DIX-HUITIÈME LEÇON
( Suite. )
Messieurs ,
J'ai examiné dans la séance dernière la valeur des caractères anthropologiques tirés de l'examen de la tête osseuse. Jetons un coup d'œil sur les autres parties du squelette et sur les différences provenant de la stature.
Caractères tirés des autres parties du système osseux et de
la stature.
Je réunis ici ces deux chefs, parce que la stature est représentée par les dimensions du squelette.
La forme du bassin, les rapports proportionnels des membres avec le tronc , ou des diverses sections des membres les unes avec les autres, ont particulièrement attiré l'attention des anatomistes et des ethnologistes. Les résultats de leurs observations seront exposés un peu plus loin , à propos du type éthiopien.
Relativement aux différences tirées de la stature, il convient de faire observer que l'élévation de la taille ou sa réduction ne pourraient être considérées comme caractères de races qu'autant qu'elles existeraient chez le plus grand nombre des habitants d'une même région du globe, car on observe partout des différences individuelles assez notables.
On s'est occupé de déterminer la taille moyenne de l'homme en France. D'après un tableau que M. Hargenvilliers a dressé , la moyenne, sur 100.000 conscrits, serait de 1 mètre 615 millimètres (4 pieds 11 pouces 8 lignes). Il y a dans cette évaluation deux causes d'erreur qui à la Yérité se compensent : la première,
c'est qu'à l'âge de la conscription le corps n'a pas pris tout son accroissement, puisque la taille grandit jusqu'à trente ans; la seconde, c'est qu'il n'a pas été tenu compte des hommes trop petits pour être admis dans les cadres de l'armée. Suivant M. Villerraé, la moyenne pour les départements où les hommes sont le plus grands est de 1 mètre 677 millimètres, tandis qu'elle ne s'élève qu'à 1 mètre 560 millimètres dans les départements qui fournissent les hommes les plus petits. Pour la Belgique, M. Quételet a trouvé, tout compensé, 1 mètre 684 millimètres (Ô pieds 2 pouces 3 lignes). Enfin, M. Lelut a obtenu pour les Français âgés de trente ans 1 mètre 657 millimètres (5 pieds 1 pouce 3 lignes).
Les hommes dont la taille dépasse de quelques pieds cette moyenne portent le nom de géants; on appelle nains ceux qyi restent de quelques pieds au-dessous,
Certains documents relatifs aux géants doivent être absolument rejetés; d'autres ne doivent être accueillis qu'avec une certaine réserye. Que dire du squelette d'Orion, qui avait quarante-six coudées ! et de celui d'Antée , trouvé par Sertorjus , qui n'en avait pas moins de soixante , au rapport de Plutarque! Le débat relatif au célèbre roi des Teutons, vaincu par Marius, paraît avoir reçu de nos jours une solution définitive. On rapporte que, en 1613, un gentilhomme du Dauphjné, nommé de Langon; faisant fouiller près de son château, les maçons trouvèrent à 18 pieds de profondeur une tombe en briques, longue de' 30 pieds, large de 12, haute de 8, $t portant cette inscription : Theiitobocus rex. Dans la tombe , on trouva des os d'une énorme dimension et des médailles. Or, en 1837, M. de Blainville ayant mis sous les yeux de l'Académie des sciences plusieurs pièces qui lui avaient été .envoyées par un héritier du dernier rejeton de la famille de Langon, savoir : une lettre de Louis XIII, qui demande qu'on lui envoie les os du prétendu géant, une dent, une portion d'humérus et une portion d'os des lies , chacun a pu voir que les dents provenaient d'un rhinocéros gigantesque, et les os d'un grand mastodonte! La plupart des histoires de géants ressemblent à celle-ci.
