‹ Cours de physiologieChapitre 15 sur 60 · VÉGÉTAUX ET AM.\IVL.\. 1G · texte numérisé non relu

VÉGÉTAUX ET AM.\IVL.\. 1G

chaîne, lisait en 1781, à l'Académie des sciences de Bruxelles , une série de mémoires où il se proposait de démontrer que la nature compose la matière des animaux, dans la seule économie végétale, ce sont ses expressions, et qu'elle passe toute formée clans les animaux, pour les nourrir ; il n'en excepte pas la graisse, dont l'origine, dans les espèces animales, est, pour les plus célèbres chimistes et agronomes de notre temps, l'objet d'une polémique qui ne paraît pas toucher à sa fin, et dont je rendrai compte à propos des sécrétions.

Certains physiologistes, qui voient peut-être avec quelque regret rabaisser la puissance formatrice des organismes animaux, se refusent à accueillir les idées nouvelles que je viens de vous exposer. D'une autre part, un chimiste, M. Kuhlraann , vient de tenter des expériences pour rechercher si les animaux ne pourraient pas faire de la matière organique avec des substances minérales azotées. Il a introduit du carbonate d'ammoniaque dans les aliments donnés à des porcs; mais ces animaux n'ont été ni mieux ni plus mal que ceux aux aliments desquels on n'avait pas fait cette addition, et l'urée n'a pas été plus abondante dans leurs urines. Le résultat est donc encore négatif.

Quant aux analogies, à la presque identité que présentent les plus importants des principes immédiats azotés dans les animaux et les plantes, elle avait déjà été entrevue vers le milieu du dernier siècle, bien qu'à cette époque la chimie organique n'existât pas encore. Haller nous avertit que Beccari a signalé clans la farine des céréales deux substances : l'une pulvérulente , amylacée, qui tient de la nature végétale, et donne, en se décomposant, des produits acides; l'autre, qui participe de la nature animale et pourrit à la manière d'un cadavre : pars glutinosa ad animalem indolem accedit et ad cadaveris modiwi putrescit. Haller, par une sorte d'inspiration prophétique , donne le nom de gluten à la matière du muscle, à cette fibrine des modernes , qu'ils nous montrent identique au gluten dans sa composition élémentaire et ses propriétés chimiques.

Vous concevez , Messieurs , qu'à une époque où la décomposition par la putréfaction ou le feu constituait toute l'analyse or-

ganique , on ne pouvait établir d'une manière positive l'identité chimique entre certains principes azotés des plantes et ceux des animaux. Mais cela a été fait de nos jours. Soit une certaine quantité de farine de froment pétrie sous un filet d'eau : celle-ci entraîne une matière qui lui donne l'apparence laiteuse, et qui a, dit M. Dumas, toutes les propriétés de ïalbumine coagulée et la même composition chimique. Mais il est resté dans la main une substance solide de laquelle on peut extraire encore deux principes immédiats, dont l'un représente la caséine des animaux, tandis que l'autre, que l'on nomme gluten, a les mêmes proportions d'azote , d'oxygène, de carbone et d'hydrogène , que la fibrine , et les mêmes propriétés chimiques.

Le suc des racines , en général, et l'herbe, renferment aussi de la caséine et de l'albumine.

D'une autre part, M. Liebig démontre ainsi l'analogie que nous étudions. Soit un suc végétal récemment exprimé : il s'en dépose une matière verte, qui, dépouillée de sa partie colorante, laisse une substance d'un blanc grisâtre; c'est la fibrine végétale, qui était en dissolution dans ce suc, comme la fibrine dans le sang. Ce principe se retrouve dans le gluten. Supposez maintenant ce suc clarifié: chauffez-le, vous coagulerez une albumine végétale en tout semblable à l'albumine de l'œuf ou du sang; enfin, les acides précipitent la caséine dans ce suc, comme ils la coagulent dans le lait.

Voilà pour les analogies, traitons maintenant des différences.

La première se tire de la proportion des principes azotés dans l'économie animale et végétale. Ils composent toute la masse du corps des animaux, moins le tissu graisseux, tandis qu'ils ne se trouvent que par places dans les végétaux.

