‹ Cours de physiologieChapitre 22 sur 60 · DOUZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON

( Suite ).

Je terminerai dans cette leçon l'exposé des systèmes organiques des animaux.

14° Système tégumentaire.

Le système tégumentaire comprend l'enveloppe extérieure du corps et les membranes qui tapissent les cavités ouvertes directement ou médiatement à l'extérieur. On donne le nom de peau au tégument externe, et celui de membrane muqueuse au tégument interne.

Entre ces deux grands départements du système tégumentaire il y a la plus grande analogie. Et d'abord la peau se continue avec les muqueuses , au niveau des ouvertures naturelles. Tantôt la transition est insensible et graduelle comme à l'anus , au prépuce, à la vulve, aux narines; tantôt la transition est brusque comme aux paupières et aux lèvres. S'il arrive que deux points du tégument externe soient mis en contact permanent, la peau prend en ce lieu l'apparence d'une muqueuse et sécrète du mucus. On observe un phénomène inverse, lorsqu'une muqueuse est amenée au dehors et y séjourne : elle y prend les caractères de la peau et cesse de produire du mucus, ou plutôt ce qui était sécrétion muqueuse devient production épidermique. J'ai deux fois constaté celte transformation sur la muqueuse du vagin amenée au dehors par une chute complète de l'utérus. La texture offre un nouveau point de similitude entre les muqueuses et la peau. Quant à la possibilité de retourner comme un doigt de

-b2 PROLÉGOMÈNES

gant certains animaux qui digèrent alors avec la surface externe du corps devenue interne, elle ne peut point être alléguée à l'appui de la proposition que je développe ici, puisque les animaux sur lesquels on opère cette singulière inversion n'ont point de tégument bien distinct de la masse du corps.

Entre le système tégumentaire et le système séreux il n'y a qu'un seul point de continuité, et seulement chez le sexe féminin, à l'endroit où la trompe utérine s'ouvre dans le péritoine.

Les membranes muqueuses forment deux divisions qui ne communiquent point l'une avec l'autre. Bichat a donné à l'une d'elles le nom de gastro- pulmonaire, et à l'autre le nom de gén ito- u rinai i -e .

La muqueuse gastro- pulmonaire tapisse l'œil et la face interne des paupières, descend dans les fosses nasales parles voies lacrymales; elles couvre toutes les anfractuosités des fosses nasales, pénètre dans les sinus maxillaires, frontaux, sphénoïdaux et les cellules ethmoïdales ; elle envoie par les trompes d'Eùstache un prolongement dans la caisse du tympan et les cellules mastoïdiennes. Elle se déploie dans le pharynx et la bouche; et du pharynx elle descend, d'une part, dans le larynx et les voies pulmonaires, de l'autre, dans l'œsophage et le reste du tube digestif jusqu'à l'anus. Cette grande division des muqueuses envoie en outre des prolongements amincis dans les conduits excréteurs des glandes qui versent leurs liquides dans les cavités qu'elle tapisse, et notamment dans les conduits des glandes salivaires, dans les voies biliaires et pancréatiques.

La muqueuse gênito-urinaire, envisagée là où elle se continue avec la peau , offre une entrée ou une issue commune à l'appareil génital et à l'appareil urinaire; mais bientôt elle suit deux directions différentes : d'une part, elle pénètre dans la vessie, les uretères , le bassinet , les calices et les divisions plus ténues de l'appareil excréteur de l'urine; de l'autre, elle s'enfonce dans les voies génitales, le vagin, l'utérus et les trompes, pour la femme, les conduits éjaculateurs, les vésicules séminales, les conduits déférents, ceux des glandes de Cowper et de la prostate, chez l'homme,

En faisant abstraction de l'épiderme et des épithélium, des parties cornées, de la couche pigraentaire, des poils , des glandes sudoripares et sébacées qui appartiennent à des systèmes dont nous dirons bientôt quelques mots, le système tégumentaire est encore très-composé. Sa partie fondamentale, qu'on appelle chorion ou derme, est formée de tissu cellulaire condensé, c'est-àdire qu'on y trouve un mélange de fibres celluleuses et de fibres de noyau. Ces dernières y sont en grand nombre et appartiennent à la deuxième variété, décrite page 233. Ce chorion donne de la gélatine par la coction dans l'eau, et un composé imputrescible avec le tannin. Le derme, en certaines parties du tégument, se dispose en saillies qui, à la peau et à la langue, au gland, portent le nom de papilles, et celui de villosités dans l'intestin. Le corps papillaire est surtout en rapport avec la faculté de sentir; les villosités, dont la structure nous occupera ailleurs, sont plutôt destinées à favoriser l'accomplissement de certains phénomènes de la vie nutritive, et l'absorption en particulier. Des vaisseaux sanguins nombreux se ramifient dans le derme et pénètrent jusque dans les papilles. On démontre aussi des réseaux de lymphatiques clans les membranes tégumentaires. Enfin, elles reçoivent une notable quantité de nerfs qui sont riches en fibres à double contour pour la peau et l'entrée des muqueuses , et plus particulièrement composés de fibres grises pour les muqueuses intérieures. A la surface extérieure du derme on trouve une membrane amorphe, hyaline, que M. Mandl nomme tunique propre dermoïde , et qu'il ne. faut pas confondre avec le fameux corps muqueux ou réticulaire de Malpighi, objet de tant de discussions et qui n'est, comme nous le dirons tout à l'heure, qu'un épiclerme naissant.