Il n'est pas moins démontré que des hommes ont pu dépasser de beaucoup la taille ordinaire. Le Kalmouck nommé Margralh dont les membres et les os sout modelés dans notre cabinet, avait
7 pieds 9 pouces 7 lignes de hauteur; c'était un véritable géant. La taille d'un Finlandais, nommé Caianus, s'élevait à 8 pieds
8 pouces 8 lignes, et la Gazette de France annonça, en 1719 qu'on avait découvert près de Salisbury un squelette humain de'
9 pieds 4 pouces de longueur (mesure anglaise, je suppose). Nous venons de voir que la taille de l'homme pouvait s'élever
accidentellement de plus de 3 pieds au-dessus de la taille moyenne ; elle peut se réduire à peu près dans la même proportion. Fabrice de Hilden parle d'un nain de 40 pouces de hauteur • Bauhin, d'un nain de 36 pouces. Le célèbre Bébé, dont s'amusa la cour de Stanislas, roi de Pologne, n'avait que 33 pouces de hauteur. Il avait été fiancé à une naine de sa taille, et celle-ci avait une sœur qui ne la dépassait que de 8 pouces. Il n'est pas très-rare que plusieurs nains se rencontrent dans une même famille; ainsi deux Polonais , nommés Borswlaski , avaient l'un 34, l'autre 28, et leur sœur seulement 21 pouces de hauteur. La réduction de la taille peut encore être portée plus loin, s'il est vrai que Lucius, qui vivait sous Auguste, n'ait eu que 19 pouces de hauteur; qu'une Égyptienne, vue au Caire par le consul Démaillait, n'ait pas grandi au delà de 18 pouces, et qu'enfin un nain de 16 pouces, c'est-à-dire un peu moins grand que beaucoup d'enfants naissants, figure dans la collection de Birch.
Les différences de stature entre les habitants des diverses régions du globe sont bien moins considérables que les différences individuelles que je viens de signaler. Il n'y a pas eu, il n'y a pas de peuples de géants, il n'y a pas de peuples de nains.
// n'y a pas eu de peuples de géants , car tout s'élève contre l'hypothèse de la dégradation physique de l'espèce humaine. 11 n'y en a pas aujourd'hui, car nous montrerons que si les Patagons dépassent notablement la taille moyenne des hommes, ce ne sont cependant pas des géants. Les habitants de la Pologne , de la Livonie , de l'Ukraine, ceux de quelques îles de la mer du
Sud, ont une taille assez avantageuse. Il en était de même des
anciens Guanches.
// n'y a pas de peuples de nains. 11 faut reléguer, parmi les fables', les combats des pygmées contre les grues, et les assertions relatives à une race naine de troglodytes dans l'espèce humaine. Les hommes les plus petits sont les Lapons, les Esquimaux, les Samoïèdes, etc., qui vivent près du pôle boréal , et les Boschismans , qui occupent un petite partie de l'extrémité australe de l'Afrique.
Différences dans la force musculaire.
Péron a comparé , sous ce rapport , les Européens à plusieurs nations sauvages. Il a expérimenté avec le dynamomètre sur douze natifs de la terre de Van-Dieraen, sur soixante et dix Australiens, sur soixante-six individus de File de Timor, sur soixante et dix Français et quatorze Anglais. Voici les moyennes obtenues.
Habitants de Van-Diemen 50-6
de la Nouvelle-Hollande.... 50-6
de Timor 58-7
Français 69-2
Anglais 71-4
Ce tableau, dit Lawrence, est la meilleure réponse que l'on puisse faire à ceux qui disent que la civilisation va dégradant nos facultés physiques. La force des Espagnols dépassait de beaucoup celle des habitants du Nouveau Monde qu'ils employèrent à l'exploitation de leurs mines. Certaines races , peu ou pas policées, sont cependant remarquables par leur force musculaire, mais elles sont bien nourries. Telles sont certaines nations de Polynésiens, et dans l'Amérique plusieurs tribus d'Indiens. Je citerai les Caraïbes et les O-Jib-be-was, sur lesquels M. Quételet a fait des expériences dont il a communiqué les résultats à la Société ethnologique de Paris.
Différences provenant de la couleur de la peau et de l'iris.
Sous ce rapport, certaines races d'hommes sont très-distinctes les unes des autres, et j'accorde, je l'avoue, une grande importance aux caractères que l'on peut tirer de la coloration. A la vérité, on voit quelquefois, chez les peuplades qui ne sont ni blanches ni noires, mais dont la peau est cependant plus ou moins brune , les teintes varier dans une même race du blanc à une couleur très-foncée. Ces faits, que Prichard a partout enregistrés avec une sorte de prédilection, parce qu'ils semblent plaider pour V unité de l'espèce humaine , ne sont peut-être pas aussi communs qu'il le suppose, et d'ailleurs on peut croire que le mélange des races ne leur est pas étranger.
On a admis quatre couleurs principales, la noire, la blanche, la rouge cuivrée et la jaune; mais il y a encore d'autres teintes dans les races humaines.
