PARALLÈLE ENTRE LES ÊTRES VIVANTS ET LES CORPS BRUTS
(Suite.)
Messieurs,
En comparant les êtres vivants aux corps inorganiques sous le point de vue de leurs forces motrices , nous avons annoncé que nous rapporterions à trois groupes les opinions émises à diverses époques sur le principe de l'activité des êtres organisés. Les deux premiers chefs ont été épuisés dans la précédente leçon; je vais aborder le troisième. Vous savez déjà qu'il s'agit du vitalisme et des propriétés vitales; voyons comment on est arrivé à établir celle doctrine.
Vitalisme.
Nous avons vu comment les physiciens, remontant des faits particuliers à des faits généraux , et de ceux-ci à un fait principe qui contient tous les autres , avaient , pour désigner ce fait principe ou sa cause , inventé des noms qui sont là comme l'x algébrique , attraction , électricité.
Ce qu'avaient fait les physiciens , quelques physiologistes pensèrent qu'ils pourraient légitimement le tenter à leur tour. Ils le firent donc; et comme l'étude des faits particuliers, leur généralisation, ne conduisit point les physiologistes (et ici j'entends parler des plus sages) aux mêmes faits principes que les physiciens avaient proclamés, ces physiologistes décidèrent que les forces qui dominent dans les êtres organisés ne sont pas les mêmes que celles qui régissent les corps inorganiques. Alors ils inventèrent un mot pour désigner La source des phénomènes de la
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vie: ce tut le mot force vitale, principe vital. Puis, quelquesuns observant que les phénomènes de la vie sont trop nombreux et surtout trop variés pour être rapportés à un seul fait principe, ils pluralisèrcnt h force vitale, et de là naquirent les proprilés vitales.
Il semble, Messieurs, que rien ne soit plus raisonnable que cette manière de procéder. Mais il y avait là des chances d'erreur, et tout le monde ne sut pas les éviter. En effet, les physiologistes se flattèrent trop , lorsqu'ils s'imaginèrent qu'ils porteraient l'analyse dans les phénomènes de la vie avec autant de rigueur et de facilité qu'en avaient trouvé les physiciens dans la recherche de leurs faits principes. Vous savez déjà que les actes de la vie sont bien plus complexes que ceux de la nature inorganique (voyez page 49) : de là la difficulté de signaler parmi ces actes ceux qui devaient être considérés comme primordiaux.
On né pouvait donc guère espérer de voir tous les physiologistesarriver aux mêmes faits principes et par conséquent aux mêmes propriétés vitales. Les dissidences ne portèrent pas seulement sur Yespèce, mais encore sur le nombre des propriétés vitales qu'on avait reconnues dans les êtres organisés. Tel physiologiste n'en admet qu'une, tel autre en reconnaît deux, quelques-uns portent leur nombre à cinq, et d'autres les multiplient encore davantage. Comme exemple frappant de ces divergences d'opinions entre des hommes d'un mérite incontestable, j'opposerai l'un à l'autre deux de mes collègues , MM. Àdelon et Gerdy : le premier arrivant par un effort de généralisation à une seule propriété fondamentale, la sensibilité ; le second démêlant par une subtile analyse dix-huit actes primordiaux distincts les uns des autres, et par conséquent dix-huit propriétés vitales. Et je ne vous donne là, Messieurs , qu'une faible idée des démêlés qu'a suscités le vitalisme. Les physiologistes que je vous ai cités sont dans le même camp, puis qu'ils sont vitalistes; mais entre eux et quelques autres célébrités modernes il y a bien moins de chances d'accommodement. Jugez-en par les deux passages suivants: On a, dit M. Magendie, établi ou plutôt imaginé des pro-
priêtés vitales, et je m'étonne que l'esprit puisse se contenter d'une semblable mystification. D'une autre part, M. Gerdy promet, dans sa préface, de traiter avec tous les développements qu'elle réclame l'histoire des propriétés vitales, si scandaleusement réprouvées aujourd'hui.
Dans l'appréciation du vitalisme, je procéderai d'une manière qui vous paraîtra peut-être peu logique. Il est d'usage d'exposer une doctrine avant de la juger : je ne me conformerai pas à cet usage; je formulerai mon opinion à l'avance, et du point de vue où je me serai placé, j'examinerai les formes diverses sous lesquelles s'est produit le vitalisme. Si cette manière de procéder ne témoigne pas d'une modestie parfaite, elle annonce une conviction bien prononcée : or, il faut être convaincu pour enseigner avec fruit.
El d'abord, je suppose que ceux de vous qui ont prêté à la dernière leçon une attention réfléchie se demandent en quoi le vilalisme diffère des explications où, dans le corps supposé inerte, on fait intervenir un principe animateur; en quoi le principe vital se dislingue de l'archée de Van Helmont, de l 'à me de Stahl ou de la nature d'Hippocrate; et si on n'a pas reproduit de vieilles doctrines sous des expressions nouvelles? Je répondrai que la critique que cette question implique est fondée, si on veut donner au principe vital une existence qui lui soit propre , au lieu d'en faire simplement un mode du corps humain. Si, par propriétés vitales, on entend désigner des êtres surajoutés pour ainsi dire à nos organes , si on les considère comme des agents qui donnent l'impulsion à la matière organisée , on tombe dans la même faute que plusieurs de nos devanciers , et j'oserai dire qu'on est animiste sans le savoir. Il y aura pourtant cette différence entre le principe vital et quelques-unes des abstractions personnifiées dont je vous ai entretenus, entre le principe vital et l'archéé de Yan Helmont par exemple , que le premier sera beaucoup plus habile, plus savant que le second, plus sage dans ses opérations, parce que les phénomènes ou les lois que cette abstraction personnifiée représente auront mieux été étudiés par les Vitalistes que par les pari isatis de l'archée. Entre les premiers cl tes secîa-
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leurs de Stahl, il y aura cette nouvelle différence qu'ils auront distingué de l'âme leur principe vital, distinction que Stahl n'avait pas faite, puisqu'il confiait à la direction suprême de l'âme toutes les opérations du corps , y compris même la formation de ce corps, produit de Y anima structrix.
Je pense que la doctrine des propriétés vitales, envisagée comme je viens de le dire, ne peut que nuire aux progrès de la physiologie et de la pratique médicale. Je soutiens qu'il y a là plus qu'une dispute de mots, car après avoir personnifié le principe vital, il est tout naturel de croire à ses maladies, comme Yan Helmont croyait aux affections morales de son archée , et l'on oublie ainsi la considération des organes malades. Un homme est frappé d'hémiplégie ; direz-vous : « Voilà la sensibilité, la contractilité , qui sont affaiblies, malades; occupons-nous de ranimer ces propriétés?» Non. Vous direz au contraire: «Cet homme est atteint d'une hémorrhagie cérébrale , visons à obtenir la résorption du sang épanché. »
Comment faut-il donc entendre le vitalisme? Voici ma profession de foi à cet égard.
