‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 8 sur 66 · ANALYSES DU SA^'G · texte numérisé non relu

ANALYSES DU SA^'G

Il est très-convenable aussi, dans les analyses quantitatives du ungj d établir, comme l'ont proposé MM. Prévost et Dumas (1), la proportion des matières dissoutes dans le sérum, par rapport au jmim lui-même, et non par rapport au sang, dont la quantité serait ramenée à 1 ,000 ; car la proportion variable des globules introduirait des erreurs considérables dans les résultats.

Gooformémeot à cette observation , MM. Becquerel et Rodier f entent que l'on fasse , dans une analyse , deux colonnes parallèles comme il suit :

Composition du sérum. Composition du sang,

sur fyOOO parties. sur 1,000 parUes.

Eau Eau. . ,

31aiiêres solides du sérum. . Fibrine

Globules

Parties solides du sérum. .

11 est une particularité dont Tanalyse doit tenir compte , et qni nHnléresse pas moins le physiologiste : c*est que les premières parties d'une saignée n'ont pas la même composition que les dernières. MM. Prévost et Dumas ont reconnu ce fait , Davy (2) y a insisté , MM. Becquerel et Rodier Font parfaitement démontré. Davy, ayant rempli six pots de faïence , de la même grandeur, du sang d'une même saignée, a vu que le sang ne se coagulait pas dans Tordre où les vases avaient été remplis. Cette cipcrience semblerait établir que la différence porte sur la quan* lité de fibrine, et que sa proportion aux autres matériaux a plutôt augmenté que diminué par l'écoulement du sang. Ce n'est pi5 là pourtant le changement le plus notable : les différences (ortent surtout sur les globules, puis, mais en moindre prof)or- \m , sur les matériaux solubles du sérum (3) ; il y a moins des omet des autres à la fin de la saignée.

,\) DiblioUtéque universelle de Genève, t. XVU , p. 3C2.

.- Exper. quœiL de sanguinis coinposil-, p. 37; Edinb., 1814.

.3: Becquerel et Rodier, Gaz. méd.» 1846, p. 623.

64 i)U SANG.

Les différences sont plus grandes encore entre le sang de la première saignée et le sang des saignées suivantes. Je donnerai plus tard la démonstration et l'explication de ces faits.

Après CCS considérations préliminaires , je passe à Texposé de la composition du sang. Voici Tordre que j'adopte : 1^ je vais énumérer les matières qui composent le sang; 2° je reprendrai une à une chacune de ces matières constitutives, pour Tétudier à notre point de vue ; 3^ je donnerai l'analyse quantitative de ces parties dans Tétat normal et dans diverses circonstances physiologiques, concernant Fage, le sexe, la grossesse, etc.; 4" j'étudierai plus tard les changements que le sang présente dans les maladies. Je vais au préalable dire quelques mots de la pesanteur spécifique du sang , de son alitlinité , de la vapeur qu'il exhale , et de sa matière odorante.

PeMiitteiir spécifique du sans*

Les chiffres que les expérimentateurs du dernier siècle nous ont laissés correspondent à peu près à ceux que nous venons de poser; ils restent cependant en général un peu au-dessous de la vérité. Voici quelques-unes de ces déterminations , je les emprunte à Haller (1). Selon Jurine, Teau pesant 1000 , le sang serait 1051, 1063, ou 1065; la moyenne, 1053. Suivant Schwenke, le rapport de Teaa au sang serait comme 11 10 est à 1 173. Suivant Muschenbroeck , il est comme 1000 est à 1040 et 1056.

J'ai dit que ce chiffre était trop peu élevé. Quelques ouvrages exprimant les résultats généraux des expériences de notre temps disent que, Teau étant représentée par 1000, la pesanteur spécifique du sang flotte entre 1050 et 1059 ; moyenne, 1055 (2). Ce chiffre est encore trop bas. M. Denis «évalue à 1059 la pesanteur du sang humain. Je remarque que c'est à peu près la moyenne entre la pesanteur spécifique du sang de Thomme et du sang de

(1) Elem, phxsioL,i. 11, p. 40.

(2) Mandl, Manuel tV<maiomie générale , p. 234.

COMPOSmON DtJ SANG. 86

bfemoe. MM. Beeqaerel et Rodier, qui ont pris avec le plas gnad soin la pesanteur du sang dé fibrine, ont obtenu pour le sm^ de niomme, en moyenne, 1060, et pour le sang de la lanie,10&7,6.

La pesanteur spécifique du sang refroidi est, comme on le pense Un, mi peu plus considérable que celle du sang sortant de la vône, surtout si Ton n'a pas pris de précautions contre TévaporatioB. Cette différence toutefois a été singulièrement exagérée par kl physiologistes qui ont admis une sorte de turgescence ou de laréGKtîoa vitale du sang. C'est ainsi que Rosa (1; a soutenu que ksang Thrant occupait, à poids égal, un espace dix fois plus |nnd que le sang du cadavre. Exagération surpassée encore pir l'assertion de Waleus (3) , que le sang artériel est quatre fois plus raréfié que le sang veineux.

La pesanteur spécifique du sang de cheval est de 1056 , d'après Denis. Un litre de sang veineux de cheval pèse 1 kilogr. 40 gr. , suivant MM. Trousseau et Leblanc (3).

La pesanteur spécifique du sang de bœuf est 1056, suivant M. Xjtssaigne (4).

Alealinlté du mmmgm

Les chimistes s'accordent à dire que le sang est alcalin ; mais ib se bornent à peu près à l'énoncé de cette proposition, qui ne pcQt suffire aujourd'hui aux exigences de la physiologie.

Quand on réfléchit à l'influence que les étals alcalin neutre ou vide du sang peuvent excerccr sur ses autres conditions, physiques ou chimiques, sur sa fluidité , sa couleur, son aptitude à fTirtérialiser. sur les phénomènes de combustion qui se passent éms cette humeur, et notamment sur la destruction des prodÉts de la digestion des aliments féculents et autres principes

;i) Giomale per servire alla storia délia medicina, 1. 1, p. 185. [2) De Motu chyli et sanguinis,

(3î Reek. expér. sur les propriétés physiques du sang , p. 9. (I) Abrégé élém. de chilnie, t. Il ,,p. 568, 9* Mil.

IIL $

immédiats , sur la production ou la guérison du diabète sucré ; quand on porte son attention sur remploi si fréquent , et parfois si avantageux , des alcalis dans une foule de maladies , etc. etc., on ne peut s'empêcher de regretter que le degré d'alcalinité du sang, et les variations (compatibles ou non avec la santé) de cette alcalinité , n'aient pas été Tobjet de recherches spéciales. Il y a donc ici une lacune.

M. Regnauld, agrégé de la Faculté , en modifiant légèrement le procédé de M. Gay-Lussac pour les dosages alcalimétriques ordinaires, a entrepris quelques études sur ce siqet (1); mais elles sont peu avancées encore. Elles lui ont montré que le sérum du sang offre une alcalinité toujours plus considérable que celle des liquides albumineux que Ton peat recueillir dans les diverses cavités du corps. Si, dit encore M. Regnauld, on sature une proportion donnée de sérum, et qu'on dose ensuite les alcalis du même poids de sérum après calcination, la capacité de saturation a crû, dans ce dernier cas, d'une fraction assez considérable : ce qui indique bien nettement la présence dans le sang de sels à acides organiques et à base alcaline.

Vapeur au JuiUivs «m mus*

Au moment oA il sort de la veine et où il vient d'être reçu dans un vase, le sang laisse exhaler une vapeur odorante, que iœil peut saisir, même quand la température est élevée, et mieux encore lorsque Taîr est froid. Celte vapeur, qui se condense sur les verres, est formée d'eau chargée d'une matière animale qui se pourrit lorsqu'on l'a reçue et renfermée dans un flacon.

On a donné différents noms à cette vapeur : /lalitus sanguinis, splritus rori férus, gaz sanguin. Van Ilclmont Ta peutêtre signalée le premier (2).

(1) Commimifatloa mtuutcrite.

(2) Haller, Elem, phyOoî., t. Il, p. 37.

COMPOSITION BU SAIVG. 67

Saas ajouter foi aux auteurs qui préteudent que cette vapeur a qadqaefois suscité des accidents graves aux chirurgiens ex-> posés i eo ressentir les effets dans leurs opérations , je puis af Araer que souvent , pendant la pratique des amputations sur des sqets atteints de suppuration chronique et dénaturée , j'ai été frappé de l'odeur spéciale que répandait le sang versé pendant ropératioiL

Wmtièwe •durante €u Miai^«

Le principe dont je vais parler maintenant entre sans doute pour quelque chose dans le lialHus sanguims, mais vous allez biratAt reconnaître qu'il méritait une mention spéciale.

Eu 1794^ ftrmentier et Deyeux (1) ont publié quelques résultats de recherches sur Yodeur du sang. Avant eux, YilhoFF avait dit que chaque animal portait dans son sang Todcur particulière qui caractérise cet animal. Mais tout cela était à peu près tombé dans l'oubli, lorsque Barruel publia le mémoire original dont je vais vous donner la substance (3).

Ije sang de chaque espèce animale contient un principe odorant particulier à chacune d'elles.

Ce principe, qui est très-volatil , a uue odeur semblable à celle de la perspiration cutanée ou pulmonaire de l'animal, aussi bien que de sa sueur.

Ce principe volatil est vraisemblablement acide, et à Tétat de combinaison dans le sang; de sorte que, pour le rendre apparent, il faut rompre cette combinaison et déplacer Tacide Tolatil par un autre acide, le sulfurique par exemple. La combinaison qu*on attaque étant soluble, on a pu dégager le principe odorant aussi bien du sérum que du sang entier, défibriné ou non.

(1) Jammai de physique, etc., de La Méthrie, p. 384; 1704. 9l Âtmmiês d'kxgiéne publique et de médecine légafe, avril 1829, et Jnt^§i^' d€ méd„ t. XIX, p. 602.

Pour opérer, on ajoute à une petite quantité de sang de 1 acide sulfurique, dan^ la proportion d'un tiers ou de moitié, et on remue le mélan(]^e avec une petite baguette de verre.

Alors le sang d*tiomme et celui de femme exhalent Fodeur propre à la transpiration de chacun d'eux; le sang de bœuF, Todeur de bouverie ; le sang de cheval , Todeur de crottin ; le sang de brebis, Todeur de laine imprégnée de son suint ; le sang de grenouille, Todeur de marécage; le sang de carpe, Fodeur de mucus de poisson d'eau douce ; enfin le sang de chien , de cochon, de rat, répandent l'odeur propre à chacun de ces animaux.