Le corps des animaux renferme des parties qui se réduisent en gélatine et en c/ioudrine. Or, il n'y a pas un atome de gélatine dans les humeurs et les tissus des végétaux. Nous retirons de cette considération la conclusion importante que si les animaux doivent recevoir des principes immédiats tout faits, s'ils ne travaillent que sur des principes immédiats, ils ont au moins la fUcUlté de les transformer. Or, si vous vous rappelez combien

de tissus dans le corps se réduisent en gélatine ou en chondrine , vous serez convaincus que l'économie animale opère ces transformations sur une grande échelle (voy. p. 72). A celui qui se refuserait à reconnaître aux animaux le pouvoir de créer des principes immédiats avec d'autres principes immédiats , je demanderais si la vipère et le serpent à sonnettes ont puisé en nature, dans leurs aliments, ce venin qui détruit les sources de la vie?

La créatine, cet acide animal important, découvert, par M. Chevreul, dans le bouillon, et plus récemment, par M. Liebig, dans la chair musculaire , n'a pas été signalée dans les végétaux, pas plus que la matière phosphorée grasse du cerveau, des muscles et du sang, matière qui est azotée en même temps que phosphorée, et qui est vraisemblablement en rapport avec des propriétés refusées aux végétaux.

D'une autre part, certains principes azotés végétaux, alibiles , la légumine par exemple, ne sont pas complètement identiques à la fibrine, l'albumine ou la caséine.

Enfin, les végétaux ont une foule d'alcaloïdes azotés , morphine, strychnine, vératrine, etc. etc., et il n'y a pas un seul alcaloïde animal. M. Schullz avait cru que la bile devait son alcalinité à un principe de cette nature , mais c'est la soude qui la lui donne.

Ainsi, tandis que le règne animal nous montre une sorte d'uniformité de composition organique dans toutes ses espèces, puisqu'on y rencontre à peu près partout les mêmes principes immédiats , le règne végétal offre dans ses productions une variété infinie , chaque plante ayant en quelque sorte son principe immédiat qui la caractérise au point de vue chimique. Cela est certainement en rapport avec la propriété départie aux végétaux de créer par eux-mêmes leur matière composante ; cela explique aussi pourquoi les végétaux produisent une si grande quantité de poisons , tandis qu'on en rencontre à peine dans le règne animal.

LHIULUtiO MÈNES.

Différences provenant de ta forme.

La forme est plus nettement arrêtée, plus fidèlement transmise par génération, dans les espèces animales que dans les plantes. Quoique deux chênes aient le même port aux yeux d'un botaniste, ils diffèrent cependant par le nombre, la direction, les subdivisions des branches.

La forme est ramassée clans les animaux, branchue, ramifiée dans les plantes. Ce n'est que dans les espèces inférieures des deux règnes qu'on voit disparaître les caractères tirés de la forme.

La symétrie ne paraît point être une loi de la conformation végétale; on peut bien la voir dans quelques feuilles pinnées, mais rarement pourrait-on diviser une plante en deux parties parfaitement semblables.

La symétrie est donc un état exceptionnel dans les plantes, et les efforts de de Candolle n'ont pu la faire reconnaître comme un caractère de conformation dans le règne végétal.

Les animaux, au contraire, à part quelques genres, comme les pleuronectes, sont symétriques extérieurement et quelquefois même dans leurs parties intérieures. Tantôt, comme dans les vertébrés , la symétrie est uniquement latérale, c'est-à-dire que la partie 'droite ressemble à la partie gauche; mais le dos diffère du ventre, et l'extrémité antérieure de l'extrémité postérieure. Tantôt l'animal étant radié, il y a tout à la fois ressemblance entre les parties droite et gauche et les parties supérieure et inférieure en sorte que le devant seulement diffère de la partie postérieure; tantôt, enfin, la symétrie estsériale, suivant l'expression de Muller, c'est-à-dire que les animaux sont composes de pièces qui reproduisent la même forme d'avant en arrière, comme dans les vers: alors il n'y a plus de différence qu entre le dos et le ventre. Je vous prie de remarquer que , dans toutes ces formes , la symétrie latérale est conservée.