La peau est noire chez les Éthiopiens, les Cafres, les Papous, et généralement clans cette multitude d'iles dont l'ensemble a reçu, à cause de la couleur de la peau de ses habitants, le nom de Mélanésie.
La peau est blanche , avec des nuances très- variées, dans les races germanique , celtique , caucasienne , etc. Il est à remarquer que parmi les peuples à peau blanche, il en est chez lesquels le réseau capillaire des joues s'injecte avec facilité ou pâlit , sous l'empire des émotions morales.
La peau est rouge de cuivre chez un grand nombre d'Indiens de l'Amérique septentrionale, mais non chez tous.
La couleur de café cru ou café bridé, de toutes les nuances, se remarque chez les habitants de la Chine, de la Corée, du Japon, etc.
La peau est couleur dCécrevisse vivante chez les Kouriliens., jaune bistre ou feuille morte chez les Hottentots, jaunâtre chez les Malais et olivâtre chez un grand nombre de Polynésiens, etc.
J'ai parlé du pigment page 266; j'examinerai bientôt si les
différentes colorations de la peau sont acquises ou originelles.
Il existe un certain rapport entre la couleur de l'iris et celle de la peau , celle des cheveux et celle des sourcils. Aristote avait observé le fait chez l'homme, et J.Hunter l'a étudié dans les différentes espèces animales dont la peau ou les poils ont une couleur uniforme. Claire en général à la naissance , elle se fonce en même temps que les cheveux, et redevient un peu plus claire dans la vieillesse.
L'iris pourtant n'est pas noir, mais bien marron , chez l'Éthiopien; il est noir dans les autres races colorées et même dans plusieurs races blanches à cheveux noirs ; il est bleu, bleu pâle, verdâlre, chez les races blondes ou rousses.
L'absence complète de coloration à la peau , à l'iris et aux poils, constitue Y albinisme; état anormal qu'on trouve aussi bien dans les individus des races colorées que dans les races blanches , et qui n'a pas peu intrigué les circumnavigateurs qui l'ont mentionné. Ia albinisme n'est point un caractère de race, c'est un état anormal et individuel. Voltaire s'est complètement fourvoyé en parlant de peuples d'albinos.
Différences dans le système pileux.
Je rapporte à cinq chefs les différences provenant de la disposition des poils: couleur, état lisse ou crépu, longueur, souplesse ou roideur, abondance.
Toutes les races noires ont les cheveux noirs; toutes les races qui, sans être noires, sont cependant colorées, ont les cheveux noirs. Parmi les races blanches , il en est encore dont les cheveux sont noirs (Etrusco-pélages, Caucasiens, etc.). La couleur blonde, ou blanc de lin, ou rousse, ou rouge, appartient aux races qui dérivent de l'espèce scythique.
On nomme cheveux crépus ceux qui sont entremêlés comme une toison; on les a encore nommés laineux, mais ils n'ont pas la conformation anatomique des filaments d'une toison. Ceux-ci, examinés au microscope, sont rugueux à la surface ; ils sont plus épais vers le bout libre que du côté de la peau. Le cheveu du
dy" PROLÉGOMÈNES.
nègre est uni à la surface (bien qu'on ne le range pas dans la catégorie des cheveux lisses), et il va plutôt en diminuant d'épaisseur vers le bout. Nous verrons que les races à cheveux crépus ou ulotriques de M. Bory de Saint-Vincent , sont bien moins nombreuses que les races à cheveux lisses ou lecotriques. Plusieurs tribus de nègres ont les cheveux plus ou moins lisses.
Les cheveux atteignent rarement à une grande longueur lorsqu'ils sont crépus; il n'en est pas de même lorsqu'ils sont lisses. On les a vus descendre jusqu'aux talons et au delà chez quelques sauvages du nord de l'Amérique , chez les Tongouses , qui appartiennent à l'espèce mongolique. Lorsque les cheveux croissent tout en restant crépus, comme on l'observe chez les Papous, la tète supporte la coiffure la plus extraordinaire qui se puisse imaginer; on dirait un buisson de près de 3 pieds de diamètre, et éclipsant les perruques les plus somptueuses du siècle de Louis XIV.
Tantôt les cheveux sont roides, gros, et sans disposition à boucler, comme chez les Mongols, tantôt fins et soyeux. Enfin entre les Ainos, les Perses, qui sont extrêmement velus, et les Chinois, les Japonais, quelques peuplades américaines, dont la peau est presque glabre 'ailleurs qu'à la tête, il y a une foule de degrés intermédiaires.
