‹ Cours de physiologieChapitre 16 sur 60 · PARALLÈLE ENTRE LES ANIMAUX ET LES VÉGÉTAUX · texte numérisé non relu

PARALLÈLE ENTRE LES ANIMAUX ET LES VÉGÉTAUX

( Suite. )

Déjà , Messieurs, nous avons consacré deux leçons à la comparaison des animaux et des végétaux; nous achèverons d'exposer dans celle-ci tout ce qui se rattache à ce sujet.

Nos études sur la structure n'ont porté jusqu'ici que sur les éléments anatomiques et les tissus; d'autres différences non moins dignes d'intérêt se remarquent dans la disposition des organes et des appareils.

Les organes importants sont variés, nombreux, dans les animaux; mais chacun d'eux ne se répète pas un grand nombre de fois , tandis que les plantes , dont les fonctions moins complexes n'exigeaient pas une grande variété d'organes, reproduisent les mêmes à l'infini. Ainsi il n'y a qu'un cœur, qu'un cerveau , qu'un foie, que deux poumons, que deux reins, qu'un estomac; il y a au contraire des milliers de feuilles sur une même plante. Cette remarque est de J.-F. Meckel.

Une autre opposition avait déjà frappé Aristote; elle a été exposée par Treviranus dans sa biologie, et d'après lui, par Tiedemann. Elle est relative à la situation des parties importantes de l'économie dans les animaux et les végétaux. Les plantes poussent à l'extérieur leurs organes les plus importants : c'est en dehors qu'on trouve les feuilles, les fleurs, les fruits. Les animaux , au contraire , renferment les parties les plus nécessaires à la vie; c'est en dedans que sont cachés le cœur, le cerveau , les poumons. Les plantes ont une tendance à V expansion périphérique; les animaux se concentrent en eux-mêmes. C'est ce qui a fait dire, avec plus d'esprit que de vérité, que les plantes sont des animaux retournés en dehors, et les animaux, des

plantes retournées en dedans. Vous êtes assez avancés déjà dans ce parallèle pour comprendre qu'un animal retourné n'aurait pas plus les caractères de la plante , que celle-ci n'aurait de ressemblance avec un animal si elle avait renfermé ses fleurs et ses feuilles.

Enfin, Messieurs, les animaux supérieurs ont des organes qui tiennent prochainement sous leur dépendance le reste de l'économie : tel est l'axe cérébro-spinal, qui envoie en divergeant des nerfs à la périphérie ; tel est le cœur, qui, à l'aide de canaux ramifiés, distribue à toutes les parties le liquide sans lequel elles ne pourraient fonctionner. Une telle disposition ne se voit pas dans les plantes, car leur moelle n'a pas les prérogatives du centre nerveux des animaux.

L'unité, Y indivisibilité , appartiennent donc plus à l'animal qu'à la plante. Une partie séparée du corps d'un vertébré meurt infailliblement. Il n'en est pas de même dans les plantes, où toutes les parties ont, à peu de chose près, la même constitution anatomique. De là, la facilité de faire vivre les branches ou même les feuilles qu'on en a séparées; de là, enfin , l'aptitude qu'ont les plantes à transformer leurs organes les unes dans les autres, leurs feuilles en fleurs, et leurs étamines en pétales , etc. Quelques animaux inférieurs , dépourvus d'organes centraux ou chez lesquels ils sont peu prédominants , sont divisibles, et sous ce rapport ils se rapprochent des végétaux.

Des fonctions dans les animaux et les végétaux.

Les animaux et les végétaux ont cela de commun qu'ils se conservent comme individus pendant un temps limité, et comme espèces pendant un temps indéfiui. Pour les uns et les autres, les conditions de la conservation sont un état d'intégrité de l'organisation et l'intervention des agents provenant du monde extérieur. Les uns et les autres doivent absorber des matières nutritives, les modifier au contact de l'air, les mettre en circulation, et séparer quelques produits, etc. Vous comprenez, d'après cela, que leurs actions sont nombreuses et diverses; il y

170» PftOLÉGOMÈNES.

a donc nécessité de les classer, autant que possible, et d'assigner à chacune d'elles un nom particulier. On a donné le nom de fonctions à ces actes par lesquels se conservent et la vie individuelle et l'espèce, à ces moyens d'existence, suivant l'expression de Richerand. Le mot fonction dérive âe fungi , fangor, qui signifie s'acquitter.

Toute action d'un corps organisé n'est cependant pas une fonction ; on ne doit donner ce nom qu'à une série d'actes ou un ensemble d'actes concourant à un but commun. J'exposerai la classification des fonctions lorsque j'aurai traité de l'organisation animale ; bornons-nous ici à l'examen des fonctions communes aux animaux et aux plantes. Celles-ci forment deux classes : les unes sont relatives à la conservation de l'individu ; les autres, à la conservation de l'espèce.

Les premiers sont : 1° l'absorption, 2° la respiration , 3° la circulation , 4° la nutrition proprement dite , 5° les sécrétions.

Les secondes peuvent être, pour le moment, comprises sous le titre de génération. Pendant que ces fonctions s'exécutent, quelques êtres produisent de la chaleur, d'autres dégagent de l'électricité , quelques-uns deviennent phosphorescents. La comparaison des animaux et des plantes doit encore être établie sous ce triple point de vue.

Cette énumération des fonctions communes à l'animal et à la plante vous révèle déjà une différence saillante entre l'un et l'autre. Vous ne voyez point figurer, en effet, sur cette liste, les fonctions dites animales : les sensations par lesquelles les êtres vivants prennent connaissance du monde extérieur, l'intelligence et le moral , l'innervation , les mouvements parmi lesquels un grand nombre sont volontaires. Déjà nous nous sommes expliqué sur la sensibilité et l'irritabilité des plantes; passons donc aux fonctions qui leur sont communes avec les animaux.

