ANALYSES DU SANG
Messieurs,
Les analyses du sang ont été faîtes dans deux directions différentes : tantôt on s'est proposé de découvrir les principes qui le composent et d'en déterminer la nature; tantôt, supposant, en quelque sorte, la science faite quant au premier point de vue, on s'est occupé de déterminer la proportion de ses divers éléments dans le sang normal, et les différences qu'il offre, à cet égard, suivant les sexes, les âges, les différentes constitutions, et les maladies, etc. Gomme on s'est beaucoup livré à ce dernier genre de recherches dans ces derniers temps, je signalerai certaines causes d*erreur qu'il faut savoir éviter.
Veut-on peser les principes immédiats du sang , il iaut nonseulement qulls soient bien desséchés (sans pourtant être décomposés par la chaleur ), mais il faut encore qu'ils soient pesés de suite après l'opération à laquelle on les a soumis. Telle est leur affinité pour l'eau, que si on fait deux pesées, l'une à chaud, l'autre après vingt-quatre heures, on a, dans le second cas, un poids beaucoup plus considérable (1).
D'une autre part, s'il s'agit de sang liquide, l'évaporation qui se fait à sa surface est si abondante, que deux heures après être sorti de la veine, il a déjà beaucoup perdu de son poids. Dug%s (2), et longtemps avant lui Schwenke (3), ont exagéré la chose,
. (I) Reoquerel et Rodier, Gaz. méd., 1816 , p. 5'24.
(2) Revue médicale française el étrangère, etc. , t 1, p. 301 et sulv. ;
(3) Hœmatologia sive sangidnis historia , in- S"" ; Hagae , 1 743.
ANALYSES DU SA!VG. 6i
en dt9Dt que le sang eiposé à lair perdait eo vîngt*quatre heure h moitié de son poids. I^es expérieuces de MM. Leblanc et Trousseau ne donnent pas un chiffre si élevé (1). Pour éviter celte oose d'erreur dans les résultats, il faut recevoir le sang dans tti vase plus haut que large, que Ton ferme hermétiquement.
U est difficile d'employer Faréomëtre à la recherche de la densité du sang et de ses diverses parties , parce que TiDstrument ne se meut pas avec régularité dans un liquide qui se coagule. Cependant Taréomètre joue un grand rôle dans une nouvelle méthode d'analyse du sang qui a été proposée par M. Polli (2), et dont je vais donner une idée sommaire. La méthode a pour objel d'obtenir les proportions de fibrine, de globules ou de cmor, d'albumine , etc. *
Ble se réduit :
A la séparation de la fibrine par le fbuettage ;
A la séparation des globules d'avec le sérum par la décantation;
A \a séparation de l'albumine du sérum par l'ébullition ;
EnBnà quatre explorations aréométriques et thermométriques. L'opération peut se faire en moins d'une heure avec une éprbuvette, un aréomètre, un thermomètre, un récipient, une lampe i esprît-de-vîn , et un fourneau.
Voici l'opération : La saignée étant faite , une éprouvette est rempile , et on prend de suite la densité et la température de ce sang. Puis , le sang étant défibriné par le fbuettage , on en emplit encore l'éprouvette , que Ton met à la température initiale , ft on prend la densité de ce sangdéfibriné. On note la différence. Puis , le sang défibriné étant laissé en repos , les globules se précipitent. On recueille par décantation le sérum qui surnage, et on prend encore la pesanteur spécifique à la température déjà indiquée. Enfin on coagule parla chaleur l'albumine de ce sérum étendu d'une quarUité déterminée d'eau, et on prend la pe-
(1) Rech. expér. sur les caractères physiques du sang, p. 18.
(2) JmuUi unii^tnali di medkina, ItMô, et Gat. méd., 1810, p. 11.
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santeup spécifique du sérum dépouillé d'albumioc. On compare ce sérum à Feau distillée , qui est le zéro de Taréomëlre. On <^ tient ainsi des résultats comparables, lorsqu'on agit sur le sang provenant d'individus différents.
L'application de Taréomëtre à l'analyse du sang a été blâmée par MM. Becquerel et Rodier (1) , qui font allusion à la méthode de M. Polli , sans la décrire. Nun-seulement Faréomètre ne peut fDnctionnner avec exactitude dans un liquide qui se coagula; mais dans le sang défîbriné lui-même , Faréomètre ne peut être influencé par les globules qui s'y trouvent en suspension. Enfin, dans le sérum, ils ont vu Finstrument s'arrêter quelquefois au même degré, bien que la proportion des matières en dissolution ne fût pas la même pour chaque expéiience : ce qui tient à ce que Falbumine offre une pesanteur spécifique trës-rapprochée de celle de Feau. Ces reproches ne s'appliqueraient pas à un aréomètre tellement construit, qu'on pourrait enfermer dans une dilatation ou réservoir, adapté à Finstrument et hermétiquement bouché, le fluide qu'on veut étudir. Ce réservoir plongerait dans une éprouvelte élevée^ remplie d'eau distillée, etc. Un instrument construit sur ce principe vient d'être appliqué, par un étudiant en médecine, à Fanalyse quantitative des principes immédiats et des globules du sang (2). Quoiqu'il en soit, MM. Becquerel et Rodier ont employé de préférence un flacon à densité, en ayant soin de faire des pesées très-exactes*, rapportées à la même tempéralure.
(1) Séance de linsiKut du 18 mai 1816.
(2) Je venais de terminer une de mes leçons sur le san(]f, lorsqu'un (^tudiant, M. Uutin (Charles), vinl me dire qu'il avait imagiué d'analyser te san{; à Taide
' de l'aréomètre. L'étève fbt quelque peu déconcerté, lorsque, tirant de mes papiers une note extraite des Ànnali universali di medicina, je lui montrai que toute la série des opérations qu'il proposait a>ait été faite ppr M. Polli; mais M. Polli, plongeant son aréomètre dans le sang, ne peut arriver à Tcxactiiudc que l'on obtiendrait en enfermant le sang dans un ap|)€ndice de rarcomèlre etplongeant celui-ci dans i'eau distillée. Sous ce rapport , la méthode de M. Uutin l'emporte de beaucoup sur celle du savant italieo.