GLOBULES DES INVERTEBRES. — PLASMA DU SANG. — COAGULATION
Globules des in^rertcbrës.
Messieurs ,
Tous les invertébrés dont le sang offre des {]^lobules en ont de deux espèces. Ces deux espèces ne font même pas défaut dans ce système vasculaire qui , chez les astéries , se localise dans le fbic et Tintestin (1); toutefois ce que j'en vais dire s'applique plus particulièrement aux classes des invertébrés supérieurs aux zoanthaires. Ces deux espèces de^flobules, bien étudiées par Wharton Jones (2) , qui les a considérées comme appartenant à 9"des phases successives de développement, par Wagner, et par MM. Robin et I^bert (3), sont : l** les globules privés de noyaux , 2** les globules à noyaux. Les premiers sont granuleux ; les seconds sont granuleux aussi , et ont de plus un ou deux noyaux. Les premiers sont un peu moins volumineux que les seconds. Presque tous l'emportent , et quelques-uns de beaucoup, sur le volume des globules de Thomme. Il y en a de sphériques et d'ovales chez le même animal. Ceux des mollusques sont tous spbé-
(I) R. Wagner, Lehrbuch der Zooioinie, 2« livr.; 1848. — Robin cl ^4^bert.
,i (2) The hlood corpmciUe coiisidered in ifs différent phases of devcîopcmcnt in the animal séries ( Philos, trans » 1846, p. 63).
(3) }A\x\\tf%Archiv, 1816 , p. 120.
rîqDe». L*eau les (jcmfle et repousse leurs granulations vers le centrt: iacide acétique ne détruit point le noyau.
Le curieux phénomène que nous avons décrit , à propos des globales blancs du sang (p. 22 de ce volume), a c(é très bien observé , par MM. Lcberl et Robin , sur les globules des invertébrés (1'; ce phénomène avait fait comparer les globules blancs do sang , par M. Davaine , à des animaux infusoires , voisins des amibes. Cette idée a été reprise et développée dans rexceilente dissertation de M. Chaussât (3) sur les hématozoaires. Les globules du sang de Yécrevisse, des moules, et du lumbricus terresins, sont décrits dans ce travail comme étant de véritables (wiibes.
On peut opposer à cette assimilation les considérations suivantes, qucyemprnnte à un travail inédit de M. Robin ; travail antérieur à la thèse de M. Chaussât. Les prolongements des amibes 5ont pins longs ^ plus réguliers, homogènes; les granulations da corps ne s'y engagent pas. Le phénomène ne dure que quelques heures dam les globules , et ceux-ci tombent en diffluence comme les globules de sarcode, qui s'échappent accidelilellemcnt du corps des gros infusoires], des spongilles et des vers (3). Les amibes, qui vivent dans Teau , se conservent beaucoup plus longtemps. Enfin les globules des invertébrés se rassemblent , par amas, sur le verre où on les a placés pour les étudier: c'est là un caractère très-général de ces globules , les amibes ne le présentent pas.
M. Guérin de Meneville (4), qui parait avoir observé les phénomènes dont nous nous occupons sur les globules du sang des vers à soie , leur donne une autre interprétation ; il croit avoir va les granulations introduites dans les prolongements accidentels des globules crever ces espèces de bourgeons , se répandre
:i) MnUer's Atchiv, 1946 , p. 122.
■2; TMms de Paris, i?» 192, 28 août 1850. ;3 Dujardin, Hist. naUir. des infUwires , lu 8**; 1841. iV Pathologie des vers à soie; Paris, etc., el Gazelle des hôpitaux , lïfi», n« 15.
dans le sérum, s'y envelopper d'une membrane transparente, et constituer ainsi de nouveaux globules dans la première phase de leur dévelopement.
BV PLA0MA OU I«I91JE1JR BV filANO.
Les globules dont nous venons de faire Tétude nagent dans un liquide que quelques physiologistes ont nommé ligueur du sangj plasma. Quelques personnes ont nié que ce liquide existât dans le sang en circulation; elles ont comparé le mouvement des globules à ceux du sable da^s le sablier, La formation du sérum dans le sang retiré de la veine serait un effet purement cadavérique. Mais plusieurs faits recueillis pendant la contemplation de la circulation capillaire permettent d'affirmer qu'il y a du sérum , bien qu'on ne puisse pas le voir. Qu'il me suffise de dire ici que parfois on voit deux globules marchant à distance l'un de l'autre , et cependant d'un mouvement uniforme, comme deux bâtons flottants , s'accélérant ou se retardant ensemble : preuve qu'ils sont entraînés dans un courant.
Je vous avertis, Messieurs, de ne pas confondre h liqueur du sang avec le sérum qui entoure le caillot de la saignée. La liqueur du sang (ou le sérum du sang en circulation) tient en dissolution tout ce que contient le sérum de la saignée, et une autre substance qui est coagulée dans le caillot. On peut dire encore que le sérum de la saignée est le plasma du sang, moins une certaine substance qui était dissoute dans le sang vivant , et qui se solidifie après la mort. On peut croire que les deux sérum diffèrent plus encore par leurs propriétés physiologiques.
En somme il y a dans le sang vivant , comme dans le sang mort, un liquide et une partie en suspension : dans le sang vivant, il y a le plasma et les globules; dans le sang mort , il y a le sérum et le caillot. Eh bien, le sérum diffère 'du plasma, et le caillot diffère d'un simple amas de globules. Ceci nous conduit |à l'étude] de la coagulation du sang et de ce qui en résulte.