De l'absorption dans les animaux et les végétaux.

On nomme fonction de l'absorption ou des absorptions l'acte ou les actes par lesquels une matière liquide ou gazeuse quel-

conque, alimentaire ou autre, étant au contact d'une partie vivante, pénètre les vaisseaux ou simplement la trame, l'épaisseur de cette partie. Cette fonction ne s'exerce pas seulement sur les substances venant directement du dehors, mais encore sur les parties constituantes des êtres organisés.

S'il y a des différences relativement à l'absorption dans les végétaux et les animaux, il y a aussi des analogies. En effet,

Chez les uns et les autres, l'absorption se fait par les porosités de la matière organique, et non par des orifices organisés; on n'a point vu de ces orifices au chevelu des racines. Si les pores oblongs des feuilles sont destinés à l'absorption, cela constitue une légère différence ; mais ces pores ne sont que les extrémités des tuyaux aériens de la plante.

Dans les animaux et les plantes , l'absorption fait pénétrer les matières qui jouent le rôle d'aliments.

Dans les animaux et les plantes, elle ne s'exerce que sur des substances liquides et gazeuses ; les solides sont exclus , à moins qu'ils n'entrent en dissolution.

Dans les animaux et les plantes, l'absorption se fait aveuglément, sans action élective , et sans que la prétendue sensibilité organique empêche la pénétration des poisons , des matières colorantes dissoutes, des sels solubles, etc. On serait tenté cependant de croire à une action élective de la part de certaines plantes, non pas pour repousser, mais pour attirer certains sels qu'on y trouve en grande abondance. Les racines d'absinthe, par exemple, dépouillent tellement le sol des sels de potasse, qu'il devient pour quelque tempsïmpropre à la culture du blé , qui a besoin d'alcali (Liebig). Un propriétaire des environs de Gœttingue planta de l'absinthe dans toutes ses terres , dans le but de recueillir une grande quantité de potasse ; il résulta de là que sa propriété, épuisée de sels de potasse , devint pendant près de dix ans impropre à la culture du blé (1). Ces faits s'expliquent

(1) Nous trouvons ici une confirmation de la thèse que j'ai soutenue à la pafîe 64, savo.r : que les plantes ne forment pas de toutes pièces les minéraux I. |2

178 imiou:gomèm:s.

plutôt, à mou avis, par uu rapport entre les humeurs de la plante et la partie qu'elle absorbe, que par une sensibilité qui choisirait entre les substances mises au contact des racines.

Voilà pour les analogies; examinons les différences.

Nous avons dit que l'absorption ne faisait pénétrer dans l'organisme que ce qui était à l'état liquide ou gazeux. Mais les animaux prenant presque tous leurs aliments à l'état solide ou de suspension, il fallait qu'une opération préalable en déterminât la dissolution. De là, pour les animaux, l'existence d'une fonction qui leur est particulière, la digestion , fonction qui a pour but d'opérer la dissolution de la matière alimentaire , en môme temps qu'elle commence à la transformer. Dans toute la série animale, en effet, de l'homme au polype, le ramollissement, la liquéfaction de l'aliment est le phénomène le plus apparent de la digestion. Cette première fonction a donc mis la substance alimentaire au point où elle se trouve, près des racines du végétal, c'est-àdire à l'état cle liquidité. Alors, tandis que celui-ci puise clans le sol, autour de lui, l'animal prend dans sa propre cavité, qui a été comparée au sol. C'est ce qui a fait dire que les animaux ont leurs racines dans le tube digestif, comme les plantes l'ont dans la terre; vue ingénieuse qui remonte à Hippocrate, auquel ou attribue ces paroles : Qiiemadmodum terra arboribus, ita aniinalibus ventrictdus.

Cette première différence touchant les circonstances qui précèdent l'absorption est en rapport avec les autres conditions organiques de l'animal et de la plante. Le premier, ayant ses racines à l'intérieur, se meut, change de place sans inconvénient, parce qu'il transporte avec lui son sol nourricier. La plante , au con-

qu'elles contiennent. Des expériences encore inédites de M. Lassaigne , et qu'il doit bientôt communiquer à l'Institut.', ont donné des résultats analogues à ceux que je viens de faire connaître. Des tiges de blé, qui végètent dans du sable siliceux, sont arrosées, les unes avec de l'eau distillée, les autres avec la solution des sels des os ob:enue par l'eau chargée d'acide carbonique : ces dernières croissent avec rapidité, et donnent, à l'analyse , les sels quelles ont

absorbés.

YKl.lVrU V ET ANIMAI X

traire, est condamnée à végéter clans le lieu où ses racines sont implantées.

Les matières que l'absorption introduit à titre tYa/imenfsne sont pas les mêmes dans les végétaux et les animaux. Je vous ai enseigné , d'après MM. Dumas, Liebig et Boussingault, que les aliments des premiers étaient des substances minérales. Celte opinion, déjà soutenue par M. de Mirbel et Smith, est atlaquée par Tiedemann, qui, du reste, n'avait pas pour la discuter les éléments que nous possédons. S'appuyant sur les expériences d'Hassenfratz et de Théodore de Saussure, expériences qui prouvent que « clans un sol absolument exempt de matières organiques, les plantes végètent misérablement ou même ne poussent pas du tout, fleurissent rarement et fructifient plus rarement encore, » il en conclut que « la différence établie entre les végétaux et les animaux , consistant en ce que les premiers vivent de matières organiques, et les autres de matières inorganiques, est insoutenable. » Les faits allégués par Tiedemann sont vrais, surtout en ce qui concerne les plantes épuisanles, qui ne prennent pas d'azote dans l'atmosphère. L'interprélation seule de ces faits est erronée. Oui, il faut des matières organiques dans le sol pour que les plantes y végètent convenablement ; mais les matières organiques n'agissent qu'après leur décomposition, leur réduction à l'état de combinaisons minérales contenant de l'azote. De sorte que les plantes n'empruntent pas de principes immédiats à ces matières organiques, et celles-ci pourraient être remplacées par un sel ammoniacal. Si les plantes n'avaient pas le pouvoir que nous leur attribuons, la matière organique, sans cesse décomposée par les animaux, par la putréfaction, par le feu, finirait par disparaître de la surface du globe, et avec elle les animaux et les plantes. Mais c'est le contraire qui a lieu , car cette matière organique va s'accumulant de plus en plus là où vivent les êtres organisés.