A la peau, où il offre Une dureté et une épaisseur variables, mais toujours assez prononcées , le chorion est tout à la fois un organe de protection et de sensibilité ; c'est la barrière sensible posée entre l'animal et le monde extérieur. Dans les muqueuses, où il est plus mou , plus spongieux, plus mince, il remplit des usages variés.

l'Koi.i ::(,omi;\i;s.

16° Système épi dermique ou épitlièlial.

Ce système est beaucoup plus étendu, et sans doute aussi plus important qu'on ne le supposait lorsqu'on le bornait à la peau et à l'entrée des membranes muqueuses. Non-seulement il revêt toutes les muqueuses, et leurs prolongements dans les conduits excréteurs, mais il se rencontre partout où il y a des surfaces continues. Toutes les cavités sont donc revêtues d'épithélium.

A la peau et même à la langue où il est très-épais, surtout chez certains animaux, le tissu qui nous occupe retient le nom $ épiderme; partout ailleurs on le nomme épithélium. Les trois variétés d'épithélium décrites aux pages 227 et 228 offrent la répartition suivante.

L'épilhélium pavimenteux (auquel d'ailleurs il faut rapporter l'épidermc) tapisse la bouche, une partie du pharynx et l'œsophage, puis il s'arrête au cardia. Il revêt la vulve , le vagin , l'orifice de l'urèthre de la femme, et s'introduit dans le col de l'utérus au milieu duquel il s'arrête ; on le trouve sur la conjonctive oculaire, dans la caisse du tympan, et enfin dans les conduits excréteurs des glandes et follicules qui s'ouvrent sur la peau. Voilà pour les membranes tégumentaires; mais la face interne des membranes séreuses, la face interne des vaisseaux, celle du cœur, la face postérieure de la cornée, sont encore enduites d'épithélium pavimenteux. On soupçonne qu'il en existe dans les cavités labyrinthiques de l'oreille.

Vépithélium cylindrique commence dans le tube digestif, là où finit l'épithélium en pavé, c'est-à-dire au cardia, et il revêt à partir de ce point toute la muqueuse digestive jusqu'à l'anus ; il s'introduit dans les conduits excréteurs des glandes salivaires, du foie et du pancréas , et pénètre jusqu'à leurs extrémités les plus reculées, ainsi que dans les follicules simples de l'estomac et des intestins. Il tapisse chez l'homme l'urèthre et le canal déférent jusqu'aux filaments des testicules, les conduits des glandes de Cowper, de la prostate et les vésicules séminales. Enfin, les conduits excréteurs de la glande lacrymale sont revêtus de

celle variété d epithélium ; on voit qu'elle est bornée aux membranes tégumentaires.

Vépithélium vibratile, à une exception près, formée par la couche qui couvre les parois des ventricules du cerveau , occupe les membranes tégumentaires comme l'épithélium à cylindres. On le voit à la conjonctive palpébrale et sur les replis de cette membrane, qui passent des paupières à l'œil, dans les conduits lacrymaux , le sac lacrymal et le canal nasal , dans la presque totalité des fosses nasales et dans tous les sinus qui s'y ouvrent , dans la trompe d'Eustache, dans la partie supérieure du pharynx, dans les voies aériennes, depuis la base de l'épiglotte jusqu'aux vésicules bronchiques. Cet épithélhim occupe, en oulre, dans les organes génitaux de la femme, la moitié supérieure du col de l'utérus, la cavité utérine et celle des trompes jusqu'au pavillon.

Le système êpithélial est simple, c'est-à-dire qu'il est uniquement formé de l'élément anatomique décrit page 227. Il ne contient ni tissu cellulaire, ni vaisseaux, ni nerfs; il n'est cependant pas parfaitement homogène dans toute son épaisseur, surtout à 1 epiderme, dont la partie profonde, molle et formée de jeunes cellules à noyau plongées dans une matière amorphe, constitue ce qu'on a décrit comme une couche intermédiaire à l'épiderme et au derme, sous le nom de corps muqueux ou réseau de Malpighi.

Les jeunes cellules de l'épiderme, que M. Mandl nomme corpuscules secondaires et non cellules, parce qu'on n'est pas parvenu à y démontrer une cavité, s'aplatissent à mesure qu'elles sont soulevées par des cellules plus jeunes, et se convertissent en écailles épidermiqties.

