MODIFICATEURS DE LA CIRCULATION CAPILLAIRE. 78S
aspirante, tantôt la porter, à Taide d'une pompe foulante, jus* qu'à deux cents , trois cents, cinq cent quarante centimètres de mercure, et plus encore. Des salamandres, de petites gre* nouilles, des têtards de ces deux genres d'animaux, des souris blanches et de très-jeunes rats, ont été mis en observation. Or la circulation capillaire n'a pas été modifiée dans son apparence , sa vitesse, soit que la pression ait été réduite à quelques centimètres , soit qu'on Tait portée jusqu'à sept atmosphères. Bien plus, le passage subit de cette pression si grande à la pression atmosphérique ambiante n*anîenait aucun changement : c'est ce dont on s'assurait en ouvrant tout à coup un robinet par lequel l'air s'échappait avec violence.Ge que j'ai dit, à l'article Asphyxie, page 440 de ce volume , de la faculté qu'ont certains mammifères nouveau-nés de supporter pendant un certain temps le manque de respiration, vous permet de comprendre comment on a pu étudier sur ces jeunes animaux l'effet de la soustraction de l'air atmosphérique. L*expérience ne réussirait pas s'ils avaient respiré pendant quelques semaines. Et, par exemple , une .souris âgée de trois semaines, étant mise sous l'appareil , éprouve les phénomènes de l'asphyxie dès que l'on fait le vide. Dès que la pression est réduite à douze centimètres de mercure , la vitesse du san;7 devient moins considérable daas les artères , les capillaires et les veines. Si on continue de foire le vide , il y a bientôt oscillation de globules dans ces trois ordres de vaisseaux, et ensuite arrêt dans les capillaires , sens rétrograde dans les artères, etc. (1). Cette expérience , à mon avis, ajoute un détail important à l'histoire de l'asphyxie, et confirme le point théorique que j'ai développé page 450 et suiv. de ce volume.
On comprend que les praticiens, qui plus récemment ont, à grands frais, fait installer des appareils pour introduire des malades dans de Tair comprimé , se soient mal accommodés de la doctrme de M. Poiseuille , puisqu'elle réduit à rien l'influence de la pression atmosphérique dans la circulation capillaire. Une
(1) Poiseuille, Rech, expér. sur les causes du mouvem, du sang dans les capillaires, p. 70.
784 BR lA CIRCULATIOBI.
polémique assez aigre s'est engagée à ce sujet entre M. Pra?az et Fauteur que je viens de citer. Je n'entrerai pas dans le débat ; mais je dois introduire ici une distinction tout à la fois physiologique et médicale , et qu'on me semble avoir perdue de vue dans cette discussion. Certes , si au moment où vous venez d'appliquer une ventouse sur une partie que vous voyez à l'instaot se gonfler et rougir, un physiologiste venait vous dire : « U pression atmosphérique est sans influence sur la circulation capillaire, » vous hausseriez les épaules , et vous auriez raison. Gomment donc concilier les expériences si bien conduites et la docirine de M. Poiseuille avec le fait vulgaire de la ventouse? Voici l'explication. Les animaux sur lesquels M. Poiseuille expérimente sont ioui entiers dans l'atmosphère qu'il rend ou plus dense ou plus rare que Tatmosphère ambiante : dès lors il oe survient pas de changements locaux dans la circulation capillaire, puisque la pression est égale partout. Mais il n'en est plus de même si la pression est diminuée localement. Le sang est invariablement poussé des parties où la pression est plus forte vers celles où elle est moindre. Je fais ces réserves pour que vous ne soyez pas tentés de rejeter plus tard, d'après une fausse application des idées de M. Poiseuille, l'influence de la pression atmosphérique sur le cours du sang veineux. Vous comprenez que si , à l'aide de certains appareils, on augmente localement la pression atmosphérique, ou obtiendra un résultat inverse de celui que produit la ventouse.
Du reste , je ne voudrais pas conclure , au point de vue hygiénique, des expériences de M. Poiseuille, qu'il soit indifférent d'être dans une atmosphère ou dense ou raréfiée. Ce que les variations barométriques nous font éprouver chaque jour déposerait contre cette conclusion. Il est vrai de dire que ces variations du poids de l'atmosphère agissent sur plusieurs fonctions et non sur une seule.
Quand je traiterai de la vitesse de la circulation, j examinerai, avec M. Poiseuille, l'influence que l'addition de diverses substances au sang peut exercer sur son écoulement dans les capillaires vivants.