COAGtXATION DU SANG. 43
»B I.A COAGinLATMM BV filAWG.
Ce sîDgulierphénoinine a été l'objet de recherches très-suivies, puiDi lesquelles il faut distinguer celles de John Hunter (1); les expériences de Scudamore (2), Van der Kolk (3), Davy (4) , Denis (5), Tronssean et Leblanc (6), méritent aussi d'être citées. Ce n est pas toute la masse du sang qui se coagule , mais une scQle partie du sang: partie bien peu considérable, et dont on se ferait une idée très-exagérée si on en voulait juger par le volume du caillot.
Voici les principaux phénomènes de la coagulation du sang atrait par la saignée. Le sang reçu dans le vase laisse dégager une vapeur odorante dont nous parlerons. Il s'épaissit , forme vue masse molle, tremblante, d^un rouge assez vif à l'extérieur, (Tun rouge plus foncé et presque noir dans la profondeur. Bientôt cette masse se resserre, elle se détache du bord du vase, et die exsude peu à peu un liquide jaunâtre ; il y a alors un caillot oaceaut dans le sérum. Le premier continuant de se resserrer, la masse du sérum va en augmentant. Ge double phénomène peut se continuer pendant plus de quarante-huit heures.
Bien que l'action soit lente à s'accomplir, elle commence trèspeu de temps après que le sang est sorti de la veine. Après deux minutes, le sang de Thomme est déjà épaissi; après dix secondes, celui des chiens commence à se coaguler, et après une demi-minute, il y a déjà un caillot. Presque tous les mammifères ont le sang plus coagulable que celui de Thommc. La coagulation est très-prompte chez les oiseaux. Le sang des serpents et
(1) TinemUsê on the blood, inflammation, etc., 1. 1 , p. 28 et suiv.
(2) jân e$say on tke blood, 'm-^-, Lond., 18^(4.
(3, IHsseriaUo physiologUo-medica inauguralis sistens sanguinis coor gMianiis historiam; Grouin(pie, 1820.
(4j Observations on the coagulation of the blood {Edlnburgh med, €Ukd surgic. journal, toI. XXX, p. 248; 1828).
'5) Recherches expérimentales sur le sang Juimain, 10-8**; Paris, 1890*
:6; Journài de médecine vétérinaire théorique et pratique, 1832-
des lézards donne, dit-on, un caillot très-imparfait; celui des tortues se coagule très-lentement.
Après la mort, le sang se coagule dans les vaisseaux en longues traînées fibrineuses que, dans TenFance de Tanatomie pa(ho!ologique, on a prises pour des vers ; tandis qu'on donnait le nom de polypes à certains caillots trouvés dans les cavités du cœur. Ces concrétions sont très-souvent composées de deux parties qui tranchent Tune sur Tautre par Içur coloration , et par la place qu'elles occupent dans chaque concrétion. L'une de ces parties a la couleur foncée du sang veineux, et contient tous les globules; Tàutre ressemble à une masse fibrineuse ou une gelée d'un blanc jaunâtre. M. le D' Paget (1) a fait Tintéressante observation que la partie foncée du caillot avait constamment une situation déclive dans ce caillot, par rapport à la partie fibrineuse; que Tune était en dessous, et Tautre au dessus, lorsqu'on ouvrait le corps dans la position où il était resté dans les heures qui avaient suivi la mort. Sur un individu qui avait succombé dans un accès de suffocation , la tète rapprochée de ses genoux , la partie fibrineuse du caillot et la partie noire chargée de globules avaient tv la position relative que cet état de redressement du tronc eût
pu faire prévoir. Ces remarques ont une certaine portée; elles nous enseignent que toutes les concrétions qui ont les caractères que nous venons de signaler se sont formées après la mort, et non , comme on le supposait pour un très-grand nombre d'entre elles, pendant les derniers temps de rexistence. Je ne nie pas toutefois que des caillots de sang ne puissent se former, dans le cœur, du vivant de l'individu ; je m'expliquerai plus loin à cet égard.
Quelle est la cause de la coagulation du sang?
Serait-ce le refroidissement de ce liquide sorti des vaisseaux? On put le supposer, quand on n'étendait pas ses observations au delà des animaux à sang chaud. Celte explication remonte bien haut : Hippocratc, Âristote, Calicn , la Irouvaient bonne. Après
(I) Gaz.nvéd., 1841 , p. 321.
GOAGLLATION DU SANG. 45
aFoir été oubliée, elle a été reprise par Schwenke et aufrcs. Le smgse serait coagulé, comme lait une dissolution de' gélatine, fit k refroidissement. Rejetez cette grossière explication. Le stfg d'uD poisson de mer étant, je suppose, plus froid que Tair atêrieor, recevez ce sang dans un vase, il se coagulera (I). Faites geler rapidement du sang avant sa coagulation , il sera rigide comme un glaçon, mais non coagulé; faites-le dégeler avec précaution, il redeviendra liquide, et subira ensuite le pkéDoaièiie régulier de la coagulation (2). Lorsque vos doigts, loire nez , vos oreilles , se refroidissent et s'engourdissent même pir le froid , le sang ne s'y coagule pas. Hunter At passer dans an mélange réfrigérant les oreilles d'un lapin vivant ; elles s'y gelèrent. Il les fit dégeler; le sang redevint liquide dans les Tal<^seaux. Bien loin que le refroidissement soit la cause de la coagulation , il la rend plus lente à s'opérer. L'application d'un mélange réfrigérant sur une tumeur anévrysmale a quelquefois été faite avec succès; mais les chirurgiens qui ont répété avec Lisfranc (3) que le froid avait causé la coagulation directe» du ttug ont fait preuve d'une singulière ignorance.