L'épiderme et les épithéliums , malgré leur insensibilité ou plutôt à cause de leur insensibilité , remplissent des usages fort importants dans l'économie. Partout ils protègent la matière vivante. A la peau , ils modèrent les impressions provenant du contact des agents extérieurs, impressions qui, sur une peau privée d'épiderme , ne seraient que des douleurs au lieu de se convertir en sensations tactiles. La lenteur avec laquelle l'épiderme se laisse pénétrer par les liquides nous soustrait, jusqu'à un certain

2<ib PROLÉGOMÈNES.

point, à l'action des poisons non corrosifs mis en contact avec la peau. D'autres usages naissent là où l'épithéliura pavimenteux est remplacé par l'épilhélium à cylindres, et il est digne de remarque que celte transition s'opère dans le tube digestif, précisément au bas de l'œsophage, là où à un simple tuyau de conduite va succéder une cavité, siège d'une élaboration importante et d'une absorption très-active. Nul doute que la substitution de cellules allongées ou même de sortes d'entonnoirs, si nous en croyons les figures données par M. Gruby, ne soient plus favorables à l'absorption que des couches de cellules pavimenleuses stratifiées. Les cils vibratiles qui, chez certains animaux inférieurs, servent d'organes de locomotion, ou établissent chez d'autres des courants de liquides chargés d'air autour des organes respiratoires, ou contribuent à la rotation des jeunes embryons, n'ont pas chez les animaux supérieurs des usages aussi faciles à pénétrer; mais ce n'est pas ici le lieu d'entamer la discussion relative à ce point de physiologie.

16° Système pigmentai re.

Le système pigmentaire se trouve dans l'œil et les membranes tégumentaires; les cheveux contiennent les grains du pigment, mais non les cellules pigmenlaires. Ces grains se déposent aussi parfois dans les cellules du tissu cancéreux.

Dans l'œil, le système pigmentaire occupe la choroïde, l'iris et la face interne de la sclérotique; à la peau , il forme chez le nègre une couche située entre le corps muqueux, dépendance de l'épiderme, et la lame mince amorphe hyaline qui revêt immédiatement le derme, et que nous avons nommée , avec M. Mandl, tunique propre dermoïde.

L'entrée des muqueuses et surtout la bouche, chez plusieurs mammifères, sont colorées par le tissu pigmentaire. Lorsque, sur une peau qu'on a fait macérer, l'épiderme se sépare du derme, il emporte avec lui presque toutle tissu pigmentaire, et il n'en reste qu'une couche mince sur le derme.

Une question importante, au point de vue ethnologique, est

ORGANISATION DES ANIMAUX. 2li7

de savoir si le tissu pigmentaire appartient spécialement à la peau du nègre, et s'il est absent de la peau des autres races. Plusieurs auteurs, Gordon entre autres, ont vainement cherché la couche pigmeutaire chez le blanc. Plus récemment M. Flourens, après avoir décrit quatre couches entre le corps papillaire et l'épiderme du nègre, a avancé que deux de ces couches manquaient chez le blanc. Je ne puis, je l'avoue, me ranger à cette opinion, et voici mes raisons. 1° Les différences de teinie entre les races dites blanches et entre les individus d'une même race, d'une même localité, ne peuvent guère s'expliquer que par des différences dans la constitution du système pigmentaire; 2" les cellules pigmentaires ont été vues par le docteur Simon dans l'auréole brunie du sein des femmes en couches, dans les taches dites de rousseur, et dans les taches brimes ou noires de -naissance; 3° entre un albinos, dont la peau est entièrement blanche, les cheveux transparents et incolores, l'iris et la choroïde privés de matière noire; entre cet albinos, dis-je, et l'homme blanc non atteint d'albinisme, la différence ne peut tenir qu'à l'absence ou la présence du pigmentum. Je crois donc qu'il y a chez tous les hommes des cellules pigmentaires incolores, et que le nombre et la couleur des grains de pigment qu'elles renferment est la cause des différences de coloration dans les diverses races et dans les divers individus d'une même race. Je n'ai point tiré argument de la coloration que prennent chez l'Européen les parties exposées au soleil, parce que je ne suis pas convaincu qu'elle ail son siège dans les cellules pigmentaires.

Le système pigmentaire est aussi simple que le système épithélial. Bien qu'en général il y ait à son voisinage un assez grand développement de capillaires sanguins, il ne reçoit cependant ni vaisseaux, ni nerfs, et ne se compose que des cellules que vous connaissez, placées dans un tissu cellulaire amorphe.

J'exposerai en traitant de la vision les usages du pigment de l'œil. Des expériences, dont je vous entretiendrai ailleurs, ont prouvé que le soleil cause moins facilement la vésication de la peau , lorsqu'elle est protégée par une couche noire.

WIOLÉUOMÈNES.

17° Système corné.

Le système corné ne comprend chez l'homme que les ongles; chez les animaux, il fournit des becs, des griffes, des cornes, qu'il ne faut pas confondre avec le bois des cerfs.

C'est encore un système simple ; il ne reçoit ni vaisseaux ni nerfs.

Les ongles favorisent l'exercice du toucher en soutenant l'extrémité du doigt; ils protègent les doigts et les orteils. Le système corné fournit aux animaux des moyens de prendre et de diviser l'aliment, des moyens de défense et d'attaque , des armes propres à retenir et à déchirer la proie.