M. Soubeiran (1), qui a répété ces expériences, n'a pas précisément nié les Faits; mais il a contesté qu'il y eût sûreté à les appliquer à la médecine légale, comme le proposait M. Barrucl : et par exemple, dit-il, on ne peut pas toujours distinguer le sang de l'homme de celui de la Femme, certaines brunes ayant la transpiration aussi odorante que la transpiration des hommes (*2).

M. Denis pense que l'odeur du sang siège dans la matière grasse de ce liquide; il y aurait alors un acide volatil odorant, de la nature de ceux que M. Ghevreul a signalés dans les corps gras.

matières eanstituantefl du «ans*

Dans l'énumérationquc je vais en Faire, vous allez voir figurer plusieurs substances qui ne sont point placées parmi les matériaux de ce liquide, dans les traités, même les plus récents, de physiologie. C'est que leur découverte , non pas à titre de principes immédiats, mais à titre de parties constituantes du sang, date d'hier.

(1) Arch, gén. de méd., t. XXI, p. 13.

(2) Un linge mr lequel était une tache de $mq fut Ia?é et présenté à Barruei. Il ressaya avec l'acide sulfurique, et déclara que la tache était faite avec du MïiG de piQieon. C'en éuit effiectlTement! Malheureusement oo troare peu d'experts doués d'une telle subtilité d'odorat. Le fait est conaisoé daM les Archives générales de médecine, t. XXI, p. 131. '1(|.

COIIPOSITION DU SANG. 60

les matières qni composent le sang, ou que du moiiid on y tftHiTe, car plusieurs en sont incessamment éliminées, sont:

r Fibrioc. 22<» Olëatc de soude.

T Albamioe. 23® Margarate de soude.

3* Maiîêre (non colorante) des 24® Sel à acide gras, volatil, içloboles. odorant.

4* Caséioe. 25® Cholestérine.

S* Albaminote. . 20** Séroline.

6* Malière extractive, soluble à 27® Acide acëtique.

la fois dans Feau et Talcool. 28® Acide butyrique.

;® llalflére eztractîye , soluble 29® Acide ralérique.

dans Teau seulement. 30® Acide hippurique.

S^ CréalÎDe. 31® Acide urique.

9» CréatiniDe. 32® Urée.

10^ Malière colorante rouge. 33® Chlorure de sodium.

11® Matière colorante jaune. 34® Chlorure de potassium.

12* Fer. 35® Chlorhydrate d^ammoniaque.

13® CuWre. 36® Sulfate de potasse.

14* Plomb. 37® Sous-carbonate de soude.

f5* MaDganèse. 38® Sous-carbonate de chaux.

16® Oxygène libre. 39** Sous-carbonate de magnésie.

17® Azote libre. 40* Phosphate de soude.

18* Acide carbonique libre. 41® Phosphate de chaux.

19® Glucose. 42** Phosphate de magnésie.

20* Lactate de soude. 43® Eau.

21* Matière grasse phosphorée.

Il y a liea^ comme vous le pensez, de ramener ces substances si nombreuses à certains groupes, d'après leur nature, leur origine, leur destination, leur signification; mais ces généralités seront mieux saisies à mesure que nous ferons Tétude de ces sobstances.

Fibrine du sang.

Le mot fibrine n'est point prononcé par Ilallcr, qui nommait gluten la partie contractile des muscles, et ne met point ce principe dans le sang. La découverte de la fibrine a été faite par

Màcquer vers 1778 (1) ; mais un carieux paragrapbéde HaUer(2) va nous monlrer la chose, à défout du nom, parpaitement signalée dans le sang. Ce paragraphe a pour titre : An in sanguine viventls animalls fibrœ sint? Sans nous arrêter à Hippocrate, qui, dans le traité de Carnibus, parle des fibres du sang , à Aristote et à Galien, qui refusent ces fibres aux daims et aux bétes timides, à Fernel, qui les leur restitue, voici ce que des auteurs modernes (au temps de Hallcr) avaient dit : que ces fibres étalent capables de contraction et de relâchement; quelles étaient semblables à celles des muscles; qu'elles étaient contenues dans les aliments^ et incorporées à nos tissus; qu'elles formaient avec le cruor et le sérum un troisième élément du sang; qu'elles forment dans le caillot un réseau qui retient ce sérum dans ses htailles; que ce réseau de fibres peut être obtenu sur un linge, lorsqu'on fait passer le cruor du sang au travers de ce linge, en y ajoutant de Veau, etc. etc. Qui ne voit dans tout cela l'indication précise de la fibrine coagulée dans le sang retiré du corps? Si Hallcr, à Texemple de Borelli et de Bœrhaave , se refuse à admettre ces fibres, c'est que les auteurs qu'il réfute avaient eu la prétention d'établir qu'elles circulaient à l'état de fibres dans l'animal vivant , chose difficile à concilier avec la ténuité des voies vasculaires.

Quel eU l'état de la fibrine dans le sang vivant? J'ai plusieurs fois avancé qu'elle était à l'état de dissolution. Il faut dire coninient on est arrivé à cette notion. Everard Home avait écrit que la fibrine constituait le noyau incolore des globules, et que ces noyaux, venant à se dépouiller de leur matière colorante après la mort , se réunissaient les uns aux autres pour former le réseau fibrineux du caillot. MM. Prévost et Dumas ayant donné à cette théorie l'autorité imposante de leur nom, elle fut acceptée sans contestation pendant quinie ou vingt ans. Si pourtant

(1) DicUonnaire de chUnie de Mac juer.

(2) £hm. phjrsivL, i. Il, p. 68 et loiv.

COMMSmON DU SANG. 7|

on tèi pris la peine de méditer , ou simplement de relire , le tint de HeivtOD et eelai de Hunter, on eût vu que ces deux criéferes physiologistes, qui ne connaissaient pas le mot fibrine, mienl établi positivement que ce gai se coagule dans le sang est parfaitement distinct des globules , et se trouve en dissolution dans la partie claire du sang. Cette substance , qu*en France on a quelquefois nommée lymphe coagulable, Hunter la nomme coagataiing fymph. Vous lirez avec intérêt les extraits suivants.

Hoter, n'ayant à sa disposition ni le mot fibrine ni le mot aBumine, et sachant pourtant quMl y a dans le sérum deux sub^^ fiances, Vane qui peut être coagulée, comme le blanc d'œuf , par la dialeur et les réactifis, l'autre qui se coagule d'elle-même, propose, pour la première, le mot lymphe coagulable, et, pour la seconde , le mot lymphe ^ coagulant. Ainsi Fandenne expression anglaise coagulable lymph serait réservée à ralbumlne , et Texpression nouvelle créée par Hunter, coagitla- Httg fymph , désignerait notre fibrine ( On tlie blood, p. 37).

Plus loin il est bien plus explicite, de même que Favait été ifewson. «Lorsque, dit-il, la coagulation est lente, on peut prendre à la surface la ooagulating Ijrmpli, encore liquidr, et b porter dans un autre vase , où elle se coagule immédiatement» (toc. c//., p. 33 et 34).

Ces notions si saines avaient été on nt^glif^ées ou oubliées, lorsque M. Denis, en France, M. Muller, en Allemagne, annoncèrent que la fibrine était en dissolution dans le sang, réalisant ainsi une conjecture de Berzelius.

Il est bien facile de prouver que la fibrine que Ton recueille ae vient pas des globules rouges du sang, car cette fibrine forme aussi un caillot dans la lymphe (voyez t. 11, p. 778), et vous savez que la lymphe ne charrie pas de globules rouges. D'une antre part , la fibrine représente tout au plus 3 millièmes dans le sang ; les globules , au contraire , y représentent 130 millièmes an mcHns : comment 3 millièmes de fibrine pourraient-ils former la trame d'une masse si considérable de globules? Ajoutez que la matière colorante ne forme qu'une partie excessivemcut petite

du poids des globules. Lorsque le saûg du cheval est reçu dans une éprouvette un peu allongée et peu large, et que sa coagulation se Fait avec quelque lenteur, la partie rouge du sang est constamment surmontée d'une couche liquide claire, dans laquelle la coagulation survient un peu plus tard. Cette couche daire renfermait donc de la fibrine en dissolution. l<a même chose s'observe dans le sang de Thomme , lorsqull se trouve dans les conditioas favorables à la formation de la couenne inflammatoire. Et si, comme Font fait MM. Piorry et Mondezert (1), oii décante le sérum avant qu'il se soit éclairci , on voit qu'il s'y forme une couche coueuneuse, semblable à celle qui surmonte le caillot. Si on agite avec de Teau une portion de ce sérum , au moment où il commençait à se solidifier, on obtient une masse blanche fibrineuse qui rougit, et ressemble à de la chair musculaire. Les expériences dç MuUer ont achevé, et à elles seules auraient suffi pour donner, la démonstration de la présence de la fibrine dans le sérum. Examinant au microscope la coagulation du sang de la grenouille , il voit un caillot incolore et limpide se former avant le caillot général. Une goutte de sang étendue de sérum est portée sous le microscope; il voit les globules intacts, emprisonnés par le réseau de fibrine qui se forme. Si on tire ce réseau transparent , on dérange tous les globules ) la fois. Enfin (car la meilleure idée ne vient pas toujours la première) Muller, considérant que les globules du sang de la grenouille sont assez gros pour être arrêtés par certains papiers à filtre, emploie le procédé suivant : On ampute la cuisse à une grenouille, et on fait tomber le sang sur un filtre mouillé; on lyoute de Teau sucrée, laquelle conserve les globules. Il passe un liquide clair, dans lequel il se forme bientôt un caillot transparent, qu'on peut retirer du liquide avec une épingle. Celte ' opération ne réussit pas Thiver (2).

(1) Rechsrekes sur le sénun du sang et sur la formation de quelques productions accidentelles, p. 277; 1S31.

(2) Lettre & M. Dulong, secrétaire de rAcad(^niie des sciences i et Annales des sciences nalur., t. XXVII , octobre 1832.

COHFOSmON DU SANG. 73

Lorsqa'oQ reçoit cette fibrine, qui passe au travers du filtre daas une dissolution d*une des substances soit alcalines , soit sa* Inio, qui empéchcnl, comme nous l'avons dit^ la coagulation àisang, elle se maintient à Tétat liquide. Il se forme cependant de petits flocons, si on reçoit la fibrine dans une dissolution de potasse caustique.