Si on veut se borner à dire qu'un arrangement particulier de la matière , tel que nous le voyons dans les êtres organisés, a la propriété de donner naissance à des phénomènes que ni la chimie, ni la physique, ni la mécanique , ne nous expliquent complètement dans l'état actuel de nos connaissances, je reconnaîtrai , je proclamerai cette propriété des êtres vivants; je lui donnerai même , si l'on y tient , le nom de propriété vitale , quoique le nom de propriété organique lui eût mieux convenu, et j'admettrai que la logique autorise à créer autant de ces propriétés qu'il y a dans l'organisme d'actes élémentaires , irréductibles aux lois de la physique générale, et irréductibles les uns dans les autres.
Développons ces propositions.
La première a pour base l'activité de la matière en général et de celle des êtres organisés en particulier.
En voyant une masse minérale reposer immobile sur le sol qui lui sert de support, et ne se déplacer que sous l'influence d'une
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impulsion mécanique venant de l'extérieur et appliquée à celte masse , on a pu supposer et professer que la matière est complètement inerte. Mais cette doctrine se fonde sur une notion incomplète des conditions du fait qu'on a pris.pour exemple : loin que la matière soit inerte, elle est constamment agissante. Si un bloc minéral reste fixé sur le sol, c'est en vertu d'une action constante qui l'entraîne vers le centre de la terre ; si les molécules qui le composent ne se désagrègent pas, c'est qu'elles exercent aussi une action continuelle d'attraclion et de cohésion à l'égard les unes des autres. Lorsque mêlant deux dissolutions salines, on voit la liqueur se troubler à l'instant et un précipité se déposer au fond du vase , peut-on méconnaître que la matière ait été agissante dans la double décomposition qui vient de se produire ? On peut donc considérer les corps comme ayant dans leur composition matérielle la raison suffisante des phénomènes auxquels ils donnent naissance.
Mais , dira-t-on, dans les êtres organisés les phénomènes sont si différents de ceux de la matière brute , qu'il faut bien admettre chez eux l'existence d'un agent spécial. Cette objection n'est pas embarrassante. Si les phénomènes offrent un caractère spécial dans les êtres organisés , c'est que leur matière composante n'est pas combinée comme dans les corps bruts. Où voyez-vous clans le règne minéral un pareil mélange d'humeurs et de solides? où voyez -vous la matière amenée à l'état de principes immédiats, d'humeurs, de tissus , d'organes et d'appareils d'organes? Les propriétés changent avec les combinaisons, c'est là une nolion vulgaire en chimie. Le soufre a certaines propriétés , l'oxygène en a d'autres ; ils les perdent tous les deux, pour en acquérir de nouvelles lorsqu'ils sont combinés ensemble , et ces nouvelles propriétés seront encore différentes suivant que la proportion de ces deux éléments aura donné naissance à l'acide sulfureux ou à l'acide sulfurique. Est-il donc déraisonnable d'attendre de nouvelles propriétés et de nouveaux phénomènes lorsque l'oxygène, le soufre , le carbone , l'azote et le phosphore, se seront unis pour donner naissance à de l'albumine ou de la fibrine , qui entreront à leur tour dans l'agrégat composé qu'on nomme organisation ?
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Ceci pose, voyons à quels caractères nous reconnaîtrons une propriété vitale ou mieux organique (1), et ce qui pourra légitimer la création de telle ou lello force ou propriété. Lorsque, rapportant les faits particuliers des êtres organisés à des faits plus généraux, et ceux-ci à des faits plus généraux encore, nous arrivons à un dernier terme de généralisation au delà duquel nous ne pouvons nous élever, lorsque nous constatons que , pour le moment , ce fait principe ne s'explique ni par la chimie , ni par la mécanique, alors nous l'attribuons à une force inhérente à l'organisation. Nous pouvons créer un mot pour la désigner, mais ce mot ne doit être qu'une formule abréviative propre à faciliter le langage, et ne point impliquer l'idée d'un être, d'un agent spécial. Peut-être les mots principe vital , propriété vitale, ont-ils l'inconvénient , vu la disposition de notre esprit , de nous porter à personnifier les facultés; ils en ont encore un autre, et nous en aurons la preuve : c'est de supposer pour toujours l'irréductibilité du phénomène aux lois de la physique générale.
La grande difficulté consiste ici dans la détermination des propriétés primitives ou faits primordiaux, car on court le risque de trop multiplier les forces ou de trop en réduire le nombre.
Si je ne me trompe , Messieurs , je vous ai mis à même d'entendre avec fruit l'énoncé des doctrines du vitalisme, et d'en faire vous-même l'appréciation. Passons clone à cette partie descriptive et critique.
Les premiers rudiments du vitalisme (entendu comme nous l'avons dit) ne remontent pas au delà du milieu du xvne siècle; c'est dans les ouvrages de Glisson , professeur à l'université de Cambridge, qu'il faut les rechercher, et il est véritablement remarquable que cet auteur soit entré dans cette voie à une époque où l'on était si engoué de mécaniscisme et où on se ruait dans l'application des formules mathématiques aux actes de la vie.
Le titre de son grand ouvrage, Tractatus de natura substan-
(1)Par le mot organique, je n'entends pas désigner les propriétés de tissu de Bichat, ni la force morte de Haller.
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ttœ cnergetica , prouve qu'il croyait à l'acLivité de la matière. 11 constate dans uni autre travail que la substance des animaux vivants, irritée, réagit et. se contracte. Il déclare alors que celte propriété, désignée par lui sous le nom d'irritabilité, n'a aucun rapport avec les mouvements physiques ou chimiques ; il la présente comme un acte primordial, auquel il faut rapporter tous les autres actes des fonctions. Il étudie bien les impressions en vertu desquelles les fibres sont excitées à se mouvoir. On a peine à concevoir qu'une doctrine où il y avait tant de vrai ait pu être négligée, à ce point qu'elle était complètement tombée clans l'oubli vers le milieu du xvme siècle ! On doit reprocher à Glisson d'avoir doué toutes les parties du corps de son irritabilité , et d'y avoir même fait participer les os et les humeurs.
Bellini a admis une force contractile naturelle, en vertu de laquelle la fibre excitée par des matières âcres cherche à se libérer du malaise qu'elle éprouve. Il avait déduit de cette création une théorie de l'inflammation et de plusieurs autres phénomènes pathologiques. Mais il est arrivé là hypothétiquement, sans expériences directes, et n'a point distingué sa contractilité des simples propriétés de tissu auxquelles nous verrons Haller donner le nom de force morte.
Gorter tombe dans le même vice. Sa force vitale, vis vitalis , est commune à toutes les parties du corps.
Slahl, quoique promoteur de l'animisme, avait cependant reconnu que, dans l'exercice des fonctions, nos parties étaient le siège de mouvements obsuers et alternatifs de resserrement et d'expansion. Il avait rapporté ces mouvements à une propriété spéciale de la matière vivante, qu'il avait nommée tonicité; ci certes, cette faculté , qu'il ne faut pas confondre avec la contraction musculaire, existe dans nos tissus. Mais Stahl eut le tort de la mettre sous la dépendance directe de l'àme.
Jusqu'ici nous ne voyons pas la doctrine du vitalisme prendre rang dans la science ; mais Haller, qui n'a jamais , que je sache, prononcé le mot de vitalisme, ci (ce qui n'est guère connu peutêtre) n'avait pas voulu qu'on donnât à son irritabilité le nom de
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force vitale, va cependant par ses travaux jeter les fondements du vitalisme.