Du reste, la faculté de former de la matière organique de toutes pièces n'exclut peut-être pas celle d'en absorber. Les plantes parasites, le gui par exemple, s'en nourrissent sans doute; il en est de même des champignons, qui, à la vérité , fonctionnent

plutôt comme des animaux que comme des plantes, au point de vue des actes de la nutrition.

La chaleur, la lumière, modifient singulièrement la rapidité de l'absorption dans les plantes. Ces conditions extérieures de la vie ont moins d'influence sur l'activité de l'absorption chez les animaux.

Les produits de l'absorption nutritive dans les animaux supérieurs , le chyle , et ce qui passe dans les veines du tube digestif, sont beaucoup plus composés que la séve, laquelle est aqueuse, claire, dépourvue de globules, si ce n'est à une certaine hauteur de la tige, comme l'a remarqué Schultz. Cette différence tient tout à la fois à ce que les animaux ont reçu des principes immédiats pour aliments, et à ce qu'ils ont versé leurs propres sucs sur la matière nutritive avant qu'elle fût absorbée, tandis que les plantes ont pris tout simplement autour d'elles l'eau plus ou moins chargée de substances minérales en dissolution.

Le liquide absorbé chez les animaux supérieurs va se jeter dans d'autres courants de liquides qui se meuvent cfrculairement dans le corps, tandis que le liquide produit de l'absorption chez les plantes constitue à lui seul toute la colonne ascendante qui , sous le nom de séve , circule des racines aux feuilles.

Quant au mécanisme de l'absorption , je ne pense pas qu'il doive établir un caractère différentiel entre la plante et l'animal. Nous nous en occuperons ailleurs.

De la respiration dans les animaux et les plantes.

Le liquide que l'absorption introduit dans les animaux et les plantes n'a pas encore les qualités d'un suc nutritif: il ne peut les acquérir qu'au contact de l'air. De là , une nouvelle fonction commune à l'animal et à la plante, la respiration. Aucun être vivant ne peut se soustraire à cette nécessité : ni le fœtus dans le sein de sa mère , ni les entozoaires contenus dans le corps d'autres animaux, ni ces reptiles renfermés dans des troncs d'arbres ou des blocs de pierre. Pour tous, il y a des modes de respiration qui vous seront exposés plus tard.

Vous savez que les plantes respirent au moyen de leurs partics vertes : les feuilles en premier lieu , puis l'écorce verte des végétaux qui n'ont pas de feuilles. Quelques parties colorées en rouge fonctionnent dans le même sens, d'après les expériences de Morren. Les fleurs et les racines jouent un rôle opposé à celui des feuilles. Quant aux fruits, M. Théodore de Saussure a encore démontré, en 1833, contre Ingenhouse et M. Bérard, qu'ils agissent de même que les feuilles, mais plus faiblement, tant qu'ils sont verts.

Je ne pense pas que l'air, conduit dans les parties de la tige et même des racines non accessibles à la lumière!, y agisse dans le sens de la respiration végétale; il va plutôt se dépouillant de son oxygène, à mesure qu'on l'examine plus près de la racine dans les cavités pneumatiques de la plante (M. Dutrochet).

Relativement aux animaux, on peut dire que toute partie exposée au contact de l'air, et dont l'épaisseur n'est pas telle que ce fluide ne puisse agir sur le sang ou le suc nutritif, est le siège d'un phénomène de respiration. Ainsi agit toute la surface du corps pour une foule d'animaux qui n'ont pas besoin d'organes respiratoires. Lorsque le besoin d'inspiration est plus marqué et l'organisation plus compliquée, les organes respiratoires apparaissent , et ils ne sont autre chose qu'un artifice pour multiplier le contact médiat de l'air et du sang, en augmentant les surfaces et diminuant l'épaisseur des membranes interposées aux deux fluides.

Nulle part les différences entre les animaux et les végétaux ne sont plus tranchées qu'ici, ni plus en rapport avec les besoins des uns et des autres.

La respiration des plantes dépend de l'action de la lumière; elle cesse la nuit, elle est donc intermittente : sa cause occasionnelle est extérieure.

La respiration des animaux n'éprouve aQcun changement par l'action delà lumière ou de l'obscurité; elle est continue, et son principe est intérieur.

Mais c'est dans le commerce, dans l'échange de matériaux gazeux que les plantes cl les animaux entretiennent avec l'almo-

sphère, qu'il faut chercher les caractères les plus saillants de leur séparation.

Déjà les faits vous ont été exposés en ce qui concerne les plantes; il s'agit de fournir ici les preuves de ce que j'ai avancé en différents endroits de ce parallèle.

Les plantes absorbent de l'acide carbonique pendant le jour. En effet, des plantes dont la racine plonge dans l'eau distillée, et qu'on recouvre d'une cloche pleine d'acide carbonique et d'air, y font disparaître en quelques jours tout l'acide carbonique, comme l'ont vu, entre autres, Sennebier, de Candolle et Th. de Saussure. Les animaux , au contraire , absorbent de l'oxygène par la respiration.