J*ai déjà dit ( 1. 111 , p. 47 ) qu'on ne connaissait point Fagent fû lient en dissolution la fibrine dans le sang. M. Qément (1), ffiparateur à TÉcole d'AlFort , avance que la fibrine est tenue en dissolotion par Talbumine du sang. On ne voit pas alcm pourquoi elle se coagulerait après la mort. *

L'absence de dissolvant dans le sang, pour la fibrine, a feit penser à plusieurs qu'elle était à Tétat de division extrême, mais non dissoute, dans le sérum. M. Dumas a professé, à la Faculté, cette opinion, bien difFérente de celle qu'il avait appuyée dans ses premiers travaux. 1^ microscope , qui nous montre les globules rouges des mammifères, malgré leur extrême ténuité, n'a point fait apercevoir les molécules de fibrine en suspension dans le sérom , avant la coagulation.

M. Valenctenncs dit que la fibrine est à l'état de filaments solides dans le sang de la lamproie de mer ; cela me parait peu probable (2).

Une doctrine fort difFérente de celles que je vous ai exposées a été énsise par M. Schultz (3) , relativement à la fibrine. Ce principe immédiat, suivant M. Schultz, n'existe pas dans le sang comme partie chimique; c'est une formation /70f/ mortem,dXï\ dépens du plcu^ma. Le sérum se forme comme partie chimique après la coagulation du plasma ; dans cet acte de la mort du sang, la fibrine est produite.

Mode d'extraction de la fibrine. On peut obtenir la fibrine en fouettant le sang au moment où il sort de la veine. Elle s'attache aux petits brins du balai dont on fait usage pour cette

(I) J/rh, gén. de met!., 4« série, t. XXMI, p. 357.

,l; G€u. méd., 1S34.

(3] Gaz, méd., 1838, p. 618.

opération. On la recueille ainsi que les flocons fibrineux qui nagent dans le liquide; on la dépouille de la matière colorante qu^elle a entraînée, par l'action de Teau ; on la prive ensuite, à L'aide de Fétber , d'une certaine quantité de graisse qu'elle retient. On la dessèche complètement et on la pèse avant qu'elle ait repris de l'eau dans l'air.

Une autre méthode consiste à l'extraire du caillot qui la contient tout entière, ou plutôt à entraîner de ce caillot, que Ton a privé de sérum , et que l'on malaxe ensuite sous un filet d'eau, UNit ce qui n'est pas fibrine. Je renvoie aux traités de chimie pour les détails de l'opération.

La substance que l'on obtient dans les deux cas est, avant sa dissolution, blanche, molle, composée de filaments allongés, très-fins, Feutrés et élastiques. J*ai donné ailleurs ses caractères.

Quantité de fibrine dans le sang. On est étonné de la petite quantité de fibrine que renferme le sang , lorsqu'on songe au volume du caillot dont elle Fait la trame.

Le chiffre, dans le sang veineux de l'homme adulte bien portant, n'égale pas tout à fait 3 millièmes. Voici quelques évaluations confirmatives de cette proposition. Nasse donne le chiffre de 3,650. M. Denis, dans ses expériences, a trouvé trois fois le nombre 2,9, deux fois le nombre 3,1 , neuf fois le nombre 3. La quantité moyenne est évaluée par lui à 3,700. Fourcroy donne le chiffre 3,800, M. Le Ganu arrive au chiffre 3,948; MM. Andral et Gavarret, qui ont singulièrement multiplié les expériences, ont obtenu pour moyenne 3 millièmes. Enfin MM. Becquerel et Rodier, qui ont parfaitement desséché les produits de leurs analyses , ont fixé la moyenne , chez l'homme sain , à 3,3. tCe chiffre , disent-ils, est inférieur au chiffre 3, généralement admis, et nous sommes trop certains de son exactitude pour • avoir besoin de la justifier. i> Je remarque que le maximum , dans les expériences de MM. Becquerel et Rodier , est 3,6, et le mininuiffl 1^ (toHjottrg dans l'état de santé). Si Stannius (1) a ob- <■■ ■ i— ..— — — ^p« I II I ■ I

(1) Ilufcland'it Journal, etc., coiiliniié par Osann, 1939; Gaz. méd.j 1839, p. 182.

tcMpar moyenne, sur S8 expériences faites avec soio, le chiffre 3.595 , c*esl qu'il a compris dans le calcul les cas pathologiques doot je oe m'occupe pas en ce moment.

Certains animaux ont le sang plus riche en fibrine que Thomme. Âo premier rang, il faut placer le porc, chez lequel la moyenne k fibrine esl 4,6 , le maximum 5 , le minimum 4,1 (1} ; vient ensuite le cbeval , chez lequel la moyenne a été 4. Les chevaux de tnût en avaient on peu plus que les chevaux de poste (4,6 pour ks premiers, 3,9 pour les seconds). Très-près des chevaux» il hui pbœrles bétes bovines ; la moyenne de six bœufe et de six vaches a été 3,7.

D autres quadrupèdes ont sensiblement la même proportion de tbriot que Thomme , les bétes ovines sont dans ce cas. La moyenne pour six béliers fut 3,1, et pour vingt-cinq brebis 3,0 (2) ; elle D*était plus que de 2,6 dans le sang de béliers et de brebis de race anglaise.

D autres animaux enfin ont moins de fibrine que l'homme dans leur sang , et il est à remarquer que ce sont ceux qui en consomment davaolage. La moyenne, chez seize chiens nourris de soopes de mouton et de viande de cheval, fut 2,1. Le maximum K déj»ssa pas 3,5, et le minimum (le plus bas que les auteurs lient vu être encore compatible avec l'état physiologique) était descendu à 1,6.

Ainsi , Messieurs , on peut dire que la richesse ou la pauvreté do sang en fibrine ne sont pas en rapport avec la richesse de la constitution. L'étude des màdadies démontrera surabondamment ces propositions. Il y a pour le sang de chaque espèce d'animal DOC constitution donnée , inhérente à celte espèce » et qui, pour Qoe autre espèce , serait la maladie (3).

(i; Audral, Gararret et Delafènd, Recherches sur la composUion du stmg de quelques animaux domestiques, p. 5 {Annales de cfUmie et de physique, 3* série, t. V; 1842).

[2] Il ne faut pas oublier que MM. Andral et Gavarret attribuent 3 millièmes de fibrine aa saos de Thomme.

^ Aadral, Gavarret ci OJifdnd, loc. cit., p. S.

Je parlerai plus loin de Fiafluence du mouvement communiqué au saug; sur la quantité de fibrine qu'on y rencontre.

Jlbumine du sang.

Cette substance existe dans le sang en bien plus grande proportion que la fibrine. Sa présence dans le liquide nutritif de tous les animaux, et partout où quelque chose s'organise, donne une idée de son importance. Il est à remarquer que partout elle est accompagnée d'alcali , de sels à base de soude , et de quelques sels à base de potasse , de chaux et de magnésie (nous les énumérerons en leur lieu); si bien qu'au dire de M. Denis (1), ce serait un composé salino-albumineux, que le liquide nutritif, et le sang en particulier, présentent partout aux organes pour leur nutrition et pour les besoins des sécrétions.

L'albumine est comme la fibrine à Tétat de dissolution dans le plasma ou la liqueur du sang; mais, tandis qu'après la mort, la fibrine se congule, Faibumine reste en dissolution dans le sérum. Quel est l'agent de cette dissolution? Plusieurs pensent que l'albumine pure est insoluble dans l'eau , et attribuent à la soude la propriété de tenir dans le sérum l'albumine en dissolution. Cependant on peut saturer exactement le sérum du sang par l'acide nitrique , sans que l'albumine se précipite.

Lorsqu'on fait évaporer le sérum sans élever beaucoup sa température , l'albumine , solidifiée dans l'extrait qu'on obtient , n'a pas perdu la faculté de se redissoudre , si on rend de Teau ; mais , si la température a été élevée au delà de 70 degrés , l'albumine coagulée est devenue insoluble (sauf les cas où elle est traitée comme je l'ai dit dans les Prolégomènes , 1. 1 , p. 71).

L'addition d'alcool en excès au sérum y coagule aussi Taibumine , sous forme de flocons qu'on peut recueillir.

Un courant électrique établi au travers du sérum coagule l'al-

(t) DémonslraUon expérimentale sur l'afbntnine et sur les subslancis inorganiques qui l'nccompagnenl , p. 15; Commercy, 1839.

COMPUSmOll MJ SANG. 77

ao pôle positif, ob est encore transporté Tacide cfalo* rbjdriqoe provenant de la décomposition du sel marin. Avec ■I coarant plus fort , il se montre au pôle négatif un mélange f dmmine et de soude qui a l'apparence du mucus.

Poar extraire du sérum Talbumine à Tétat solide et pure, de Biaière à en déterminer le poids et la proportion avec les auiRSélàBents du sang, il fiiut Aire d^sécher et pulvériser le irraBL Geltti-ei contient avec Talbumine des principes et des «Is solobles dans Teau ; on les enlève par l'eau bouillante. On le lècke de mnivean, et on en sépare ensuite les matières grasses, m le traitanl jusqu'à épuisement par Talcool à 36 degrés bouilbat Ce résida ioisoluble est Falbumine pure (1).

IL Becquerel (3) vient de décrire un instrument très-propre i faire reconnaître la quantité d'albumine contenue dans le seras do sang OD dans divers autres liquides. M. Becquerel a utiliié la remarque faite par M. Biot , que la lumière polarisée est ëéviée à gaoclie par Falbumine de Tœuf . Il a remédié au défout ée transparence du sérum du sang par Taddition de sulfate de nnde (1 gramme pour 100 grammes de sérum). Il s^est assuré fw ce n'est pas le glucose (dont il n'a pas trouvé de trace dans le sang) qui opère la déviation , mais bien Talbumine. U a sou* ■a à son instrument, qu'il nomme albuminimètre, et que je se puis décrire ici , le sérum ou plutôt les sérums provenant di sang de 60 saignées. Voici ses résultats. Le pouvoir moléculaire retaloire de l'albumine a varié de 26'' Stf à 28'' 36' ; moyenne, 17^ 36*. Qiaque degré correspond à 10 gr. 800 m. ; chaque mloate, à 0 gr. 180.

Dans l'état de santé, l'albuminimètre accuse, sur 1,000 parties de sérum , de 75 à 86 parties d'albumine pure ; moyenne , n parties. Ces résultats correspondent à des déviations à gauche, oscillant entre 7 et 8 degrés ; en moyenne , 7^ W.