Serait-ce YacUon de l'air? Pas davantage. Van der Kolk attribue à Helvétius cette ciplicalion, que Hewson appuya de quelques expériences. Mais le sang épanché dans diverses cavités closes soit naturelles, soit accidentelles, des animaux vivapts ou de rhomme, s'y coagule souvent sans y avoir le contact de l'air. Les caillots qui se forment dans la vessie sont une des compli* râlions les plus sérieuses de Thématurie : or il n'y a pas d'air dans la vessie.
Le sang se coagule dans la chambre barométrique. Hunter (4),
(1) HuDter, J treatise on the blood, p. 35.
,2) HewiOD, On Ihe blood, p. 21. — Hunter, A treatise on (hebfood, p 152.
^3} Des Dii^nes méthodes et des différents procédés pour l'oblitéra' UoH des artères, dans te traUement des anévrysmes (tbète pour le conooen de cliiilqiie chirurgicale, p. 24 ; 1844).
(4) Loc. cit., p. 27.
46 WJ SANG.
et plus tard Scudamore (1), ont dit que là coagulation y érail plus rapide qu'à l'air ; ce dernier point est nié par Davy (3).
Je nie la nécessité de Tintervention de Tair pour la coagulatkm du sang ; maisje suis convaincu que le sang puise au contact de Tair, pendant Tacte de la respiration, les qualités qui le rendent apte à se coaguler. Il ne fout pas confondre en une seule les deux questions que je sépare ici.
Serait-ce le défaut de moui^ement, le repos P Cette idée ne s'est présentée qu'après la découverte de Harvey. On ne soupçonnait pas, avant cet homme illustre , dans quel torrent étaient entraînées les particules du sang. Le grand nom de Beerhaave donna une fiaveur marquée a Texplication que nous examinons ; explication que Pechlin avait peut-être donnée le premier, et que Vieussens avait aussi proposée.
Si vous agitez, dans une bouteille, du sang que vous venez de recevoir de la veine , il se conservera liquide en apparence ; mais regardez-y de près, et vous verrez que la fibrine y est coagulée en parcelles entièrement ténues. Le mouvement du sang n'est donc pas la cause essentielle du maintien de sa liquidité. D'une autre part , le sang, privé de mouvement, se conserve souvent liquide, au sein des parties vivantes, beaucoup plus longtemps qu'il ne le ferait après avoir été séparé de Torganisme dont il foisait partie. Ce n'est pas que j'accepte sans objection tous les faits qui ont été allégués à l'appui de cette proposition. H ne me parait pas prouvé que le sang soit au repos dans le priapisme, comme le dit Hunter (3), ni que la circulation soit complètement interrompue dans les cas de syncope ou de léthargie; il reste, dans ces ca», des pulsations cardiaques (4). Mais voici quelques observations plus probantes. On avait fait la ponction d'une hydrocèle; Hunter s'aperçut qu'un vaisseau ouvert ver-
Ci) An esioy on ihe biood, p. 22; LondoD, 1020.
(2) Edinburgh med. and surgic. journal , wl. XXX, p. 262.
(3) A treatise on the blood, p. 39.
(4) Bouchut, Gaz, méd., 1848, p. 426.
aie do sang dans la tuniqoe yaginale. Une nouvelle ponction fut ÉMte après soixante-cinq jours ; le sang fut retiré liquide, ft â se coagula ensuite. Une sangsue fut coupée dix semaines frès s'être remplie de sang; ce liquide, qui n'était pas eneora dgM , fat retiré du corps de Fanimal aussi pur en apparence fie le sang d'une saignée, et il se coagula régulièrement (1). Xois Tenons de dire que le sang arrêté dans une partie congélêf reprend sa fluidité, quand on dégèle cette partie. Enfin du ang renfermé dans une veine, entre deux ligatures posées sur laoimal vivant, s'y maintient liquide bien au delà du temps qui aonit suffi pour sa coagulation , s'il eût perdu le contact des parois du vaisseau. L'expérience a été faite par Hewson. Tout en admettant que le repos n'est pas la cause essentielle de la coa- .Talation du sang, il feut reconnaître que rarement le sang perd jOQ mouvement sans se coaguler, même sur le vivant, surtout quand il est extravasé.
Le mode de dtscussîoa que j^ai suivi jusqu'ici ne nous ayant conduit et ne pouvant nous conduire qu'à des résultats négaûf$,ie vais envisager la question sous une autre face. Ce qui se cwgule dans le sang, c'est le principe immédiat que nous connattroos sous le ncHn de fibrine. Celte fibrine ( nous le montreroQS ) est à l'état de dissolution dans le sang vivant ; maïs, comme (« ne connaît aucun agent qui puisse la tenir en dissolution dans If sang, il est tout naturel qu'elle se coagule. Ce n'est donc pas cttte coagulation de la fibrine qui devrait exciter notre surprise ni h\re le sujet de nos recherches ; c'est plutôt que, pendant la vif, et hors Télat de maladie, cette fibrine soit, à Tétat liquide, (iins une humeur où nous ne voyons point d'agent de sa dissolution. En un mot , ce qu'il faudrait expliquer, ce n'est pas la coagulation de la fibrine après la mort, mais bien l'état de disdation de cette substance pendant la vie.