Au lieu d'une seule propriété , Haller en admet deux, savoir Y irritabilité, qu'il n'entendit pas à la manière de Glisson, et la sensibilité. L'immense influence qu'eurent les idées de Haller sur iâ physiologie et même sur la pratique médicale, le nombre extraordinaire d'expériences dont il l'appuya (on n'en trouve pas moins de cinq cent soixante-sept décrites dans son journal, et il en a passé sous silence un plus grand nombre), exigent que nous nous arrêtions un instant sur sa doctrine.
Les expériences à l'aide desquelles Haller étudiait l'irritabilité et la sensibilité dans les diverses parties du corps consistaient à déuuder exactement ces parties, après quoi elles étaient piquées, coupées, tenaillées, interrogées avec le fer et les caustiques.
Toute partie qui, étant touchée par quelque corps étranger, devient à l'instant plus courte. Haller la déclare irritable. L'irritabilité est donc la faculté d'entrer en contraction sous l'influence d'un stimulus.
11 a soin de distinguer cette propriété de Yéfasticité. Dans les phénomènes produits par l'élasticilé, la réaction n'est jamais supérieure à l'action. Il n'en est pas de même de X irritabilité; l'effet y surpasse de beaucoup la cause , puisqu'un léger souffle anime le cœur d'une force qui lui fait surmonter d'énormes résistances.
Il s'attache à prouver que l'irritabilité est différente de toutes les autres propriétés des corps. Rien n'empêche, dit-il, d'admettre l'irritabilité pour une propriété du gluten animal, comme ou reconnaît l'attraction et la gravité pour propriété de la matière en général. Tout ceci montre combien est sévère et philosophique la marche du raisonnement de Haller dans l'étude de l'irritabilité. Il ne veut pas qu'on s'occupe d'en rechercher l'essence ou la cause prochaine; il écrit à ce sujet : Propria 'àutem vis est, ab omni polestate distincta, et refereuda iufrr /butes generandi motus , quorum ulleiior causa ignoralur.
121 PKOLÉGOMÈNES.
Nous avons dit qu'il fallait un stimulus pour mettre en jeu l'irritabilité. Ce stimulus, c'est, dans l'état physiologique, et pour les muscles extérieurs , la volonté, ou plutôt c'est le changement qui se passe dans le système nerveux sous l'influence de la volonté. Les muscles creux, comme le cœur, le tube digestif, ont pour stimulus les liquides qui affluent dans leur cavité. Ainsi, du sang qui sert de stimulus, et un cœur irritable, et vous comprendrez, dans sa doctrine, comment, depuis l'état embryonnaire jusqu'à la vieillesse la plus reculée , la nuit comme le jour, sans avoir jamais besoin de repos et sans intervention nécessaire du système nerveux, le cœur enchaîne les contractions alternatives de ses doubles cavités. Le sperme joue le rôle de stimulus pour tirer de la torpeur le cœur de l'embryon , et susciter ainsi l'évolution des organes , que Hallcr croyait préexistants dans le germe. Ainsi, l'irritabilité présiderait au développement du nouvel être.
Haller ne veut pas qu'à l'exemple deWhytt, on confonde l'irritabilité avec la sensibilité. Les nerfs, où la sensibilité est si exquise, ne sont pas irritables, et le cœur, le plus irritable des muscles, le cœur, impatiens stimuli, suivant l'énergique expression de Haller, est à peine sensible , et en le touchant sur l'homme (l'occasion s'en est présentée), on cause plutôt la syncope que la douleur.
Enfin , Messieurs , Haller soutenait que l'irritabilité était complètement indépendante de la force nerveuse ; et comme on ne peut nier cependant que tous les muscles ne reçoivent des nerfs, il attribuait aux nerfs des muscles volontaires l'office de transmettre à ces muscles le stimulus provenant de la volonté, et aux nerfs des muscles involontaires , comme le cœur et les intestins, la propriété d'entretenir les relations sympathiques de ces parties avec les autres organes de l'économie.
Tels sont, Messieurs, les points fondamentaux de l'irritabilité hallérienne; nous la jugerons dans un instant.
La deuxième propriété admise par Haller est la sensibilité. 11 donne à ce mot un sens plus restreint que no l'ont, fait plusieurs de ses adversaires et quelques-uns de ses successeurs ; il appelle
fibre sensible celle qui étant touchée transmet à l'âme l'impression de ce contact. Ainsi , il n'admet pas de sensations non perçues.
Si vous voulez bien, Messieurs, vous rappeler de quel point de vue nous examinons le vitalisme , vous reconnaîtrez avec moi que si Haller n'a pas signalé tous les actes organiques élémentaires, tous les faits principes des êtres vivants, il a au moins procédé d'une façon très-sévère en établissant ses deux propriétés, et su éviter les erreurs que nous reprocherons à quelques-uns de ses successeurs. Il n'a point fait de son irritabilité quelque chose de distinct de la matière irritable , et , loin de la personnifier, il en fait une propriété du glulen ou gélatine animale (il nomme ainsi la matière du muscle). Il va même jusqu'à se refuser à la proposition faite par quelques-uns de ses contemporains , Gaubius entre autres , de donner le nom de force vitales l'irritabilité. Il ne faut pas, dit-il, qualifier de vitale une propriété qui survit à l'existence, comme on le voit dans les muscles d'un animal récemment mis à mort et dans les parties qu'on vient de séparer du corps. Mais ce n'est pas là son seul mérite : il sépare l'irritabilité de la force morte, distinction qui doit avoir fourni à Bichat l'idée de ses propriétés de tissu; il dislingue aussi l'action de l'irritabilité de l'action de l'âme à laquelle plusieurs physiologistes s'obstinaient encore à faire jouer un rôle dans les mouvements involontaires.
Mais ce qui donne le cachet à sa doctrine, doctrine issue d'une expérimentation rigoureuse, c'est qu'il fixe nettement le domaine et la nature de l'irritabilité. Glisson l'avait mise partout; Haller ne l'admet que là où un excitant fait à l'instant raccourcir la fibre. Il nous donne le catalogue des parties irritables , et qu'y trouvons-nous? tout ce qui dans l'économie recèle de la fibre musculaire; tout cela et rien que cela. De sorte qu'il arrive, par les vivisections, au même résultat qu'atteindrait aujourd'hui celui qui procéderait, à l'aide du scalpel et du microscope, à la détermination des parties musculaires du corps.
Vous aurez une idée de l'impulsioo donnée à la physiologie par la découverte de l'irritabilité, si vous voulez bien vous re-
12fi l'iioi.i'cooMKXr.s.
présenter le chaos qu'il fallait débrouiller, lorsque des homm tels que Bagljvi faisaient de la dure-mère un organe cuuiiaclile, sorte de cœur dont le resserrement et le relâchement alternatifs mettaient en circulation les esprits vitaux ou animaux , et suscitaient ainsi les contractions musculaires ; lorsqu'on croyait au raccourcissement des tendons, à l'oscillation des nerfs, qui mettaient mécaniquement en jeu la fibre musculaire, et au resserrement des plexus que les ramifications subdivisées des nerfs forment autour des vaisseaux.