Notez, Messieurs, qu'il s'agit ici de la quantité d'albumine

(1) Bccqorrel et Rodier, Recherckes sur la composiiion du sangj etc. , p.n;Parii, I84f.

Çk Jrck.gén. de méd.,¥9étk, t. XXII, p. 62 tt 166.

ocmteoue dans 1 ,000 parties de séram. Quant à la quantité de ce principe immédiat contenue dans 1 ,000 parties de saog , et mesurée d'après les méthodes ordinaires, MM. Becquerel et Rodier la portent chez Thomme à 69,4; M. LeGanu(l), seulement à 67,8040; M. Denis (2) , à 6 on 6 centièmes; MM. Andral et Gayarret , à 68 ou 70 mUlièmes.

Lorsqu'on a coagulé par la chaleur Talbumine du sérum , on idwerve que le coagulum hisse eisuder un liquide épais, jaune transparent, que Brande (3), après Ta voir soumis à Taclion de la pile, a déclaré n'être autre chose qu'une combinaison d*aibumine avec une certaine quantité d'alcali. Y aurait-il donc, dans le sang , de l'albumine sous deux états , ou bien la coagulation Mt-elle naître le nouveau composé?

L'albumine du sérum n'est pas parfaitement identique à celle du blanc d'œuf. Suivant M. Denis (4), il suffit de ramener ces deux substances à la même densité, pour Faire disparaître leurs différences : ce qu'on obtient en ajoutant un peu d'eau au blanc d'œuF, ou bien en Faisant évaporer modérément le sérum à Tétnve. Mais l'albumine du blanc d'œuF, purifiée parle procédé de M. Wurtz , n'a pas un pouvoir rotatoire égal à celui de l'albunrine du sérum ; la moyenne de son pouvoir n'est que 33® 46*.

Valbumine liquide verdit le sirop de violettes , et ramène au bleu le papier de tournesol rougi par cet acide.

De la matière (non colorante)] des globules {globuline).

. liCs globules , comme vous allez l'apprendre , sont en proportion considérable parmi les matériaux du sang; leur poids surpasse de beaucoup celui de l'albumine : or, dans ces globules, la matière colorante ne Forme qu'un poids tout à Fait insignifiant. Il jf a donc là un antre principe immédiat important à étudier. Vous

rfta»

(0 Éludes chimiques sur le sang, 1837.

(2) Rechcrchts expérimenlales , etc., p. 207.

(2) Annales de chimie, t. XCIV, p. 4a

(1) Démonstration expérimentale sur raUntmtne, p. 17.

ne pMTez supposer que ce soit la fibrine du caillot, puisque ccftf fibrine ne forme pas toat à feit 3 millièmes (voy. t. III, f. 70, la rëfntatiou de Home et autres). Mais on pourrait peoser qu'indépendamment de la fibrine en dissolution dans le sérum du sang vivant, il y a une autre fibrine coagulée dans les globales ou s'y coagulant après la mort. Je concevrais difficilement que cette fibrine n'augmentât pas la masse de celle que rw retire du caillot lorsqu'on pétrit celui-ci sous un filet d'eau. D'antres ont pensé que cette substance était albumineuse, et ahm il y aurait deux albumines dans le sang : l'une en dissokilion dans le plasma ou sérum, Tautre coagulée dans les glo» baies ou s'y coagulant après la mort. M. Le Ganu (1), qui a eu le fliérite de montrer que la matière colorante était aocMipagnée d'une autre substance dans les globules, dit avoir reconnu ft cette substance tous les caractères de l'albumine. A ce globule, qui serait composéd'albumine ejl d'hématosine, M. Le Ganu mettait fort gratuitement une enveloppe de fibrine.

Celle substance blancbe des globules a reçu différens noms. Berzelius lui a donné le nom de globuline, pour la distinguer de fa matière colorante.

La substance que nous étudions a été considérée par Gmelin , et ensuite par Simon, comme de la matière caséeuse; par d'autres, comme intermédiaire entre l'albumine et la caséine. Elle contient du phosphore et du soufre.

lie procédé de filtration que j'ai donné , p. 36 et 37 , d'après M. Figuier, procédé qui permet de recueillir bolément les globules, a donné l'occasion d'étudier plus particulièrement cette sublOance. Les globules obtenus sont réunis sur des assiettes plates, Kéchés dans le vide par l'acide sulfurique , rendus insolubles par Faction de Téther et de l'alcool bouillant, ce qui permet de leur enlever, par Teau , le sulfate de soude qui leur était demeuré attaché. L'analyse faite par M. Dumas lui a montré que cette substance appartenait à la famille des matières albuminoïdes. Elle

(1) Études chimiques sur le sang, 1817.

80 Dt^ SAlfG.

reaferme |pour(ant un peu plus de carbone que la caséine et Talbumine; mais ce carbone provient peut-être de la matière colorante , laquelle est plus carbonée que Talbumine et la caséine (1).

Quand on a obtenu les globules isolés , si on les traite par Facide sulFurique , on admet que l'acide se combine avec l'hématine ou matière colorante, d'une part, et, de Taulre, avec la globuline ; de sorte qu'on a du sulfate dhématine et du sulfate de globuline (Berzelius). Pour les séparer Tun de Tautre, on les traite avec de Talcool bouillant , qui les dissout tous les deux ; mais, le suliiate de globuline étant moins soluble à froid qu^à chaud, se sépare par le refroidissement.

On sait qu'un caractère de la caséine est d'être coagulée par la présure on pepsine (ferment stomacal). La globuline n'a point celte propriété , à moins , dit Simon , qu'on n'y ait ajouté du sucre de lait, cas où il se fait de l'acide lactique. D'une autre part, la dissolution aqueuse de globuline, chauffée à la température de l'ébullition, laisse déposer des granulations provenant de ce qu'elle se coagule. Ce caractère n'appartient point à la caséine.

MuUer (2) se demande quelle place occupe dans le globule la matière dont nous nous occupons.

Est-elle contenue avec la matière colorante dans la cellule , ou bien forme-t-elle les parois de la cellule? Cette question, posée par Muller, ferait supposer que les globules sont composés de trois principes immédiats, au lieu de deux. M. Le Canu avait dit quelque chose d'analogue à cela , quand il mettait une petite couche de fibrine à l'extérieur du globule, composé d'ailleurs, lui , de matière colorante et de globuline. J aimerais mieux admettre que la gkd)uline forme toute la masse du globule, masse que pénètre également dans tous ses points la matière colorante. A la vérité , l'eau ne dissout pas tout , et la perisistance d'un corps

(1) Gaz, méd,, 1816, p. 449 et tuiv.

(2} Manuel deph/siologle, U I , p. 106.

COMPOSITION DtJ SANG. 81

tnispirent , remplaçant le globule, laisse eneore ici quelque ohscsricé.

Quant à la proportion de la globuline dans le sang , elle est Mwtt dans tontes te analyses par le cbifFre des globules ; or, encore ane fois , la matière colorante ne forme qu'une fraction très-minime de ces globules , et il est aisé d'en défalquer le poids. Le chiffire des globules, chifFre très - considérable comme je l'ai dit, est évalué, d'après les expériences très-précises de MM. Rodier et Becquerel , pour l'homme sain et en moyenne, à 141,1 (1) sur 1,000 parties de sang.

fhuml les quadrupèdes , il en est beaucoup qui ont moins de gfciboles dans leur sang que Thomme , et , chose singulière ! a les espèces qui lui sont supérieures en fibrine lui sont inférieures ngloboles, et celle qui lui est surtout inférieure en fibrine est précisément la seule dont le sang contienne plus de globules que le sien* (2). Ainsi le chien , dont le sang contient si peu de fibrine, a en moyenne, pour les globules, 148,3, maximum 176, ndnimum 127,3. Chez les autres quadrupèdes examinés , MM. Andral , G»T9rrei et Delafbnd , ont obtenu les moyennes soivanfes, tontes inférieures à celle de Thomme. Chez 6 porcs, 105^; chez 4 dievaux percherons de trait, 104,6; chez 13 chevnx de poste, 101,1; chez 2 chèvres, 101,1; chez 31 bétes orines de race mérinos, 101,1 ; chez 13 bètes ovines de race an-

(1) Recherches sur la composition du sang, p. 22. M. Le Canu donne 127; Ml. Préroit ec Dam», 129. Les éraluations de MM. Denis et Simon sont trop I, (die de Riehardaon est trop élerée. J^arais jusqa'id donné dans mes le dûffre trooré par MM. Andral et Gavarret La différence entre les cUffrct de MM. Becquerel et Rodier et ceux de MM. Andral et Gararret Ueo* éraii-elle Je œ que les premiers n'auraient agi que sur les premières quantités de sag sorties de la veine , tandis que MM. Andral et Gararret auraient analysé la tocafiié du s«QB de la saignée ? Je pense que le premier sano; sorti de la sai{$iiée mienx l'état de ce liquide chez Tindividu auquel on le retire, que celui la fin de la saigiiée , est déjà étendu par le liquide que le canal tboraci* dans la sous-clarière , et la sérosité que les veines ont absorbée. (2) Andral, Gararret et Delafond, Recherches sur ta composition du um§ de qst^tfHfê anfmattxr domestiques, p., 9; 1M7.

liL t;

glaise , 101,1 ; ebaz 13 bètes ovines de raee anglaise, 96,0; chei 6 vaches , 101 ,9 ; chez 6 bœufs ,97,4.

Lprsc|ae ralbumine a été coagulée, t\\^ offre des r^clHuis sî semblables à celles de la fibriae , q^e plusieups chimistes ODt affirmé que c'était une seple et mépio suhstfiQQO. Il l>'y H pii3 1 dit Berzelius , ui^e seule propriété ^e la fibrine (jq'qn qe poisse retrouver daps Falbumioç coagulée. Saq$ dOMte la fibrine expulse Foxygëne de Teau o^^ygéace, ce que ne fait pa^ l>lbuoiine; mais cela tient à une propriété physiqvi^ , çt qon à la cons^iliition chimique. La faculté de se dissoMdre dfins Taçide chloi^iydrique concentré , en donnant ns^issance à uqe belle couleur bleue , et d'être ^précipitée ensuite par Teau i l'état incolore, pendit que la liqueur reste bleue (1), n'appsjrlient pojql.. excliisivement ti la fibrine. Ofi peut donc croirç, dit Berzelius, que les deux substances, identiques au point de vue cbiipiquç, ne diffèrent l'une de l'autre que par qnçlque circonstance accessotiçe, peu importante (2). D^à M. Gbeyreul avait épis la uiéi^e coujecture.

