaux qui n'ont pas un véritable circulas (Yoy. 1. 111, p. 586 et suiv.); mais il est vrai de dire que, chez eux, Toscillation n'a pas pour siège spécial les capillaires , mais bien l'appareil circulatoire tout entier. Chez les ani-
( 1 ) OEsierreicber, Fersuch einer Darstellung der Lefu^ vom Kr^Umfé des Blutes, io-S» ; Numberg, 1820.
PHÉNOMÈNES J^E U CttCUtATlOlt CAPIIXAIBE. 971'
maux verCébrés, on observe l'oscillation : i^ dans les vaisseaux qui se forment (j'en parlerai ailleurs); 3^ dans certaines anasto* rooses capillaires , où , comme nous Tavons vu , le courant ae montre parfois incertain; 3^ dans les réseaux capillaires, sous Tinfluence d'obstacles locaux ; mais cela est rare et purement éventuel; 4"" dans les mêmes réseaux, lorsque le cœur est excès* ' sivement affaibli, comme on Ta vu plus baut ; la systole et k diastole ont encore prise sur le phénomène dans ces condition»; 6® après Tarracbement du cœur, la ligature de Taorte, ou après que le cœur a cessé de battre ; 6'' sur des jMirties fraîchement sè> parées d'un animal vivant ; 7^ après la section des artères qui se rendent aux parties dont on observe la circulation capillaire , ou après la ligature de ces artères; 8^ dans des parties où Ton excite, par des agents chimiques ou physiques, le développement du travail inflammatoire.
Il serait dif6cile de donner une description du mouvement oscillatoire chez les animaux mourants qui fût plus fidèle que celle que je vais emprunter à Haller ; voici en quels termes il s'exprime à l'article ayant pour titre PHiBiiOMBNA biotiis pro-
GRBSSIVI TURBATI ET LANGUENTIS.
Retrocessionem sanguinis, nisi mors excipit, sequitar oscillatio, frequentissimum in vwis ammalibut plujenome-' non. Qui nempe sanguis ad cor redibat refluas, eum vis cor" dis supersies, incitata in nativum ordinem restitua , cogit-queporro ad exiremos ramulos ferri. Sed causa quœ mo^ tum sanguînis invertit, eiûiem porro se cordi obponit; ergo paulo post sanguis ex ramis in truncum regreditur, nova* que a cordis impuisu in legitimum ordinem reducitur, donec velpiena cordis Victoria sit, vel quod nuncponimus, motus sanguis omnino subprimatur. Nuila autem iinea est, secun* dum quam sanguis non eat redeatque , non ex ramis in truncum proprium unice, sed ex ramo per canalem médium in alium truncum, aut peripsum di\;isionis punctum an* gulique verticem, ex ramo in alterum ejus trunci ramum, aut mille demum aliis modis, Diu oscillatio superest multls sœpe lioris, maxime in ramo, qui duos truncos unit*. OsoU"
772 DE LA CmCULATlOlI.
latio sanguinls motum sœpe restitait (1 ). 11 n'y a pas one seok proposition, dans ce passage si substantiel, qui ne soit établie sur des expériences propres à Tauteur.
Chez les animaux mourants, ou qui viennent de socoomber, la stagnation succède à Voscillation, Les globules se réunissent, s'agglomèrent en masses plus ou moins foncées. Gela commence dans les capillaires et marche vers les rameaux , puis de ceux-ci vers les troncs : telle est du moins la marche ordinaire; si bien que le cœur peut encore introduire quelque peu de sang dans Torigine de Faorte , sans que le mouvement se propage aux parties éloignées , aux artères mésentériques , par exemple. Quelquefois la circulation, interrompue dans certaines régions du corps, se conserve dans d'autres parties. J'ai déjà énoncé le iait (p. 742 de ce volume) comme devant se réaliser souvent chez les individus atteints de choléra ; il se présente aussi dans les autres genres de mort. Haller dit : Ita in liomine sœpe diu eiiam ante moriem, une alterogue die, pulsum et pêne calorem a manu abfaisse vidi, cum intérim caput vigeret, mentisque imperia Ungua libère exprimeret.
Je décrirai comme appendice à la circulation , et lorsque nous connaîtrons tous les éléments du problème , Fétat du système vasculaire après la mort.
Des causes du mouvement du sang dans les capillaires.
A mon avis, il ne peut y avoir le moindre doute sur ce sujet, qui a pourtant divisé et qui divise encore les physiologistes.