Caractères tirés du langage.
Leibnitz est, suivant M. Abel de Rémusat, le premier qui ait compris la possibilité d'établir la communauté d'origine de différents peuples par la considération de leur langage.
La science qui a pour objet ce genre de recherches, et qu'on nomme étymologique, ne rentre pas dans le cadre de nos études; aussi serai-je court sur cette matière.
Lorsqu'on retrouve chez deux peuples éloignés l'un de l'autre un même idiome, ou désignées de la même manière les choses qui partout ont dû recevoir une qualification, comme homme, femme, mère, frère, sœur, terre, lune, soleil,' pied, main, etc., on est conduit à penser qu'ils ont une même ori-
gine. Nous verrons cette analogie dans le langage corroborer les inductions que l'on pourrait tirer de l'analogie des formes du corps relativement à des insulaires placés à d'immenses distances dans la mer du Sud. Mais lorsqu'il arrive que deux peuples très-distants l'un de l'autre, et surtout différents d'organisation, ont des mots communs dans leur langue ou de l'analogie dans leur idiome , faut-il donner la préférence aux caractères tirés de l'organisation ou à ceux empruntés à la science étymologique? Je me prononce pour les caractères tirés de l'organisation, parce qu'il me semble qu'un peuple altère plus facilement sa langue par l'influence des conquêtes1, des émigrations, des rapports commerciaux, qu'il ne modifie ses traits, la couleur de sa peau et de son iris , l'apparence de ses cheveux , sous l'influence des climats.
Voltaire s'est moqué fort agréablement des étyraologistes de son temps, qui, sans doute, ne valaient pas ceux d'aujourd'hui. «Voici, dit-il, comment on a prouvé que les Tartares-Mantchoux sont les ancêtres des Péruviens. Mango-Capack est le premier inca du Pérou. Mango ressemble à Manco, Manco à Mancu, Mancu à Mantchu, et de là à Mantchou, il n'y a pas loin. Rien n'est mieux démontré. » Les plaisanteries de Voltaire n'ont point, que je sache, déconcerté les étymologistes , car on a , plus récemment, voulu prononcer l'identité des Huns avec les Finnois, sur ce que le mot hun, différemment orthographié, est le même que le mot finh.
M. Desmoulins a envisagé ce sujet d'une façon qui le rattacherait à la physiologie. Admettant dans le cerveau un organe du langage , il croit que sa forme différente a réglé dans chaque race le caractère de son idiome; que les Chinois doivent à la disposition de leurs organes le génie monosyllabique de leur langue, et que des enfants qui n'auraient jamais entendu la langue de leur pays pourraient l'inventer, comme un oiseau chante sans avoir reçu des leçons de ses parents. M. Desmoulins a tout simplement confondu le langage conventionnel, qu'il faut apprendre, avec la voix native, qui ne réclame pas l'éducation pour se produire.
dB° MIOLÉGOMÈNES.
Enfin M. Edwards a étudié , sous un autre rapport , les applications de la linguistique à l'étude des races humaines. C'est de Vaccent qu'il tient compte ; accent qui survit dans une nation à la suppression de son ancienne langue. Par exemple , les Gaulois ont deux sons que les véritables Italiens ne peuvent prononcer, u et eu. Or, ces sons existent, dit-il, dans les dialectes génois, piémontais, milanais. Leur conservation vient avec l'histoire nous prouver que les populations de cette partie de l'Italie étaient autrefois gauloises (Gaule cisalpine).
De quelques autres caractères différentiels entre les
hommes.
Pour éviter des répétitions et gagner du temps, je me bornerai ici à yous avertir que nous tirerons des caractères distinctifs de l'ensemble de la face; de la direction des yeux ou plutôt des paupières; de la forme, de la saillie, de la longueur ou de l'aplatissement du nez ; de la couleur de la sclérorotique; de la forme des lèvres; de la direction des dents; de la situation du pavillon de l'oreille; de quelques particularités relatives aux organes génitaux; de la subtilité dans les organes des sens; du développement intellectuel et de la perfectibilité qui ne paraissent pas les mêmes dans toutes les races ; du genre de vie enfin qui, aujourd'hui encore, est fort différent dans les divers points du globe. Certaines tribus misérables vivent (comme l'ont vraisemblablement fait nos premiers pères) de fruits, de racines que la terre fournit spontanément ou du produit éventuel et incertain de la chasse; d'autres hommes sont nomades et pasteurs, d'autres presque exclusivement ichlhyophages; d'autres s'attachent au sol qu'ils ensemencent; d'autres enfin, sans négliger la culture du sol , ont porté à un degré éminent le culte de la philosophie, des sciences et des arts.
description i»es principaux tïprs hitoauvs.