Je suis obligé d'avouer que, bien qu'elle soit posée d'une façon plos logique, la question n'en est pas plus facile A résoudre. Je
,1} Hanter, jé treaiise on the blood, p. 42,
48 DU SAKG.
laisse à ceux qui se payeut de mots la ressource de faire entrer dans le saoç le principe vital, pour y tenir la fibrine en dissolution, et je me borne à rechercher quelles paraissent être les conditions en Fabsence desquelles le sang perd ordinairement sa liquidité. Or, parmi ces conditions, la plus évidente est que le sang soit au contact et se meuve au contact des voies spéciales qui lui sont réservées. Ainsi la paroi vivante du vaisseau exercerait une influence sur la constitution moléculaire des principes immédiats du sang, et la soustraction de ce contact laisserait s'établir dans le sang le travail de coagulation, qui pourrait être compré aux modifications isomériques que les chimistes de nos jours signalent dans un grand nombre de composés. Je sais combien de faits s'opposent à ce que nous établissions cette doctrine comme absolue. Hunter n'ignorait pas les exceptions qu'on peut apporter ici. Nous avons vu plus haut le simple contact du sang avec des parties vitrantes autres que la face interne du système vasculaire maintenir le sang liquide pendant longtemps (tunique vaginale, estomac de sangsue). D*une autre part, le sang se coagule quelquefois dans les vaisseaux vivants; mais il est vrai de dire qu'il y a alors un état pathologique de ces vaisseaux. Reconnaissons, en somme, qu'il y a là quelque chose qui nous échappe et qui justifie la phrase que j'ai prise pour épigraphe en commençant l'étude de ce sujet.
Le phénomène de la coagulation est regardé par Hunter (1) comme un acte de la vie du sang, et par un plus grand nombre d'auteurs, comme la mort du sang. Hunter compare l'action qui unit les unes aux autres, dans le caillot, les molécules de la /////p/ie coagulable, à ce qui se passe dans une solution de continuité récente, dont les lèvres sont collées l'une à l'autre, ou, comme on dit , réunies par première intention. D'autres ont cru que la coagulation était un phénomène du même ordre que la rigidité cadavérique, et ils ont fait observer que, dans le muscle comme dans le sang, c'était la fibrine qui était le siège
(1) ^ treaiise an ihe Hoods p. 34.
COAGULATIOIV DU SANG. 49
da phéDomène. Mais la rigidité cadavérique est chose passage, tandis que la contraction du caillot va augmentant jusqi*aa moment où la décomposition commence à s'en emparer.
Rentnms dans le domaine des faits , et signalons les circonstances diverses qui modifient, accélèrent, retardent, empédient la coagulation du sang , ou peuvent aussi la déterminer àa Hiomine vivant , bien que le sang n'ait pas abandonné le^ Toies spéciales dans lesquelles il circule.
Parmi ces influences, il en est qui s'exercent du vivant de rindivida , c'est-à-dire qu'elles modifient la constitution du sang de manière à le rendre plus ou moins coagulable; il en est d'autres qui , appliquées au sang normal retiré de ses vaisseaux , agissent tantôt dans un sens et tantôt dans un autre.
L'étade des influences du premier genre ofFre un assez grand intérêt pour le médecin. 11 est des états pathologiques où lé contact des parties vivantes , bien loin de contribuer à maintenir la liquidité du sang , sollicite sa coagulation avec une singulière activité. Telle est raction des parois vasculaires sur le sang , lorsgae les. vaisseaux sont enflammés. IN'cst-ce pas un fait bien remarquable que celui-ci? Nous avons signalé le contact de la fiace interne des vaisseaux avec le sang comme la condition la plus importante du maintien de sa fluidité, et voilà que ce viisseaa, dès qu'il est enflammé, fait coaguler le sang à son intérieur ! Cette notion est devenue vulgaire relativement à la phlébite. On trouve dans les veines enflammées des bouchons de sang coagulé , qui obstruent plus ou moins complètement leur calibre d'espace en espace. J'ai plusieurs fois vu les veines si distendues par du sang coagulé, qu'au volume près, elles ressemblaient à des boudins. Du mémoire de M. Bouchut montre que ces coagulations sont très-fréqueutes dans le système veineux (I) , et que souvent elles accompagnent divers étals cachée*
tiques.
Relativement aux artères , on les trouve pleines de sang coa-
(1) Mémoiti mw la coagulation du sang veineux; P^h», 1845.
gnléy dans cette variété de gangrène spontanée si mal à propos désignée sous le nom de gangrène sënile. Parfois le chirurgien, ayant pratiqué l'amputation, a vu avec surprise qu'ait^ cun jet de sang artériel ne réclamait Tapplication de la li-> gature. J'ai souvent constaté, conmie Hunter (1) Ta fait une fois, que les caillots montaient au delà de la crurale et jusque dans les iliaques, alors même que la gangrène atteignait à peine le bas de la cuisse. Ce n'est pas , comme beaucoup de personnes le croient, l'obstacle mis par le sphacèle au cours du sang qui détermine sa coagulation; c'est au contraire la coagulation, effet d'une artérite, qui est la cause de la gangrène. L'ar térite , en produisant la coagulation du sang dans le tronc prin^ cipal et dans ses branches, empêche la circulation collatérale. Le traité de M. François (2) contient beaucoup d'observations confirraatives de cette doctrine, qui, si elle n'est pas absolue, s'applique à un assez grand nombre de cas. J'en ai recueilli quelques-uns dans mon service à Saint-Antoine. Les faits consignés dans la dissertation inaugurale de M. AUibert (3) ne me paraissent point établir que la coagulation du sang soit le résultat d'une altération primitive de ce liquide, antérieure à Tartérite et à la gangrène. Enfin l'inflammation de la membrane interne du cœur fait aussi coaguler le sang dans ses cavités, et donne naissance à des concrétions bien différentes de celles qui se forment après la mort. Ce point de pathologie a donné naissance à de nombreux travaux, et il est bien établi aujourd'hui (4). ,
(1) On Ihe hlood, etc., p. 38 et 39.