(iÇ 4 jaqyiçf 183i8 ^ M. le P.** Denis est venu faire h Paris une démonstration expénip^t^e publiqne de l'identité des tfois pripcipales substances composantes du sang ( fibrine , albumine , matières des globules, non comprise l'hématine); il a publié, l'année suivante , le résultat de ses rechercl^es (3). En voici l'analyse :

ku% tirois sub^t^nces en question il donue uq seul uom , celui d'^lbuui'me. C^tte substance , parfaileiuent insoluble dans l'eau, doit son état liquide dans le sérum du sang et dans le blane d'œuf à un état de combinaison.

L'albumine pure (non dvmqutç. par ç^n^^vienl) P^U^ cxistçr

(1) MM. ÇaventQu et BaurdoU , fiuflsli^ 4es sci^nc^ médicales, t. Vlllp p. 176. /

(2) Traité de ciUmi^, t VU, p. 73.

(3; Démonslration empérmaualé sur l'aibumiMê -, Oommeaf, Man

COHPOftITION nV SANG. gS

itn états on deox formes : 1^ état moléculaire, Vfanne fikmaum. Or, une première partie de la démonstration est erUr-d, satoir : qu'on peut obienir l'albumine à l'état molé-^ CÊkin , mrit qu'on emploie l'albumine de l'œuf, celle da iimm, tm fibrine (e'est-A^ire l'albomine, qo*on nomme fibrine), ë enfin la mH$iièf^ dee globules. La seconde partie de la dé*

jan est que l'on peut obtenir la forme fibrineuse mfiêo im /U^rine, qui en est le type, soit avec l'albumine éÊ$érum ou de tœuf, soit avec la matière des globules.

Yalbumine moléculaire pure, on agit de la

wivanie. Si c'est avec te sérum ou le blanc d'oeuf, m prédpite raibuaine par l'alcool froid , on lave successive* ■ent le ^précipité avee l'alcool el l'élher bouilj^nts pour en rethtr les eerpa gras (je passe sous silence la préparation avec les acides, les akaKs , la ebaleur). Si c'est avec ta fibrine, on b frit neeérer dans de Teau fortement saturée d'azotate de i)otasse , la flbrîM se dissoudra en vingt quatre ou quarante-huit Inirea; a)0Qtei mi alcali , et saturez-le ensuite avec précaution , TOUS aarez l'albomine moléculaire. 5/ enfln c'est avec les ^bbmles, traitez encore par Tazotatè de potasse le sang défîbriné, étendu de beaucoup d'eau ; filtrez. Il restera sur le filtre SM espèee de boeillie colorée par l'hématosine. Cette bouillie fit Vsribamine moUeulaire.

la matière obtenue, dans les trois cas, offre Tapparence et les propriétés suivantes. Desséchée et pulvérulente, elle est blandie, dcnt-lransparente, crétacée; elle craque un peu sous les doigts, comme Tamidon. Elle n'a ni odeur ni saveur. EHe est îDSoInble dans l'eau, Talcool, Téther ; les acides et les alcalis la éinolveot on non , suivant leur degré de concentration. Dessédiée en petits fragments , elle ressemble h de la résine. Si on la int s^ioomer dans une petite quantité d'eau , elle s'y gonfle pen à pe«, devient flMrile, comme gélatineuse, et demi-transpil^ icnte; eRe est w contraire très-Manche et opaque, s'il y a beau* coup d'eau.

Passons à la contre-épreuve , c'est-à-dire à la seconde partie de là démonstration.

84 BV ShUO.

La forme fibrinease a pour type la fibrine. Poui:.robleiiir avec ralbamine du sérum ou le blanc d'œuf , on étend d'eao celui de ces liquides qu'on a choisi ; on sature la soude qu'il contient avec un acide ; Talbumine est ainsi réduite à l'état crémenx. On ajoute de Fazotate de potasse autant qu'il peat en être dissous. Le lendemain, on verse le liquide épais qui s'est formé dans une forte quantité d'eau , et l'on voit les particoles de Talbumine se grouper en franges légères , imHant la fibrine , dont elles n'ont pourtant ni Yëlasticité ni la ténacité.

Pour complément de démonstration , M. Denis ecNopese un sérum artificiel en employant la fibrine, au lieu d'albumine. H prend les sels obtenus par la lixiviation du charbon du sanff; il y ajoute 100 parties d'eau pour une de sel, et 8 parties de fibrine sèche , préalablement ramollie dans une petite quantité d'eau. Cette fibrine se gonfle , absorbe l'eau peu k peu , se ramollit, se prend en masse, et finit par se liquéfier en quelques jours ; alors le liquide a les réactions du sérum du sang.

On emploie aussi l'azotate de potasse pour criitenir l'albumine fibrineuse, aux dépens des globules.

Dans Topinion de M. Denis , la combinaison soluble que les sels forment avec l'albumine est très-composée : 1^ il y a , d'une part , un albuminate de soude ; 2^ une combinaison d'albumine avec les sels. Ces deux composés sont combinés eusead>le. En présence de la soude seule , dit M. Denis , l'albumine ne se dissout pas.

Le tout forme donc un composé salino-albumineux que le sang va ofFrir à tous les organes.

En 1841, M. Liebig annonçait, par lettre, à M. Denis (1), qu'il partageait entièrement ses idées. Qu'il était parvenu à dissoudre entièrement la fibrine dans une dissolution saturée de nitrate de potasse à une température de 60 à 56 degrés. La fibrine devient d'abord gélatiforme. Le liquide filtré possède toutes les propriétés de l'albumine; la composition en est

(1) Séance de l'Académie des sciences du 22 nisrs 1841 •li'

COMPOSITION DU SANG. g5

M«i h même. Void la formole de ee principe immédiat :

M. Gaben a récemment exposé devant l'Académie de (I) des eonsîdérations qui viennent à l'appui de la doc* trine que j*cxamine ici.

T«n ces fiiits, même aux yeux des physiologistes, offrent artaioement un grand intérêt. C'est pour cela que je vous les ai bit eomuJtre avec quelques détails. Mais la doctrine qu'ils servent à établir eât-elle obtenu rassentiment de tous les cbiiBStesda moode, je maintiendrais, avec conviction entière, fie, pour noas physiologistes, la fibrine et l'albumine doivent roter dcax eboses différentes, et probaUement douées dans le corps de propriétés ftort distinctes. Suivez bien ce raisonnement. Dans le sang vivant , la fibrine et Talbumine sont dans le sérum i félat de diasolulioo (3). Voilà le sang retiré de la veine. Gom- ■eut admettre, si Talbumine et la fibrine sont choses identi* qaes, qoHl se ooagule de cette substance tout juste un peu plus de 3 nuIllèiDes , et que les 69 autres parties restent en dissolutioo dans k sérum? Je soutiens que ce qui se coagule sponia" wémeiU n'est pas absolument de même nature que ce qui reste m dissolution. Il serait bien singulier qu'il y eût dans le sang nort loot juste de quoi dissoudre 69 parties et l/^ d'albumine, et pas de quoi en dissoudre 72 ! Que ce soit une simple différence dans l'arrangement de molécules, dont la nature et la ^ntité seraient pourtant les mêmes dans les deux sublUBces (3); que ce soit une question d'isomérie ou de dimor-

(1) Séaace de r Académie de médecine du 2 juillet 1850.

(2) Si 9 eoume quelfues penoones le prétendent, la fibrine se trouvait en éui dt ntpention ei extrémemeiit divisée, la différence serait plus grande

On Kst-il bien cerUia que la ccmipositioD cliimique soit identique? J'ai rappraËbé trrna analyses de la fibrine et de Talbumine: l^* celle de Michaetis, T ccHe de Gay- Loiaac', 2P ceUe que Scberer a faite sous la direction de Liebig ; sr, dans les trois analyses, il y a plus d'azote dans la fibriue que dans Talbuu La différence est même tr^grande dans l'analyse faitn par Gay-Lussac , , rasote de ralbûmine éunt 15,705, l'azote de la fibrine est Vi^ftài.

phisme, iû réponds que pour les actes de là vie^ une simple différence dans rarrangement moléculaire peat eieroer une yiraDde influence. N'ai-je pas écrit, à la page 70 des Pnrtégomènes : t Chose curieuse 1 la fibrine constitue dans les animaux la partie qui exécute les mouvements, qui obéit à la Tolonté; tan-* dis que Talbumine va former la partie qui ordonne les monvements , qui suscite les contractions musculaires.»

Mes remarques critiques n'ôtent rien k l'importance des Mts signalés par MM. Denis, Liebig, Gaben, etc. Gette analogie entre Talbumine, la fibrine, et la matière des globules, eiplique et farorise la transformation de Tune en Tautit dans les pbéno* mëiies de la nutrition, et aussi, comme noua la disons, dans quelques cas pathologiques.

Après aToir eiposé l'analogie qui eiiste entre la ibrîne, Talbumine , et la matière des globules , je vais moUtrep «fie antre série de composés dont Talbumioe est le point de d^rt on le terme. Je mettrai à profit, et j'aurai soin de resserrer eà us court espace, en les disposant un peu autrement , les idées développées dans va mémoire Inédit que M. lé D' Mialbe , agrégé libre de h Faculté, a bien voulu mettre à ma disposltiofi avant dt le livrer i Timpression.

VaWumine physiologique^ ceHe qui cirdile dahs to sang d'un individu qui n'est altdnt ni de diabète ni d'hydrofrisie , sa eamporte comme oo corps insoluble relativement mt mem-" branes animales , c'est-à-dire qu'elle ne les traverse pas. L'aHm* mine de l'œaf seccrmporte absolument de la même manière (vojrez, aux pages 695 et 716 du tome 11 , la curieuse expérience faite avec

Ajoutez I cela le téirioigoasfs de M. Dimdm^ i|v1 a reeonaa que le fÊtrhÊe contemii looieurt plas d'asote et moine de earilmie que falbaniiicf et le caréam. L*oiygène n'étant point en excès dans la fibrine , an moins dans les expérience! de Mlcbaelis et de Gâf-Luasae, on ae ptm dire atee Trevir^amit qoe la fibrine aoii de ratbaaiine otjrdée. ftaitant MaMef , fl y a ane é^ife quantité de plN»phore dans la fibrine et Falbttmiae, mile celle derfrière a deux fois autant de soufre que la fibrine.

i'ai donné dans la Prolégomènes, t. I, p. 71, qurlqnes antres carattèrei dluftacUH eatre la fibrine et rtlbumiiie.