ÉTAT DBS CAPlLLAïaSfl DANS U» PARTIES ENFLAMMÉES. 786
Éiat fie la circulaiion capUlcUi^e dans les parties
enflammées.
Je n'ai pas le prcjet d'écrire ici un chapitre de pathologie ; moD but principal , en abordant ce sujet , est de démontrer que les artérioles jouissent bien réellement, et à un degré trèsremarquable , de la propriété que nous avons reconnue aux vaisseaux d'un plus grand volume , et que les capillaires euxmêmes peuvent , |)ar les chaogemenis qui s'y passent, modiâer localement la marche et Télat du sang. L'idée de faire intervenir les vaisseaux dans la production de Tinâammation n'est pas nouvelle; elle eut d'abord un caractère purement théorique. C'est ainsi que Gorter (1), combinant la doctrine de Bocrhaave (c/oc- Irlnede Yerreur de iieuj avec les rudiments du vitalisme mo« derne, disait que, si le sang s'embarrassait dans les capillaires, c'est qu'il y était poussé avec plus de force par un vaisseau dont Faction était augmentée. Âlien (*i) et plus tard Wiison-Phiiip (3) furent plus explicites; ils attribuèrent l'inflammation à un défaut de proportion d'activité entre les branches artérielles et les capillaires* Pour Wiison-Phiiip , l'inflammation est due à la débilité des capillaires, en même temps que la contraclilité est augmentée dans les vaisseaux qui apportent le sang aux capillaires. Mais di^jà, avec Wilson-Philip, les idées ont une sorte de sanction expérimentale. La question , posée sur ce nouveau terrain, a été étudiée presque sans interruption jusqu'à ce jour, et avec un succès réel. On dispute encore, à la vérité, sur l'interprétation des phénomènes ; mais on s'accorde assez bien sur ceux-ci , et c'est là le point qui nous intéresse. J'indiquerai en premier lieu les changements que divers agents déterminent dans les vaisseaux qui aboutissent aux capillaires.
(1) Exercitatio de motu viiali; BarderoTici, 1734.
(2) TbouuoD, Traité de l'inflammation, p. 40.
(3) LondonmedUo-^'hir. iraMact.,y(A. Xll, p. ùiMi.
79G BU Lk ClftCULATION.
On voil di\ià Thompson (1) annoncer que sous 1 influence de cerlaines solutions , il a vu , au microscope , les artérioles de la membrane inlerdigîtaic de la grenouille disparaître presque complètement, tant elles étaient contractées. Hastings (2) a étudié l'action de divers excitants. Ealtenbrunner, élève de Doellinger (3) , a surtout observé les effets de Tirritatioii traumatique; mais il a encore employé les acides , Fammonlaque, le fer rouge , le chlorure de sodium. Wharton-Jones (4), doot le travail a obtenu le prix d'Astley Ciooper,a accordé une attention toute spéciale aux changements qui' surviennent dans les artérioles et les veinules , tandis que ses prédécesseurs s^étaient plutôt occupés de l'état des capillaires. Paget (6) a travaillé le même sujet , et M. Lebert a analysé , dans un travail récent (6), les publications les plus modernes sur l'état des vaisseaux qu'on excite, en même temps qu'il a rendu compte de ses propres observations.
Ce qui me frappe dans les résultats qu'on a obtenus , et ce qui démontre que les propriétés des petits vaisseaux ne sont pas bornées à Télaslicité ^ c'est qu'ils ne réagissent pas de la même manière avec tous les excitants , certaines stimulations oa certains agents produisant le resserrement, tandis que d^antres produisent la dilatation.
Il faut remarquer encore que le premier effet prodait cit presque toujours suivi, au bout d'un certain temps, d'un effet inverse, ce qui annonce une réaction autre que celle qu'on pourrait attendre d'un tube purement élastique.
Le plus souvent, le premier effet est le resserrement, puis la
(1) Trailé médico-chirurgical de l'InflammaUon, p. 55 et «uIt.
(2) Treatise on Inflammation ofthe hronehia, io-8''; Loodan, 1910.
(3) Expérimenta circa siatum stmguinis et vasorum in inflammatione, in-r;Monachii, 1826.
(4) Guy's hospitai reports, 1851, p. 1.
(5) London médical gazette, t. I, p. 985.
(6; Mém. de la Société de biologie, t. IV, p. 07 et luir. ; 1859.
ÉTAT DES CAPILLAOtU DANS LIS PARTIES ENFLAMMÉES. 191
'dilatation lui fait suite; mais il y a bien des variétés à cet ée;ard.