(2) Essai sur les gangrènes spontanées ,ïn'S°\ Paris, 1832.
(3) Rechercfies sur une occlusion peu connue des vaisseaux artériels, considérée comme cause de gangrène ( Thèses de Paris, vP 78; 1828).
(4) Voyez, avec l'article énidit dellaller àcet égard, t. II, p. 19, lesottYrages sur les maladies du cœur, de Burns, Testa , Kreysig , Laennec, M. Bouillaud , la thèse de concours de M. Hardy {des Concrétions sanguines qui se forment pendant la vie dans le cœur et dans les gros vaisseaux, etc.; Paris, 1838), J'ai dit quelques mots de cette affection, dans le compte que j'û rendu des (ra* vaux de la iw\M mtomique pour l'année 1829. « *
COAGULATION DU SAIVG. fit
GiBmeiii agit, dans ces cas, sur le sang, la membrane inune du syslènie vasculaire? A-t-elle une influence purement dmamiqiie ? Je ne le pense pas. La membrane interne du vais- MM enflammé s<^crète une matière qui , mêlée au sang, en détemine la coagulation.
Hors Fétal d'inflammation , nous avons vu la membrane in* leme des voies circulatoires contribuer plutôt au maintien ée la Hoidîté du sang. Dans la maladie nommée diléiiation de» ariêrçs (maladie qu'il ne Faut pas confondre avec Tanéf rjrsBie , et qai n'en est pas , comme on le dit , le premier degré), k sang reçu dans la partie dilatée ne s'y coagule presque jHaais y parce qu'il est encore en contact avec la membrane interne du vaisseau , laquelle n'est pas détruite dans cette afFectkm. Il uen est plus de môme dans Vanéinysme: les deux nembranes iutemcs du vaisseau étant détruites , le sang reçu dans la poche formée par la tunique celluleuse soulevée et dilatée forme des caillots au contact de cette surface accidentelle.
Certaines substances injectées dans les vaisseaux d'un animal vivant déterminent rapidement la coagulation du sang. M. Dupoy (I) a constaté que Tinjection de matière cérébrale dans les veines d'un animal a cet eifet; elle tue presque aussi rapidement que pourrait le faire Tacidc prussique. M. de Blainvillc (2) a répété cette expérience sur deux vieux animaux de la Ménagerie. Quatre onces de matière cérébrale délayée ont été injectées dans la veine du jarret; la mort a eu lieu en deux minutes. Le sang était coagulé dans les vaisseaux et dans le cœur ; des caillots , ao.^i volumineux que le poing, enchevêtrés dans les colonnes char- QDcs et les tendons des valvules auriulco-venlriculaires avaient arrêté faction du cœur. M. Dupuy a vu la dissolution de sublimé corrosif injectée dans les veines causer aussi la coagulation du sang. Est-il vrai que le vcuiu inoculé par la morsure de la vi-
(i; Séance de rAcadémiê de iiiéde(iiie(6nz. m^</.,li34,p.â2f).
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DU S/UVO.
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Sési«aéc sous le mmàegafigr^ rursieii, ayant pratiqué ramputP, '
cua jet de sanjî artériel ne -y (rature. J'ai souvent constat; 1 1 fuis , que les caiUots montj | < ^ dans les iliaques, alors ff | J ^- * le bas de la cuisse. Ce / 'j i le croient , Vobstadf. / f^ détermine sa coai:| jj
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sip .i'veux , produisent souvent des effets de coagulation don r ^,^ parlé ailleurs.
' En opposition à ces états, qui amènent la coagulation du sanj quv le vivant, il faut mettre certaines causes qui , s'exerçant su ]e vivant, laissent le sang peu coagulable ou même incoaga
lable.
Hunter dit que le sang reste liquide chez les individus lui par un coup porté sur Tépigastre (1). On n'est pas autorisé à g^ néraliser ce résultat.
Le môme Hunter dit que le sang reste liquide chez les indi vidus frappés par la foudre (3). Le fait a été contesté par Gui «ver (3).
Je ne vois , je l'avoue , aucune raison théorique de se prc noncer pour Hunter ou pour Gulliver : c'est un point de fait
(1) On hlood, etc., p. 45, 153, 151 et 155.
(2) Lac, cit.
(3) Arch, gén, de méd., 4* série , t. XIX, p. 239, et Bdinhurgh med» an surgic. Journal, vol. LXXVIIl.
père agisse en coagulant le sang; tandis que ce venin, mêlé au sang hors du corps , s'oppose à sa coagulation ? 11 ne faut pas confondre dans leur action les substances qui déterminent la coagulation du sang et les liquides visqueux ou gras, comme Thuile, qui, injectés dans les veines, peuvent aussi causer la mort. Ces derniers sont nuisibles, parce qu'ils traversent difficilement les capillaires et peuvent arrêter la circulation.