18° Système pileux.

Le systèmepileux est beaucoup moins développé chez l'homme que chez les quadrupèdes mammifères. La notion de sa distribution est si vulgaire, ainsi que la nomenclature qui s'y rapporte, que je ne m'arrêterai pas à les exposer. Je me bornerai à quelques remarques.

A la tête, il ya, indépendamment des cheveux et de la barbe, des poils affectés à trois des organes des sens : l'entrée des narines, celle du conduit auditif, sont garnies de poils; les sourcils et les cils appartiennent au sens de la vue.

Au tronc, l'homme est plus velu par devant qu'à la région du dos, tandis que les quadrupèdes ont leur toison plus fournie dans ce dernier sens.

Il y a des poils dans les deux sexes au pourtour des organes génitaux.

Aux membres, les poils sont plus nombreux en dehors qu'en dedans.

La tige du poil n'a ni vaisseaux ni nerfs; mais il importe de savoir que le follicule ou bulbe, producteur du poil, est trésvasculaire et reçoit des nerfs ; que le moindre ébranlement communiqué au poil se propage à la partie sensible sur laquelle il s'ira-

ORGANISATION iDES ANIMAI X. 2tiU

plante, et que ce petit appareil, parvenu à un développement en quelque sorte exagéré dans certaines parties des animaux, comme à la moustachedu chat, àcelles du phoque, à celles de l'écureuil américain, devient un organe de tact. Les poils sont peu conducteurs du calorique , et ils préservent du froid en même temps qu'ils protègent les régions du corps où ils abondent ; ceux des organes des sens ont aussi une action protectrice. Les poils plus rares répandus sur le corps de l'homme n'ont point d'usage appréciable, et ne sont qu'un rudiment indicateur d'un état organique plus développé dans d'autres espèces.

1 9° Système glandulaire.

Ce système comprend l'ensemble des parties connues sous le nom de glandes; mais de tout temps, il a régné une grande confusion ou une sorte d'incertitude touchant l'acception du mot glande. Chaussier, qui s'était efforcé d'introduire une rigueur salutaire dans le langage anatomique , avait réservé le nom de glandes à des organes qui séparent du sang certaines humeurs et le versent sur une membrane tégumentaireà l'aide d'un conduit excréteur. Ainsi , pour lui , l'idée de glande entraînait non-seulement la faculté de sécréter, mais encore un état anatomique particulier réalisé par la présence d'un conduit excréteur. Il bornait le nombre des glandes à sept, savoir, 1° les lacrymales, 2° les salivaires, 3° la mammaire, 4° le foie, 5° le pancréas, 6° les reins, 7° les testicules.

C'était restreindre beaucoup trop le système glandulaire. En effet, en prenant même, pour caractère de la glande, l'existence d'un conduit excréteur, on pouvait signaler cette condition anatomique dans plusieurs des organes sécréteurs que Chaussier nommait follicules : dans les glandes de Cowper, par exemple, dans la prostate, dans les glandes des lèvres, des bronches, dans les glandes sudoripares , où il est d'une longue dimension eu égard au volume de ces glandes; celles-ci, à la vérité, n'étaient pas connues du temps de Chaussier.

D'une au ire part . on est obligé d'avouer que depuis la glande

270 pnoi.i'cc.oMÎAF.s.

la plus composée jusqu'au simple follicule ou eul-de-sac qui s'ouvre directement sur la membrane tégumenlaire, on trouve tous les degrés intermédiaires. La dénomination de glande a donc pu s'étendre a toutes ces parties. On n'en est pas resté là. Les ovaires ont été considérés comme des glandes ayant pour conduits excréteurs les trompes. Puis, après avoir découvert dans l'épaisseur de plusieurs muqueuses de petits sacs complètement clos, on a pensé qu'ils pouvaient, comme les ovaires, s'ouvrir d'une manière intermittente et vider leur contenu sur la muqueuse , on en a donc fait aussi des glandes. Tel serait, par exemple, le cas des follicules de Peyer. On est allé plus loin encore. Après avoir signalé une analogie entre le mode de développement du poumon et celui des glandes, entre les divisions, les arborisations des bronches et celles des conduits excréteurs, entre le cul-de-sac des ramuscules bronchiques et celui des radicules glandulaires, quelques anatomistes ont fait figurer le poumon parmi les glandes. Bien plus, certains organes, comme le corps thyroïde, le thymus, les capsules surrénales , la rate, que leur forme, leur couleur, leur vascularité, avaient fait désigner par les anciens sous le nom de glandes, soit en raison de cette apparence extérieure, soit qu'en effet on y eût décrit des conduits excréteurs ( qui pourtant n'existent pas), ont été de nouveau replacés par les modernes dans la catégorie des glandes, parce que dans leur épaisseur se remarquent de petites cellules renfermant une humeur, séparée du sang par Faction de ces organes ; ce seraient des glandes sans conduits excréteurs. On a encore regardé les ganglions lymphatiques comme des glandes, qui , dans cette hypothèse, auraient pour conduits excréteurs les vaisseaux lymphatiques. On a enfin décrit sous le nom de glandes synoviales (et Cuvier lui-même a commis cette erreur) les pelotons graisseux qui avoisinent les articulations.