L'examen de la symétrie dans l'homme a fourni a B e at des considérations qui s'appliquent parfaitement au parallèle que

nous établissons ici. Suivant Bichat, ce qui dans les animaux est en rapport avec la faculté de connaître et d'agir spontanément (facultés propres aux animaux) se distingue par la symétrie de ce qui, dans les mêmes animaux, est en rapport avec les fonctions nutritives ou végétatives qui leur sont communes avec les plantes. La symétrie serait donc affectée exclusivement aux organes de la vie de relation ou animale. Ainsi , un centre nerveux symétrique , en rapport avec des sens parfaitement symétriques aussi , envoie à droite et à gauche des divisions nerveuses qui ne perdent le caractère symétrique que là où elles se plongent dans les viscères de la vie végétative ; ainsi , un squelette symétrique offre des leviers pour des muscles volontaires parfaitement symétriques, etc. Pour la vie végétative, au contraire, la symétrie est presque partout absente. Voyez le cœur, le foie, la rate, l'estomac, l'intestin , etc. : aucun de ces viscères ne serait divisé en deux parties parfaitement semblables par un plan qui séparerait l'homme droit de l'homme gauche. Ces remarques sont fondées , si on n'examine pas les choses de trop près; mais on y pourrait objecter que les glandes salivaires sont semblables à droite et à gauche, que l'appareil urinaire ne peut pas être considéré comme asymétrique par cela seul qu'un rein serait placé un peu plus haut que l'autre. Meckel a fait observer aussi que la symétrie existait dans les organes de la vie nutritive de certains animaux inférieurs , et qu'en outre l'homme et les animaux supérieurs étaient parfaitement symétriques dans toutes les parties de leur corps, dans la première période de la vie embryonnaire. Ces dernières remarques ont plus récemment été reproduites par M. Flourens, dans un mémoire qu'il a communiqué à l'Institut.

Différences provenant du volume

Entre les nains et les géants, parmi les animaux, les différences ne sont jamais aussi grandes qu'entre certains individus d'une même espèce végétale. Il ne faut pas chercher seulement dans les conditions du sol l'explication de ces différences, il faut les

rapporter encore à la longévité surprenante à laquelle parviennent certaines plantes. Le calcul ingénieux établi par Adanson, sur les couches concentriques de la tige de quelques baobabs du cap Vert, porte approximativement à six mille ans l'âge de ces végétaux. Il n'y a rien de comparable à cela dans le règne animal. Si on considère que certains arbres semblent croître indéfiniment, on se figurera les dimensions colossales auxquelles ils peuvent atteindre. Des baobabs, des châtaigniers, des cyprès, des tilleuls, des noyers, ont fourni de curieuses observations à cet égard. On a vu des baobabs dont la tige avait plus de 100 pieds de circonférence; un châtaignier avait 122 pieds de circonférence ; un cyprès de la Caroline, 138 pieds. J'ai lu, dans le Messager du 26 juin 1833, qu'un noyer du cercle d'Istrie pouvait couvrir cinq mille personnes de son ombre.

Différences provenant de la structure.

On a employé, à peu de chose près, le même vocabulaire, la même nomenclature pour l'anatomie animale et l'anatomie végétale. Dans les deux, on parle de tissu cellulaire , de vaisseaux, de glandes , d'épidémie , de poils , etc. Eh bien! Messieurs, rien de tout cela ne se ressemble chez le végétal et l'animal.

Mais , dira-t-on, ce tissu cellulaire, qui fait la base de tout être organisé, est-il au moins semblable dans les végétaux et les animaux? Pas le moins du monde. Vous allez en juger. Le tissu cellulaire ou ulriculaire des végétaux, tissu qui forme à lui seul presque toutes les parties d'une plante, est composé de cellules ou utricules munies ou non de noyaux et de nucléoles ; vésicules transparentes dans les parties fraîches, parfaitement closes, et ne communiquant les unes avec les autres que par des porosités invisibles; vésicules prenant, suivant la manière dont elles se compriment, se serrent, les unes les autres, des formes très-variables et qui rappellent plus ou moins l'aspect des alvéoles, bien qu'une vésicule seule dans son entier ait plutôt la forme de dodécaèdre. Placez dans ces vésicules ou utricules de la féculè, tantôt en grains transparents, tantôt en gfaîns recouverts d'une

couche colorée ou verte, et constituant alors ce qu'on nomme chlorophylle globuleuse (chromulede de Ganclolle), tantôt plongés dans une masse de chlorophylle informe, fécule que l'iode peut toujours démontrer en la colorant en bleu; ajoutez encore à ce contenu , pour quelques cel ules, de petits cristaux de forme variable, et vous aurez une idée de ce qu'on peut considérer comme l'élément de l'organisation végétale.

Le tissu cellulaire des animaux ne ressemble en rien à cela. Loin d'être composé de cellules ou utricules, il est formé de deux sortes de fibres que je vous ferai connaître en traitant de l'organisation animale. Si ces fibres réunies par une matière amorphe interceptent des espaces et donnent à la masse l'apparence de cellules , celles-ci , comrauiquant largement ensemble, n'ayant aucune forme déterminée, et ne contenant rien que cle l'humidité (à part le tissu graisseux), ne peuvent, en aucune façon, être assimilées aux utricules des végétaux.

