DIXIÈME LEÇON
(Suite.)
Messieurs,
Après avoir étudié ce qu'ont été à leur état primordial les tissus des animaux , il faut les examiner tels qu'ils s'offrent lorsqu'ils sont parvenus à leur développement complet. Je m'occuperai en premier lieu des tissus simples de l'économie.
»es tissus simples du corps des animaux.
Ces tissus, dont quelques-uns pourraient être appelés éléments des systèmes organiques, peuvent être divisés en cinq classes qui, presque toutes , comprennent plusieurs genres.
La première classe comprendra des tissus exclusivement composés de cellules, comme les épithèlium, les pigments, les tissus adipeux, etc. On voit déjà que celte classe se place naturellement après l'histoire des cellules.
Dans la deuxième classe, seront compris les tissus formés d'une substance amorphe fondamentale , parsemée de cellules ou de traces de cellules : tels sont les cartilages, les os, etc. Celte classe forme, comme on le voit, la transition des tissus composés entièrement de cellules à ceux ou il ne reste plus de traces évidentes de ce premier état.
Dans la troisième classe, nous rangerons les fibres simples, comme la cellulaire, la fibre dite de noyaux, la fibre élastique, la fibre musculaire.
Dans la quatrième classe, nous placerons les tubes primitifs des nerfs et les corpuscules ganglionnaires qui se développent sur ces tubes.
OKC. VMSAïiolV DES ATVIMA.UX. 22',
Enfin, la cinquième classe comprendra la membrane amorphe qui se trouve au cul-de-sac des glandes et qui en constitue la partie commune.
Sans doute, on trouvera dans l'économie quelques tissus simples autres que ceux dont nous allons brièvement exposer les caractères; mais ces tissus, comme celui de la cornée, celui du cristallin, celui des dents, sont particuliers à quelques organes et ne doivent pas nous occuper ici.
Ve Classe. — Tissus entièrement formés de cellules.
Cette première classe comprendra cinq genres , savoir : 1° le genre épithélium , dont je rapprocherai , pour me conformer à un vieil usage, 2° et 3° les ongles et les poils ; 4° les cellules pigmenlaires; ô° les cellules adipeuses.
1er Genre. — Épithélium.
Au commencement et dans les vingt-cinq premières années de ce siècle , on décrivait les épidermes et les épithélium comme des excrétions inorganiques et on ne les eût pas rangés dans les tissus; on sait aujourd'hui qu'ils résultent de cellules polygonales, aplaties, transparentes, munies d'un noyau autour duquel se voient des granulations moléculaires, et qui contient un ou deux nucléoles. Les jeunes cellules se dissolvent dans l'acide acétique; la potasse caustique seule dissout le noyau. Si les cellules sont disposées en une seule couche, elles offrent une régularité qu'elles perdent dans les parties où les épidermes ou épithélium sont stratifiés.
Le genre épithélium comprend trois espèces qui sont , le pavimenteux, le cylindrique et le vibratile.
M épithélium pavirnenteux offre de grandes cellules rangées les unes à côté des autres, comme les pierres d'un pavé, et polygonales; les angles saillants de ces cellules sont engrenés dans les angles rentrants formés par les cellules voisines , comme les différentes pièces d'une mosaïque.
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Épitlièllum cylindrique ou à cylindres. Ce qui fait le caractère de celui-ci , c'est plutôt l'allongement de la cellule que sa forme cylindrique, car elle est quelquefois polygonale à cinq ou six pans; c'est un cône tronqué, polyédrique, dont la partie étroite louche à la membrane sur laquelle la cellule est posée, tandis que la partie large regarde la cavité de l'organe. M. Gruby affirme, contrairement à Ilenle, dont je mettrai souvent l'ouvrage à contribution dans cette partie purement descriptive, que, dans l'intestin, la partie élargie de la cellule d'épithélium à cylindres est ouverte, et que la cellule entière représente un entonnoir, dans lequel s'engagent des globules du chyle. Nous reviendrons ailleurs sur cette assertion, contre laquelle M. Mandl s'élève. Le noyau de l'épithélium à cylindres occupe la partie moyenne du grand diamètre de la cellule, qui est quelquefois renflée à son niveau.