Je ne pense pas qu'il y ait le moindre avantage pour la physiologie à étendre ainsi la compréhension du mot glande; je réserverai donc ce nom aux parties qui séparent du sang une humeur qu'elles versent sur une membrane tégumenlaire par un orifice appréciable. J'élimine ainsi les parties qui ne

font que perspirer, puisqu'on ne voit point ' d'orifices pour la perspiration; j'élimine aussi les ganglions vasculaires (corps thyroïde, capsules surrénales, thymus et rate!); j'élimine enfin les ganglions lymphatiques, les prétendues glandes synoviales et les poumons. Je ne vois pas d'inconvénients à y laisser les follicules clos dont j'ai parlé et les ovaires, s'il est vrai que des ouvertures s'y établissent de temps à autre (pour les ovaires, au moins, la chose est certaine). Il y a, d'ailleurs, des espèces animales où on n'observe pas de discontinuité entre la partie qui sécrète les ovules et celle qui les porte au dehors.

J'indiquerai, en faisant l'histoire des sécrétions, les variétés anatomiques sur lesquelles on a fondé la classification des glandes. Voici les traits communs de leur organisation. Les conduits par lesquels elles s'ouvrent sur les surfaces tégumentaires commencent dans l'épaisseur des glandes , quelquefois par un réseau ou des anses, plus généralement par des culs-de-sac. L'ouvrage dans lequel Muller a démontré la généralité de cette dernière disposition eût suffi pour fonder sa réputation si tant d'autres titres ne l'eussent établie. Les parois des culs-de-sac des glandes sont formées par la membrane simple fondamentale décrite page 237, tapissée en dedans par un épithélium. Un amas de cellules endogènes à divers degrés de développement, que la sécrétion sépare incessamment, remplit les terminaisons en culde-sac de certaines glandes, et les variétés de ce contenu endogène déterminent, suivant M. Mandl, les différences qu'on observe dans ce qu'on appelle le parenchyme glandulaire.

A mesure qu'on s'éloigne de cette partie initiale, on voit le conduit se recouvrir de fibres de tissu cellulaire, de fibres de noyau et même cle fibres musculaires lisses. A l'extérieur de cet appareil et dans un tissu cellulaire plus ou moins abondant , se ramifient des vaisseaux sanguins dont les dernières ramifications offrent, dans plusieurs glandes, des dispositions que je devrai signaler plus tard ; des nerfs, des vaisseaux lymphatiques, et une membrane d'enveloppe, complètent l'organisation du système.

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20" Système nerveux.

Le système nerveux des animaux supérieurs comprend : 1° une masse centrale contenue dans le crâne et le canal ràchidien; 2° des cordons qui s'étendent de cette masse centrale à diverses parties du corps; 3° des renflements placés sur le trajet de quelques-uns de ces cordons.-

La masse centrale porte le nom de moelle épinièreou raciddienne, dans le canal vertébral, et d'encéphale dans la cavité du crâne. Cette dernière partie se subdivise en plusieurs portions, dont nous exposerons ailleurs la signification et les fonctions. Les cordons portent le nom de nerfs, et les renflements placés sur quelques-uns de ces cordons celui de ganglions.

Le centre nerveux est le siège des opérations de l'entendement, des facultés affectives, des instincts, et il exerce , en outre, des influences de plusieurs sortes sur les diverses parties du corps.

Les impressions produites par les agents extérieurs sur les organes ou nées spontanément dans ces organes sont propagées par les nerfs jusqu'aux centres nerveux; tantôt il y a conscience de cette propagation , et en cela consiste la sensation; tantôt ces impressions ne sont pas perçues, et c'est seulement par la réaction qui les suit qu'on acquiert la certitude qu'elles ont existé.

Pour aller de la périphérie vers le centre, l'action nerveuse ne suit pas les mêmes filaments que pour aller du centre à la circonférence. Les nerfs qui portent les impressions aux centres sont des nerfs de sentiment; les autres sont des nerfs de mouvement, et se ramifient dans les parties contractiles.

Les uns et les autres sont composés des tubes primitifs décrits page 235, et le microscope ne fait apercevoir aucune différence appréciable entre les tubes destinés au mouvement et ceux qui sont affectés au transport des impressions. Ceux-ci ont pour la plupart des ganglions sur leurs racines.

Distincts à leur origine , les nerfs de mouvement et ceux de sentiment se mêlent, s'entrelacent bientôt dans leur trajet, de sorte qu'on ne peut rencontrer aucun cordon de mouvement

qui ne renferme des filaments destinés à la sensibilité. Malgré ce mélange, les tubes primitifs restent isolés, et marchent sans anastomose aucune du centre vers la périphérie, où ils paraissent se terminer par des anses.