Dans la doctrine de Harvey, les cavités intermédiaires aux artères et aux veines (il ne connaissait pas leur nature) se réduisent à desimpies voies de communication dans lesquelles le sang est mû par la seule impulsion du cœur. Cette donnée, si juste à quelques égards , a singulièrement été méconnue par certains physiologistes modernes. Suivant Bichat (2) , le sang
(1) £lem. physiol., t. Il, p. 219.
(2) Jnatomle générale, 1. 1 , p. 50U; Pari«, 1801.
arrivé dans les capillaires est tout à fait soustrait à Faction du cœur, c'est la contractilité de ces petits vaisseaux qui le met en mouvement. Un mobile unique ne pourrait expliquer toutes les variétés locales de la circulation capillaire, telles que la rougeur ou la pâleur des joues dans les diverses émotions, les phéno* mènes de congestion , d'inflammation , etc. Il en a appelé, pour expliquer toutes ces variétés de circulation locale , à deux des propriétés dont il a doué ces petits vaisseaux : la sensibilité or^ ganique, qm fait qu'ils admettent ou repoussent Tabord da sang; la contractiliië organique insensible, par laquelle ils le mettent en mouvement (voyez t. 1***, art. Fitalisme, de raes^ Prolégomènes).
Broussais a professé sur ce point une doctrine qui ressemble beaucoup à celle de Bichat. Pour lui, un amas de capillaires représente un cœur qui donne au sang une impulsion nouvelle. Il a développé ses idées à ce sujet dans deux mémoires assez pauvres qui ne sont pas exempts de fautes d*anatomie*(1).
M. Schullz (2) a, s'il se peut, renchéri sur Bichat et sur Broussais. Cet auteur représente le système capillaire comme constituant un vaste réseau qu'il nomme système përiphë^ tique. Dans ce réseau, le sang se me\xl autour du cœarti dans toutes les directions. Ce système, qu'on ne peut considérer comme faisant partie d'un cercle dans lequel entreraient les artères et les veines, est en simple communication avec le cœur au moyen de ces artères et de ces veines, lesquelles représentent des rayons allant du cœur au système périphérique et du système périphérique au cœur. Ce système l'emporte d'autant plus sur le système central que l'animal occupe une place moins élevée dans l'échelle zoologique. On voit sauter une grenouille à laquelle on a excisé le cœur. Le système capillaire continue de fonctionner pendant quelque temps, quand l'action du cœur a cessé; il entretient encore le mouvement du sang dans les par-
Ci] Mém. de la Soc. méd. d'émul.,i. VU, p. 1. BrouMais croyait que le sang était porté à la rate par la veine tplénique ! (2) Iku Sxiiem der Circulation, s. 268.
774 DE LA GIRCUIATION.
lies séparées du corps, ce qui explique la possibilité de lear réonioD. Ce système entretienl le mouvement du sang chez les asphyxiés dont le cœur a cessé de battre et chez les animaux plongés dans la torpeur hybernale.
Presque tout cela est inexact. Du reste, le système périphérique de Schuliz diffère du système capillaire de Bichat, en ce qu'il ne contient point les vaisseaux absorbants, exhalants, séreux, etc. , que Bichat y avait gratuitement introduits et mis en communication avec les vaisseaux sanguins.
En regard de ces opinions, où Ton exagère d'une manière si déraisonnable Faction des capillaires, nous trouvons celles des physiologistes qui dénient toute action à ces petits vaisseaux. Nous avons vu Spallanzani affirmer que le cœur suffit à tout (voyez p. 727 de ce vol.).
M. Magendie (1) nie la contractilité des capillaires; il en est de même de IM. Poiseuille, etc. (2).
Voici , Messieurs, ce que j'ai constamment professé sur ee sujet, qui intéresse â un si haut degré les théories médicales et la pratique. Je déclare queye ne connais pas un seul fait qui autoriseà admettre que la contractilitédes capillaires constitue, pendant la circulation normale, une force additionnelle qui pousserait le sang vers le cœur. Il faudrait , pour qu'il en fût ainsi, qu'il exisiàt dans ces vaisseaux une sorte de contraction rhythmique qui alternerait avec leur relâchement; il faudrait que ces vaisseaux entrassent alternativement en diastole et en systole ; et peut-être même un système de valvules ne serait- il pas inutile pour assurer leur action et empêcher la rétrogradation du sang, rétrogradation peu à craindre à la vérité, puisque le sang trouverait toujours plus de facilité à s'écouler du côté des veines, où il y a moins de résistances que du côté des artères, d'où vient le vis a tergo. De telles contractions n'existent point, elles n'ont jamais été vues. Tout ce qu'on peut dire des
(t) Précis élémentaire de physiologie, t. Il , p. 3W. (2) Kech. expér, sur les causes du mouvemenÈ du sang dans les vaisseaux capiUaires, p. 43.