Vépithéliutn vibratile ne diffère de l'épithélium cylindrique que par la présence de filaments excessivement grêles , implantés en nombre variable sur la face libre des cellules. Ces filaments, nommés cils, cils vibraliles, sont tantôt de longueur égale, comme les poils de la brosse des peintres, tantôt de longueur inégale sur une même cellule. Leurs propriétés et leurs usages seront exposés quand nous traiterons des mouvements ; mais je vous fais remarquer dès à présent la singularité que nous présente l'implantation de filaments doués d'un mouvement très-vif et spontané, sur des parties qui ne sont ni sensibles, ni contractiles , ni vasculaires.
8° Genre» — Tissu corné.
Le tissu corné n'a pas les caractères que nous avons assignés à notre première classe, puisqu'il ne se compose pas de cellules; mais il a plus de rapports avec l'épiderme qu'avec tout autre tissu. En effet, l'épiderme lui adhère tant en avant de l'ongle que par la partie inférieure du bourrelet qui surmonte la base de cet ongle; de plus, chez le nouveau-né, la couche sotis-jacente ïi l'ongle et sa racine est formée de cellules que Henle compare
ORGANISATION DliS ANIMAUX. 22!)
à celles qui constituent le réseau de Malpighi. Le tissu corné est homogène, amorphe, marqué de stries onduleuses, dirigées les unes parallèlement, les autres transversalement, au grand diamètre de l'ongle.
3° Genre. — Tissu des poils.
Le tissu des poils , qui va chercher son origine sous la peau, dans un organe riche en nerfs et en vaisseaux , s'éloigne encore plus que le tissu corné de la nature de l'épiderme. Cependant son mode d'origine annonce , plus nettement que pour le (issu corné , l'intervention et la métamorphose de cellules. En effet , dans le fond du follicule d'où sort le poil, à la face externe du bulbe , il se dépose des cellules incessamment soulevées et remplacées par d'autres cellules. Les plus extérieures de ces cellules, dont les noyaux s'allongent et disparaissent, donnent naissance aux larges fibres longitudinales de la substance corticale du poil. Les cellules internes sont, au contraire, destinées à devenir substance médullaire , leurs parois se confondent, disparaissent, et autour de leurs noyaux se déposent des grains de pigment. M. Mandl a figuré des cavités cloisonnées à l'intérieur du poil clans les pièces modelées que renferme notre cabinet. Plus haut, cette substance médullaire, toute formée, n'offre plus qu'un amas de globules brillants tantôt agglomérés , tantôt disposés à la file ou laissant entre eux des intervalles : des granulations pigmentaires s'y entremêlent çà et là.
4e Genre. — Tissu pigmentaire.
Les pigments étaient décrits, il y a quelques années encore, comme des humeurs, comme des produits de sécrétion. On sait aujourd'hui que ce sont de véritables tissus, mais exclusivement formés de cellules à noyaux disposées en couches simples ou stratifiées. Les cellules pigmentaires sont transparentes et incolores, mais elles contiennent des grains colorés qui sont libres à leur intérieur, et amassés en plus grand nombre vers le
centre que vers la circonférence des cellules. Celles-ci ont des formes très-diverses : polygonales, si elles sont pressées; plus ou moins arrondies dans le cas contraire; quelquefois triangulaires , trapézoïdales, ou bien encore envoyant des prolongements qui rencontrent ou non ceux des cellules voisines. L'acide acétique dissout les cellules sans attaquer les grains de pigment; la potasse dissout les grains sans en altérer la couleur; le chlore seul les rend plus pâles.
5e Genre. — Tissu adipeux.