Enfin la mèine substance peut produire des effets différents , suivant qu'elle est ooncentrée ou étendue.
Entrons dans quelques détails. On obtient une eonstriction lente , suivie d'un retour progressif à Tétat premier, en emplofant le snliîite d'atropine (15 ou 20 cenligraromes pour 30 grammes d^eto).
On obtient une eonstridion prompte, et qui cesse de même promptement , par Faction du froid , par Tirritation mécanique ou galvanique , par la section d'une artériole , et même par k simple section des capillaires (1).
On observe une dilatation notable, précédée ou non d'une légère eonstriction , eu employant la solution iàible de sulfate de cuivre , additionnée de vin d'opium , la solution concentrée de chlorure de sodium , une goutte d'esprit de vin.
Toutes ces observations appartiennent à Wharton-Jones.
Paget a constaté qu'après avoir obtenu , à Taide de l'irritation causée par la pointe d'une aiguille, le resserrement, puis la dilatation d'un petit vaisseau , on peut provoquer un nouveau resserrement plus marqué que le premier, en employant un eieitant plus actif, la chaleur, par exemple.
(1) N'ttt-oe pas à une influence de ce genre qu'il faut rapporter cette obter- Talion faite par Kallenbrunner, que souTent les globules du sang n'entrent plus dans un petit Yaisseau divisé en travers. Cet auteur y voyait une sorte de détermination spontanée du sang, comme le proure le passage suivant, qui n*est pat moins remarquable par le fait qu'il exprime que par ToriginaUté des expressions : « Singulare uobis ad angulum in quo sanguis lumen trunci
< resecti spernens, in ramuin anastomoiicum deflectitur, occurrit spectacutum : ■^ nam globuli ad aogulum appuisi, quasi vortice corripiuntur, ut lumen trunci ■ bians évitantes, in ramum redeant minus obvium. Interdium giobulus e vor*
< tice evasus, in truncum vacuum intruditur, sed cito quasi crimine accusatus, « reditum quœrens, a vortice iterimi abripitur. > A la vérité, Kaltenbnmner ne parle pas de resserrement du vaisseau, U dit même que les globules ne s'y engageut pas Ucel lumine hiet aperto; mais le res&errement dont je parle a été vu par d'autres, par M. Lebert en particulier, et avant lui, par Wbarton- Jones.
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La dilatation peut être obtenue sans avoir été précédée de contraction , lorsqu'on emploie Tacide acétique , la teiatore de oapsicum , Thuile de térébenthine , la sdiation éthérée de cintharldes (1) ; on l'obtient aussi avec rammoniaque (3).
Ceci établi, examinons ce qui.se passe dans les capillaires des parties où se fait un travail inflammatoire.
Un fait qui peut être considéré comme acquis à la science, parce qu*il a été observé par une foule d'expérimentateurs , c'est que les petites artères se resserrent au début de l'inflammation. Cette constriciion est signalée par Bruecke, professeur de physiologie à Vienne (3) ; elle est décrite par Wharton-Jooes , par Paget, par M. Lebert (4); elle peut réduire d'un quart et même de moitié le diamètre du vaisseau.
Un second fait important est que le resserrement est suivi , au bout d'un certain temps, de dilatation. Si cette dilatation survient promptement , il y a chance que le courant du sang dissipe Tengorgement capillaire dont nous parlerons tout à l'heure; mais, si ce resserrement s'est prolongé, la dilatation qui Isi succède et l'abord du sang plus facile qui en est la conséquence ne font qu'ajouter à l'engorgement.
Fréquemment le resserrement et la dilatation se rencontrent i la fois sur la continuité d'un même vaisseau; celui-ci offre tantôt une apparence moliniforme, tantôt une dilatation ampullaire, comme celle des gros vaisseaux atteints d'anévrysme. Cet état, qu'avait déjà indiqué M. Lebert àdiXi% s^^ Physiologie pathologique, a été parfaitement décrit, depuis celte époque, par plusieurs micrographes , et surtout par M. Virchow (5). M. Lebert (6) la observé dans les veinules aussi bien que dans les artères, ce que n'avait pas vu M. Wharton- Jones.
(1) Paget, Londontned, gax.,i. I, p. 969; 1850.
(2) Loc.cil.
(3) SUzungebericfUe des Wiener Jkadeniie,i\iae uod july 1849.
(4) Loc. ci/, , p. 83.
(5) 44rchiu fur palhotogische A/ialoime, B. \\\, S. 427. iV}) Méin. de la SociéU- de biologie, t. IV, p. 83; 1853.