capillaires, c*est que tantôt ils sont dans un état de resserrement plus ou moins permanent, tantôt dans un état de dilatation, cir« constances qui peuvent sans doute modifier localement le passage du sang, mais qui, dans aucun cas, ne peuvent lui imprimer une impulsion additionnelle. Et ce que je dis ici de Tétat de dilatation ou de resserrement des capillaires, il Faut peut-être Tentendre autant de la matière organique dans laquelle les capillaires sont plongés que des parois de ces vaisseaux, parois si minces qu'on peut à peine en démontrer Texistence. Ainsi , sur ce premier point, il n*y a pas matière au doute, c'est Faction du cœur qui fait passer le sang des capillaires dans les veines; et ces capillaires ne peuvent , en aucune façon, être assimilés, dans leur ensemble, à un nouveau cœur, un nouvel agent d'impulsion destiné à faire parcourir au sang sa carrière circulaire.
Mais je ne suis pas moins opposé à ceux qui, ne voulant voir qu'une simple pièce d'hydraulique dans Tappareil circulatoire, méconnaîtraient que le sang est porté comme par fluxion vers certaines parties dont Tactivilé est augmentée. Gomment le coup de piston unique et aveugle du cœur expliquerait-il lafllux du sang aux mamelles quand vient la fièvre de lait, à Futérus quand commence la gestation, à la conjonctive lorsqu'un corps irritant a touché cette membrane, à la papille, aux dépens de laquelle va se développer le nouveau bois du cerf, à Testomac quand Taliment vient d'y être introduit (voy. t. II, p. 02), au pancréas quand vient le moment où il va verser le produit de sa sécrétion dans l'intestin? Vous savez qu'il est turgidé à ce moment (voy. t. II, p. 396). Certes, il y a là des causes particulières qui dévient le sang; ces causes, je les chercherais plutôt dans une sorte A'expansibUitë des parties où le sang afflue que dans la prétendue contractiiité des capillaires. Pour éviter toute équivoque, je répète que ce que je nie dans les capillaires, c'est une contractiiité rhythmique comme il serait nécessaire pour pousser le sang. Mais je reconnais, et les observations microscopiques sur les phénomènes locaux de l'inflammation l'ont sufHsammeat établi , que ces petits vaisseaux et les artérioles qoi y
776 DB LA ClUCUL/iTlOBr.
Tersent le sang peuvent affecter des états qoi les rendent plos ou moins facilement pénétrables au sang. Pendant le cours de floes études anatomiques , je m'étais flatté d'obtenir des injections très-riches en poussant la liqueur solidiftable dans des parties amputées, à l'instant même, à des animaux vivants; il me semblait que la chaleur naturelle de la partie permettrait à la matière de l'injection de passer, avant d'être coagulée, des artères dans les veines. A ma grande surprise, j'ai vu que ces injections ne réussissaient point: il semblait que les parties , encore vivantes, se refusaient au passap^e de la matière iiyectée. Gunthera fsiiten présence de Wedemeyer (1) quatre expériences dont les résultats ont quelque analogie avec ceux que je signale ici. De Teau injectée dans les artères d'une partie vivante passait avec facilité dans les veines, tandis que le vinaigre et l'alcool laissaient à peine on pas du tout, suivant leur degré de concentration.
Voyons maintenant à expliquer certains phénomènes d'où on avait cru être en droit de conclure que ces petits vaisseaux pouvaient entretenir la circulation pendant quelque temps sans le secours du cœur. Les courants qu'on observe dans ces cas s'ex* pliquent tout naturellement, tout simplement, par la tendance qu'ont les petits vaisseaux à se rétracter, tendance plus marquée dans les artérioles que dans les veinules ; quelquefois aussi ces courants sont dus à l'influence de la pesanteur.
On enlève complètement le mésentère d'une grenouille vivante, ou d'une souris, ou d'un jeune rat, on dispose la pièce sur le porte-objet du microscope ; si , au moment où tout est entré en repos, on excise le bout de l'artère, de manière à enlever le caillot qui la bouche, le sang recommence à se mouvoir dans les capillaires par laction de la pesanteur (2).
