PARALLÈLE ENTRE LES VÉGÉTAUX ET LES ANIMAUX
(Suite.)
Nous avons dit, Messieurs, quelles substances sont admises dans le tourbillon végétal et ce qu'elles y deviennent ; je dois, pour compléter le tableau des opérations chimiques appréciables pendant la végétation, vous faire connaître ce que les plantes éliminent. Un seul principe en est expulsé ( en négligeant la transpiration et certaines sécrétions), mais ce principe est fort important pour la constitution de l'atmosphère; ce principe, c'est X oxygène. Celui-ci provient de l'acide carbonique réduit. Sans doute , il peut être fourni encore par l'oxyde d'ammonium réduit, et, dans quelques cas enfin, par l'eau décomposée; mais l'acide carbonique en est la source principale. La plante a donc reçu de l'atmosphère et du sol, mais principalement de l'atmosphère, des substances minérales. Elle a composé à l'aide de ces substances , et par ses seules forces, mises enjeu toutefois par les stimulants extérieurs, elle a composé, dis-je, des principes organiques , et elle a dégagé de l'oxygène.
Examinons maintenant le tourbillon animal, en suivant le même ordre que pour la plante.
Malgré la différence d'apparence extérieure, il nous montre cependant les principes immédiats fondamentaux que nous avons reconnus dans la composition du végétal : fibrine, albumine, caséine.
Ces substances y ont-elles la même origine, le même mode de formation quia fixé notre attention relativement aux plantes? l'animal a-t-il simplement reçu , comme elles, des substances minérales qu'il aurait, par ses propres forces, converties en principes immédiats? Pas du tout! Ce sont des matières organiques 1 11
qu'il a reçues, c'est sur ces matières et non sur de simples combinaisons minérales qu'il a agi pour constituer sa propre substance. Ces matières organiques, il les a reçues des végétaux, tantôt directement, si ces végétaux ont fait partie de ses aliments, tantôt d'une manière médiate, s'il s'est nourri de la chair des herbivores.
Avec les principes azotés, l'animal introduit encore des composés organiques ternaires : amidon , sucre , corps gras, etc.
Pour suivre de point en point notre parallèle, nous nous demandons ce que deviennent dans le tourbillon animal les matières organiques qui y pénètrent. Les unes, comme l'amidon, le sucre, les graisses, sont incessamment détruites, brûlées; les autres, comme les composés azotés , fournissent aussi des matériaux que l'oxygène attaque. Mais elles s'assimilent en outre aux tissus et aux humeurs de l'animal , elles réparent les pertes que le mouvement de la vie occasionne, et contribuent, chez les jeunes sujets, à l'accroissement du corps.
Ainsi, les végétaux forment de la matière organique; nous, nous la dépensons : ils sont producteurs, nous sommes consommateurs. Mais si nous consommons la matière organique, nous produisons en échange , ainsi que l'ont exposé MM. Dumas et Liebig, de la chaleur, du mouvement, et sans doute aussi ces mutations moléculaires et mystérieuses de la substance nerveuse sans lesquelles il n'y aurait ni sensations ni volonté.
Mais, pour brûler les matières organiques , il faut que les animaux empruntent un principe à l'atmosphère : c'est l'oxygène, c'est le même principe que les végétaux y versent constamment.
Quelles substances sont expulsées de ce tourbillon animal? Précisément les substances dont les végétaux ont besoin. Le carbone brûlé a donné l'acide carbonique, qui s'échappe par les poumons et la peau ; l'hydrogène brûlé a donné de l'eau , que les plantes à la vérité trouvent partout; enfin, un produit ammoniacal , Y urée, véritable résidu de l'action de l'oxygène sur les matières organiques azotées, est entraîné avec les urines, et bientôt après sa sortie se convertit en carbonate d'ammoniaque, propre à la nutrition des végétaux.
