‹ Cours de physiologieChapitre 23 sur 60 · TREIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TREIZIÈME LEÇON

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Messieurs,

J'ai terminé dans la leçon précédente les généralités sur les solides du corps des animaux supérieurs; nous allons nous occuper aujourd'hui des humeurs.

Dans un agrégat doué de la vie, où tout se renouvelle incessamment , où rien ne pénètre qu'à l'état de dissolution et par les porosités invisibles de la matière organique, où tout s'échappe par de semblables voies, il fallait le concours d'humeurs et de solides.

Il fallait des humeurs pour porter partout les matériaux de la réparation, et pour recueillir partout ceux de la décomposition.

Si les humeurs passent ainsi à l'état solide, si les solides se résolvent en humeurs, il doit exister un certain rapport, une certaine analogie entre les unes et les autres. Ce rapport, cette analogie , peuvent s'entendre de la densité , de la cohésion des parties, et aussi de leur composition chimique.

Quaut à la densité, la cohésion, comparées à celles des solides, sans doute on trouvera une différence saillante entre l'humeur aqueuse, les larmes, et le cartilage ou l'os; mais toutes les humeurs ne sont pas aussi ténues que l'humeur aqueuse , tous les solides ne sont pas aussi cohérents que l'os.

Examinez l'embryon qui vient d'apparaître. La mollesse y est si grande, tout y est si pénétré de liquides, que les rudiments d'organes y ressemblent plutôt à des parties épaissies de l'humeur de l'œuf qu'à des solides organiques ; on dirait des formes dans un liquide.

Dans une glande qui se développe, on voit les radiations du

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futur conduit excréteur se prolonger dans une masse que l'on nomme blastème , et dont on ne pourrait dire si elle appartient aux solides ou aux liquides.

Dans l'animal adulte, certains solides sont si mous, si pénétrés de liquides, qu'on les a rangés parmi les humeurs. C'est ce qui est arrivé pour le cristallin, par exemple, quoiqu'il ait des détails de structure assez compliques. La substance cérébrale et celle de la moelle ne sont guère plus consistâmes que le cristallin, et il serait peut-être permis de ranger parmi les liquides le contenu des tubes primitifs des nerfs.

Ce n'est pas tout : une foule d'humeurs des animaux renferment des particules solides qui peuvent être considérées comme un premier degré d'organisation. L'état le plus simple, le plus rudimentaire, est celui de granules, et ceux-ci, dans beaucoup de circonstances, sont animés de mouvements assez vifs qui doivent être assimilés sans doute au mouvement moléculaire de Brown. J'ai signalé depuis longtemps ce mouvement dans les granules renfermés dans les globules du pus, d'après les observations dont M. Bourguignon m'avait rendu témoin. M. Pouchet l'a vu dans les granules des vésicules du jaune et prétend qu'il n'y a pas d'exception à cet égard ; M. Lebertl'a observé dans le contenu des globules qu'il décrit sous le nom de globules organe-plastiques.

Quelquefois ces granules agglomérés forment des noyaux de cellules; on trouve encore des globules, des cellules dans diverses humeurs. I.esang,àlui seul, renferme des globules rouges, des globules blanchâtres très-analogues à ceux du pus, et des globulins décrits par M. Donné. Le sperme a ses animalcules spermatiques et des globules, la lymphe a des globules; il en est de même du chyle. L'humeur renfermée dans les vésicules closes du corps thyroïde, du thymus, des capsules surrénales, contientdes corpuscules ou'granulations ; celles-ci ressemblent à celles que l'on trouve à l'état solide dans le parenchyme de ces organes , et ce qui complète l'analogie, c'est que les corpuscules du tissu mêmedes glandes surrénales ont le mouvement moléculaire. Le liquide des vésicules de la rate (je parle de ses vésicules closes, et non des cel-

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Iules qui sont en communication avec les veines) lient aussi en suspeusiou des corpuscules qui onl quelque analogie avec ceux du sang' , à cela près qu'ils sont moins réguliers et moins aplatis. Le lait a ses globules caractéristiques ; le colostrura, ses corpuscules ou corps granuleux. 11 y a des parties en suspension dans le liquide des vésicules de de Graaf , et ce sont eux qui forment ensuite ce qu'on a si improprement nommé disque prolifère daus l'œuf des mammifères. Des vésicules adipeuses entrent dans la composition de l'humeur sécrétoire Dominée cérumen.

Enfin, les humeurs qu'on appelle muqueuses charrient des corpuscules muqueux et souvent des cellules épithéliales, nouveau trait d'analogie entre les humeurs et les solides. On sait que plusieurs micrographes regardent l'humeur sécrétée comme n'étant en grande partie que la glande elle-même ou au moins les cellules endogènes liquéfiées. 11 y a aussi des globules de mucus dans la salive et les larmes.