COMPOSITION Mi SANG. 8f

M Mf préparé à eel effet). Si le sérum du sang ou le Maae étrmdtaM plMés dads une rambrane animale, le résultat est ie atee que si oo a institué Texpérienee avec la membrane qui laisse la coquille de Tœuf. La poche qui contient le sérym ou raDNunne de Tceuf étant mise dans un liquide, il se fait un cDuml rapide d'oidoenkise Tèrs Falbamine , et celle-ci ne passe pas a« ddiors, à moins qu'elle n'ait stibi une des deux transfimnatisM que je Tais tôtis faire connaitt^e; Si quelquefois pourtant an liMiTe de raUnunine dans le liquide extérieur, celle-ci vietit de la membrane intermédiaire et non de son coîlteQU. C'est ce qui I ircMipé eenx qui out crU que FallHiniine trarersait les memttaùes dans les expériences sué* Tendosmose. S'ils eussent placé me Bfembnne entre deax liquides non albunùnetUù, ils eussent pu Toir qa'alors même il se dissoWait un peu d'albumine dans ces liquide. Ce qui transsnde daus ces Cas n'est même plus l'al-^ boaûne phjsiolofpqde , c'est Falbumitie passée à Fétat soluble.

ArrèlODS-nous un pen sur cette première considération. Voilà ralbumine emportée ayec les globules dans le mouvement circnlaire dû sa^; mais nons sommes lassurés sur la facilité qu'elle foitmfC afoîr à s'éebapperdu système vasculaire, comme le fè* nit un liquide aqueux.

Qe fait a eertmoemeot ube haute portée en dehors de toatc explication. Mais M. Mialhc veut dOnoer une explication : la foicL H svppose que cette albumine , qui a les caractères extériears d^dn liquide, est cependant composée de globules^ invisMes à la Térité parcéqnlls sont transparents, mais que Faddilioo de Feaa de barf te < réactif indiqué par M. Baudrimont j rendrait apiparents. Cette albumine pourrait donc porter le nom d'aHmmiae Uuùluble ou globulaire. Encore une fois, Messieurs , nehei distinguer le fait ^ qui est bien constaté^ de l'explication , Vii est eoatestaUe.

Qelle albumine, dite globulau^ ou insoluble, peut, ses élé- ■ents restant absoloment les mêmes , peut , dis-je , sans rien perdre ni rien gagner, subir une transformation en vertu de la qtelle elle acquiert tontes les propriétés d'un corps soluble , ou ■ienx d'un corps dissous , et alors elle passe facilement au tfwen de$ membranes. Le premier degré de celle transfor-

matioii donne naissance k ce que M. Mklhe nomové albuminé amorphe ou casëlforme; le deuxième degré est Valbuminose.

Je vais de suite donner les caractères différentiels de ces trois états. '

P L^albumine dite globulaire ou insoluble est totalement précipitée par Tacide azotique et par la chaleur; un excès d'acide ne redissout rien. Elle est précipitée encore par les sels de plomb , de mercure, d'argent, par la créosote , par Talcool et le tannin. Elle ne traverse point les membranes, dans les expériences ^endosmose et ^ exosmose.

2® L*albumine amorphe ou caséiforme précipite aussi par les sels de plomb , de mercure , d'argent, par la créosote et l'alcool; mais elle ne précipite qu'incomplètement par la chaleur et par Tacide azotique, lequel, mis en excès , redissout le précipité. Elle passe au travers des membranes.

3^ Valbuminose, modification ultime de l'albumine, précipite aussi par les sels de plomb, de mercure, d'argent, par la créosote, l'alcool et le tannin; mais elle ne précipite nullement par la chaleur ni l'acide azotique. Le précipité formé par l'alcool se redissout dans l'eau ; enfin cette albuminose traverse très-facilement les membranes.

Ces trois composés existent dans le sang , mais les deux derniers en très-petite quantité.

admettez maintenant, Messieurs, que par des causes que nous essaierons d'apprécier, une notable quantité d'albumine dite globulaire ou insoluble commence i se désagréger ; elle passera alors au travers des membranes , elle s'échappera avec les urines. L'individu sera albuminurique; or, c'est effectivement ce qui a lieu dans la maladie nommée albuminurie. Ce que vous précipitez par l'acide azotique ou la chaleur dans les urines des albuminuriques diffère d^à de l'albumine normale. En voici la preuve. On met en digestion dans l'eau acidulée par un millième d'acide chlorhydrique , d'une part, de l'albumine de l'œuf; de Tautre, de l'albumine extraite de l'urine : toutes deux ont été aussi coagulées par l'alcool. Après trt)is heures de digestion , l'albumine de Turtne est dissoute, tandis que l'albumine globulaire est à peine attaquée. Substituez, dans rexpérience,ralbunrinedu

COMPMITION W SANG. # m

da saog d'un homme sain à ralbumioe de Tœaf , le ré« sétÊt sera le même.

Pour qae raltNimine se aiaintienne dans le sang à son état fbjsiolocîciiie, il fiiet un certain degré de concentration de ce iqaide; et de même que radditioa de Teau attaque les globules HMges , cette eau , en excès dans le sang , peut aussi désagréger raONimiiie p/grsio/ogigue ou globulaire, et même attaquer ses gtoboies (à supposer qu'elle en soit formée). Je vous montrerai, dans mie autre partie de Tbistoireda sang, que ce liquide est modiilé chez les albuminnriques(l). Lorsqu'en injectant directenen t de Falbumine dans le sang , celle-ci passe par les urines ( voy. t II , p. 132), on a injecté de Falbumine déjà modifiée par Teau dans laquelle on l'avait étendue. La nature ramène pour chaque individu le sang au degré de concentration nécessaire pour le naiotien de l'albumine et des globules dans leur état physioloipqoe; les excrétions enlèvent incessamment les parties aqueuses. Lorsqu'on rompt violemment la proportion des matériaux du sang ea y injectant de l'ean , comme dans les expériences de M. MagrendJe, oo voit naître des suffusions aqueuses et albu- ■ioeoses.

Il y certainement de la hardiesse et de la portée dans cette doctrine , où j'entrevois pourtant certaines parties difficiles à coodlier ; mais je ne puis y consacrer plus d'espace.

Gardez- vous bien , Messieurs , de considérer comme un état pathologique la présence de la caséine ou de Talbuminose en proportion modérée dans le sang; c'est seulement à l'état soluble que les principes albumiooides peuvent pénétrer dans ce liquide , e^cst à cet état aussi qu'ils peuvent être utilisés pour les besoins de la notrilioD. *

(\) U font tenir compte aussi de rélat des tissus. Le rein est malade dans li aatedie de Brigbt. Certaines membranes enflammées laissent transsuder un b|iride que tout le monde rrgarde comme aibnmineiix , en partie au moins. Est-ce raibuminf pure ou déjà désagrégée qui e^t décrétée dans les plèvres eni, dans la tunique vaginale atteinte d hydrocèle? etc. etc.

n ra «AHGu

SOIXARtE'HltJVlllE Um.

(Suite).

CASËl^È bb ftAlIG. — AtlltJltMOSË. -^ MATIÈRES ËILtti ACTIVES. — GMÊAtlftE. -^ ORéAtlUlftÈ. -^ MAtlftlIES tdLOKAllTÈS.

Caséine du sang.

Mt!SâiEtins,

L'eiiiteoce de la caséifie dans le sang ayait plualeiirs fbifi élé soupçonnée , mais on regardait cela comme uti é<at patto-: logique ou exceptionnel. Je lis, par exemple^ dans la thèse de M. Lepecq (1), que lé sérum dd sang d'une ânesse, morte mi jelir après aroir mis bas , ajrant été séparé de son albumine par la chaleur, contenait encofe une substance qui offrait tontes lé^ réactions du caséum. L'observation est empruntée à M. Mortndv professeur à l'École Tétérinaire de Lyon.

Gihetin Tavait aussi trouvée en petite quantité déns le sang y mais dans des cas qu'il regardait comme sortant de ht rè^. Marchand Tavait reneontrée sur des individus des denx sexes , et HuneféM, chez des femmes qui avaient éprouvé une suspensioe de la sécrétion mammaire.

La démonstration M mieux la dée<Ni verte de ht caséine à Félal normal dafts le sang a été Mie récemment ^ et presque en même temps , par M. le D"* Panum, à Copenhague (2), et par MMj Na-talis Guillot et Leblanc , à Paris (3).

(1) iHiserkUien sur qusi^ues-unês dss causes qui donnent lieu à l'aiiératiom du smng, n^ 276; Paris , 1832.

(2) BUHioihek for Lœger, jtnT. 1830. London joum. of rHedicine, 1850, p. 685.

(3) Séance de lioïKilul du 21 octobre 18^, et Jrch. gén. de méd,, 4* sér., t XXIV, p. 3GI.

COMPOSITION BV SANG. 9I

LeD' Pammiy êjMi Tftraé de raaa dans du sénim, vil avee swiMÎfe que la mixture «vait pria iMie teinte blanelie analogue à cfle do lait dilaé |Hir Teau. L'eau diatilMe arait le mèoie effet. Lorsqu'il avait ajouté 4 parties d*eau à 1 partie de sérum , Fopidté commençait à ae montrer) le phéoemène augmentait jûsfa*à ee qu'il y eût 10 parties d'eau pour 1 de sérum. Apréa ragl^ualre heures, il s'était précipité une matière Mandié qu on bon filtre pouvait séparer. Cette matière, examinée au mi^ croioo|ie^ était amorphe ;VmA% acéliqae ou l'alcali caustique la diisoifait L'acide acétique versé goutte à goutte dans le séroib ^rédpite|dit*il,€ettesHbalafloe; après quoi il laredissoot, si on cootioue de le verser goutte à gouttent Après avoir constaté que cette matiètt £iistait dans le ^éram de gens bien portants, tout «mi Mcn qtie dans le aérura de gens atteints de diverses màla-* fies^ aptèa Favair soumtoe à divers réactifs, il Conclut que le léram coBltent nu eompoaé protéique distinct de l'albamine H tt la flftrîM^ iÉBokible dnS Teau , et lésa en dissolution par les icla d ka alcriii du steam^ Il prononce par eiclasian que c'est de la caséine. Enfla, dans une publication plus récente, il donna aae ëémaasMtiOD en quelque sorte synthétique de la nature de cette substance; M noas apprend, en effet, qu'il a composé avea elle un lait artificiel. Après l'avoir extraite du sérum du bœuf, il ajoute de l'eau, du beurre, du soere de lait, des sels et des alcalis pour la dissoudre, et notamment le phosphate de soude, H il oblîcBl un liquide qui a^ dit-il, la couleur, te goût du Mit , el qui , introduit dans restoraaode deux petits ebals » s'x eailiê flemme fiafatt le lait.