Sur les deux côtés de l'axe osseux du corps, de la tète au bas du sacrum , on voit une série de ganglions qui reçoivent des nerfs du centre nerveux, s'en envoient les uns aux autres, et fournissent des ramifications nombreuses qui se jettent en général sur les artères voisines, pénètrent avec elles dans les viscères, et ont sur les mouvements involontaires et les actes de la vie nutritive une influence que nous examinerons dans un autre temps. Cela constitue le système ganglionnaire ou du grand sympathique, dans lequel prédominent les fibres grises ou à simple contour.

Qu'on l'envisage dans les nerfs ou les centres, le système nerveux a pour partie fondamentale les tubes primitifs et les corpuscules dont vous connaissez déjà les caractères. Dans les nerfs où ils auraient été exposés à des violences auxquelles ils n'auraient pu résister, ces tubes primitifs sont protégés par un tissu cellulaire dense et des gaines fibreuses qui constituent la tunique adventice et le névrilème; des vaisseaux sanguins se ramifient dans ces tuniques. Dans les centres nerveux où le tissu cellulaire peut à peine être démontré, les tubes accolés et presque confondus les uns avec les autres donnent naissance à une matière de couleur blanchâtre, molle, d'apparence homogène, bien qu'elle soit fibreuse ou tubuleuse : c'est la substance médullaire, à laquelle s'associe, tantôt en dehors , tantôt en dedans de la masse centrale, et quelquefois par couches qui alternent avec les siennes, une substance très-vasculaire d'un gris rosé: c'est la substance grise ou corticale, où se trouvent, avec les corpuscules ganglionnaires déjà décrits et force fibres grises , deux matières amorphes, l'une grise et l'autre blanche, signalées par M. Mandl. Quelques points de la substance nerveuse centrale sont jaunes, d'autres sont presque noirs. Des vaisseaux nombreux pénètrent la substance cérébrale, après s'être préalablement ramifiés dans une des membranes qui l'enveloppent.

2?î l'IlOj.KCOMKXKS.

L'examen clcs fonctions des centres nerveux entraincra la discussion de plusieurs points analomiques que ce n'est pas le lieu d'exposer ici.

21° Système musculaire.

Le système musculaire de l'homme est formé de fibres qui jouissent de la propriété de se raccourcir sous l'influence de stimulus venant du dedans ou du dehors. Réunies en faisceaux, ces fibres portent le nom de muscle, d'un mot grec qui signifie serrer. Les muscles sont les agents de presque tous les mouvements du corps. Les uns sont pleins et préposés aux mouvements volontaires; les autres sont creux ou du moins placés dans les parois d'organes creux, et parmi ces derniers, les uns obéissent encore à la volonté; les autres, situés plus loin des ouvertures extérieures, sont soustraits à son action.

Les muscles de la vie animale sont rouges et constituent ce qu'on nomme vulgairement la chair des animaux; ils président aux mouvements des membres et du tronc , à l'entrée de l'air dans les poumons et à sa sortie , à la production de la voix , aux mouvements des organes des sens, à l'introduction de la matière alimentaire et à diverses excrétions, à l'expression de la physionomie et à l'articulation des sons , etc.; ils sont attachés directement ou médiatement aux diverses pièces du squelette; quelques-uns se portent des os à la peau, d'autres des os à certains organes des sens , etc.

Les muscles sur lesquels la volonté n'a pas de prise sont tous creux et font circuler des liquides : tel est le cœur, dont les contractions poussent le sang dans toutes les parties du corps; telles sont les fibres pales, qui font circuler les matières alimentaires dans le tube digestif, et celles que le microscope démontre dans les conduits excréteurs et certains réservoirs, etc.

Tous les muscles qui obéissent à la volonté sont formés de fibres striées (voir page 235) ; mais le cœur, qui n'y obéit pas, est cependant composé de ces mêmes fibres, de sorte qu'on ne peut prendre cette disposition anatomique comme un caractère dis-

ORGANISATION DBS AttTAtAUX. 275

finctif entre les deux ordres de muscles. Le tube digestif, les conduits excréteurs, etc., ont des fibres plates. A cet élément fondamental, se joignent: 1° un tissu cellulaire à peu près amorphe entre les petits faisceaux musculaires, et composé de fibres cellulaires et de fibres à noyau dans les couches les plus extérieures; 2" des vaisseaux artériels et veineux, qui cependant ne sont pas la cause de la couleur du muscle, car celle-ci persiste après une hémorrhagie foudroyante; 3° des nerfs dans lesquels s'associent constamment à des fibres de mouvement des fibres de sentiment. Pour les muscles soumis à la volonté, ces nerfs proviennent presque exclusivement de l'axe cérébro-spinal. Les muscles creux ont principalement des fibres grises du grand sympathique.