VÉGÉTAUX ET ANIiVIUX. ($}
Ainsi, Messieurs, ce que les plantes ont pris à l'atmosphère pour en constituer des matières organiques passe par le corps des animaux, qui le détruisent, et le rendent à l'atmosphère dans l'état où les plantes l'ont déjà trouvé et où elles vont le trouver encore. Ainsi, la matière minérale passe et vit successivement dans deux organismes avant de revenir à l'état cle matière minérale ; ainsi, tout vient de l'atmosphère et retourne à l'atmosphère, comme s'il eût suffi de la condensation de ses éléments pour donner naissance aux êtres qui animent la surface du globe.
Qu'une roche nue surgisse du sein de la mer, par un de ces soulèvements qui jouent un si grand rôle aujourd'hui dans les théories géologiques, des espèces microscopiques se montreront d'abord à sa surface; leur détritus nourrira des espèces plus considérables, dont les germes auront été apportés par les vents et les courants; bientôt une riche verdure aura couvert la nudité du rocher, et, avec les siècles, une couche profonde de terre végétale aura peut-être fait de cette île une des plus fécondes du globe. Presque tout aura été emprunté à l'atmosphère.
Après avoir examiné comparativement la matière à l'état de mouvement dans les animaux et les végétaux, il faut l'y observer à l'état de repos. Des différences si tranchées dans les actions chimiques doivent en amener dans la constitution élémentaire : en effet, tandis que X azote prédomine dans l'animal, c'est le carbone qui s'accumule dans la plante. Mais vous savez que l'azote n'est pas exclu de leur composition: déjà nous l'avons signalé dans le gluten, l'albumine, la caséine végétales ; tous les alcaloïdes végétaux, strychnine, brucine, morphine, vératrine, etc., renferment de l'azote.
Il yen a dans le pollen, dans les champignons , où Vauquelin avait signalé ce que de son temps on nommait osmazome.
MM. Chevalier et Lassaigne ont constaté que certains chenopodUim exhalaient de l'ammoniaque.
M. Gay-Lussac a communiqué à l'Institut, en 1833, un mémoire où il exposait que toutes les semences de végétaux , sans exception, contiennent de l'azote. Les unes, où ce principe est
abondant, donnent directement des produits ammoniacaux par la distillation; les autres donnent des produits acides, mais l'addition de la chaux y fait encore paraître l'ammoniaque.
Enfin , un travail plus récent de M. Payen a montré l'importance de l'azote pour les formations végétales : non-seulement il y en a dans les graines , mais aucune partie végétale ne se développe qu'en présence d'une combinaison azotée. Il le démontre dans le cambium, aux dépens duquel vont se former les couches ligneuses et celles de l'écorce , et même dans les sucs emprisonnés dans le bois.
La plante n'en est pas moins un être organisé fortement carboné.
Quant aux animaux, toutes leurs parties, moins la graisse, sont azotées; le tissu adipeux lui-même , en y comprenant l'enveloppe celluleuse du corps gras , est azoté. La présence de la cellulose dans le corps de quelques animaux forme une deuxième exception.
Relativement à la répartition des autres éléments dans les règnes végétal et animal , il n'y a à signaler que des différences de peu d'importance.
L'iode appartient surtout aux végétaux; cependant, Tiedemann fait remarquer qu'on le trouve dans les éponges , les doris , les vénus. La même considération s'applique au brome.
Quoique le phosphate de chaux , et par conséquent le phosphore, nous vienne des végétaux (voy. p. 65), il s'accumule pourtant en plus grande quantité dans le corps des animaux que dans les plantes.
La potasse et la chaux sont relativement plus abondantes chez les premiers, la soude et la silice dans les secondes.
La comparaison des principes immédiats nous offre plus d'intérêt. J'ajouterai quelques détails à ce que j'ai dit de leur origine, je montrerai ensuite leurs analogies et leurs différences.
Vous serez peut-être surpris d'apprendre que la doctrine qui a aujourd'hui tant de retentissement, touchant Yorigine de la matière organique dans les animaux et les végétaux, avait élé formulée explicitement au siècle dernier. Un Belge, Van Bo-