MM. GaiUet at Leblanc montrent aussi , de leur o6té , que FcxialeBfle da la caséine dans le sang est l'état normaL Ils la treaveBl Bon-fleulement dans l'espèce humaine^ mais dans le mag do taureau , du bmuf , de la vache^ du bouc , de la chèvre « dibélier, d»nooton, de la brebis, du porc^ du chien, du ielaa de iNrdMS et de vache. Les procédés, d'extraction et de pafiAmiîoB sont aa moins aussi simples , disent-ils , que s'il s'agismîl de l'obtenir du lait.

CTaat daaa la sang des nourrices qu'où eu trouve le plus^ Par

contre , il y ea a trè^peu dans la période de ta gestation, comme si cela était employé i noaririr le totus* Et effectivement il y en a beaucoup dans le placenta, comme M. Stas Favait démontré.

Le sang des enfiints morts nonvean-nés n'en contient pas, mats il y en a beaucoup dans le sang des nouveau-nés vivants. EnAn la caséine disparaît du sang dans certains cas pathologiques.

La proportion de cette substance dans le sang a été recherchée par M. Paaom. Sur 1,000 "parties de sérum desséché, il y en avait de 4 à 7 parties sur trois hommes , il y en avait de 5,5 à 13,5 chez huit femmes; mais la plus grande partie se rencontre peu de temps après la parturition. H a trouvé les chiffres 9,9— 1 1,4— et 12,7. Les nourrices en ont de 6,5 à 7,4. On voit que, sur ce point, il ne s'accorde pas avec MM. Natalis Guillot et Leblanc. Gomme la caséine existait certainement dans ces analyses quantitatives si minutieuses que plusieurs médecins nous ont présentées, il faut penser qu'elle vient en déduction de plusieurs des principes immédiats dissous dans le sérum.

Il y a moins de caséine dans le sang des animaux soumis au jeftne que dans le sang des animaux bien nourris.

Albuminose du sang.

J'ai fait d^à incidemment l'histoire de cette substance; j'y ajouterai peu de chose ici. Elle ne figure pas plus que la caséine dans les analyses les plus récentes du sang. Vous avez vu que , pendant la digestion , les principes albuminoldes étaient non-seulement dissous , mais transformés. L'albuminose est un produit de cette transformation , et l'absorption l'introduit dans le sang , dont elle forme , suivant M. Mialhe , une des parties constiluantes. Lorsqu'on a coagulé le sang défibriné et étendu d'eau, par la chaleur, l'alcool occasionne un nouveau précipité dans ce qui est resté liquide; ce précipité se redtssotit dans l'eau. M. Mialhe le considère comme formé d'albuminosc, et reproche à MM. Verde il et Dollfus , qui ont opéré comme je

COHPMinON DU SANG. (13

Tiens de le dire, é'rféit pris Valbuminose poor de l'albumine du sang (1).

J*âi donné les caractères de cette substance , t. III, p. 88.

Matières exiraeUveê du sang.

Je place ces substances , admises depuis longtemps dans le sang , à cèté de Vaibuminase, Vous savez déjà ce qui motive ce rapprochement. Lorsqu'on a isolé le sérum du sang, et qu'on dessèite celui-ci , oo obtient un résidu jaune ambré. Ce résidu, traité par l'eau bouillante, lui abandonne tout ce qu'elle peut dissoudre, el par coi^équent : 1® la matière saluble dans teau et l'alcool , V la matière soluble dans l'eau , et non dans l'ahool. Il n'est pas nécessaire d'être bien fort en chimie pour compr^idre que cet extrait peut renfermer d'autres substances partageant , avec les substances dont nous aHons parler , la fiKulié d'entrer en dissolution dans l'eau: l'albuminose , par exemple , Furée, les sels , etc.

Quoiqu'il en soit, nous allons décrire les deux corps extractift que nous avons annoncés. Pour les séparer l'un de l'autre, on filtre la dissolution aqueuse , on l'évaporé au bain-marie , et on traite le résidu par l'alcool à 40 degrés (2).

Matière soluble dans Ceau et l'alcool. Cest celle que l'aleool vient d'enlever ; eUe a une couleur jaune orangée. M. Denis la regarde comme de VosnîM(Hne{yj ; mais sa saveur, bien qu'agréable , n'est pas celle du bouillon. M. Marcet (4) la^ nomme matière muco-ea^ractive, et BerzeHus (6) a pensé que c'était un mélange de lactate de soude et d'une matière organique. La dissolution de cette substance a une réaction alcaline. Les acides

(1) Séance de l'Institut du 10 juin 1850 , et Gaz, des hôpU., 1S50 , n» 73.

(2) Boudet , Bisai crUique et expérimental sur le sang » p. 21 ; Paris,

(3) Becherehes expérimeniales sur le sang humain, p. 107.

(4) Lonâon medicO'Chimrgicai transactions, toI. Il, p. 807.

(5) lomlon médico-chirurgical transactions, vol* III » p> 390.

M DU 8Âfia.

eblortijrdrique el aiotiqiifi y fom nattne des fleeoiu jaiiiiàires , i€ sous-acétate de plomb y laisse un précipité qu'un excès de rtactif peut rediasoudra, et TiofiMioB de neii de galle la ppfelpite en brun.

Dans cette subitanee flaal détanotnée pmiii lé chimiste, le physiologiste voit un produit que la digestion , aussi bien que Tablerpiion, qui dAcompQse le oopps, introdirisent ineeiaainiaent dana le 99ix\g^ et qui vraisemblaMeoieal se transforme en aliNimiae, m 4bri»e, et en Biatière des g^buies.

Matière saMJe 4cuu F eau et iruoiuhle dam tmlcoet. Cette matière ne se disaiNit pas non pins dans Téther. Elle a reçt» de 11. Denis le nom de cruorine ( 1 ), et il l'a présentée^nmie on principe immédiat nouveau. Elle doit encore être rapportée à Tat* bumiooset suivant M. Miiilhe. Je vais néanmoins tracer son histoire, d'après 1^ qbimiates qui en ont fiait an corps à part. Elle n'est pas un produit artificiel^ une forasation résultant, comme l'avait dit Benelius, de Taction de Teau bouillante sur Talbumine ou la fibrine. M. Denis a en effet olyecté à Topinion de BerzelUis, que la gbrbie, digérée pendant deux minutes dans de Teau à SO^^entigr^ abandonne eette substance. M. Le Gaau (S) a dit uu pas de plus en déanoatrant qu'elle existait bien toute formée dans le sang; puis il n en quelque aoKe détruit son ouvrage m avançant qu^elks pourrait bien être un composé d'aïbuMino et 4# ao<f4i. CSe qui proove quelle existe toute formée dans le aaag^ e'est qu'oie l'obtient sans faire intervenir Teau dana les premières opéraHoua, qui eonaisleot à précipiter do sang, par reddition d'aleool , tout œ que ce dernier ne dissout pas , à évaporer la liqueur à aiccHé , et à épuiser le produit par Téther el TalcoQ). Ce qoi reste, et qui est précisén^nt ce qu^on cherche, se dissout dans l'eau.

La dissolution aqueuse donne , par l'addition de quelques

( I ) RecheMkes e^fpMminémles tuw ie sojfg ktUMikt , p. 109. (2) De l^kémmloàiiêe , ou maêiére coioMuUe eu sang {/énruiics de chimie ei de ^sique , t. XLV, p. é; 1890).

d'adde teélique , des flooons blanehàCres, solables dans ranoioaiaque et lacide chlorhydrique , et qui se redissolvont iMU dans Tacide aoétique. Lorsqu'on a exlrait cette substance ftt le procédé qni consiste à foiva réagip Peau bouillante sur Il fibrine ou ralbuoiine, elle est blanobe , sèebe , dure, us peu stfptiqoe , et cependant d'un goût agréable. Elle attire Thu- ■ûdité de Tair ; S4 dissolution aqtieuse pp6etpite en flocons blancs ]ar Vinfusioo de noix de galle.

Les aMlièPes eitraeti? es du sang n'y figurent que pour une très-petite proportion. Gomme les opérations à l'tide desquelles aa les piépare ne les isolent pas des sels libres qui sont en dissoletîQB dans le saog, on réunit en général, dans les analyses ^eaatiiatives, les unes et les autres dans un seul chtifre. Le diiffre moyeu est pour Thomme , dans Tétat de santé , 6,8 ; mamumm 8 asilUèmes, mimimum £ millièmes (1). Nous ver* iws qw, dans ee chiffre, il iaut Faire la part plus grande aux ids qu'au «alîères extracti?es.

ÇréatiM e( oréaiitdw du sang.

J*ai mentionné ailleurs la découverte de la créaiine dans tç bouilloa par M- Cbevreul, de la créaiine et de la crëatinine, par M. Uebig, d^os Içs cl^irs d'i^e fQ^U) d'auiuiaux; on les a aussi trouvées ^w& les urines. MM. Verdeil et Dollfus les ont si* gnalées dans le sang, ajpsi que plusieurs autres substances qqe je meatiopnerai bientôt. C!^ expérimeutiiteurs ont compris la nécessité d'agir sur des quantités énoru^s de sang , pour décou»vrir, une première fois, la nature des corps qu'ils allaient y rechercber. Une fois ces substances reconnues au mc^'cn d'un bon procédé, il était possible de les retrouver dans une très- petite quantité de sang (2). Déjà M. F. Boudet (3) avait conseillé rem-

et) Becquerel et Rodier, iteeft. sur la composition du sang, p. 23. (S) €a». méd., 1SS0, p. S». W nVst question , dans ee( srllcle, que de leur procédé ; la découTerte que ]*amionce est encore inédite. ;3) Efsai critique et expinmenial sur le sang, p. 19.

Oe DU SABIO.

ploi de eette méthode , à laquelle il a dû la découverte de la ^-

roline.