On i-omprend dans une ligature tout un membre pelvien d'une grenouille, moins l'artère, la veine et le nerf sciatique: on comprime l'artère ; il se fait , pendant trois minutes encore,
(1) JOÊuruil des progrés, f. X, p. 11.
{2) P9kinà\lÊ9Bech.$urtem0mpem, dusmngdm$iêtûtipiUmUw$,^V'
des mouvements des globules dans les capillaires de la membrane interdigitate : ces mouvements tiennent à ce que Tartère revient lentement sur elle-même.
Le même résultat s'observe si on lie simultanément Tartère et la veine crurales; les mouvements durent de 2 à 10 minutes, mais ils sont lents comme dans le cas précédent. Quand le n>ouvement a cessé, on peut le faire reparaître en coupant le bout de la veine crurale , et cela à plusieurs reprises.
Lorsqu'on lie en masse Fariëre et la veine du mésentère, il reste un mouvement obscur dans quelques capillaires, et surtout dans les divisions artérielles et veineuses; cela s'est prolongé, dans diverses expériences, pendant 7, 18, 33 et même 46 minutes. Pendant ce temps, l'artère diminue de volume, et la veine se gonfle un peu. Tout ceci s'explique naturellement par la force rétraclile de Tartère, plus grande que celle des veines, lesquelles font , dans ce cas, office de réservoir (1).
Si , pendant qu'on étudie la circulation capillaire dans un mésentère étalé sur le porte-objet et tenant à l'animal , on vient à séparer ce mésentère, de Panimal, pir la section avec un instrument tranchant, on voit le sang rétrograder de suite dans l'artère et conserver sa direction dans la veine ; c'est-à-dire que, dans les deux cas, il s'avance vers la partie où le vaisseau coupé lui offre moins de résistance. C'est un phénomène analogue qu'on a recueilli lorsque , ayant fait une ponction dans une partie dont on observait la circulation au microscope, on a vu le sang refluer de tous côtés vers le point blessé et se mouvoir dans quelques petits vaisseaux en sens inverse de sa direction normale : il est clair que le sang reflue vers le point où la résistance a diminué. C'est ce phénomène qu'on trouve décrit dans Haller, sous le titre de Fis derivaiionis.
Si, au lieu de couper le mésentère vers sa racine, on le divisait là où il tient à l'intestin, en enlevant une portion de celui-ci, le sang alors suivrait dans les artères sa direction habituelle, et il rétrograderait dans les veines.
(1) JMKam,ioe.cii.
T78 DB LA GIRCUIATION,
Eafia M. Poiseuille a constaté que la simple incliDaiscm des verres qui supportent la pièce, ou de petits accidents de température, suffisent pour déterminer des courants dans des parties complètement séparées du corps.
Tous ces faits, comme on le voit, perdent complètement le merveilleux qu'on leur attribuait, et ne peuvent plus être invoqués en preuve que les capillaires contribuent par une action propre au mouvement circulaire du sang. Je les oppose aussi à ceux qui croient que lé sang vivant jouit d'un mouvement spontané. Waltber (I) a exagéré cette croyance au point de soutenir cette proposition ridicule que le cœur et les vaisseaux n'étaient que le tbéàtre dans lequel le sang se mouvait par sa propre acti» vite. Le ly Kock, de Municb (2) , d'après cette idée que le sang se porte de lui-même là où sa présence est nécessaire, a conseillé de se dispenser de lier les artères après les amputations des membres, persuadé qu'après lablation de ceux-ci , le sang ne ferait point effort vers le moignon. Je ne conseillerai pas cette pratique, bien qu'elle ait été mise en usage par Kock et par son père, et bien qu'il soit eu effet plus facile de se rendre maître du sang sur la surface d'un moignon que quand une artère est ouverte dans la continuité d'un membre. Ce n'est pas ici le lieu d'expliquer cette différence; mais à coup sur elle ne reconnaît pas pour cause le mouvement spontané du sang. M. Scbuitz (3) est un des physiolo{',istesqui ont le plus insisté sur cet effet de l'activité du sang. Ce phénomène, dit-il, apparaît dans toute sa majesté, lorsqu'on examine sous le microscope une partie qu'on a blessée, on des parties séparées d'un animal vivant. Mais nous s-ivons à quoi nous en tenir sur la valeur d^ cette preuve, de même que sur la signification de l'oscillation. Je renvoie à ce que j'en ai dit plus baut et aux appréciations que j'ai présentées à l'article Fie du sang, p. 201 et suiv. de ce volume. Aux observations que j'ai citées dans cet article, il faut joindre celles qui ont été faites par
(1) Phxsiofogie des Menschen; Landsbut, 1807.