Tels sont, Messieurs, les systèmes dont l'étude fait l'objet de l'analomie générale. Le jour où on conçut l'idée de rapprocher, d'après leurs affinités, les parties d'un même système disséminées clans l'organisme; le jour où on signala les propriétés caractéristiques de chaque système; ce jour-là, la médecine, envisagée comme science et comme art, fit un progrès immense. C'est à Bichat qu'en appartient la gloire. Que nous importe qu'il ait méconnu la structure intime des tissus; que nous importe encore l'imperfection que nous avons reconnue dans sa doctrine des propriétés vitales? Cela peut-il diminuer en rien le mérite d'avoir montré combien les phénomènes de la vie sont différents dans une muqueuse et dans une séreuse, tant à l'état normal qu'à l'état pathologique, et combien d'analogies rapprochent, sous ce double point de vue, le péritoine , les plèvres, le péricarde , la tunique vaginale, et d'avoir enfin étendu ce genre de

recherches aux vingt et un systèmes dont il a présenté la description?

Déjà, il faut le reconnaître, la médecine avait pris ici une sorte d'initiative. La Nosographie philosophique contenait une de ces idées mères dont la fécondité est inépuisable, lorsqu'elle

lï(t ÇHOLÉGOMÈNIÎS.

est exploitée par un homme de génie. Pinel avait fait un ordre des inflammations des membranes muqueuses, et saisi les traits qui les distinguent des phlegmasies des membranes séreuses, qu'il appelait alors diaphanes. Cette heureuse idée avait illuminé Bichat , et bientôt le Traité des membranes et X Analomie générale avaient montré à tous les yeux, et à Pinel lui-même, la portée immense de la distinction qu'il avait établie. L'intérêt de la vérité m'oblige à rapporter ici une phrase qu'un des hommes les plus éminents dont l'Angleterre s'honore, J. Hunter, écrivait en 1795, époque où. à la vérité, il y avait peu de communications entre la Grande-Bretagne et la France : «Le péritoine, dit-il, pourra être universellement enflammé, et cependant les parois de l'abdomen et les tuniques des intestins ne seront aucunement affectées. Le même principe mène \\ distinguer les inflammations du poumon de celle de la plèvre.» On pourrait dire, enfin, que les Elemenla physiologiœ contiennent une sorte de traité d'anatomie générale , puisque Haller y décrit, et avec beaucoup de soin, le tissu cellulaire, le tissu adipeux, les artères en général , les veines , les lymphatiques, les muscles dans lesquels il signale Virritabilité comme propriété caractéristique. Bien plus, il rapproche le liquide du péritoine de celui du cœur et de celui de la plèvre , et montre une analogie entre les adhérences du cœur au péricarde et celles du poumon avec la plèvre costale. Je vous prie de ne tirer de ces citations aucune autre conclusion , sinon que rarement une découverte prend rang dans la science sans avoir été préparée par quelques travaux antérieurs qui en contiennent les germes. Voici un fait qui démontre que toutes ces idées avaient peu fructifié à l'époque où fut composé le Traité des membranes. Bichat ayant démontré, devant un assez grand nombre de témoins, que dans un cas d'empyème, le poumon n'était que comprimé parle pus , au lieu iïétre fondu par la suppuration, comme on le croyait généralement , cela avait causé la plus vive sensation sur les spectateurs, au nombre desquels était Broussais , qui , à partir de ce jour, se promit d'étudier l'irritation dans chacun des tissus qui composent le corps de l'homme.

oui; \.\is.vnoi\ des amual.v. la Après avoir fait cette part à l'éloge , il me sera permis de montrer quelques défauts d'exécution dans l'œuvre de Bichat. Ce ne sera l'objet que de quelques lignes. Bichat a reconnu vingt cl un systèmes, savoir : les systèmes exhalant, absorbant, cellulaire, artériel, veineux, nerveux animal, nerveux organique , osseux , médullaire , cartilagineux , fibro-cartilagineux, fibreux, musculaire animal, musculaire organique, muqueux, séreux, synovial , glanduleux, dermoïde, épidermoïde et pileux. Ces vingt et un systèmes ne sont pas précisément ceux dont je vous ai donné la description succincte. Le système exhalant, en tant qu'il serait composé d'un ordre de vaisseaux particuliers s ouvrant par dès orifices , là où se font les exhalations , n'a jamais existé que dans l'imagination de Bichat. Cet auteur a dédoublé le système nerveux et le système musculaire ; mais il n'y a pas lieu ici à un reproche grave. Sous le nom de système fibreux , il a compris le système fibreux ordinaire et le tissu élastique , qui en diffère sensiblement. Le tissu adipeux ne figure pas dans sa classification , parce qu'il croyait à tort que la graisse se déposait dans les cellules mêmes du tissu cellulaire, et d'une autre part , il a décrit un système médullaire, lequel n'est, dans notre classification, qu'une forme clu tissu adipeux; il n'a reconnu non plus ni le système pigmentai re ni le tissu ërectile.