Si on ne peut comparer les cellules végétales au tissu cellulaire des animaux , on pensera peut-être qu'elles ont pour analogues les cellules à noyau des animaux. Au moment où elles apparaissent, il y a effectivement une conformation analogue; mais bientôt toute analogie cesse, car la cellule végétale, outre le contenu dont nous avons parlé, reçoit des dépôts successifs qui épaississent sur plusieurs points ses parois, et d'où résultent les apparences de trous ou de fentes sur les points des cellules où ne se sont pas opérés ces dépôts, la membrane seule de la cellule existant en cet endroit. Vous verrez que les choses ne se passent pas ainsi dans les cellules animales.

J'appelle toute votre attention, Messieurs, sur la différence que je vais vous signaler entre l'organisation végétale et l'organisalion animale. Cette différence est fondamentale. La matière qui forme la paroi de la cellule végétale est une combinaison ternaire d'oxygène, d'hydrogène et d'azote. C'est de la cellulose, et il en est de même sans doute de tous les tissus du végétal. C'est cela, c'est cette substance ternaire qui fonctionne chez lui. Quant aux matières azotées , elles sont plutôt clans les

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humeurs de la plante, ou encore contenues dans les utricules, à l'état de granules irréguliers.

Dans l'animal, au contraire , les parois de la cellule et tous les tissus sont composés de matières azotées, et ce n'est que dans les humeurs ou clans l'intérieur des cellules que sont contenus les principes ternaires.

Ainsi, le végétal fonctionne avec des tissus composés de principes ternaires non azotés; l'animal, avec des tissus contenant au moins quatre éléments ( tissus qui se réduisent en gélatine ) et souvent six ( fibres musculaire et nerveuse).

L'exception formée par les animaux dont les parties sont composées de cellulose m'avait singulièrement surpris avant que je connusse les détails de ce fait. Il me répugnait beaucoup d'admettre que des êtres vivants pussent, avec de la substance purement végétale , sentir, vouloir, innerver, opérer des mouvements volontaires , toutes choses que les espèces animales n'exécutent qu'à l'aide de tissus azotés et phosphorés; mais cette monstrueuse exception n'existe point. Les animaux tuniciers, chez lesquels Loevig et Koelliker ont découvert l'existence de la cellulose, ont, comme d'autres animaux, des muscles, des viscères, des nerfs azotés , et l'enveloppe seule de ces parties est composée d'une matière ternaire. La potasse caustique, qui dissout toutes les parties animales, laisse subsister l'enveloppe ou trame ternaire dont nous parlons.

Ni les vaisseaux , ni les tuyaux aériens , ni l'épiderme , ni les poils, ni les cellules pigmentaires, ne se ressemblent dans les animaux et les plantes. Voici sur ce sujet quelques remarques de M. Ch. Robin.

Les vaisseaux des animaux se ramifient, pénètrent dans tous les organes ; ceux des végétaux occupent une place déterminée , ils sont rectilignes ou à peine flexueux, et (les laticifères exceptés) sans subdivisions en branches et ramuscules , d'où il suit que certaines parties importantes, l'écorce et la moelle par exemple , en manquent complètement.

Les vaisseaux des animaux sont composés de plusieurs cou-

ches distinctes et superposées ; ceux des végétaux résultent d'une substance homogène avec un dépôt à l'intérieur. Les premiers ne sont pas cloisonnés, les seconds ont des cloisons incomplètes.

Les trachées des feuilles, organes respiratoires des végétaux, ne se bifurquent pas comme celles des insectes ; elles ne font , sauf de rares exceptions, que se séparer d'un faisceau principal.

L'épiderme des animaux est composé de cellules à noyau , celui des plantes a sous lui les cellules à noyau (lorsqu'il en existe ).

Les poils des végétaux sont formés de cellules allongées ; ceux des animaux ont quelquefois l'apparence celluleuse au centre, mais ils résultent surtout de fibrilles pleines , accolées les unes aux autres.

Les cellules pigraentaires des animaux , remplies de graines colorées, auraient une assez grande analogie avec les cellules végétales et les graines de fécule, entourées de chlorophylle , si la constitution chimique du contenant et du contenu n'était absolument différente dans les deux classes de cellules.

MHTIÈIE LEÇON.

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