Ce tissu est formé de vésicules ou cellules miscroscopiques, pleines d'une huile liquide à la température du corps et diversement colorée suivant les animaux ou les organes qui contiennent ces cellules. Elles sont rondes et ovoïdes , tant que la graisse est liquide cl qu'elles ne sont pas comprimées. L'enveloppe est I t èsminec, amorphe; on ne la distingue pas du contenu dans les cellules entières; mais si on parvient à la rompre, l'expulsion du contenu la rend évidente. On pourrait nier le noyau des cellules si Shwannet Henle ne disaient l'avoir vu dans quelques cas ou bien en avoir observé les traces. M. Mandl m'a assuré que ce noyau existe dans les jeunes cellules. On peut affirmer qu'il disparait promptement. Suivant Vogel , l'acide margarique apparaît quelquefois en cristaux étoiles à l'intérieur de ces cellules.
2e Classe. — Tissus formés d'une substance amorphe fondamentale, parsemée de cellules ou de traces de cellules.
Je diviserai cette classe en trois genres, savoir : i° le tissu cartilagineux , T le tissu fibro-cartilagineux , 3° le tissu osseux.
1er Genre. — Tissu cartilagineux.
On proposait en France, il y a quelques années, de placer léS cartilages au nombre des substances privées d'organisation, l e microscope a fait justice de cette erreur. Le tissu cartilagineux
ORGAMSATION DES ANIMAUX. 231
est compacte, élastique, blanc bleuâtre, constitué par une substance fondamentale homogène, amorphe, finement granuleuse, parsemée de vésicules ou cellules caractéristiques. Les granulations dont est parsemée la substance fondamentale, naturellement transparente, lui donnent respect d'un verre mat. Dans cette substance fondamentale, on trouve des cavités, et dans ces cavités, sont les cellules. Gardez-vous donc de confondre les cellules avec les cavités qui les recèlent ; celles-ci, c'est-à-dire les cavités, semblent tantôt de simples excavations dans le cartilage, tantôt avoir une paroi propre distincte de celui-ci: c'est ce qu'on nomme alors corpuscules des cartilages , corpuscules découverts par Purkinje, et queMuller et Meckauer sont parvenus à extraire comme particules distinctes.
Dans cette cavité, et quelquefois au milieu d'une substance transparente , on trouvé une , deux , trois , et rarement plus de quatre cellules irrégulières, ayant chacune un ou deux noyaux, munis eux-mêmes d'un ou deux nucléoles, qui ressemblent à de petits globules graisseux. Les nucléoles manquent quelquefois, et quelquefois aussi on trouve de simples noyaux, au lieu de cellules, dans les cavités des cartilages.
2e Genre. — Tissu fibro-cartfilagincux.
Le nom sous lequel ce tissu figure ici éloigne l'idée d'un tissu simple; cependant, je l'y maintiendrai, par cette considération que les fibres qu'on y rencontre ne semblent être qu'un degré plus avancé dans le développement du cartilage, puisque primitivement elles sont absentes dans les futurs fibro-cartilages, et quelles se développent assez souvent dans les cartilages vrais des vieillards. Ces fibres, d'ailleurs, qui sont grosses, raboteuses, foncées, diffèrent de celles qui, dans le tissu fibreux proprement dit , paraissent provenir d'une transformation des fibres celluleuses. Le tissu fibro-carlilagineux est donc composé d'un mélange en proportions variables de fibres et corpuscules cartilagineux avec leurs cellules y incluses.
rilOLUliOAlOUS.
i»c Genre» — § issu osseux.