Après avoir entendu cette appréciation de l'irritabilité hallérienne, vous serez peut-être surpris, Messieurs, d'apprendre qu'aucun physiologiste moderne ne la fait figurer dans le dénombrement des propriétés vitales dont il reconnaît l'existence. D'où vient celte apparente omission? Le voici. Lorsqu'une contraction a lieu par suite de l'application d'un stimulus à une partie irritable, quel est le phénomène capital? C'est la contraction. La propriété fondamentale est la contraclilité ; l'irritabilité n'est qu'un mode de cette contraclilité, c'est la faculté qu'elle a d'entrer en action sous l'influence d'un stimulus. Aussi, allez-vous voir désormais le contraclilité figurer à la place du mot irritabilité.
Sur un autre point essentiel, les rapports de l'irritabilité avec la force nerveuse, la doctrine de Haller a été soumise à révision par les modernes, et la question n'a pas été jugée dans le sens de la théorie hallérienne. Ce point sera exposé à propos de la physiologie des muscles.
Si Haller a préparé le vitalisme moderne , nous savons qu'il n'avait pas même prononcé ce mot ; mais d'autres physiologistes, tels que Barthez , Blumenbach, Dumas (de Montpellier), Chaussier, Bichat, etc., ont enfin donné au vitalisme les caractères d'un système complet d'explications des phénomènes de la vie. Barthez et Bichat doivent surtout attirer notre attention.
Personne peut-être n'a montré de vues plus élevées que celles de Barthez sur la philosophie médicale, personne n'a tracé d'une manière plus judicieuse et plus sévère la méthode à suivre dans la systématisation des faits; mais il a singulièrement
déroge dans la suite aux préceptes qu'il avait énoncés dans la première partie de ses Éléments de la science de l'homme.
Le mot qu'il adopte comme formule abréviative du fait primordial auquel il faut rapporter tous les autres est le mot principe vital.
II distingue tout d'abord ce principe de Xâme, et il se prononce contre Xanimisme.
11 se demande si ce principe vital a une existence qui lui soit propre , ou s'il n'est qu'un mode du corps humain. Il déclare qu'il restera dans le doute à cet égard ; mais il est facile de voir qu'il incline vers la première hypothèse. Les arguments qu'il a produits pour l'appuyer, et qui ont paru si décisifs à certains physiologistes, ne me paraissent pas du tout concluants.
L'existence indépendante de ce principe serait démontrée, dit-on, par Yunité qu'il établit dans le corps des animaux, dont toutes les parties sympathisent. Mais cette unité, loin de tenir à un prétendu principe surajouté au corps, est due à l'existence de certains organes qui, plus importants, plus répandus que les autres, tiennent ceux-ci sous leur dépendance et établissent des relations entre eux. Il faut un centre nerveux et des nerfs pour avoir une unité complète dans l'organisme. Si l'unité tenait à ce principe vital, elle devrait exister aussi marquée dans le polype et même dans la plante, auxquels on ne pourrait refuser le principe vital, qu'elle l'est dans un vertébré. Or, en coupant un polype en deux, on obtient deux individus , et l'on multiplie les plantes par bouture. Que devient l'argument tiré de Yunité du corps humain? Cette unité, je m'empresse de le reconnaître, n'en est pas moins un fait de la plus haute importance et que le médecin ne doit pas plus perdre de vue que le physiologiste.
Barthez est-il plus heureux, quand il regarde l'action des poisons sur la vie comme une présomption en faveur de l'existence indépendante du principe vital? Il suppose que ces poisons tuent en s'attaquant au principe vital, et sans causer aucun dérangement matériel. Ainsi, le venin du serpent à sonnettes, au lieu d'agir sur le sang, frapperait cet être inconnu, immatériel
sans doute, répandu dans l'économie? Mais qui ne sait aujourd'hui que les poisons non corrosifs ne tuent qu'autant que transportés par la circulation à l'encéphale et à la moelle, ils touchent molécule à molécule la substance nerveuse; tandis qu'ils ne produiraient pas le même effet s'ils étaient simplement appliqués à la surface du cerveau ou des nerfs?
Barthez admet encore une harmonie préétablie entre le principe vital et le corps , d'où résulte, par exemple, que le jeune veau essaye de frapper avec ses cornes , qui ne sont pas encore poussées. Mais c'est dans le cerveau et non dans le principe vital qu'il faut mettre la source de cet instinct, et il est permis de croire que si le veau recélait dans son crâne la cervelle du chien , il tenterait de déchirer son adversaire avec les dents lanières absentes de ses mâchoires.
Barthez donne à son principe vital des forces motrices et des forces sensitives. Les forces motrices sont :
1° La contractilité ou faculté de resserrement;
2° La faculté d'élonga/ion. Ainsi, dans son détestable langage, il dit que le principe vital peut allonger la fibre musculaire. Nous prouverons, à l'article des mouvements, qu'il n'y pas d'élongation active des muscles.
3° La force de situation fixe. C'est encore le principe vital qui met la fibre musculaire dans un état où elle ne peut être ni allongée ni raccourcie. Il citait, à ce sujet, le fameux tour de la grenade fait par Milon de Crotone et rapporté par Pausanias. Les doigts de l'athlète ne pouvaient être ouverts par la personne la plus robuste, et cependant ils ne comprimaient pas la grenade. C'était là une des créations que Barthez affectionnait le plus. Nous nous en expliquerons aussi à propos de la physiologie du système musculaire; mais nous devons faire remarquer dès à présent qu'à tout prendre , la situation fixe ne serait qu'un mode de la contractilité.
4° La force tonique, dont on découvre les effets dans l'état qu'on nomme chair de poule , dans le changement de diamètre des vaisseaux, etc. Déjà nous avons reconnu l'existence de celte propriété.
ÊTRES VIVANTS ET CORPS RTUJTS. MW
Quant aux forcés sensitives du principe vital, Barthez en reconnaît deux espèces :
1° La sensibilité sans perception, qu'il nomme sensibilité locale; 2° la sensibilité avec perception, et qui affecte l'animal entier.
Disons, enfin, que Barthez mettait dans les humeurs et surtout dans le sang les forces sensitives de son principe vital.
Telle est , Messieurs , l'analyse du premier travail où le vitalisme ait été présenté comme une doctrine complète sur la vie.
Le système dont nous allons rendre compte maintenant a joui d'une plus grande faveur encore que celui de Barthez, et il la devait à sou ingénieuse simplicité : c'est à Bichat que nous le devons.
Les propriétés de tout organe vivant, dit Bichat, peuvent être distinguées en deux espèces. Les unes tiennent immédiatement à la vie, commencent et finissent avec elle , ou plutôt en forment le principe et l'essence: ce sont les propriétés vitales. Les autres sont le résultat physique de la texture des parties : ce sont les propriétés de tissu.
Bichat réduit les propriétés vitales à deux , savoir : la contractilité et la sensibilité; mais chacune d'elles a des subdivisions.
La contractilité , qui n'a pas besoin d'être définie , se subdivise en contractilité animale ou volontaire , et en contractilité organique.