Les animaux expirent de l'acide carbonique, et les plantes exposées à la lumière dégagent de l'oxygène. Ce fait a été découvert par Priestley, qui, ayant analysé les petites bulbes que des feuilles submergées et éclairées par le soleil avaient laissé dégager, les trouva formées d'air fortement oxygéné ou d'oxygène pur. Des expériences sans nombre ont confirmé cette découverte. Il est important, pour les détails cle ce parallèle, de déterminer quelle est la source de cet oxygène. Fourcroy pensaitquel'oxygène venait delà décompositionde l'eau par laplante, qui aurait gardé l'hydrogène; Sennebier montra qu'il venait de l'acide carbonique réduit. En effet, la proportion d'oxygène fournie par une planie submergée est proportionnelle à la quantité d'acide carbonique que l'eau contient, et si la plante était dans cle l'eau distillée, elle ne fournirait pas d'oxygène. Ainsi donc, bien qu'un autre ordre d'expériences ail démontré à M. Boussingault que les plantes ont le pouvoir de décomposer l'eau , on doit considérer l'acide carbonique comme la source principale et presque exclusive de l'oxygène qu'elles exhalent.

Ici, Messieurs, se présente une nouvelle opposition entre la respiration de la plante et celle de l'animal. L'organe respiratoire de la plante fonctionne aussi bien sous l'eau qu'à l'air libre. Il n'en est pas de môme des animaux : leurs poumons sont créés pour l'air, et leurs branchies pour l'eau. La grenouille, qui vil et mvm quelque temps dans l'eau aérée, froide, renouvelée, n'v

dilate pas une seule fois son poumon; c'est par la peau qu'elle absorbe l'oxygène. Enfin , il n'est pas nécessaire que la plante ait absorbé par ses feuilles l'acide carbonique pour en retirer l'oxygène; l'expérience démontre qu'elle agit de la même façon sur l'acide carbonique que ses racines absorbent.

Opposons d'une manière rapide et en quelque sorte aphoristique les phénomènes respiratoires de la plante à ceux de l'animal.

Les plantes prennent l'acide carbonique que les animaux rejettent; les animaux s'emparent de l'oxygène dont les plantes se débarrassent.

Les plantes absorbent dans l'air une combinaison binaire, elles rendent à l'air un corps simple; les animaux absorbent dans l'air un corps simple, et ils exhalent une et même deux combinaisons binaires.

Les plantes absorbent ce qui doit contribuer à la formation de leurs parties constituantes, elles prennent pour construire; les animaux absorbent un principe qui attaque et détruit la matière organique, mais sans lequel ils ne pourraient vivre.

Les plantes prennent dans l'air un corps brûlé et lui rendent un corps comburant; les animaux absorbent un corps comburant et rendent à l'air un corps brûlé.

A ces oppositions, j'en ajouterai une qui n'a pas , que je sache, été indiquée.

Le mécanisme de cet échange de fluides aériformesque les êtres vivants entretiennent avec l'atmosphère et l'essence de la respiration n'offrent pas la moindre analogie dans les animaux et les piaules. Chez les animaux, il y a tout simplement subslitution d'un gaz venant de l'atmosphère à un gaz que le sang charrie; le premier expulse le second , d'après une loi bien connue aujourd'hui. Celte action physique s'exerce aussi bien dans les ténèbres qu'à la lumière, il n'y a pas d'intermittence des phénomènes respiratoires. Pour les plantes , les radiations chimiques de la lumière opèrcnl (huis la feuille la décomposition de l'acide carbonique contenu dans leurs tuyaux aériens. Ces radialions combinent sur place le carbone avec l'eau et quelquefois avec l'azote, pour

184 l'UOLÉGOMBNES.

l'aire des principes immédiats, tandis que l'oxygène mis en liberté se dégage. Cette opération s'arrête en l'absence des radialions chimiques qui l'ont commencée et entretenue : cela ne ressemble guère à l'échange de gaz qui se fait dans les poumons des animaux.

Il ne faut pas, par amour du merveilleux, dire que la plante respire en sens inverse le jour et la nuit: elle ne respire que le jour, et si, la nuit, elle dégage de l'acide carbonique, c'est que, faute de lumière, elle ne peut réduire celui que ses racines absorbent; cependant , comme elle prend un peu d'oxygène la nuit, il peut s'y produire quelques phénomènes de combustion, mais cela est peu marqué et presque négligeable.

D'après l'action que l'animal et le végétal exercent sur l'atmosphère, on peut dire qu'ils la purifient sans cesse l'un pour l'autre. Si pendant l'hiver, alors que les plantes ont cessé de respirer, et que nous ajoutons à l'acide carbonique produit de notre respiration celui que dégagent nos foyers, on ne voit pas changer la composition de l'atmosphère, c'est que d'autres climats ont le printemps pendant que nous avons l'hiver, c'est que le mouvement rapide de l'air le renouvelle à chaque instant, c'est enfin que, d'après le calcul de M. Dumas, la masse d'air qui nous entoure est si considérable, qu'il faudrait plusieurs milliers d'années avant que les animaux, seuls habitants du globe (s'il pouvait y avoir des animaux sans plantes), y eussent rendu l'air irrespirable. On n'en doit pas moins admirer le mécanisme par lequel s'entretient l'équilibre dans la constitution chimique de l'atmosphère.