C'est un tissu formé d'une substance fondamentale, dure, finement granuleuse, parsemée de corpuscules caractéristiques, et parcourue par des canalicules. Quelle que soit la forme qu'affecte la matière osseuse ( substance spongieuse , compacte ou réticulaire ), quelque déliée que soit la parcelle qu'on étudie, on y trouve les trois éléments que je viens de nommer. Les canalicules, étroits, anastomosés entre eux, s'ouvrent à la surface de l'os , et sont entourés de couches concentriques de la substance fondamentale, emboîtées au nombre de quatre, au moins. Les corpuscules sont étendus perpendiculairement au grand axe des os, et donnent naissance à des lignes ou prolongements flexueux, déliés, ramifiés et s'anastomosant souvent avec de semblables lignes provenant d'un autre corpuscule. Vus par transparence, ils sont jaunâtres avec des bords foncés ; vus par réflexion, ils ont un éclat argentin et un aspect grenu qu'ils doivent à un sel calcaire soluble avec effervescence dans l'acide chlorydrique. Dans l'os réduit à sa trame organique par les acides, ils forment des taches plus claires, très -visibles (au microscope ). On ignore quelles relations peuvent avoir ces corps avec les cellules du cartilage qui a précédé l'os.
3e Classe. — Fibres primitives.
Nous reconnaîtrons quatre genres dans cette classe, savoir : la fibre cellulaire , la fibre dite de noyaux , la fibre élastique et la fibre musculaire; ces fibres ne diffèrent pas seulement par leur aspect, elles diffèrent encore par la manière dont elles se comportent avec l'acide acétique, qui offre un excellent moyen de les distinguer. Ajoutons que la première donne de la gélatine , la troisième de la chondrine, un peu différente de celle du cartilage, et la quatrième de la fibrine.
OHO .YMS VTIOIV DES AMMAIX.
i«r Genre. — Fibre cellulaire.
Cette fibre est cylindrique, très-déliée, flexible, transparente, de volume uniforme dans toute sa longueur, à bords lisses, nets, mais assez pâles. Les fibres de tissu cellulaire sont ordinairement réunies en faisceaux onduleux, ou décrivant des flexuosités régulières.
L'acide acétique ne les dissout pas , mais il les rend transparentes, gélatineuses , et fait disparaître dans les faisceaux toute trace de division longitudinale.
2° Genre. — Fibres de noyau.
Je me suis expliqué sur leur origine ( page 221 ), mais je conserve le nom, faute d'un autre. Ce sont des fibres plates, homogènes, à bords foncés et nets.
L'acide acétique est sans action sur elles ; ces fibres présentent trois variétés :
1° Mélangées aux fibres du tissu cellulaire, elles ne sont pas plus larges, en général, que ces dernières; elles y décrivent des flexuosités remarquables et très -rapprochées , ou bien elles s'enroulent en spirale autour des faisceaux de fibres du tissu cellulaire.
2° Dans la peau , les séreuses, les muqueuses, on voit de ces fibres deux fois plus larges que les précédentes, quelquefois striées ou marquées de granulations moléculaires, rarement bifurquées.
3° Réunies en faisceaux, au lieu d'être éparpillées comme les précédentes, on les voit dans des membranes élastiques ( les cordes vocales , le ligament suspenseur de la verge, l'aponévrose fascia lata, etc.). Henle range ces fibres parmi celles du tissu élastique , tout en convenant qu'elles ne diffèrent de celles du noyau que parce qu'elles sont réunies en faisceaux. Ce caractère ne me paraît pas suffisant pour les séparer de ce genre de fibres; nul doute , au reste, qu'elles ne soient très-élastiques.
PROEÉGOlftÈNES.
3e Genre. — Filtres élastiques.
Ce sont des fibres fortes, courbées en arcou en S, sedivisanten branches, lesquelles se subdivisent quelquefois , et dans d'autres cas s'anastomosent.
Ces fibres sont insolubles dans l'acide acétique.
Elles offrent deux variétés.
La première a pour type les fibres des ligaments jaunes des vertèbres. Tous les caractères du genre, moins les anastomoses, lui appartiennent. Les fibres de cette variété sont onduleuses ou frisées à leurs extrémités qui souvent sont coupées nettement ; elles sont souvent plus larges à une de leurs extrémités qu'à l'autre.
La seconde variété a pour type la plupart des fibres de la tunique élastique jaune des artères. Ici les branches de ces fibres s'anastomosent et forment un véritable réseau à mailles plus ou moins larges. On dirait des vaisseaux anastomosés.