Bien de plus facile à comprendre que l'acception du mot contractilité animale. Je veux fléchir mon bras, à l'instant même il est fléchi. Ce mouvement est le résultat du resserrement des muscles biceps et brachial antérieur ; ces muscles sont donc doués de la propriété vitale désignée par Bichat sous le nom de contractilité animale. Tous les autres muscles du squelette et ceux du larynx, ceux des organes des sens, etc., possèdent la même propriété vitale.
Par le nom de contractilité organique, Bichat entend une
130 I'koléuomùives.
l'acuité de contraclion qui n'est point régie pur la volonté et sur laquelle celte volonté n'a pas de prise. Ainsi notre cœur se contracte sans que nous puissions en aucune manière modifier par notre volonté le rhythme ou la fréquence de ses battements ; il en est de même de l'estomac et des intestins.
Cette contraclilitë organique est elle-même subdivisée en deux espèces : suivant que les mouvements contractiles sont appréciables à l'observateur, comme le serait par exemple le battement du cœur après qu'on L'a mis à nu , ou le mouvement pcristaltique d'un intestin; ou suivant que ces mouvements ne tombent pas sous nos sens , en sorte que le raisonnement seul nous les démontre , comme dans la contraction des vaisseaux capillaires sur le liquide qui les parcourt. Dans le premier cas, quand on voit les mouvements, c'est la conlractilité organique sensible; dans le second, quand on ne les voit pas, c'est la contractilité organique insensible.
Ces trois espèces de cuntractilité, l'animale , l'organique sensible, et l'organique insensible, ne sont point au fond de nature différente; suivant Bichat, elles ne diffèrent que par le degré. Elles existent partout, mais à des doses différentes.
Voilà pour la coutractilité; venons à l'autre propriété vitale : c'est la sensibilité.
Bichat la subdivise en sensibilité animale et en sensibilité organique.
La sensibilité animale de Bichat n'est autre que ce que tout le monde nomme sensibilité. C'est la faculté de recevoir des impressions dont le sensoriwn commune , le moi , a la conscience. La lumière frappe mon œil, le son ébranle la pulpe nerveuse répandue dans mon appareil auditif, ma peau éprouve les impressions de froid et de chaud; le tout est transmis à mon cerveau , où la sensation se consomme : voilà des actes qui dérivent de la sensibilité animale de Bichat.
Quant à la sensibilité organique, c'est la faculté qu'ont nos organes, nos plus petits vaisseaux , d'éprouver des impressions qui ne vont pas au delà de ces organes , et dont le moi n'a point la perception. Ainsi l'estomac est sensible au contact de l'aliment
sans que le cerveau en sache rien ; le cœur, au contact du sang; chaque vaisseau excréteur, chaque réservoir, au contact du fluide qui a l'habitude de le toucher.
Au fond, ces deux sensibilités ne diffèrent pas par leur nature, dit Bichat; elles ne diffèrent que par la quantité, et dans certains cas, la sensibilité organique se monte au ton de la sensibilité animale, dans l'inflammation par exemple, où l'on voit survenir la douleur dans des parties qui paraissent insensibles dans l'état sain.
Avec ces deux propriétés ainsi subdivisées, Bichat explique à merveille les phénomènes de la vie dans toutes les espèces organisées.
A la plante et à quelques animaux homogènes, deux propriétés suffisent, savoir: la sensibilité organique, par laquelle les petits vaisseaux ou le parenchyme sentent le contact des fluides nourriciers, et la contraclililé organique insensible, par laquelle ces fluides sont mis en mouvement. Un peu plus haut, on voit paraître l'appareil digestif; alors la contractililé organique sensible s'est jointe aux deux propriétés précédentes.
Enfin , les animaux plus parfaits possèdent de plus la sensibilité animale, par laquelle ils prennent connaissance du monde extérieur, et la contractililé animale ou volontaire , à l'aide de laquelle ils exécutent les déterminations de leur volonté.
Faut-il expliquer les autres détails de la vie dans un animal plus parfait , dans l'homme ,par exemple : Bichat n'est pas plus embarrassé. Tous les phénomènes moléculaires d'absorption, de sécrétion, de nutrition , dérivent de la sensibilité organique et de la contractilité organique insensible. Chaque petit tube excréteur, chaque vaisseau absorbant, a sa sensibilité en rapport avec tel liquide et non avec tel autre : voilà pourquoi il admet le premier et repousse le second. Que si ces propriétés sont exaltées, diminuées ou perverties, on verra naitre l'inflammation, les diverses espèces d'altérations organiques, les hydropisies, etc.
Je vous l'avouerai , Messieurs , lorsqu'à l'âge de vingt ans , nourri de la lecture des ouvrages de Bichat, qui étaient presque
i>2 PROLÉGOMÈNES.
les seuls que j'eusse en ma possession , je vis attaquer cette doctrine si séduisante des propriétés vitales, j'éprouvai le désappointement qui doit suivre la perte des croyances les plus chères. Le jugement que j'en vais porter aujourd'hui vous prouvera que le temps a bien modifié mes opinions à cet égard.
Plusieurs passages de cet auteur et la première phrase que je Lui ai empruntée justifient le reproche qui lui a été fait, depuis sa mort, d'avoir en quelque sorte personnifie ' les propriétés vitales, bien que j'aie delà répugnance à croire qu'il en ait fait de véritables êtres. S'il eût vécu , il eût été obligé de s'en expliquer. Mais je lui reprocherai surtout d'avoir créé une sensibilité organique et une contraclililé organique insensible , pour désigner des phénomènes qui ne sont rien moins que démontrés. Où Bichat a-t-il fourni la preuve que l'absorption , la sécrétion , la nutrition, sont le résultat de cette sensibilité, et s'opèrent plutôt de cette façon que de toute autre? A-t-il donné la moindre démonstration à l'appui de sa contractilitë organique insensible qui ne tombe pas sous le sens?
Mais je ne reprocherai pas seulement à Bichat d'avoir créé des propriétés pour désigner des faits problématiques, j'objecterai encore à sa doctrine de ne comprendre qu'une partie des phénomènes élémentaires des êtres vivants. Il y a certainement des actes primitifs qui ne rentrent ni dans la sensibilité ni dans la contractilité organique insensible. Que la première fasse sentir le contact du liquide nutritif, que la seconde le mette en mouvement; tout cela n'expliquera pas la formation organique, la nutrition, la création des tissus.
Un de mes collègues, M. le professeur Gerdy, a porté beaucoup plus loin que ses prédécesseurs l'analyse des phénomènes de la vie , et il n'admet pas moins de dix-huit propriétés vilales, c'est-à-dire dix-huit genres de phénomènes irréductibles aux lois de la physique et irréductibles les uns dans les autres. M. Gerdy s'est borné à les énuraérer dans sa physiologie , et il n'en a même nommé que dix-sept. En transcrivant cette liste, j'y ajouterai un petit commentaire explicatif lorsque cela me paraîtra nécessaire. Ce n'est point pour satisfaire à une exigence en
Émus vivants G* cours bruts. 133 quelque sorte scolaslique que j'énumère ici les dix-sept propriétés vitales admises par M. Gerdy ; j'y vois un moyen de vous initier de plus en plus à la détermination des actes élémentaires de l'organisme.