Il faudrait, pour compléter cet examen comparatif de la respiration chez 'les animaux et les plantes, opposer la séve qui a subi l'action de l'air au sang devenu artériel. Mais les savants qui ont étudié ce point de physiologie végétale ne nous ont pas encore donné d'éléments positifs pour ce travail ; ils ne s'accordent pas sur les qualités de la séve descendante. En effet, on lit dans Tiedemann que la séve , qui , avant de subir dans les feuilles l'action de la respiration, était incolore, peu coagulable contenant peu ou pas de globules, s'y convertit , sous

l'influence de la lumière et de l'air, en un liquide verdàtre en partie coagulable et chargé de globules. D'une autre part, M. Schultz, de Berlin, décrit comme séve descendante ce suc épais et diversement coloré qu'on nommete, suc blanc dans les euphorbiacées, jaune dans le chelidoniiun majas, rouge dans la sanguinaria, etc. Nous en parlerons dans un instant. Enfin, M. le professeur Richard admet, avec beaucoup d'autres physiologistes, que la séve descendante est aussi aqueuse et aussi claire que la séve ascendante, reconnaissant cependant qu'elle a subi une élaboration importante. On voit, dans les expériences de M. Biot, que le sucre de la séve du bouleau, qui tournait à gauche avant d'avoir éprouvé l'action respiratoire, tourne à droite après y avoir été exposée.

• De la circulation dans les animaux et les plantes.

Le liquide nutritif, une fois vivifié, doit être porté à toutes les parties pour les exciter, les nourrir : c'est l'of fice d'une troisième fonction, la circulation , qui est commune aussi à l'animal et à la plante.

Vous savez, Messieurs, que, chez la plupart des animaux, le sang, poussé par un organe contractile, le cœur, se meut circulairement dans le corps, à l'aide d'un double système de vaisseaux destinés les uns à le conduire aux parties, les autres à le ramener.

Ya-t-il aussi un mouvement circulaire de la séve? L'ascension de ce liquide est connue depuis longtemps; mais il fallait établir qu'il y a un mouvement de retour, un véritable circulus. Déjà, dans le siècle dernier, on avait reconnu un mouvement circulaire de globules et du fluide nutritif dans ces petits tubes dont se compose la tige de quelques plantes aquatiques. L'abbé Corti avait vu ce mouvement, en 1772, dans une espèce de c/iara, et trois ans plus tard , dans le caulinia fragilis. La lettre qu'il écrivit à ce sujet au comte Paradisi fut si bien oubliée, qu'un homme des plus érudits, Treviranus , crut avoir fait cette découverte en 1807. Ce mouvement, qui a été mieux étudié par les

modernes, en lui-môme et dans ces conditions, ne ressemble pourtant en rien à la circulation d'un animal, puisqu'il se passe isolëmeut dans chaque tube de la plante : les particules remontant le long d'une paroi du tube , passant sous le diaphragme qui sépare ce tube d'un autre, et descendant sur la paroi opposée.

L'existence d'une séve descendante était rendue plus que probable par le gonflement qui se montre au-dessus d'une ligature serrée circulairement autour de l'écorce d'un arbre. Mais il manquait une démonstration qui fût à ce point de physiologie végétale ce qu'avait été à la circulation harvéienne la découverte du passage direct du sang des extrémités des artères dans les origines des veines. Cette démonstration, on put croire qu'on venait de l'obtenir, lorsque M. Schultz, en 1820, fit la découverte du mouvement du liquide contenu dans les vaisseaux laticifôres. Voici en quoi consiste ce mouvement. Sur les stipules du figuier, préalablement privées de leur épiderme , et examinées au microscope, on voit des courants de liquides chargés de globules, dans des vaisseaux ramifiés et anostomosés, et il n'est pas rare de suivre certains globules qui , après avoir passé d'un vaisseau dans un ou plusieurs autres, sont ramenés dans le premier pour parcourir ensuite un autre trajet. Or, la rapidité de ces courants, et la masse de liquide qu'ils transportent, devaient faire penser qu'ils provenaient d'un système de vaisseaux afférents et efférents, et qu'en un mot, il y avait une véritable circulation, un civculus clans les plantes.

Le latex, dans les idées de M. Schultz, n'était autre chose que la séve descendante , c'est-à-dire la séve modifiée, rendue plus épaisse et plus plastique au contact médiat de l'atmosphère. Muller, qui a observé ce mouvement sur les feuilles du chelidofiitun majus, plante qui avait servi aux premières expériences de M. Schultz , parait croire aussi à un mouvement circulaire du fluide nutritif dans les plantes; mais de nouvelles observations ont considérablement ébranle cet! e théorie. Le latex, qui n'existe que chez certaines plantes, n'est plus regardé comme la séve, mais comme un produit analogue aux humeurs sécrétées chez

VlkilhALX ET ANIMAUX. 187

les animaux, la bile ou la salive, par exemple; et, d'uoe autre part le mouvement du latex a été positivement nié par un observateur habile, M. Mohl. 11 ne nous reste donc à mettre en parallèle avec la circulation des animaux supérieurs que le double mouvement de la séve; mais ce double mouvement, pour lequel on ne connaît ni vaisseaux spéciaux ni agent d'impulsion analogue à un cœur ou à des cils vibratiles, ne ressemble en aucune manière au cours du sang dans les animaux supérieurs. 11 me paraît douteux aussi que la séve, qui revient des feuilles et descend vers les parties inférieures du végétal, retourne une seconde fois aux feuilles. Chez les animaux , les globules du sang parcourent sans cloute plusieurs milliers de fois les voies de la circulation avant d'être employés à la nutrition ou détruits.

De la nutrition dans les plantes et les végétaux.

Lorsque le liquide introduit par Vabsorption, vivifié par la respiration, a été porté par la circulation au contact des parties vivantes , celles-ci y puisent des matériaux qu'elles s'assimilent et y rejettent des matériaux qui sont hors de service. C'est en cela que consiste la nutrition , qui suppose un double mouvement, l'un de composition et l'autrè de décomposition.