Je ne prononcerai encore les mots ni de race, xu.^ espèce, ou s'ils se rencontrent sous ma plume, je n'entends leur donner,
pour le moment, aucune signification qui préjuge la question de l'unité de l'espèce ou de la multiplicité originaire des types. Je décrirai ceux-ci , ou au moins les principaux , tels qu'ils s'offrent ou tels que les documents historiques nous les représentent, et je ferai suivre cette partie purement descriptive d'une discussion où sera débattue la question délicate à laquelle je viens de faire allusion.
Quant à l'ordre à suivre pour cette description, je pourrais distribuer les groupes d'après la coloration de la peau , ou bien faire deux grandes catégories des hommes, suivant qu'ils sont à cheveux lisses ou à cheveux crêpas ; mais je préfère adopter un ordre purement géographique. Nous débuterons par l'extrémité australe de l'Afrique, nous traverserons cette partie du monde jusqu'au point où elle confine à l'Europe et à l'Asie; nous parcourrons ces deux contrées de l'ouest à l'est ; nous rencontrerons ensuite clans l'Océan pacifique ces nombreuses peuplades , et notamment ces Polynésiens, si bien étudiés depuis plus d'un demisiècle, et nous terminerons en traversant l'Amérique de son extrémité boréale à la terre des Patagons.
Types liottentot et boschisman.
Aux détails donnés par Desmoulins, Kolbe, Sparrmann et autres sur les Hottentots , il faut joindre ceux beaucoup plus positifs, selon moi, donnés par Levaillant, qui a vécu plusieurs années avec eux, qui a visité, décrit, plusieurs hordes de cette race ( Gonaqnois, Gessiquois, Koraquois, Kabikoquois, grands Namakois, petits Namakois), et qui nous a donné le portrait de plusieurs Hottentots.
Les Hottentots , qui occupaient anciennement le voisinage du Cap, ont été refoulés dans les terres par les colons hollandais. Voici le portrait qu'en fait Levaillant : «Le Hottentot a dans les traits un caractère particulier qui le sépare en quelque sorte du commun des hommes; les poraraettres sont très-proéminentes, de telle sorte que son visage étant fort large dans cette partie , et sa mâchoire au contraire excessivement étroite , sa physio-
400 MIOLÉGOMÈÎVES.
nomie va toujours en diminuant jusqu'au bout du menton. Cette configuration lui donne un air de maigreur qui fait paraître sa tète trop petite pour un corps gros et bien formé. Son nez plat n'a quelquefois pas 6 lignes dans sa plus grande élévation; ses narines en revanche sont très-ouvertes ; sa bouche est grande et munie de superbes dents ; ses yeux sont très-beaux et trèsouverts , inclinés un peu à la manière des yeux des Chinois ; ses cheveux ressemblent à de la laine, ils sont courts, frisés, et d'un noir d'ébène. Ils ont peu de poils et l'air efféminé. Les proportions de leur corps sont parfaites. »
Desmoulins, qui a examiné cinq tètes de Hottentots, y signale un diamètre occipito-nasal plus grand qu'en aucune race humaine. «L'occiput, dit-il, se prolonge notablement au delà du trou occipital. «Il leur donne, d'après Lichtenstein , des incisives verticales (cependant la tète qui est clans notre collection offre un prognathisme assez prononcé ).
La peau des Hottentots est couleur de feuille morte ou d'un jaune enfumé.
Ils sont nomades ; ils ont des troupeaux , mais ne sont pas cultivateurs. Ceux qui accompagnaient Levaillant n'avaient pas la moindre notion religieuse. La coutume de s'enlever une phalange et un testicule existe seulement chez les Gessiquois et les Koraquois (Levaillant).
La largeur des pommettes, l'obliquité des yeux, l'écartement des oreilles, sont communs aux Hottentots et aux Mongols; mais , chez ces derniers , les tempes convergent et le crâne est pyramidal , tandis que les tempes montent à peu près parallèlement dans la tète du Hottentot. Ceci peut être vérifié sur les spécimen que nous possédons. La tête des Mongols est moins allongée d'avant en arrière, et leur bouche n'est pas proéminente.