Les propriétés dont il s'agit sont :
1° La faculté ou propriété de sentir.
2° La faculté de transmission sensoriale. Ici , vous voyez M. Gerdy décomposer la sensation, et prendre à part, et comme phénomène simple, l'action du nerf qui transmet l'impression.
3° La faculté de perception. Par suite de la décomposition de la sensation , l'auteur fait encore un acte spécial de la perception , et la rattache en conséquence à une propriété vitale.
4° La faculté d'éprouver les émotions de Pâme. Ceci touche à Faction des centres nerveux en ce qui concerne l'intelligence et la volonté.
6° La faculté ou propriété d'innervation. Quand la volonté a décidé un mouvement, le nerf interposé au cerveau et au muscle transmet une excitation qui fait contracter celui-ci. C'est là un acte d'innervation. Les nerfs transmettent encore d'autres excitations.
6° La contractilité.
7° L'expansibilité active du pénis et d'autres organes. Si en effet le sang n'est pas retenu dans les corps érectiles par une cause mécanique, comme serait, par exemple, une pression exercée sur les veines des tissus érectiles par les muscles voisins1, l'érection sera un phénomène simple et qu'on ne pourra rapporter à aucune autre propriété. Déjà nous avons vu Barthez admettre l'élongation ou expansibililé des parties; xmhïexpansibilité, envisagée comme propriété vitale, a été surtout l'objet des recherches de Hodge , de Philadelphie, qui a publié à ce sujet un long mémoire dans l'ancien Journal du progrès des sciences médicales, et ce mot s'applique , d'après lui , à des phénomènes d'un autre ordre que ceux qui ont fixé l'attention de Barthez et de M. Gerdy,: le premier ayant surtout pensé à l'élongation des muscles, de l'iris ou des tissus érectiles; le second, à l'expansion des tissus érectiles seulement. M. Hodge cite l'eipan-
sion de l'utérus rempli du produit de la conception, l'expansion des seins quand va venir la lactation, et celle de tout Organe qui devient un centre d'activité. L'afflux du sang est à ses yeux une conséquence et non une cause de l'expansion.
8° La faculté d'absorption. C'est vous dire que M. Gcrdy ne se contente pas de l'endosmose et de l'imbibilion pour expliquer les absorptions.
9" La faculté de sécrétion.
10° La faculté d'assimilation. Déjà Dumas avait étudié, sous ce nom , la faculté qu'ont nos parties d'associer tout à la fois à leur matière composante et à leur vie une portion des sucs nourriciers que la circulation leur apporte incessamment.
11° La faculté de décomposition nutritive. On pense généralement que dans la nutrition il y a deux mouvements, l'un cle composition , l'autre de décomposition. Ce dernier se rattacherait aussi à une propriété vitale.
12° Faculté de calorification. Déjà Chaussicr avait créé la faculté de caloricité.
13° Faculté de fécondation. C'est le sperme qui la possède.
H° Faculté d'animation. Celte propriété serait départie au germe, qui donnerait la vie aux sucs qui servent à son développement.
15° Faculté de l'accroissement.
Parmi les propriétés vitales dont l'admission a été proposée à diverses époques, j'en trouve deux qui ont plus ou moius de rapport avec les facultés de fécondation , d'animation et d'accro 'ssement. Lorsque Wolff, le célèbre antagoniste de Daller, essaya de faire prévaloir l'épigenèse sur l'évolution, il attribua la formation du corps et de chacune de ses parties à une force qu'il nomma force essentielle, vis esseutialis; cette force remplaçait Xanima siructrix de Stahl. Plus récemment, Blumenbach attribua toutes les actions formatrices à une force qu'il désigna sous le nom de nisus formativus.
1 6° Faculté de résistance vitale à la putréfaction. I .a force de résistance vitale est une des quatre propriétés vitales admises par Dumas (de Montpellier V Cette forée empêcherait la
décomposition chimique de nos humeurs et de nos tissus, qui naturellement sont très-altérables , et, d'après les idées de Dumas, elle protégerait aussi contre la rupture les muscles contractés.
17° Faculté d'électrificalion , c'est-à-dire de produire de l'électricité.
On est d'abord un peu surpris de cette longue énumération de propriétés vitales; mais M. Gerdy la justifie ainsi: «Les anciens, dit-il , n'avaient que quatre éléments, la terre, l'eau , l'air et le feu; aujourd'hui Jes chimistes en ont cinquante-quatre (il faudrait actuellement dire soixante et un ). Leur en ferez-vous un reproche? et pourquoi me reprocherait-on d'avoir montré qu'il y a plus de propriétés vitales que n'en ont vu ceux qui n'admettent que la sensibilité et la contractilité?» Cela est certainement très-logique ; mais voyez où conduit celte inflexible logique. Si nous voulons créer une propriété vitale pour chaque acte simple bien différent de tout autre, le nombre de ces propriétés ne sera plus de dix-sept, il sera presque infini. Sentir la lumière et sentir un son, sentir une saveur et sentir le chaud ou le froid, sont' choses différentes. Sécréter la bile diffère de sécréter le sperme; la nutrition du muscle diffère de la nutrition de l'os, etc. Ainsi, les propriétés admises par M. Gerdy seraient, comme il en fait l'aveu lui-même , des genres qui comprendraient chacun plusieurs espèces. N'est-ce pas se créer à plaisir des difficultés, que de vouloir instituer autant de propriétés vitales qu'il y a dans l'organisme d'actes différents les uns des autres et que les lois de la matière brute n'expliquent pas?
On sera plus effrayé encore, si l'on considère que la nomenclature dont on vient de faire l'exposé ne comprend pas toutes les propriétés vitales reconnues passirn par différents auteurs. Déjà, j'en ai intercalé plusieurs, et il y en a d'autres encore : par exemple, Xincitabilité, qui avait déjà joué un si grand rôle dans la doctrine de Brown , et que l'on désigne aujourd'hui comme la propriété en vertu de laquelle nos parties subissent tous l'influence des agents provenant du monde extérieur; les changements moléculaires qui constituent le mouvement de la vie. Tiedemann formule d'une manière plus large et plus claire
l'Mi PliaLÉGOMÈJpS.
la compréhension du mot excitabilité, qu'il substitue à ïincitabilité de Brown: «C'est, dit-il , la propriété ou l'acuité dévolue à tous les corps vivants , animaux et végétaux , à toutes leurs parties, et môme déjà à leurs germes, de se montrer impressionnables par les agents ou influences du dehors, ainsi que par les excitations qu'eux-mêmes produisent, et de se laisser déterminer par ces influences et ces excitations à des manifestations d'action et des changements continuels. » Tiedemann ne fait cependant point une propriété fondamentale de son excitabilité, et , comme s'il avait voulu nous prouver que les meilleurs esprits peuvent s'entortiller dans ces distinctions de propriétés vitales , il regarde sa propriété $ excitabilité comme un effet de la propriété de plasticité. Ne serait-il pas plus simple de dire que quand nos organes ne sont pas réparés par les aliments , ils perdent de leur aptitude à agir ou à réagir?
Quelques physiologistes ont proposé de reconnaître aux globules du sang une propriété de mouvement spontané.