Les phénomènes apparents de celte fonction paraissent bien différents dans les plantes et les animaux.

A partir du collet de la racine , l'irradiation nutritive s'opère en deux directions différentes : l'une vers la profondeur du sol , où la racine s'enfonce; l'autre vers l'atmosphère , où s'élancent la tige et ses divisions. Il n'y a rien de semblable dans les animaux.

L'augmentation d'épaisseur d'un tronc d'arbre et de ses branches se fait par l'application de couches à l'extérieur du bois et à l'intérieur de l'écorce. Cela diffère de l'accroissement des animaux.

La plante pousse tous les ans de nouveaux jets , elle perd à chaque saison ses organes respiratoires. Tout cela n'appartient qu'aux végétaux.

188 PHOLÉGOMÈNES.

Le mouvement de décomposition est peu apparent dans la plante, qui conserve indéfiniment les couches dont, chaque année, elle a augmenté le nombre, et c'est pour cela que certains arbres parviennent à des dimensions si colossales.

Enfin , l'essence des mouvements de nutrition ne peut être la môme dans deux organismes , dont l'un va réduisant sans cesse des substances oxydées , et l'autre brûlant incessamment de la matière organique.

Des sécrétions chez les animaux et les plantes.

Je dois être bref sur ce sujet; il n'offre qu'un intérêt seconcondaire, et d'ailleurs les termes de comparaison nous manquent. On est si peu avancé sur les rapports du système vasculaire avec les parties qui sécrètent dans les végétaux , que les uns ont regardé comme une séve de retour ce que d'autres décrivent comme humeur sécrétée, analogue à la bile et à la salive; de sorte que les vaisseaux laticifères , qui , dans la première hypothèse , seraient analogues aux veines , ne seraient plus , dans la seconde , que des conduits excréteurs ou des réservoirs pour un produit de sécrétion. A part la production du latex, on peut dire que les sécrétions des plantes ont presque exclusivement le caractère excrémentitiel. C'est ainsi que les plantes excrètent des résines, des cires, des gommes, certains corps sucrés, comme la manne. Tous ces produits qui se concrètent n'ont plus d'usages pour la plante, si ce n'est peut-être l'espèce de vernis que quelques-uns leur fournissent et par lequel elles sont garanties contre l'excès d'humidité. Les humeurs sécrétées par les animaux, la bile, la salive, le suc pancréatique, les larmes, etc., sont employées au profit d'autres fonctions.

De la génération chez les animaux et les plantes.

Un curieux calcul, établi par M. Dumas, sur des observations de M. Brongniart, permet de supposer que les plantes ont précédé les animaux ( les animaux supérieurs au moins) à la surface

du globe. Tout le charbon de terre provient de végétaux, et ces végétaux l'avaient emprunté à l'acide carbonique de lalinosphère : or, celle-ci a du en contenir 4 ou 6 centièmes pour fournir la masse de charbon qui est enfouie sous la terre ; elle était donc irrespirable pour les animaux supérieurs-

Il y a de remarquables analogies dans les procédés apparents et saislssables par lesquels la nature accomplit la merveille de la reproduction dans les animaux et les plantes.

L'existence et la nécessité de deux sexes pour la reproduction des plantes phanérogames, comme pour celle des animaux, mises en doute par Spallanzani , sont parfaitement démontrées aujourd'hui.

Chez les plantes, comme chez les animaux, les parties femelles fournissent une ou plusieurs ovules , et les parties mâles, un principe fécondant (1).

Chez les plantes, comme chez les animaux, la matière fécondante du mâle renferme de petits corps qui sont animés d'un mouvement spontané.

Chez les plantes, comme chez les animaux, la fécondation a pour condition le contact de la matière fournie par le mâle avec l'ovule.

Chez les plantes, comme chez les animaux , la fécondation est suivie d'un travail qui fait apparaître dans l'ovule un amas de petites cellules que nous connaîtrons plus tard sous le nom de cellules à noyau, et c'est pendant ce travail ou peu de temps après que l'embryon se forme.

A partir de là , l'embryon végétal et l'embryon animal obéis-

(1) La théorie célèbre de Schleiden, qui mettait l'embryon futur dans le boyau pollinique, comme d'autres physiologistes avaient placé dans le sperme l'embryon animal , cette théorie , dis-je , qui avait porté M. Schleiden à nier l'existence des ovules des végétaux, a été attaquée par plusieurs botanistes français et par M. Meyen, en Allemagne; elle a été complètement renversée par le magnifique travail que M. Amici a composé postérieurement à la communication qu'il avait faite aux savants réunis dans le dernier congrès scientifique de Padoue.

!!)() KRÛÊE&OatCftES.

sent chacun aux lois particulières de leur développement, ei 61 serait s'exposer à forcer les analogies que de les poursuivre plus loin.

Quelques différences relatives aux organes sexuels ont été signalées par Hedwig et Treviranus, cités par Tiedemann.

Le premier fait la remarque que les organes de reproduction des plantes tombent avec le fruit , et qu'il en naît chaque année de nouveaux, tandis qu'ils sont à demeure dans les espèces animales.

Dans les végétaux, on voit le plus souvent les organes mâles et femelles portés par le même individu; l'hermaphrodisme est beaucoup plus rare dans le règne animal. La réunion des sexe-; constitue plutôt un caractère de perfection dans les plantes, au dire de Treviranus , tandis qu'elle ne se trouve que dans les espèces inférieures de la série animale.

De la calorification , du dégagement d'électricité, de la phosphorescence chez les animaux et les plantes.