Le mot boschisman on bossissman signifie homme des buissons, et s'applique , aux environs du Cap, à un amas de malfaiteurs de toutes les hordes qui s'allient pour piller. Mais ce nom désigne aussi une tribu ou une race encore nomade, les Houzouanas. La Vénus hottentote était une Boschismane. Les
Boschismans ont, comme les Hottentots, les pommettes sailjantes, les yeux obliques, les cheveux crépus.
Leur nez est plus petit encore, ou «plutôt, dit Levaillant, ils n'ont point de nez ; cela consiste chez eux en deux narines épatées.» Aussi ajoute-t-il, «moi qui seul, dans la troupe, en avais un à l'européenne, je paraissais à leurs yeux un être disgracié de la nature.» La partie osseuse de ce nez rudimentaire était réduite h une simple écaille triangulaire, comme dans les macaques, sur cinq tètes examinées par Desmoulins, et sur les six têtes que Lichtenstein a eues à sa disposition. Leurs dents incisives sont proclives et soulèvent des lèvres volumineuses; vus de côté , ils font la moue.
Les Boschismans sont très-petits, et peut-être les plus petits des hommes. Sur un kraal composé de cent cinquante habitants, le plus grand, mesuré par Barrow, n'avait que 4 pieds 9 pouces anglais (1) ; la femme la plus grande n'avait que 4 pieds 4 pouces. Mais les Boschismans ont les membres bien proportionnés, le pied et la main d'une petitesse excessive. Ils sont les plus agiles des hommes.
Sur les fesses déjà rebondies des femmes boschismanes, il s'accumule d'énormes masses de graisse, qui leur donnent un relief tout à fait extraordinaire , et dont la Vénus hottentote a montré un échantillon aux habitants de Paris (2).
Ce fameux tablier des Hottentotes , ce voile pudique (figleaee ofskin), sur lequel on a débité tant de fables, appartient aux femmes des Housouanas ou Boschismans; mais ce n'est pas, comme on l'a dit, un tablier fait aux dépens de la peau du ventre; ce n'est autre chose qu'un prolongement excessif des nymphes ou petites lèvres, qui pendent de 5, 6, 7 ou 8 pouces de longueur, offrant dans leur épaisseur un tissu érectile hypertrophié, qui leur donne une couleur bleue livide et l'apparence
(1) Le pied anglais a 8 lignes de moins que le pied français.
(2) Levaillant figure un enfant bosebisman se tenant debout sur les fesses ! sa mère, comme un laquais derrière une voilure
des pendeloques de certains gallinacés. Cette disposition , jpeu apparente chez les petites filles, se développe avec l'âge. Quelques femmes hottentotes ont aussi cette excroissance, au dire de Barrow. Levaillantla figure sur une Hottentole, mais ce sont les grandes lèvres qu'il a peintes , et il dit que les femmes les allongent par coquetterie. Leurs mamelles, allongées en poire , sont si flasques, qu'elles peuvent, dit-on, les faire passer au-dessus ou au-dessous de l'épaule.
La Vénus hottenlotc tenait du nègre et du Kalmouk, suivant la remarque de Cuvier. Le nègre a la bouche proéminente, mais la face rétrécie en travers ; le Kalmouk a la face large en travers , mais la bouche n'est pas saillante ; les deux ont le nez trèspetit. Or, la Boschismane avait la mâchoire plus saillante que celle du nègre, la face plus large que celle du Kalmouk, et le nez plus petit que chez les deux.
Type éthiopien.
Ce mot signifie visage brâlëow noir; mais je dois vous avertir qu'il y a en Afrique, et ailleurs , des hommes noirs et des plus noirs, qui n'ont pas le type éthiopien, et que, s'il n'est pas rare de rencontrer des individus présentant tous les caractères que je vais exposer, on est embarrassé pour dire où il faut placer au juste le véritable représentant de la race éthiopienne; toutefois , on assigne en Afrique une immense étendue aux Éthiopiens le long des côtes de l'Océan, depuis les environs du fleuve Sénégal, par le 17e degré de latitude nord , jusque vers le 16e degré de latitude sud.