La crëatine et la créatinine sont en proportion trèSrmiQiiiie dans le sang , et sont contenues dans ce que nous avons précétenment nommé principu exiractifs du sang.

Matières colorantes du sang.

On reconnaît deux matières colorantes dans ie sang , une rouge et une Jaune.

La matière colorante rouge, de beaucoup la plus Importante, est celle que Ton désigne lorsqu'on prononce les mots de matière colorante, sans qualificatif. On lui a donné différents noms : hémaUne, zoohëmatine, phœnodine, hématochroUe (Hunefeld). M. Denis (1), qui Tavait nommée cruorine, a abandonné cette expression pour celle d'Iiématosine, employée par Bcrzelius. M. Le Ganu (3), dans son premier mémoire, l'avait décrite sous le nom deglobuline; mais il a , dans sa dissertation inaugurale (3), abandonné cette expression pour adopter aussi le mot hëmatosine, proposé par M. Chevreul (4). Cest sous ce nom que j'en parlerai.

Nous savons déjà qu'elle occupe exclusivement les* globules , et que , dans ces globules , elle est unie à une autre substance dont nous avons fait l'histoire (t. III, p. 78). Je me suis expliqué aussi sur la [dace qu'elle occupe dans le globule.

Burdach (6) ne veut pas qu'elle constitue un corps à part dans le cruor. Il dit que le cruor en masse, c'est la couleur; mais on l'obtient aqjourd'hul séparée.

Une opinion diamétralement opposée à celle-ci , et tout aussi

(1) Recherches expérimentales sur le sang, p. 90.

(2) Chote curieute! le mémoire a pour titre : De l'hématosine , ou matière colorante du sang, etc. , p* 23; Paris , 1880.

(3) Études chimiques sur te sang, p. 28 (Tbèies de Paris, d"* 395 ; 1837).

(4) Art. Sang {Dlct. des se. natur., t. XLVII )•

(5) JYailé de physiologie, t. VI, p. 79.

peofaodée, avait été émise, lorsqu'oa crut que c'était un sel de krqai colorait le saog; opinion dont il fallait tirer ce corollaire qÊC la couleur du sang n'est pas due à un. principe immédiat. Cependant Wells (1), dès Tannée 1797, avait attribué la couleur di sang à Texistoice d'une substance animale particulière. Nous dirons, en parlant du fer du sang, par quels degrés on a dû IMSser pour arrivera la démonstration de ce feit.

l-o grand obstacle à Fétude de ce principe immédiat résultait de la difficulté de le séparer de la substance qui forme la base des glc^Niles. Quatre procédés avaient été employés pour obtefdr la matière colorante , avant le second travail de M. Le Ganu. Tous donnaient un mélange de cette matière avec un principe albominoide.Tels'étaient : 1"* le procédé de Vauquelin, qui délayait dans ractde solfurique étendu d'eau le caillot égootté , chauHait le mébnge à 70 degrés, filtrait, lavait le résidu à Teau chaude, évaporait les liqueurs, et précipitait par Tammoniaque la matière colorante; 2° de Brande, qui laissait tout simplement se déposer \a matière colorante dans le sang défibriné, et décantait le sérum surnageant; 3"" d'Engelharl, qui étendait de dix parties d*eau le sang défibriné, le chauffait à 65 degrés , et recueillait le dép6t coloré qui prenait naissance (2); 4^ de Berzelius enfin, qui triturait dans une petite quantité d'eau des tranches minces de caillot , privées de leur sérum par le papier brouillard, exposait la dissolution à l'action de la chaleur, et coagulait ainsi la matière colorante, qui n'avait plus besoin que d'être lavée, comprimée, et séchée.

(I) Observations and experitnents on the colour of blood {Philosopkieal iransadions, toI. LXXXVll, n. 416; 1796).

'2) M. Deob arait été conduit de son côté à remploi de ce moyen , tans avoir en amoanuiice du traTail d^Eng^lbart (Recherches expérimentales sur le sang, p. 97).

Le procédé d'Eogelbart est fondé sur cette remarque, neuve lorsqull la fit comaltre, que te térum, étendu de dix parties d*eau, ne se coagule pat i 75 degrés «ntigradet; tandis que la matière colorante, ainsi étendue, com* ■OKe à ae coaguler A SO degrét. La Faculté de médecine de GfBttingue i cou* nmné la diiverutîofi d'Encelbart ( Jrch» gén, de méd,, t. XVIll , p. 76 }•

98 DU SâNO.

des qnatre opérations ne donnaient , comme je Fai dit, qu*an produit complexe , et on pouvait leur reprocher encore de four* nir une matière colorante dont les propriétés variaient avec le procédé employé pour les obtenir. Par exemple la matière colorante de Berzelius, coagulée par la chatenr, ne ressemblait guère à celle que Brande avait préparée par le simple procédé dont j'ai donné Fanalyse.

M. Le Ganu , en 1830 (i), crut avoir séparé la matière colorante du sang du principe albuminoide que tous ses prédécesseurs avaient laissé combiné avec elle; et M. Sérullas, dans son rapport , proposait à Tlnstitut de donner son approbation à ce travail. Mais en 1837 (2), M. Le Ganu reconnaît que la matière décrite par lui antérieurement, sous le nom de globnline, retenait encore de Talbumine. Dans ce dernier travail enfin (3) , il donne le procédé par lequel on obtient à Tétat de pureté la matière colorante du sang. En voici Tanalyse. On verse goutte à goutte dans du sang défibriné^ et de préférence dans du sang d'homme, avec lequel Texpérience réussit mieux, de Tacide sulfurique*, jusqu'à ce que le mélange se prenne en masse. Le magma délayé dans Talcool y subit un retrait qui permet de le comprimer dans un linge à tissu serré, pour expulser la partie liquide. On le traite alors par Talcool bouillant, que Ion acidulé vers la fin. De là : P un résidu blanc abondant , T des solutions alcooliques acides chargées du principe colorant. Elles sont filtrées après refroidissement, sur-saturées par l'ammoniaque, filtrées de nouveau pour isoler la majeure partie du sulfate d'ammoniaque , enfin distillées jusqu'à siccilé. Le résidu de cette distillation est formé: 1» de matière colorante; 2** de matières sal|pes, extractives et grasses, qu'on enlève par l'eau, ralcool

(1) De Vhématosine ou matière colorante du sang; Paris , 1830.

(2) Études chimiques sur le sang humain (Thèses de Paris, n<> 305, p. 26; 1937).

(3) Seul , M. Saoson était parrenu à préparer une maiière colorante exempte d'aUHunine, maisoecte matière était un produit de réaction (Le Canu, iœ. Cf^vP. 27),

COMPOSmOM DU SANG. 99 .

et TéUier* La matière coloradte qui reste est dissoute dans de Taioool contenaût cinq pour cent environ d'ammoniaque liquide. On filtre encore; on expulse par distillation ou évaporât iou Talcool ammoniacal. Ce dernier rësidu , lavé à Teau distillée, puis Màé , constitue la matière colorante pure.

Quelques-uns des détails de cette préparation vous font pressentir que la matière ainsi obtenue s'éloigne à quelques égards, quant à ses propriétés , de celle que d^à vous connaissez dans le sang. Voici en effet les caractères de fat substance isolée par M. LeCanuO).

L'bématosine, dit-il , est solide, sans odeur, sans saveur, terne et de couleur brune, quand on a terminé l'opération par une distillation; d'un noir rougeâtre , et d'un éclat métallique qui rappelle l'aspect de Targent rouge des minéralogistes , quand au contraire on a fini Topération par l'évaporation au bain-marie de la solution alcoolique ammoniacale.

Elle ne se dissout, ni à chaud ni à froid, dans l'eau, dans l'al- ODol faible, dans Talcool concentré , dans l'étlier sulfurique, dans l'éther acétique, dans Thuile essentielle de térébenthine.

Mais, siTeau, l'alcool, l'éther acétique, sont chargés d'une trëSHuinime quantité d'ammoniaque , de potasse ou de soude caustique, ils la dissolvent aisément, et se colorent en rouge de sang. L'alcool , légèrement aiguisé d'acide sulfurique ou chlorhydrique , ou additionné de sulfote de soude , la dissout également. Mais le sulfate de soude, ajouté à Teau , ne la rend pas soluble dans ce liquide.

Ainsi, Messieurs, voilà un produit que la chimie isole ^ à Taide d'un procédé qui a reçu l'approbation des hommes les plus compétents de notre époque. Ce produit est insolcble dans L EAU , et cependant vous savez que si on syoute de l'eau au sang , on voit les globules abandonner leur matière colorante à • cette eau , qui la dissout (voy. 1. 111 , p. 19}.

Biais, direz- vous , le sang est alcalin , et vous venez de nous

C^ Éludes ch' iniques sur le sang humain,^. 28; f837.

montrer que rhématosine , préparée comme il a été dit , est soluble dans l'eau , lorsque celle-ci est légèrement alcaline ; il n'y a donc rien d'étonnant à ce que Thématosine se dissolve dans Tean qu'on ajoute au sang. Soit ; mais alors on se demande pourquoi elle ne se trouve pas, sur le vivant, en dissolution dans Teau du sang, au lieu d'être exclusivement unie aux globules. Il y a lieu, je pense, de faire intervenir ici les sels qui conservent l'individualité des globules (voy. p. 36 de ce volume). Ces sels conservent l'union de la matière colorante et du globule , soit que la couleur pénètre uniformément le globule, comme nous l'avons admis , soit que le globule, représentant une petite poche , contienne à son intérieur la matière colorante , à l'état liquide, comme le supposent M. Dumas (1) et autres.

Vous le voyez, Messieurs, l'hématosine, comme la fibrine , offre des conditions organiques , j'ai presque dit anatomiques , qui sont plus ou moins promptement détruites après la mort ; et de même qu'il arrive, sur le vivant, que la fibrine se coagule dans les vaisseaux ou dans le cœur, de même aussi il peut se faire qu'une portion d'hématosine, abandonnant les globules, se répande par diffusion dans le plasma du sang. 11 serait bien important de rechercher si , dans certaines affections^ le sérum du sang de la saignée ne retient pas une notable quantité de matière colorante.

Mulder, qui a fait l'analyse de l'hématosine, est arrivé aux résultats suivants , avec lesquels s'accordent ceux de M. Dumas (2).

Carbone, 69,49; — hydrogène, 6,30; — azote, 10,54; — oxygène, 11,01 ; — fer, 6,66 : le sang analysé provenait d'un bœuf. Mulder a tiré de son analyse la formule suivante :

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