‹ Cours de physiologieChapitre 17 sur 60 · NEUVIEME LEÇON · texte numérisé non relu

NEUVIEME LEÇON

Messieurs,

La méthode voudrait que le parallèle entre les végétaux et les animaux fût suivi immédiatement de la comparaison des animaux entre eux; nous nous élèverions ainsi progressivement jusqu'à l'homme , qui doit être plus particulièrement le sujet de nos études. Mais où prendre les bases de cette comparaison? quels sont les points par lesquels les animaux se ressemblent ou diffèrent? C'est par leur structure et leurs actes , en d'autres termes, par l'organisation et les fonctions. 11 faut donc que nous nous occupions, en premier lieu , de l'organisation animale et de la classification des fonctions. Nous prendrons pour type de notre exposé de l'organisation un animal supérieur; nous dirons ensuite comment cette organisation et les fonctions se compliquent du zoophyte à l'homme , et nous donnerons une classification des animaux, à laquelle vous pourrez recourir, toutes les fois qu'il nous arrivera d'emprunter des faits à la physiologie comparée.

Le parallèle des animaux entre eux sera suivi de la comparaison de l'homme avec les espèces animales les plus parfaites. Nous examinerons , en dernier lieu , les caractères que présentent les hommes des différents points du globe, et cette étude nous conduira à un exposé des races humaines, par lequel nous terminerons ces prolégomènes.

La matière des êtres vivants, à l'état de repos, peut être envisagée sous deux points de vue différents.

1° La constitution élémentaire, la combinaison des éléments , et les produits de cette combinaison: c'est l'objet delà chimie

organique.

ORGANISATION DhS ANIMAUX. 1D7

•2° Le mode d'agrégation de la matière organique, sou arrangement en humeurs et en solides; la répartition de ces derniers en tissus, en organes, en appareils : c'est l'objet de l'anatomie.

Tout cela constitue l'organisation; car la combinaison chimique n'y est pas moins essentielle que le mode d'agrégation.

Les considérations relatives au premier ordre de faits vous ayant déjà été exposées aux pages 56, 65 et 68 , nous n'avons plus à nous occuper ici que de l'agrégation ou structure.

Le corps des animaux est composé de solides et d'humeurs. Quelques physiologistes y ajoutent des gaz ; d'autres , des gaz et des vapeurs. On y a fait figurer les esprits à diverses époques, mais cela n'appartient plus qu'à l'histoire delà science; enfin, il y a dans les animaux des courants de calorique et d'électricité.

Relativement aux gaz, on ne s'est pas borné à constater leur présence dans diverses cavités du corps ; on a encore imaginé des gaz organiques, c'est-à-dire faisant partie des tissus organisés, gaz qu'on pourrait extraire de ces tissus à l'aide du vide pneumatique. M. de Blainville a écrit plusieurs pages à ce sujet; mais je confesse que je ne puis me faire une idée nette de ce qu'on entend par cette expression , si cela désigne autre chose que des gaz dissous dans les humeurs du corps.

Les gaz qui se rencontrent dans le corps peuvent y être rapportés à trois classes : 1° les gaz qui sont contenus dans des cavités communiquant librement avec l'atmosphère, !2° les gaz renfermés dans le tube digestif, 3° les gaz que le sang charrie.

1° Les gaz qui sont contenus dans des cavités en communication libre et permanente avec l'atmosphère ont une tension qui est incessamment ramenée à celle de l'air extérieur. On trouve ces gaz dans les cavités de la face , savoir : les sinus maxillaires , les sinus frontaux, les cellules ethmoïdales , les sinus sphénoïdaux, le canal nasal; on les trouve dans l'oreille moyenne et les cellules mastoïdiennes (autres que celles du diploé) ; enfin, le pharynx est plein d'air dans ses quatre cinquièmes supérieurs, et cette colonne d'air se prolonge par les voies aériennes jusque dans les vésicules pulmonaires. On pourrait dire que tous ces gaz ne sont autre chose que l'atmosphère prolongée dans des cavités

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librement ouvertes à l'extérieur. A ce titre, ils ne peuvent guère élre considérés comme faisant partie de l'animal; mais leur rôle n'en est pas moins important, et je vous l'expliquerai à propos dè l'ouïe, de l'olfaction, du cours des larmes, et de différents phénomènes de la respiration.

Dans les oiseaux, l'air atmosphérique s'introduit librement dans certaines poches et dans quelques os des membres ; il pénètre plus complètement encore par les trachées le corps des insectes.

On a cru longtemps que l'air atmosphérique s'introduisait jusque dans les ventricules cérébraux par les trous de la lame criblée de l'ethmoïde ; le cerveau aspirait l'air chargé ou non de molécules odorantes , et cet air était employé à la préparation des esprits. Cette doctrine a figuré même dans l'histoire des plaies de tète.