(2) Meckers, jÉrehiv far AnaionU€,%. 416; 1827.
(3) Der Lebentprocess Un Blute, in-8^; BerUn, 1812»
CAUSCS DU MOUVEMBNT DU SANG DANS LES CAPILLAIBES. 779
Heidmann (1). Il aurak vu une contractioa soudaine et saccadée d'un ({lobule sanguin , et se former pendant la coagulation do sang un tissu réticulaire dans lequel, pendant quelques minutes, on pouvait voir des mouvements semblables à de faibles contractions de la fibre musculaire. Tout cela n'a aucune signification pour le sujet qui nous occupe.
Je me crois donc autorisé à conclure de tout ce qui a été dit jusqu'ici que c'est la force du cœur aortiquequi pousse le sang jusque dans l'origine des veines, au travers des vaisseaux capillaires.
On a essayé de prouver, autrement que par l'examen micros* copique de la circulation dans les vaisseaux, qu'ils n'ajoutaient rien à l'action du cœur. L'expérience que M. Magendie a Faite à ce sujet ne me parait pas avoir la portée qu'il lui attribue. Je la transcris textuellement. «Après avoir passé une ligature autour de la cuisse d'un cbien, sans y comprendre ni iartère ni la veine crurale, appliquez une ligature séparément sur la veine, près de l'aine, et faites ensuite une légère ouverture à ce vaisseau : aussitôt le sang s'échappera en formant un jet assez élevé. Pressez ensuite l'artère entre les doigts pour empêcher le sang artériel d'arriver au membre, le jet du sang veineux ne s'arrêtera pas pour cela, il continuera quelques instants; mais il ira en diminuant, et l'écoulement finira par s'arrêter, quoique la veine soit pleine dans toute sa longueur. Si , pendant la production de ces phénomènes, on examine l'artère, on verra qu'elle se resserre peu à peu, et qu'elle finit par se vider complètement ; c'est alors que le sang de la veine s'arrête. A cette époque de l'expérience , cessez décomprimer l'artère, le sang poussé par le cœur s'y précipitera, et aussitôt qu'il sera arrivé dans les dernières divisions, le sang recommencera à couler par l'ouverture de la veine, et petit à petit le jet se rétablira comme auparavant. Maintenant comprimez de nouveau l'artère jusqu'à ce qu'elle se soit vidée, ensuite n'y laissez pénétrer que lentement le sang artériel : dans ce cas, l'écoulement du sang par la veine se fera, mais il ny aura pas de jet,
(1) Gilbert'f, Ànnalen dm' PhrHk, B. ]LyU,8. U
780 DE LA CtAGULATlON.
tandis qu'il se développera dès que l'artère sera entièrement libre (I). » M, Gerdy a parfaitement caractérisé la portée de cette expérience, en disant qu'elle ne prouve autre chose, si ce n*est que les capillaires ne peuvent fournir du sang quand ils n'en reçoivent pas , et qu'ils ne peuvent en fournir beaucoup quand ils en reçoivent peu (*2). Cependant cette expérience, si elle prouve peu de chose , relativement à l'action des capillaires, doit être prise eu considération pour l'histoire de la circulation veineuse, et je la rappellerai quand le moment en sera venu. L'expérience que M. Poiseuille a faite pour démontrer que la part qu'a le système capillaire dans la force gui meut le sang dans les veines doit être considérée comme nulle (3), n'est pas non plus à l'abri de tout reproche. M. Poiseuille a extrait une anse d'intestin du ventre d'un cheval; il en a fait la ligature en deux endroits pour limiter le champ de la circulation; il a adapté le tube que nous avons décrit plus haut à l'une des veines qui revenaient de Fanse intestinale , l'ouverture du tube étant dirigée vers les capillaires pour en recevoir l'impulsion. Le sang s'éleva dans la longue branche du tube à 300 millimètres (ce tube ne contenait pas de mercure ); alors les artères qui portaient le sang à l'anse intestinale Furent successivement ouvertes, et l'ascension du sang dans le tube diminua successivement de 300 à 10 millimètres. Il est évident que les choses se passeraient de la même manière dans le cas où les capillaires seraient contractiles, puisque leur resserrement chasserait le sang tout aussi bien vers les artères ouvertes que vers la veine à laquelle le tube est adapté. Ck;s deux expériences ne sont donc pas probantes ; mais ce que nous avons dit précédemment nous permet de nous passer de leur concours pour la thèse que nous avons défendue.