Les phénomènes que ce titre comprend sont essentiellement liés aux opérations chimiques et moléculaires de la respiration, de la nutrition et de la métamorphose organique en général , et pour les animaux, le système nerveux n'est pas étranger à leur production. Je ne me propose de les étudier en eux-mêmes, d'en faire l'histoire complète, qu'après avoir terminé la partie du cours relative aux fonctions nutritives.

H ne s'agit donc ici que de déterminer si la faculté de produire de la chaleur, de dégager de l'électricité , d'être phosphorescent, appartient aux animaux, ou aux végétaux , ou aux uns et aux autres, ou plus aux uns qu'aux autres.

On pourrait prendre pour épigraphe ici une proposition que M. Dumas a jetée dans son Traité de chimie organique : «La plante absorbe des forces chimiques, chaleur, électricité; l'antmal produit des forces chimiques, chaleur, électricité. » C'est de cette proposition que je vais faire découler tous les traits du parallèle entre les végétaux et les animaux , relativement au dégs*

VÉGÉTA l'X ET AIVlMAI'X. t9l

gement de fluides impondérables. Comment les résultats ne seraient-ils pas différents entre deux agrégats dont l'un va toujours réduisant, tandis que l'autre va toujours oxydant ? Les plantes n'absorbent-elles pas les forces chimiques des radiations lumineuses, s'il est vrai que la lumière réfléchie par elles n'impressionne plus les plaques daguerriennes ?

1° La calorification, ou faculté de produire de la chaleur, appartient surtout aux animaux. Le sang de l'homme se maintient à 37° centigr. environ; la plupart des mammifères l'emportent sur l'homme, et les oiseaux sont encore mieux partagés. D'autres animaux suivent , à peu de chose près , les variations de la température extérieure; le calorique qu'ils produisent n'est guère plus apparent que celui qui est mis en liberté par le fer quand il s'oxyde lentement à l'air.

Les végétaux produisent-ils cle la chaleur? Un arbre dans la tige duquel on introduit un thermomètre, par un trou pratiqué à l'instant même, parait plus chaud que l'air, si l'expérience est faite par une matinée fraîche , et plus froid, si on opère au milieu d'une journée très-chaude. Ces expériences ne prouvent pas que les arbres aient une température propre; il faut en expliquer les résultats, avec Fontana et Treviranus, par la lenteur avec laquelle les tiges se mettent en équilibre avec la température extérieure.

Il paraît cependant que les plantes jouissent d'un léger pouvoir de calorification. Le thermomètre n'eût certainement pu suffire à la démonstration de ce fait , que M. Dutrochet a rendu évident par l'application de l'appareil délicat que les courants thermo-électriques mettent enjeu, et que nous ferons connaître à propos de la calorification.

La température d'une plante vivante l'emportait de un quart de degré centésimal au maximum , quelquefois seulement d'un 6e de degré , et même d'un 10e ou d'un 12e, sur la température d'une plante morte. Néanmoins, sur une plante qui respire à l'air libre et à la lumière , la température est plus basse que celle de l'air ambiant , à cause de l'évaporalion de l'eau et de la volatilisation de l'oxygène. Aussi M. Dutrochet avait-il préalablement neutralisé cette cause de refroidissement.

PnOLÉGOMKNES.

Quelques plantes dégagent, dans certaines de leurs parties et pendant des actes déterminés, une notable quantité de chaleur; mais alors elles fonctionnent comme les animaux. Ce fait intéressant, observé d'abord par Lamarck,cn 1777, sur la fleur de Yarum italicurn, a été constaté et étudié depuis par un bon nombre d'observateurs sur des plantes de la famille des aroïdées. On a vu le thermomètre , placé dans le spadice de quelques-unes de ces plantes , monter à 9 %, 14, 22, et même , dit-on , plus de 25° audessus de la température ambiante. L'air extérieur étant à 19" à l'Ile de France, MM. Hubert et Bory de Saint-Vincent auraient vu la température du spadice de l'arum cordifolium monter à 44 et 49° centigrades, ce qui excéderait de 12° centigrades la température du sang de l'homme. A supposer qu'il se fût introduit ici quelque cause d'erreur, elle n'existerait pas dans les expériences faites à l'aide de l'appareil qui accuse les courants thermo - électriques. Or, MM. Van Beck et Bergsma ont constaté de cette manière que la température s'était élevée à 43° centigrades dans le spadice du colocasia odora, l'air extérieur étant à 21°.

Ces faits confirment plutôt la règle relative aux causes de dégagement de calorique qu'ils ne l'infirment, car les plantes dans ces cas absorbent de l'oxygène , dégagent de l'acide carbonique. Cette double action est d'autant plus marquée que la température est plus élevée, et tout s'arrête si la plante est plongée dans l'azote : fait important observé en Hollande par MM. Vrolik et Vries.

La formation d'acide carbonique, l'absorption d'oxygène, s'observent ausssi pendant la germination, moment où les graines dégagent de la chaleur. M. Boussingault s'est assuré qu'il y avait combustion de charbon et d'hydrogène pendant la germination des graines de trèfle ; tout le monde sait que l'orge s'échauffe pendant la germination.

1° La faculté de dégager de l'électricité est beaucoup plus marquée dans les animaux que dans les plantes. Ce n'est pas seulement chez les poissons électriques que nous aurons l'occasion d'en étudier les effets. Nous verrons que M. Matteucci a dé-

montré dans la grenouille un courant propre allant de la tête vers les pieds; que le même observateur a surpris dans toutes les espèces animales où il les a cherchés des courants électriques marchant de l'intérieur à l'extérieur des muscles, et qu'il est parvenu à faire des piles avec des chairs de pigeons et de grenouilles. Chez l'homme et les animaux, il y a, suivant M. Donné, des courants établis entre les surfaces qui sécrètent des liqueurs acides et celles qui laissent échapper des humeurs alcalines. Ces courants marchent de la surface alcaline vers la surface acide.