Les micrographes regardent généralement la fibre élastique comme pleine ; M. Mandl prétend qu'elle est creuse, et il attribue à cette circonstance l'aspect sombre qu'elle présente vue au microscope (communication orale).
4e Genre. — Fibres musculaires.
Il y a deux espèces de fibres musculaires qui n'ont de commun que leur solubilité dans l' 'acide acétique; je les réunis pourtant parce qu'elles jouissent toutes deux, et que seules elles jouissent de l'irritabilité.
1° Fibres musculaires lisses. Ce sont des fibres plates, roides, pâles, transparentes, rangées parallèlement les unes à côté des autres, à bords nets. Sur le milieu de ces fibres, se voient tantôt une strie ou trait foncé longitudinal, tantôt des granulations moléculaires en série longitudinale , interrompue d'espace en espace, ou bien encore une tache grenue jaunâtre, allongée, que Ilenlc considère comme un rudiment de noyau.
OUGANISATION DES A XI MAUX. ZM»
2° Fibres musculaires striées. De l'aveu des plus habiles micrographes, la fibre que l'on décrit sous ce nom n'est pas la fibre primitive du muscle, mais un petit faisceau de fibres primitives contenues dans une gaîne amorphe ou un peu granuleuse , et marquée çà et là de quelques noyaux, gaîne nommée perimyshun. Des stries longitudinales de la fibre indiquent quelquefois celte juxtaposition de fibres primitives. D'autres stries sont transversales, et ce sont celles-ci qui ont fait donner à ces fibres le nom qu'elles portent. Les stries transversales sont parallèles, légèrement onduleuses et très- rapprochées. La cause de cet aspect strié est inconnue. Les fibres striées sont légèrement rosées; elles ne sont jamais aussi plates que les fibres musculaires lisses, et les plus petites sont cylindriques.
ie Classe. — Tubes primitifs des nerfs et corpuscules
nerveux.
L'élément essentiel de la substance nerveuse constitue tout à la fois ici la classe et le genre.
Le tissu nerveux a pour élément essentiel des tubes particuliers, que faute d'un grossissement suffisant on a longtemps dé crits comme des fibres. On peut dire encore que le mot fibre nerveuse est demeuré dans la science , malgré la rectification apportée à cette partie de l'anatomie.
Les tubes primitifs des nerfs sont cylindriques, s'ils n'ont éprouvé aucune altération; mais au contact de l'eau, ou sans cela même , quelque temps après la mort , ces tubes se resserrent par places , et poussent leur contenu dans des parties qu'ils dilatent. Le tube prend alors l'aspect variqueux. Cette disposition variqueuse n'est donc point un état normal comme ou l'avait cru, et ne peut faire le caractère d'un genre particulier de fibres nerveuses.
11 y a , comme on le voit, à signaler dans les tubes primitifs Ôés nerfs un contenant et un contenu. Le contenant est constitué par une membrane amorphe , transparente, homogène , flan, laquelle pouiManl Yaletitin décrit des fibres longitudinale^
236 L'ttOLÉGOJUÈNES.
visibles seulement à la lumière de la lampe. Le contenu est visqueux, assez dense, et pourtant mobile dans sa gaine, où il offre des gouttelettes, des stries, qui rappellent celles qui se forment lorsqu'on verse dans l'eau un sirop très-épais. // réfracte fortement la lumière. On peut donc distinguer sa limite externe d'avec la gaine qui le louche; et comme on peut, par cette même raison, distinguer la limite interne de la gaine de sa limite externe, la fibre nerveuse présente un double contour.
11 faut, au point de vue anatomique, et plus encore au point de vue physiologique, reconnaître deux espèces de tubes primitifs, ou fibres nerveuses : les unes, plus larges, blanches (fibres nerveuses de la vie animale) ; les autres, plus petites, grises, portant par places des noyaux ovales, allongés ( fibres de la vie organique). Entre ces deux espèces de tubes primitifs, M. Mandl a signalé cette différence importante, que les premiers, c'est-àdire ceux de la vie animale, présenteraient seuls le double contour. Il paraît cependant, d'après les recherches de MM. Kôllicker et Ch. Robin, que le double contour apparaît aussi dans les parties des fibres grises où le contenu a été refoulé après la mort. Le caractère indiqué par M. Mandl n'en conserve pas moins son utilité pratique pour la distinction des deux espèces de tubes primitifs des nerfs.