Blumenbach a inventé une propriété qu'il nomme vita propria, et avec laquelle il explique sans embarras les particularités d'action de certaines parties du corps , le mouvement de l'iris , par exemple!
Plus j'y pense et plus je suis convaincu que le langage de la science ne perdrait rien de sa clarté, ni l'analyse des phénomènes de la vie de sa rigueur, si on supprimait la plupart des dénominations que le vitalisme a introduites en physiologie. Sans cloute, il faut conserver les expressions qui résument certains faits trèsj généralement reproduits dans l'économie, il faut les conserver à titre de formule abréviative et comme exprimant le dernier effort de généralisation relativement à cet ordre de faits; mais il ne faut pas multiplier sans besoin ces dénominations, et en créer pour ainsi dire autant qu'il y ade faits spéciaux dans l'or-
^Tdois vous prémunir contre une faute que plusieurs médecins ont commise et que M. Gerdy leur a très-judicieusement reprochée. 11 ne faut pas que vous confondiez la propriété avec la fonction, la faculté d'agir avec l'action; la sensibilité, qu.
ÊTRES VIVANTS ET COUPS BRUTS- l*'
n'est que la propriété d'éprouver des sensations, avec l'action de sentir, qui est la sensation elle-même; la contractilité avec la contraction. Un muscle vivant et sain jouit toujours de la contractilité, mais il n'est pas toujours eu contraction. Dire que la sensibilité est une fonction du système nerveux, c'est tenir un langage peu sévère. La sensibilité est une propriété et non une fonction du système nerveux. Comment donc analyserons-nous les phénomènes de la vie?
Le voici.
En faisant l'étude d'une fonction, nous la décomposerons en ses actes simples ou élémentaires. Or, dans cette décomposition , nous trouverons deux ordres de phénomènes :
1° Ceux qui sont réductibles aux lois de la physique générale : alors nous les expliquons , suivant les cas , par nos connaissances en physique, en mécanique, en chimie, en hydraulique, etc. ;
2o Ceux qui, dans l'état actuel de la science, sont irréductibles aux lois de la physique générale. Pour ceux-ci , nous constatons le fait, nous recherchons autant que possible la condition organique à laquelle il est lié, puisque nous le considérons comme un produit de l'organisation , et nous ne nous croyons pas obligés de placer ici le nom d'une propriété vitale; car nous y voyons deux inconvénients : le premier, de donner a penser que cette propriété appartient à l'abstraction vie , qu'elle dépend de quelque chose qui n'est pas l'organisation et qu'on nommerait principe vital; le second, de préjuger pour toujours l'irréductibilité du phénomène aux lois de la physique ou de la chimie. Or, je suis convaincu que dans cette longue liste de propriétés vitales , il en est qui s'appliquent à des actes parfaitement réductibles aux lois qui régissent la matière brute.
Par exemple, je ne puis consentir à faire de la calorification ou caloricité une propriété vitale. Le calorique ne peut être engendré dans le corps, comme partout ailleurs, que par un procédé physique ou chimique; et quand on considère qu'il y a bien évidemment combustion de carbone et même d'hydrogène dans les espèces qui font le plus de chaleur, comment recourir à une propriété vitale? J'aimerais autant mettre une
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propriété vitale pour le dégagement de l'acide carbonique; car c'est un phénomène aussi constant, aussi réglé que le dégagement de chaleur auquel il est lié. La caloricitè ou calorification et la sensibilité ne peuvent être rangées dans le même groupe de propriétés; car, tous les jours, la matière brute engendre ou dégage du calorique , tandis que nulle part elle ne fait acte de sensibilité.
La même objection critique s'applique à la propriété d'électrification , et je l'opposerais aussi à la propriété d'être phosphorescent , si on en avait fait une propriété vitale.
Je n'accepte pas non plus la propriété de résistance vitale à la putréfaction. Ce n'est pas là un phénomène primitif; c'est une conséquence d'autres phénomènes, une conséquence du mouvement nutritif et de la métamorphose organique.
La propriété vitale d'absorption me paraît aussi fortement compromise par les recherches sur l'imbibition et sur l'endosmose.
Une considération fort judicieuse de M. Chevreul sur le sujet qui nous occupe se placera ici fort à propos.
Après avoir constaté que le bleu de Prusse se décolore à la lumière, et qu'il reprend sa teinte foncée dans l'obscurité, s'il y a le contact de l'oxygène, il dit :
«Supposons qu'un être organisé contienne du bleu de Prusse dans un liquide faisant fonction de séve ou de sang : 'que ce liquide passe dans un tissu où il soit exposé à la lumière, il se décolorera ; puis passant ailleurs, loin de la lumière, mais exposé à l'oxygène , il se colorera de nouveau. Un ignorant en chimie pourra appeler cela un phénomène vital, et cependant c'est purement chimique. »
Je reviens à l'analyse des phénomènes de la vie. J'ai dit que nous les rapporterions à deux classes : ceux que la physique générale explique, ceux qu'elle n'explique pas. Je vais donner des exemples des uns et des autres.
1» Plusieurs de nos tissus coopèrent aux fonctions qui leur sont départies par la propriété toute physique qu'on nomme élasticité. Des phénomènes curieux sont liés à l'élasticité des voies
aériennes ; les ligaments jaunes , la membrane moyenne des vaisseaux, le ligament cervical postérieur des animaux, celui qui se fixe à l'ongle rétractile des animaux du genre feîïb , jouissent à un haut degré de l'élasticité. Dans la décomposition d'une fonction en ses phénomènes élémentaires, il nous arrivera donc de rencontrer des phénomènes d'élasticité; vous comprenez qu'ils seront examinés alors avec plus de détails.
2° Nous rencontrerons aussi des phénomèmes de pesanteur. A la vérité, la station, la projection du sang vers les parties supérieures, l'ascension de la séve, nous montrent que les êlres organisés luttent avec avantage contre les effets de la pesanteur. Mais on ne peut méconnaître l'influence de cette force physique clans la stase accidentelle du sang aux veines des membres inférieurs, dans la disparition complète du relief de cet ordre de vaisseaux sur une main que l'on tient élevée, dans l'affaissement des fibro - cartilages intervertébraux à la fin de la journée, dans la rougeur et la turgescence de la face lorsque la tète est tenue plus basse que le tronc, dans la tuméfaction qui survient à la membrane pituitaire du côté sur lequel le décubitus a été prolongé , dans la syncope qui frappe une personne faible tenue sur son séant, et qui cesse par le retour à la position horizontale , etc. Le physiologiste ne devra donc pas méconnaître que la force de la pesanteur tantôt s'additionnera, tantôt, au contraire, fera obstacle à la force impulsive que les liquides ont reçue de nos organes.
3° Quoiqu'on soit tombé dans des exagérations ridicules en appliquant l'hydraulique à la circulation , à l'aide du calcul , cette partie de la physique nous offre cependant plusieurs lois applicables à nos vaisseaux , et entre autres celle-ci , que quand un liquide coule à plein tuyau , son cours sera ralenti dans les parties élargies de ce tuyau, puisqu'une même quantité de ce liquide traverse en un temps donné les diverses sections clu tube dans lequel il circule. Ainsi, nous trouverons des phénomènes d'hydraulique.