Il y a une distinction très-importante à faire parmi les substances qui, ii^ectées dans le sang, le coagulent sur le vivant. Je n'ai pas vu qu'on Tait établie. Un agent chimique qui coagule V albumine, comme fait, par exemple , la dissolution de sublimé, ne peut être assimilé à celui qui, sans coaguler Talbamine , déterminerait dans le sang vivant le même phénomène qu'on observe dans le sang retiré de la saignée, à savoir le passage de la fibrine de l'état liquide à Tétat solide, ce qu'en un mot , on entend par coagulation du sang.
La ligature du pneumogastrique, les lésions graves des centres nerveux , produisent souvent des effets de coagulation dont il sera parlé ailleurs.
En opposition à ces états, qui amènent la coagulation du sang sur le vivant, il faut mettre certaines causes qui , s'exerçant sur le vivant, laissent le sang peu coagulable ou même incoagulable.
. Hunter dit que le sang reste liquide chez les individus tués par un coup porté sur Tépigastre (1). On n'est pas autorisé à généraliser ce résultat.
Le même Hunter dit que le sang reste liquide chez les individus frappés par la foudre (3). Le fait a été contesté par Gulliver (3).
Je ne vois , je l'avoue , aucune raison théorique de se prononcer pour Hunter ou pour Gulliver : c'est un point de fait à
(1) On hlood, etc., p. 45, 153, 151 et 155.
(2) Loc.cii.
(3) jirch, gén, de méd., 4* série , t. XIX, p. S9, et Mdinburgh med. and iurgic. Journal, vol. LXXYIII.
établir. Iluater et Galliver avaient sans doute des fai(s à allégKT à Tappui de leur opioîoD , d'où je conclus qu'il n'y a rien de constant à cet égard. Un cas où la fulguration avait laissé le 9BS très-liquide a été communiqué par M. Honoré (1) à TAcaéémie de médecine.
Tapidiqaerai la même logique à l'appréciation des jugements contraires de Hunter et de Gulliver touchant Tétat du sang des animaux sormenés. Le premier dit qu'il reste liquide; le second, fue Icor sang n'a pas perdu la iaculté de se coaguler.
Je parlerai de l'état du sang chez les asphyxiés , après avoir bit llnstotrc de la respiration. Je citerai , en traitant du sarig à rétat pathologique , des cas d'hémorrhagie intarissable par nite de la fluidité excessive et de l'incoagulabililé de ce liquide.
Examinons maintenant les causes qui peuvent modifier la coa- Salatfon dans le sang normal retiré de ses vaiscaux.
Quoique l'action de l'air ne soit pas la cause essentielle de la cagnlation, cependant Tévaporation Taccélëre un peu. Yander Kaik, qui nie la nécessité de l'intervention de l'air, reconnaît fut celfe jotervendon accélère la coagulation. Le sang qui coaie goutte à goutte ou par petits jets, et qui est reçu dans aa rase d'une vaste surface, se coagule plus vite que celui ^ est réuni promptement et en masse considérable dans un vase fane certaine profondeur : cela tient non-seulement à ce que Inraporation a plus de prise dans le p'remier cas que dans le second , mais encore à ce que le contact du sang avec des objets eurrieurs est plus multiplié.
Le froid retarde la coagulation : à zéro, le sang est encore li- ((oide une heure après être sorti de la veine (2). M. Gendrin (3) a avancé qu'à cette température le caillot ne se séparait pas du lénim. Cela est vrai ; mais il se forme néanmoins deux couches
t, Séance de rAcadémie de médecine {Jrch. gén. de méd., t. Il, p. G24}. :2 Djvy, On Ihe coagulation of blood {Edinburgh med, and surgid journal, roL XXX , p. 251 ).
(3; Traiié des inflammalions , t. Il, p. 421.
distinctes dans le sang du cheval : Tune supérienre, claire, et qui plus tard se coa^^ulera ; Tautre inférieure, qui est la partie cruorique du caillot futur. C'est ce que démontrcnl les nombreuses expériences de MM. Trousseau et Leblanc (1).
La rapidité de la coagulation par Télévation de température ne suit pas une marche régulière. Davy (2) dit avoir observé que la coagulation est plus rapide à 30 degrés Réaumur qu'à 20 ou 26; mais elle est moins rapide à 38 degrés qu'à 25.
Scudamore (3) dit que le sang se coagule d'autant plus vite qu'il perd plus rapidement son acide carbonique. Mais, à l'époque oti il écrivait , on était assez mal renseigné sur les gaz du sang. Il est à peine nécessaire de faire observer que ce n'est pas le dégagement d'acide carbonique qui cause la coagulation.
Les alcalis et un certain nombre de sels empêchent la coagulation du sang. Les dissolutions de soude et de potasse agissent de cette manière : un millième de ces substances suffît pour maintenir le sang liquide. Les carbonates de soude, de potasse et d'ammoniaque , le sulfate de soude , empêchent ou retardent la coagulation; le carbonate de soude la retarde de plusieurs heures , à la dose de 7 parties sur 1 ,000 parties de sang. Il faut 14 millièmes de sulfate de soude pour obtenir le même résultat. Un grand nombre de sels, ajoutés au sang en trèspetite quantité, semblent plutôt favoriser ta coagulation que rcmpécher; les mêmes sels en solution concentrée entretiennent le sang liquide ou retardent la solidification de la fibrine. Ainsi agissent les acétates, nitrates, phosphates, tartrates, citrates, borates, de soude, de potasse, d'ammoniaque, de magnésie, de baryte et de chaux (il s'agit de ceux de ces sels qui sont solubies). L'addition d'une notable quantité d'eau au sang, maintenu liquide par une des dissolutions salines précitées, y cause une sorte de coagulation en précipitant la fibrine. Enfin les acides,
(1) Rech. cxpér, sur les propru'lâs ph/siqucs du sang, p. 5Î et suiv.; Paris, 1832.