2° Les gaz du tube digestif forment une seconde catégorie , qu'il ne faut pas confondre avec la première. Sans doute, la cavité digestive est ouverte à l'extérieur; mais, en haut comme en bas, les parois du . tube sont appliquées les unes aux autres, de telle sorte que l'atmosphère ne peut se mettre en communication libre et permanente avec les fluides élastiques renfermés dans les intestins et l'estomac. La composition de ces gaz diffère donc de celle de l'atmosphère. Doivent-ils être considérés comme une simple conséquence de l'élaboration subie par la masse alimentaire? ont-ils d'autres usages? Cette dernière opinion a été développée dans un travail fort original de M. Maissiat ; il en sera question à l'article de la digestion.

3° La troisième classe de gaz comprend ceux que le sang charrie et qu'il tient à l'état de dissolution; ils ont été, clans ces derniers temps, l'objet de travaux pleins d'intérêt et dont j'exposerai ailleurs les résultats (1).

(1) Je me suis demandé si le bruit qu'on entend dans les carotides des sifjetë téûitques ne proviendrait pas de ce que de petites Fractions des gaz du sang i&Vuï a l'cla! de liberté: l'élasticité des artères , qui Inid à maintenir béante

OH^\MSATlU.\ DUS ANIMAUX. 199

Jl y a peu de choses à dire sur les vapeurs considérées comme parties constituantes des animaux. L'expiration entraîne une vapeur chargée de matière animale. On a beaucoup parlé de la vapeur du sang, halilus sangulnis; miis cette vapeur ne se forme que lorsque le sang est exposé à l'air, elle n'existe pas dans le sang en circulation. Quant aux personnes qui disent que le produit de la sécrétion des membranes séreuses s'y trouve à l'état de vapeur, elles admettent une hypothèse contraire aux plus simples notions de la physique. Passons donc à l'étude des parties solides et des humeurs du corps humain.

La proportion entre les unes et les autres est de beaucoup, dit-on, à l'avantage des humeurs. On a cité l'expérience de Ghaussier, qui, ayant mis et fait séjourner dans un four un cadavre humain du poids de 120 livres, l'en retira réduit au poids de 12 livres; de sorte que les liquides auraient constitué les 9/l0 de ce corps.Uu résultat plus extraordinaire est rapporté par Senac: une momie d'un corps qui avait dû peser 180 livres n'en pesait plus que 15.

Je me permettrai une observation critique sur les conséquences que l'on a tirées de ces expériences. Elles prouvent que les liquides, en y comprenant ceux qui , en imbibant les tissus , leur donnent leurs propriétés essentielles et sans lesquelles ils ne pourraient fonctionner, l'emportent de beaucoup sur les tissus réduits à leurs parties solides desséchées.

En effet, les muscles, les nerfs, les vaisseaux, les ligaments d'un cadavre, se réduisent presque en fils par la dessiccation. Les os eux-mêmes , ces parties si denses , et qui paraissent presque entièrement composés de solides, perdent par leur exposition à l'air une partie considérable de leur poids. Mais les humeurs proprement dites, telles que le sang, la bile, la salive, le sperme, etc., ne l'emportent pas sur la masse des solides envisagés à l'état

la lumière de ces vaisseaux, agirait alors sur une colonne de sang trop mince pour le tube ariériel , dans le même sens que la machine pneumatique à l'aide de laquelle on relire les gaz du sang.

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physiologique, c'est-à-dire des solides pénétrés d'humidité, comme ils doivent l'être pour fonctionner.

Du reste , la proportion des liquides n'est vraisemblablement pas aussi considérable que l'indiquent l'expérience de Chaussier et l'observation faite par Scnac. La dessiccation rapide opérée dans un four et celle d'une momie s'accompagnent nécessairement de la destruction de quelques parties solides. Au lieu donc de porter à 9/10 la proportion des liquides , je pense qu'il faudrait prendre la moyenne des expériences faites par M. Chevreul, qui a opéré la dessiccation dans le vide , et à l'aide d'une chaleur très-modérée; on obtiendrait alors que la proportion d'eau dans le corps humain est d'environ 6GG7/ioooo-

11 n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup manié le scalpel pour savoir que tous les tissus ne sont pas également pénétrés de liquides, et il me parait inutile de multiplier les chiffres sur ce sujet, qui avait déjà occupé des écrivains du temps de Haller. Je me bornerai à opposer, d'après M. Chevreul , le tissu élastique aux ligaments. Les premiers ne perdent que 495/i0oo> les seconds abandonnent 768/i0oo d'eau. La substance corticale du cerveau perd encore davantage de son poids , d'après les expériences de Hamberger.

J'ai déjà parlé du rôle de l'eau dans l'économie animale (voy. p. 70 ) ; j'ajouterai que je ne crois pas plus à une eau organique qu'à des gaz organiques: une eau organique , c'est-à-dire composée d'autres éléments que l'oxygène et l'hydrogène, ne serait plus de l'eau.

Nous allons étudier successivement les parties solides et les humeurs des animaux.

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