Parmi les vingt et un systèmes décrits par Bichat, les uns, plus généralement répandus que tous les autres , étaient considérés par lui comme des systèmes générateurs , parce qu'ils donnent naissance aux autres par leur combinaison. Ces systèmes générateurs étaient au nombre de sept, à savoir : les systèmes exhalant, absorbant, cellulaire, artériel, veineux, nerveux organique et nerveux animal; et parmi ces sept systèmes, quelques-uns, comme l'exhalant, l'absorbant, le cellulaire , sont encore plus généralement répandus que les quatre autres. Les sept systèmes générateurs se forment d'abord les uns des autres, puis ils engendrent tous les autres. L'idée même de ces tissus générateurs est certainement ingénieuse , et il est vrai que le tissu cellulaire , les vaisseaux et les nerfs, enlrcnt dans la

l'UOI.KtiOMKXI-S.

composition du .plus grand nombre des systèmes. Mais n'oublions pas qu'aucun de ces tissus n'est simple, que les exhalants n' existent pas, que les absorbants ne sont pas partout, comme le croyait Biehal , et que la matière vivante absorbe sans le secours de vaisseaux; que certains systèmes, comme le cartilagineux, existent s;ms le concours d'aucuns des tissus générateurs de Bichat. et qu'on voit enfin d'autres systèmes que le cellulaire, le vasculaire et le nerveux, se comporter a la manière des systèmes générateurs, puisque le système élastique fait partie constituante du système artériel.

Je suis bien avancé maintenant dans la tâche que je m'étais donnée de vous présenter un tableau de l'organisation. Vous connaissez les tissus simples, vous connaissez les systèmes ou tissus plus ou moins généralement répandus dans l'économie; il faut que je dise quelques mots sur les organes, les viscères et les appareils.

Je suppose que devant un élève qui n'aurait d'autres notions que celles que je vous ai présentées jusqu'ici , on fasse l'ouverture d'un cadavre : il voudra connaître les noms des parties qui s'offriront à sa vue; on lui nommera I1 estomac ,Y-in/estin , etc. Or, comme il n'aura pas entendu parler de tissu stomacal ou intestinal, il pourra demander si on n'a pas fait quelque omission, en faisant devant lui le dénombrement des tissus ou systèmes ducorps. Pour toute réponse, examinons l'estomac. Nous voyons à 1' 'extérieur une membrane lisse qui favorise son glissement sur les parties voisines, et nous reconnaissons là une production de notre système séreux, que recouvre un épithélium pavimenteux. A la face interne de l'estomac, nous trouvons une membrane muqueuse ou légiimentaire intérieure, couverte d'un épithélium à cylindreset doublée d'un tissu cellulaire condensé qui passe à l'état de système fibreux; dans l'épaisseur de cet estomac, sont des glandes, dès fibres appartenant au système musculaire; de plus , des vaisseaux artériels et veineux, des lymphatiques et des nerfs. Cet examen nous apprend donc que l'estomac ne renferme pas d'autres tissus ou systèmes que ceux que nous connaissons déjà. Cet estomac est un organe., c'est à-

dire un instrument. Tous les autres organes ou instruments de l'économie seront de même formés par quelques-uns des tissus ou systèmes précédemment énumérés.

Le mot viscère, viscus, dérive du verbe vescor, qui signifie je me nourris; aussi l'a-t-on appliqué plus particulièrement aux parties du corps qui reçoivent les aliments et concourent à leur élaboration : tels sont les viscères digestifs. Et comme les poumons, les reins, etc., prennent part aussi aux fonctions nutritives, on les a de même classés parmi les viscères. On peut indifféremment appeler l'estomac, lefoie ou les poumons, organe ou viscère ; mais jamais le mot viscère ne pourra s'appliquer à l'œil, au cerveau, à l'oreille, etc. Enfin, on donne le nom d'appareil à un ensemble d'organes ou de parties qui concourent à l'accomplissement d'une fonction. Ainsi, la préparation du suc réparateur, chez l'homme , exige que les mâchoires années de dents broyent l'aliment , que la salive le pénètre, que le suc versé par l'estomac , par le foie, le poumon et les glandes intestinales , le modifient encore , etc.; toutes ces parties constituent X appareil digestif, et ainsi des autres.

En réfléchissant à la nécessité d'un si grand nombre d'organes pour l'accomplissement d'un seul phénomène , gardez-vous de supposer que la nature ait été peu prévoyante ou peu habile. Si nous voyons le concours de plusieurs organes nécessaire à une seule fonction , plus fréquemment encore nous aurons l'occasion d'admirer à combien d'actions différentes une seule partie peut prêter son secours. La langue apprécie la saveur des corps , aide la mastication en plaçant les aliments sous les arcades dentaires ou les pressant contre la voûte palatine; elle les précipile clans le gosier, remplissant presque à elle seule le premier temps de la digestion; elle favorise la succion, et modifiant enfin chez l'homme le son produit dans le larynx, elle devient le merveilleux instrument à l'aide duquel il communique sa pensée. L'étude approfondie des actes de la vie vous convaincra de plus en plus que , dans ce qu'on a , à si juste titre, appelé X économie animale, la nature a résolu ce problème important d'obtenir de grands effets avec de petits moyens.

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