(2) Edinùurgh mcd. and surgic. Journal, vol. XXX, p. 251. (8) Jn essay on ilie biood ^ p. 17.
C0AGUL.4TI0N DU SANQ*^ ^
*ilâ ne scmt pas assez coDcentrés pour décomposer le sang , favoriseal oa empêchent la coagulation, suivant qu'ils sont aîmliés au sang en très-petite ou en plus grande quantité.
Le sang auquel on a ajouté de la bile ne se coagule pas (1), ■lis le sang des ictériques est coagulable.
Se produit'il de la chaleur pendant la coagulation du iong? Théoriquement , et en s'appuyant sur cette loi physique qu'un corps s'échaufFe en passant de Fétat liquide à Fétat solide, OQ pourrait croire que la température du sang s*élëvc pendant qu'il se coagule. Cependant, mieux informés, et en ayant égard à ce fait que , dans le sang , il n'y a que 3 millièmes de sa masse qui passent de Tétat liquide à Fétat solide, les physiologistes aoraieni pu , ce me semble , décider a priori qu'il n'y a pas éléfaiion de température, ou que cela est tout à fait insignifiant. D serait du reste difficile de constater le phénomène, puisque, le sang se refroidissant en sortant des vaisseaux, on ne pourrait constater qu'un certain retard apporté dans le refroidissenent. Les expériences de Hunter (2) ne montrent point cela. Le sang de deux personnes qu'on vient de saigne; est reçu dans deux coupes différentes ; un thermomètre est mis dans chaque OMpe, et on recherche si le refroidissement est ralenti dans le ang qui se coagule le premier. Il n'en est rien. Une expérience Rirt originale est faite sur le sang d'une tortue. Ce reptile passa^^ h nuit dans une pièce dont la température est à 66 degrés Far.;^ le lendemain , on lui coupe la tète. Le sang reçu est à 66® Far. ; I le coagule lentement , et pendant cette coagulation il descend lISFar.y température de l'air de la chambre. De ces expériences, fÉlI a répétées et variées, Hunter conclut qu'il ne se dégage mM de chaleur pendant la coagulation du sang.
Quelques modernes ont cependant soutenu le contraire : tels Scadamore (3) et M. Gendrin (4). Ce dernier dit que lo sang
(l; nunter. On blood, etc., p. 45.
(2; Zoc. c/7.,' p. 47 et 48. : ,
3; jtn essax on Ihe blood, p. 30. f .^ *'^
(4) Jliitoire anal, des inflammations, t 11, |i. 424.
sorti de la veiae descend peu à peu à 24 degrés dans le vase où il est reçu ; qu'il se maintient à cette température pendant la coagulation , et qu'il se refroidit ensuite. Mais la doctrine de Hunter a été confirmée par Van der Kolk (1), par Davy (2) ,et par M. Denis (3). Ce dernier, pour obtenir un résultat décisif, tenait le vase dans lequel le sang se coagulait dans un bain d'eau à la chaleur du corps; il n*a jamais vu le thermomètre, plongé dans le sang , changer son niveau pendant la coagulation. Le sang ne change pas de volume pendant la coagulation (4).
Du eaiUot et du sëruni.
Par le fait de sa coagulation, le sang s'est spontanément partagé en deux parties : V le caillot, 2° le sérum, qu'il faut examiner isolément.
^La proportion de ces deux parties est assez difficile à établir. En effet, au début de la coagulation, il n'y a presque pas de sérum distinct du caillot ; puis, celui-ci venant à se resserrer, il expulse du sérum, dont la proportion augmente, et ce travail continue pendant plus de quarante-huit heures. A ce moment , tout le sérum n'est pas encore exprimé du caillot; celui-ci en retient encore. Il faut noter, d'une autre part, que le caillot n'est ï^IPpis également rétractile dans tous les cas, et que la quantité de '^rum qu'il, retient est en proportion inverse de sa rétractilité. Bien plus, on voit quelquefois un caillot, attaché par toute sa circonférence au bord du vase, et trop peu rétractile pour s'ea détacher, conserver dans sa trame molle et humide presque toute.^^ la sérosité. Vous voyez que le volume absolu du caillot humide v] *est bien loin d'indiquer la richesse du sang et même Ténerg^uj de ^t% parties constitutives. \*- \*
Pour arriver à établir d'une maiiiëre plus rigoureuse la pro-
(1) Diss, tislens sangainis coagulanUs hisioriam, p. 58. . (2) Londm médical r^poafl^rr, vol. Vil , p. 320 ; 1817. vV ^ 'i^.fiechcrches expérimentales mtf U sang^ p. 75. (4) Van der Kolk , loe. cU„ p. 68.
COAGUIATION DU SANG.' g/
pcvtioo ratre le caillot et le sérum, on a desséché le caillot avant étk peser. D'après MM. Prévost et Dumas (1), sur 1,000 parties demg, il y a chez lliomme 139 parties de caillot desséché. lia fiaportioD du caillot est bien plus considérable chez un grand nabre d'animaux et notamment chez les oiseaux. Le chifiVe s'élcrait à 150 chez les canards, à 167 chez les poules. Quelques TcptOes (examinés l'été, je suppose) ont un caillot proportionnellement plus abondant que celui de Thomme. Telles sont les tortues, qui, sur 1,000 parties de sang, ont 160 parties de caillot desséché. Nous reviendrons sur la proportion des globules dans le saug.