11 est à remarquer que la bile à l'état normal et surtout l'urine ne charrient pas de corpuscules organiques : ce serait une cause d'épuisement pour l'économie si l'urine en entraînait régulièrement avec elle. Tiedemann, qui n'a pas donné les considérations que je viens de présenter, dit d'uue manière générale que les globules ne se montrent pas dans les liquides excrémentitiels.

Voici un nouveau sujet de rapprochement entre les humeurs et les solides du corps. La matière organique, dans l'état le plus simple où elle puisse se présenter, est en dissolution : tel est l'état de l'albumine et même de la fibrine dans la lymphe et le sang. Or,si vous voulez bien vous représenter, Messieurs, que la fibrine n'a point de dissolvant connu dans le sang, et qu'elle s'en sépare en se solifiant dès que ce liquide a perdu son mouvement ou a été extrait du corps vivant, vous aurez un exemple de plus, et des plus frappants, de TaDalogie qu'ont entre elles les parties solides et les humeurs du corps, et de la facilité avec laquelle peut s'opérer le passage d'un état à l'autre. Celle considération, à laquelle il faut ajouter celle empruntée à l'analogie de composition chimique , nous autorisera donc à dire , cl avec

dus m MEUB.®< 283 plus de connaissance de cause qu'au temps de Bordeu , que le sang est de la chair coulante.

De la classification des humeurs.

Il n'est pas aisé d'établir une classification satisfaisante des humeurs du corps humain.

Les grandes divisions sont faciles: il y a trois classes bien naturelles; mais les divisions et subdivisions sont tout à fait artificielles, et si l'on peut obtenir un système qui les dislribue dans ses divisions secondaires, on ne peut aspirer encore à une méthode qui les rapproche d'après leurs rapports naturels. Du reste, ces difficultés sont inhérentes au sujet lui-même, et dérivent de la variété extrême que présentent les humeurs.

Je dis que les grandes divisions sont faciles; voici celles que je propose.

A. Je reconnais, en premier lieu, une humeur que j'appelle centrait', se mouvant circulairement dans les voies vasculaires. Cette humeur centrale, c'est lesai/g , humeur où tout aboutit et d'où sortent toutes les autres humeurs. Imaginez un grand fleuve qui , en s'éloignaut de sa source, laisserait échapper une foule de petits courants qui diminueraient sa masse, et qui, retournant ensuite vers son point de départ , recueillerait de toutes parts des matériaux de sa recomposition On peut faire deux genres de celte humeur : le saug artériel et le sang veineux; mais comme ils se changent incessamment et avec une. rapidité extrême l'un dans l'autre , il n'y a pas lieu d'insister ici sur cette division.

Les autres humeurs se divisent très-naturellement en celles qui vont au sang et qui le forment, et en humeurs qui en sortent.

B. Les humeurs qui vont au sang et qui le forment sont au nombre de trois : le chyle, la lymphe, et le produit de la digestion, dont les veines se chargent directement.

1° Le chyle, humeur plus ou moins blanche ou laiteuse , sorte demulsion provenant de l'action de certaines humeurs de l'animal sur la matière alimentaire, est contenu et circule dans un

IMIOLICUOMÙXKS.

ordre de vaisseaux, les chylifères, qui naissent du tube digestif et aboutissent à un conduit qui verse son contenu dans le système veineux. Le chyle contribue donc à la formation du sang.

2° La lymphe est , comme le chyle , transportée dans le sang veineux. C'est un liquide transparent, quelquefois un peu rosé, que les vaisseaux lymphatiques rapportent de presque toutes les parties du corps.

3° A ces deux genres d'humeurs qui forment le sang, il faut joindre l'humeur autre que le chyle , laquelle résulte de la transformation que l'aliment a subie; humeur très-riche en matières organiques, qui pénètre, comme nous le verrons, dans les veines du tube digestif.

Mon collègue M. Adelon a mis le sang veineux au nombre des humeurs qui forment le sang; mais la masse du sang passant, peut-être plus de quarante fois clans une minute , de l'état artériel à l'état veineux, j'ai pensé qu'il n'y avait pas lieu de séparer le sang artériel du sang veineux.

C Les humeurs qui sortent du sang sont extrêmement nombreuses et variées ; c'est de là que sont venues les difficultés pour leur classement. Comme il importe cependant d'en présenter le dénombrement , j'adopterai en premier lieu une classificat ion artificielle, sans égard pour leur nature diverse; nous verrons ensuite s'il n'y a pas moyen d'opérer entre elles quelques rapprochements. Ces humeurs comprennent tous les produits de sécrétion , moins les gaz, dont nous nous sommes déjà occupé.

Je les divise en deux grandes classes : 1° celles qui sont versées sur les membranes tégumentaires, 2° celles qui sont déposées dans des cavités closes de toutes parts.

Humeurs versées sur les membranes tégumentaires.

Les humeurs versées sur les membranes tégumentaires peuvent être réparties en deux groupes, suivant qu'elles sont déposées sur le tégument externe ou sur les muqueuses. Peut-être y aurait-il lieu de faire un troisième groupe des humeurs qui sont excrétées sur le bord des ouvertures par lesquelles la peau se

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