La production d'électricité se réduit à peu de chose dans les plantes , et encore ne l'observe-t-on guère que dans les parties qui agissent sur l'atmosphère , comme le font les animaux , savoir les fleurs, les fruits, les graines qui germent.

Le naturaliste Zawadeki a remarqué que, dans les soirées chaudes de juillet et d'août, quelques plantes à fleurs jaunes lançaient des étincelles électriques (le souci , la capucine). Nous retrouverons ce fait à propos de la phosphorescence.

M. Donné a constaté dans plusieurs fruits l'existence de courants électriques. Dans les pommes et les poires, le courant va de la queue vers l'œil du fruit ; il marche en sens inverse dans les abricots et les pèches. On n'obtient pas d'indices de courant , si on enfonce les aiguilles perpendiculairement à l'axe du fruit. M. J. Régna uld a fait observer avec raison que le courant pourrait bien être une conséquence du moyen même qu'on emploie pour le constater; c'est-à-dire qu'en jetant un arc métallique sur les deux points opposés d'un fruit, on introduit une condition nouvelle pour la formation et l'écoulement du courant. Du reste, Messieurs, ne voyez pas là un résultat d'une propriété vitale du fruit; car si, à l'exemple de M. Donné, vous divisez ce fruit en deux moitiés , et si vous en exprimez le suc de manière à avoir dans un vase le liquide quiavoisinait la queue, et dans un autre celui qui était aux environs de l'œil, les aiguilles plongées dans ces liquides , dont les propriétés chimiques sont un peu différentes, conduiront encore un courant électrique dans le même sens que sur le fruit intact.

M. Pouillct a fait de nombreuses recherches sur la production

MM i'noi ikiOHKM s.

(l 'électricité pénclant les différentes phases de la germination et de la végétation. C'est l'électricité de tension accumulée sur la plante qu'il a essayé de reconnaître , et dont il a effectivement reconnu la présence dès que la plante était sortie de terre.

Rien ne prouve que, comme l'a supposé M. Dutrochet, les deux faces des feuilles aient une polarité opposée ; enfin je ne citerai pas , comme exemple de production d'électricité pendant la végétation, la pile qu'un médecin, contemporain de Voila | construisit avec des rouelles de betterave et de bois de noyer; le circuit, que prolongeaient deux feuilles de cochléaria, était fermé par une patte de grenouille, que le courant électrique mettait en contraction.

3° Le phénomène de la phosphorescence n'a jamais été vu sur les animaux vertébrés vivants. Les yeux du chat, du tigre, du chien, ne dégagent pas de lueurs pendant l'obscurité, et la flatterie seule a pu persuader à un empereur romain que ses yeux lançaient des éclairs. Cependant la phosphorescence appartient presque exclusivement aux animaux, et il est bien certain que le petit nombre de végétaux qui la présentent sont alors, comme les animaux, le siège de phénomènes de combustion et d'électricité. La part de ce dernier agent dans la phosphorescence a été fort habilement établie par M. Becquerel.

Si la phosphorescence n'a pas été accordée aux vertébrés , on la trouve en revanche dans des myriades d'êtres du règne animal, les uns à respiration aérienne, les autres faisant naître dans les mers intertropicales et certaines parties de la Méditerranée ces merveilleux phénomènes, objet de l'admiration et de la surprise des navigateurs. J'indiquerai ailleurs ces animaux et les conditions de la phosphorescence.

Il n'y a que très-peu de familles de plantes qui soient phosphorescentes à l'état de vie. Ehrenberg a découvert qu'une algue, le spongodium verrniculare, regardée comme phosphorescente, ne devait son éclat qu'à de petits animaux auxquels elle sert d'habitation.

Est-il vrai que, comme l'ont dit d'anciens auteurs, certaines fleurs naturellement éclatantes , et notamment celles d'un jaune

VKC.KT.-U V I.T VVIAIVI \. lî)'»

orangé on doré, jettent au moment du crépuscule des lueurs plus ou moins lumineuses, des étincelles? Cela était admis par Linné. Sa fille avait observé cette.sorte de phosphorescence sur les fleurs de la capucine, el d'autres disaient l'avoir vue sur des fleurs du souci, de l'œillet d'Inde, de plusieurs espèces' de lilium, du grand soleil. Nous avons déjà parlé de l'étincelle que Zawadeki aurait vue se dégager de quelques-unes de ces plantes; Johnson aurait observé le même fait sur la tubéreuse , à cela près du pétillement qui doit accompagner l'étincelle électrique. 11 y a lieu de penser cependant que ces phénomènes ne sont pas bien évidents, puisqu'un grand nombre d'expérimentateurs ont vainement essayé de les constater. Goethe croyait que, dans les observations de ce genre, on s'était laissé aller à une illusion; il eût montré la même incrédulité relativement à la vive phosphorescence qui, au dire d'un voyageur, aurait accompagné l'ouverture de la spathe d'un pendanus. Mais la phosphorescence de plusieurs cryptogames est incontestable, notamment de certains champignons, Yagaricus olearins , l'agaric de l'olivier, sujet d'intéressantes observations de M. Delille. IN'avons-nous pas déjà dit que les champignons se comportaient en beaucoup de choses comme les animaux? La phosphorescence a été observée sur des bissus, des conferves, des rhizomorphes.

Les acolylédonées ne sont phosphorescentes qu'à la condition d'absorber de l'oxygène et de brûler du carbone ; elles cessent d'être lumineuses dans le vide ou dans d'autres gaz que l'air atmosphérique ou l'oxygène.

Page 1