Ne faites pas la Faute de supposer que le caillot représente toutes les parties solidifiables ou extraclives du sang ; le sérum en retient une très-notable quantité en dissolution.
Du cailloL— La pesanteur spécifique du caillot dépasse celle du sang , et par conséquent celle du sérum ; elle est de 1080 environ.
Pour se faire une idée de sa composition, il faut se reporter à Vétat aDùtomique du sang sortant de la veine. Ce sang est formé de plasma ou liqueur du sang, tenant en suspension les globules. Ce plasma tient en dissolution la fibrine. Or, au moment de la coagulation , les molécules de fibrine , se solidifiant , s accrochent les unes les autres , et forment un immense réseau tenant dans ses aréoles le sérum et les globules; puis, ce réseau se resserrant , le sérum est expulsé peu à peu , et il ne reste plus que le réséiu de fibrine emprisonnant les globules. Mais, quelque énergie qu'ait eue le retrait, nous avons dit qu'il restait toiyours ■ne certaine quantité de sérum , et comme ce sérum tient en dissolution nn grand nombre de substances, notamment de l'albunine et des sels, le caillot desséché représente non-seulement les globules et la fibrine, mais encore les matières qui étaient en dissolution dans la petite proportion du sérum que le caillot avait retenue. Gela fait toutefois une proportion très-minime du
(I) Bibliothèque unWersellc de Genève, t. XVII , p. 30i.
68 DU êAHG.
caillot, et on peut en Faire la part dans l'analyse , en calculant la quantité d'eau qa*a perdu le caillot en se desséchant, car on sait ce que cette eau contient de parties en dissolution dans le sérum.
Nous avons dit que la partie profonde du caillot était trèsfoncée , et la partie superficielle plus claire. Cela tient à ce que les globules ont été lentement entraînés en bas, par l'actkm de la pesanteur, avant que le sang fût coagulé. La teinte claire do la superficie du caillot tient encore à Faction de Tair sur le sang.
Quelquefois le caillot se montre recouvert d'une couche d'un gris sale plus ou mois épaisse et dense, c'est ce qu'on nomme la couenne: nous en ferons une élude spéciale, quand nous aurons eiposé la composition chimique du sang.
Suivant Evcrard Home(l), le dégagement d'acide carbonique trace dans le caillot des canaux ou ramifications vasculaires, que l'on peut injecter en piquant le -caillot avec un tube à mercure. Il suffit, dit-il, que le sang pénètre dans un de ces canaux, chez un animal vivant, pour que ce caillot s'organise, et que les ramifications en question soient converties en vaisseaux. C'est là une de ces nombreuses erreurs dont E. Home a embarrassé la science. Le sang extra vase ne s'organise pas, et je n'ai point vu qu'on ait confirmé l'existence de ces prétendus canaux.
Examiné au microscope, le caillot desséché présente des fissures qui résultent du retrait qu'il a éprouvé. L'arrangement des parties a fait dire à Mayer (2) que la fibrine y était cristallisée en aiguilles coniques divergeant du centre à la circonfé- , renée; tandis que le cruor formerait, dans rintcrvaiie,'des tables quadrangulaires , ayant au centre une sphère de rouge pâle. Burdach (3) objecte avec raison que les fissures du caillot desséché ressemblent à celles des liquides visqueux desséchés ; il les compare à ces fissures que Fontana a décrites dans le venin de h vipère.
(i) Jrch, gén. de méd., 1. 1 , p. 93 et suiv., janvier 1823, et Traits, philos.
(2) Supplément zur Lettre vom Krcislaufe, p. 7-10.
(3) TraUé de physiologie, t. Yl , p. 39.
COAGLTATIOfV DU SA!VG. 50
Du sérum. — Le sérum est un liquide limpide, visqueux au (ouclier, collaut, d'une odeur fade, et d'une saveur salée.
Sa couleur est jaune verdàtre ; quelquefois elle retient un peu de la couleur rouge du sang, ce qui vient de ce que la séparalion entre le cruor et le sérum ne s'est pas faite d'une manière complète. Parfois aussi , et dans des circonstances que je ferai connaître, il a une teinte laiteuse, et, par le repos, il se recouvre d'une couche crémeuse,
Lii pesanteur spécifique du sérum est moindre que celle du san{j. Les expériences les plus récentes (I) donnent, tant pour les liommes que pour les femmes, un chiffre qui , en état de santé, oscille entre 1026 et 1028. Dans leur dernière publication , MiM. Becquerel et Rodier(2) se sont arrêtés pour l'homme, en moyenne, à 1028; pour la femme, à 1027,4.
Le sérum chauffé se coagule à 70 degrés centigrades. Cette coagulation n'a aucun rapport avec la coagulation spontanée du sang , c'est l'albumine du sérum qui se coagule par la chaleur.
(1) Becquerel et Rodia*, Nouvelles recherches sur la composition du sang dans l'état de santé et dans l'état de maladie {Gazette médicale, 18J6, p. 525).
(2) Recherches sur la composition du sang, p. 22, in-8^; Paris, 1844.
SOIXANTË'HDITIÈIE LEÇON.
(Suite.)