Et maintenant, Messieurs, je dois vous prémunir contre une erreur que cet exposé anatomique pourrait faire naître dans votre esprit. Ne croyez pas que les cordons nerveux soient composés exclusivement les uns de fibres blanches, les autres de fibres grises. Chaque cordon nerveux renferme, au contraire, des fibres des deux sortes; seulement, les fibres blanches , ou à double contour, sont relativement plus nombreuses dans les nerfs cérébro-spinaux, et les fibres grises dans les divisions du grand sympathique.
Un mot maintenant sur les corpuscules ou globules ganglionnaires. On donne ce nom a des renflements normaux situés sur quelques points du trajet des nerfs, renflements découverts et décrits comme tels par M. Robin en France et par Wagner à
l'étranger. Les parois du renflement se continuent avec les parois du tube nerveux, qui est rétréci au point de communication. Le contenu du renflement est granuleux, jaunâtre, plus dense et moins transparent que celui du tube, et dans ce contenu granuleux se trouve incluse une cellule ronde, claire, transparente, homogène ou finement granuleuse, et contenant un ou deux nucléoles. Chose remarquable signalée aussi par M. Robin, auquel on ne peut contester cette découverte : les globules ganglionnaires ne sont pas les mêmes pour les deux espèces de tubes nerveux , leur forme, leur volume, leur contenu, y compris même la cellule centrale, y offrent des différences. Les amas de corpuscules ganglionnaires consliluenl les ganglions. Avant les auteurs que je viens de citer, ces globules étaient considérés comme de petits centres nerveux répandus sur le trajet des nerfs et donnant naissance chacun à un tube.
Les centres nerveux ont, comme les nerfs, des tubes primitifs dont les parois, plus minces, deviennent plus facilement variqueuses , et des corpuscules nerveux semblables, d'après Valenlin, à ceux des ganglions, à cela près de leur extrême délicatesse. Les rapports de ces corpuscules avec les tubes primitifs n'ont encore pu être étudiés d'une manière satisfaisante dans les centres nerveux.
Ôe Classe. — Membrane propre des glandes.
Le tissu qui constitue la paroi du cul-de-sac par lequel se terminent ou commencent les divisions ultimes des conduits excréteurs ne peut se ranger dans aucune des classes précédentes ; c'est une membrane amorphe, homogène, souvent un peu granuleuse, mais sans aucune trace de fibres. Cette membrane propre est tapissée à sa face interne, c'est-à-dire celle qui regarde la cavité du tube excréteur, par un épithélium spécial pour chaque glande.
Ainsi, Messieurs, nous avons décrit cinq classes de tissus primitifs ou simples, et les subdivisions établies dans les classes nous ont fourni quatorze genres dont voici la récapitulation : l°épi-
(hélium, 2" tissu corné, 3° tissu des poils, 49 1 issu [AgmçpiMW, 6° tissu adipeux, 6° tissu cartilagineux, 7° tissu fibro-cartilagineux, 8° tissu osseux, 9° fibres cellulaires, 10" fibres de noyau, 11° fibres élastiques, 12" fibres musculaires, 13" tubes primitifs et corpuscules nerveux, 14° tissu propre des glandes.
Sans doute, il serait facile de montrer que cette classification n'est pas irréprochable; mais j'ai la conviction qu'elle vous sera utile et qu'elle vous introduit tout à la fois dans l'élude de la structure et des fonctions de l'homme.
La leçon prochaine aura pour objet la classification et la description analytique des parties que l'on a désignées sous le nom de systèmes et anatomie générale.
ORGANISATION DKS ANIMAUX.