Eu somme, en admettant que les capillaires puissent , comme les artères, si l'action du cœur était interrompue, se libérer plus
(1) Précis élémentaire de physiologie, t. Il , p. 391 ; 1833.
(2) DicUonn. de méd,, etc., t. VIII , p. 57.
(3) /ouriMl kebdomaééUre, t. III, p. «7; 1831.
MODIFICATEURS DE lA GttCVLATIOll CA^aLAIEB. l9i
oa moins complètement da sangp qu'ils renfermeraient par le hit d'une rétractilité ou contractilité lente , il n'en reste pas moins établi que dès le moment où le cœur intervient dans la circulation, c'est lui qui met. le sang en mouvement dans ces deux ordres de vaisseaux.
Des modifications que la température et la pression atmo" sphërique peuvent faire éprouver à la circulation capillaire.
Le froid ralentit la circulation capillaire. Si on met de petits morceaux de glace sur le mésentère d'une grenouille, après avoir disposé cette partie sous le microscope et constaté préalablement que la circulalion s'y fait bien, on ne tarde pas à voir que les globules ont un mouvement de rotation plus prononcé, en même temps que leur mouvement de translation diminue de vitesse (I). Bientôt la circulalion s'arrête dans un bon nombre de capillaires; elle se ranime au bout de quelques minutes si on 6(e la glace. Celte dernière parlie de l'expérience nous porte à penser par induction que la chaleur locale doit accélérer la circulation capillaire. Effectivement, si on répand sur le mésentère une couche d'eau à 40® centigrades, de 3 millimètres environ d'épaisseur, la vitesse des globules devient si grande dans les capillaires, qu'on peut à peine distinguer la forme de ces particules. Cette vitesse, dit M. Poiseuille (2), est presque égale à celle des globules de l'axe dans les artères. La vitesse dans les veines parait aussi augmentée.
Ces expériences, répétées sur le mésentère d'animaux à sang chaud de petite taille ou très-jeunes, donnent les mêmes résultats, avec cette particularité que, sous l'influence du froid, on voit des capillaires qui charriaient trois globules de front ne plus livrer passage qu'à un seul.
Que si la chaleur était portée assez haut pour que l'eau se
(t) Poiseuille , lac cit., p. 58.
(2; Loc, cit. , p. ô9.
7S2 BB LA ClACULATHWr.
vaporisât, on yerrait nattre un phénomène noaveau. L^lbaroiiif cxiagalée causerait ragp,loméralion des globules qui formeraient ainsi des tles dont le mouvement serait très-lent dans les artérioies et les veinules. Plus fard, la circulation s'arrête par places.
Le raleniissement local de la circulation , causé par Faction locale du froid, se communique, mais à un degré moindre, à la circulation générale. L'accélération locale causée par l'application locale de la chaleur se généralise aussi ; mais cette accélération est toujours et de beaucoup plus marquée dans Tendroit où a été faite Tapplication de la chaleur.
L'action du froid est beaucoup plus rapide chez les animaux à sang chaud que chez les animaux â sang froid ; et il sufBC quelquefois d'avoir exposé sur le porle-objet le mésentère d'un rat ou d'une souris, pour que déjà la circulation soit arrêtée dans plusieurs capillaires.
M. Poiseuille, n'ayant point vu dans ces diverses expériences le diamètre des capillaires s'accroître ni diminuer , est porté h penser que le froid et la chaleur interviennent sur la rapidité de la circulation capillaire , en augmentant dans le premier cas et diminuant dans le second l'épaisseur de la couche immobile de sérum qui adhère à la foce interne des vaisseaux.
Les expériences ayant pour objet l'étude de Yinfluence de la pression ambiante sur la circulation capillaire ont donné un résultat qui parait fort singulier au premier abord , mais avec lequel on se familiarise, quand on considère l'énorme pression à laquelle sont soumis , sans en être incommodés , des poissons qui se tiennent dans des régions profondes de la mer. Pour quelques-uns, la pression ne va pas à moins de sept ou huit atmosphères. Or le résultat singulier auquel j'ai fait allusion est que les variations de pression almosphérique sont sans influence sur la circulation capillaire. Spallanzani avait déjà vu la circulation capillaire se maintenir dans le vide de la machine pneumatique (1). M. Poiseuille a opéré de manière à pouvoir tantôt réduire la pression à quelques ceniimètres au moyen d'une pompe
(1) Expérience sur la circulation, p. 299.