4° .le n'ai pas besoin de vous dire que les milieux de l'œil modifient la marche de la lumière, eu raison de leur figure , leur
I ÎO PROLÉGOMÈNES.
densité, leur combustibilité. Nous trouverons donc des phénomènes de dioptrique.
5° Nous trouverons aussi , dans l'appareil de l'ouïe, des parties propres à transmettre, à réfléchir, à étendre ou à renforcer le son, suivant les circonstances.
6° Les expériences des modernes ne permettent plus de douter que le corps de l'homme ne soit susceptible de se refroidir par les mêmes causes qui empêcheraient l'élévation de température dans un corps inorganique ou un cadavre , c'est-à-dire par l'évaporation des liquides par le poumon et la peau.
7° Si j'ai rejeté la théorie chimique comme explication générale , je n'ai point eu en vue de nier que , dans notre économie, beaucoup d'opérations ne se fissent suivant les lois des affinités ordinaires. La digestion, la respiration , nous en fourniront des exemples remarquables.
8° L'action toute physique d'imbibition, l'endosmose et l'exosmose, nous expliqueront toutes les absorptions éventuelles, la pénétration des boissons et des poisons dans l'économie.
Ces exemples suffiront pour vous faire apprécier la part des forces physiques et chimiques dans la production des actes des êtres vivants; cette part est si large, que plusieurs savants en ont fait l'objet d'un enseignement ou de traités spéciaux. 11 faut suivre une autre méthode dans un cours de physiologie , et ne traiter des actes physiques ou chimiques qu'à propos des fonctions auxquelles ils coopèrent.
Citons maintenant quelques phénomènes primitifs, que ni la physique ni la chimie ne peuvent nous expliquer aujourd'hui.
1° L'action puissante par laquelle la fibre musculaire se resserre et devient ainsi l'agent de presque tous nos mouvements appréciables ne me paraît pas réductible aux lois de la matière inorganique. Je combattrai, en temps convenable , l'explication qu'on a voulu donner de cette contraction par des courants électriques parallèles dans les nerfs qui animent les muscles. Quant à la prétention de rapporter cette contraction à Yélas/icilë elle est encore moins soutenable.
' r Je n'attribue pas même à l'élasticité cette contraction moins
évidente , mais réelle , par laquelle un vaisseau accommode son calibre au volume de la petite colonne de sang qui le parcourt , surtout chez un animal qui a éprouvé une hémorrhagie; à cette contraction tonique de presque tous nos tissus sous l'influence du froid et des styptiques , contraction qu'on ne peut comparer au resserrement des corps par la soustraction du calorique, car elle ne se montre pas sur le cadavre. Je la regarde en conséquence comme un acte organique élémentaire, distinct de la conlraction musculaire.
3° Les tissus et les humeurs des êtres vivants sont le résultat d'une action formatrice spéciale dont la chimie n'est point parvenue à reproduire les résultats.
4° Je regarde surtout comme irréductible (aujourd'hui au moins) aux lois de la physique , de la chimie et de la mécanique, l'action nerveuse, soit que s'exerçant de la périphérie au centre, elle mette par la sensation l'animal en rapport avec ce qui l'entoure ; soit que , s'exerçant du centre à la périphérie , elle suscite les mouvements musculaires et préside aux diverses élaborations nutritives; soit , enfin, que le cerveau prête son assistance à ces actes intermédiaires aux sensations et aux mouvements musculaires, actes les plus élevés de l'organisme, actes dont la portée chez l'homme a placé cet être à la tête de la création : je veux parler des actes intellectuels et moraux , dont je ne puis encore reconnaître la cause prochaine dans les courants électriques, bien qu'un auteur moderne ait affirmé que les choses ne se passent point autrement.
Une dernière remarque sur l'analyse des phénomènes et des propriétés des êtres vivants. Une personne étrangère à l'étude de l'organisation, mais qui sait cependant qu'elle respire, qu'elle digère , qu'elle marche , qu'elle parle, etc., serait vraisemblablement étonnée de ne point voir figurer, sur celte longue liste des propriétés des animaux, la propriété de respirer, la propriété ou faculté de digérer, la faculté de marcher, la faculté de parler. Je dis à dessein que cela pourra étonner une personne étrangère à l'étude de l'organisation; car je suis convaincu que des étudiants en médecine n'ont pas besoin qu'on leur explique
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(|iic respirer, digérer, marcher et parler, sont des actions complexes ou composées, et non des actes simples, et qu'elles ticnncnl à des (''acuités complexes ou composées. Dans la seule action de parler, il y a, par exemple, une intervention du cerveau qui fixe la valeur des mots, un acte d'innervation qui fait contracter les muscles du larynx et quelques muscles expi râleurs , des phénomènes physiques d'élasticité qui déterminent la vibration sonore de l'air expulsé, etc. Cette distinction entre les phénomènes simples et les phénomènes complexes de la vie a très-bien été établie dans ÏEssai d'analyse des phénomènes de la vie, publié en 1821, par M. Gerdy, dans le Journal complémentaire du dictionnaire des sciences médicales.
Conclusion relativement aux forces motrices envisagées dans les êtres vivants et les corps bruts.
Nous ne connaissons les causes premières de rien ; les causes premières sont placées à tout jamais au delà de notre intelligence. Qu'est-ce qu'une cause pour nous? C'est un fait qui en précède un autre et qui paraît l avoir occasionné. Supposez que nous soyons parvenus à découvrir un fait précurseur des faits d'attraction, ce sera pour nous la cause de l'attraction. Mais nous demanderons alors la cause de ce fait précurseur, la cause delà cause, et nous remonterons ainsi indéfiniment sans jamais rien saisir. Telle est la tournure irrésistible de notre esprit. Or, comment ont procédé les génies qui ont fixé la philosophie des sciences p Une fois parvenus au dernier fait expérimental pour un ordre de phénomènes, ils ont placé là un nom synonyme de cause ou de force ; mais ils n'ont point remonté au delà , à moins que l'expérience ne les y autorisât. Et, par exemple, ils n'ont point prononcé l'identité des fluides électrique, galvamquc et mapnétique, avant d'avoir obtenu la démonstration expérimentale de cette identité. Ne soyons pas plus audacieux qu ils ne l'ont été, imitons plutôt leur circonspection. À quels huis principes arrivons-nous pour les êtres vivants? A des laits de sensibilité, de contractilité , de formation organique. Ces faits
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ressemblent-ils à ceux d'attraction, de calorique, d'électricité, d'affinité chimique, tels que nous les connaissons? Non. Or, comme nous ne jugeons des forces que par les effets, nous sommes autorisés à dire, jusqu'à plus ample informé, que les forces ne sont pas les mêmes dans les deux règnes.
Ce qui existe au fond, je n'en sais rien: peut-être, s'il était possible de remonter dans la filiation des causes , en partant de l'attraction, ou de l'électricité d'un côté , de la contractilitéet cle la sensibilité , de l'autre , les verrait-on converger vers une cause unique, celle de l'univers? Mais cette cause unique, il n'est donné sans doute qu'à une seule intelligence de la comprendre, et ce n'est pas à une intelligence humaine.
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