La tête des Éthiopiens appartient au type que j'ai décrit page 386. Le crâne y est rétréci en travers , surtout à la région des tempes ; la prédominance de la face sur le crâne y réduit, diton , l'angle facial à 70 degrés. Il n'atteint même que 65 dans les tètes figurées par Sandifort et par Lawrence. Le frontal y est plus court et les os pariétaux moins excavés. La ligne qui circonscrit en haut la fosse temporale est plus rapprochée de celle du côté opposé que sur le crâne de l'Européen. 11 résulte de
DE L'nOMME ET DES RACES HUMAINES. 403
cette disposition que la fosse temporale offre plus de surface pour le muscle de ce nom. L'arcade zygomatique s'éloigne du crâne pour faire place à ce même muscle, qui doit faire mouvoir une mâchoire inférieure plus pesante, très-prolongée en avant, ce qui rend plus défavorable le levier qu'elle représente.
Dans la face, les cavités destinées aux organes des sens sont tr.ès-développées. Les fosses nasales sont plus grandes que chez l'Européen, la lame criblée y est plus large. L'orbite offre un agrandissement du diamètre transversal. M. Pucheran dit, d'après M. Serres, que dans la paroi externe de l'orbite du nègre, le frontal (employé à l'agrandissement de la paroi supérieure) et la grande aile du sphénoïde occupent une place moindre que chez l'Européen, et que l'os malaire y a gagné tout ce que les deux premiers y ont perdu. Il dit encore que dans la paroi inférieure , l'os maxillaire supérieur élargi laisse moins de place à l'os malaire que dans les têtes des,autres races.
Dans l'os maxillaire supérieur, les apophyses montantes, trèsécartées par en bas, convergent assez rapidement en haut, où elles ne laissent entre elles qu'un petit espace rempli par des os propres du nez, dont les dimensions sont fort réduites. L'arcade dentaire supérieure très-saillante soutient des dents incisives inclinées en avant. Pour s'adapter à cette mâchoire saillante, l'os maxillaire inférieur s'allonge, et sa branche inclinée en avant forme un angle plus ouvert que chez l'Européen.
Voilà ce qui est généralement reçu relativement à la conformation de la tète de l'Éthiopien. Mais les observations que j'ai eu l'occasion de faire à ce sujet m'autorisent à affirmer que dans cette description il y a des détails évidemment inexacts, et qu'on a omis certains caractères fort importants sur lesquels je m'arrêterai dans un instant.
Il faut que je dise en premier lieu ce qui m'a fourni l'occasion de soumettre à un nouvel examen les descriptions de la tète osseuse des nègres. Il me paraît important qu'il soit bien établi que j'ai examiné de véritables tètes de race. Or, un vaisseau nommé YEUsia, faisant l'indigne trafic de la traite, a été capturé il y a peu de temps. Les nègres qu'il emportait avaient été
pris au Congo. Plusieurs ayant succombé quelque temps après leur délivrance , M. Schœlcher a pu se procurer leurs tètes, au nombre de six, et il a eu l'extrême bonté de les mettre à ma'disposition. Voilà donc l'origine de ces têtes bien établie; j'ajouterai qu'elles portent avec elles leur cachet, et que leur face, vue de profil, rappelle celle de l'orang-outang ou du chimpansé, tant est prononcé le prognathisme , c'est-à-dire la saillie des arcades alvéolaires.
Voici maintenant les résultats de mes observations.
1° Il n'est pas exact, de dire que l'orbite du nègre soit plus grand que celui de l'Européen. L'assertion que je combats a été, je crois, créée dans le cabinet et spéculativement. Partant de ce fait avéré , qu'il y a chez le nègre prédominance des sens sur l'intelligence , on en a conclu à un œil plus volumineux et à une cavilé orbitaire plus vaste; il n'en est rien. La cavité orbitaire est même absolument plus petite chez les nègres du Congo que chez l'Européen. Voici toutefois un fait dont il est bon de tenir compte relativement à l'orbite du nègre. L'aplatissement du crâne dans le sens transversal vers sa partie antérieure, et la dépression considérable de la fosse temporale dans ce point, font que l'apophyse orbitaire externe du frontal se prolonge sensiblement en dehors, comme l'a dit M. Serres, pour étendre dans ce sens la paroi supérieure de l'orbite. Sans cette disposilion, il n'y aurait pas place en avant du crâne pour deux cavités orbital'res.
2" Il n'est pas vrai, comme d'autres l'ont dit, que la cavité gléuoïde soit plus profonde, ni l'arcade zygomatique plus robuste; toutefois la dépression des tempes rend plus large que chez l'Européen l'espace contenu entre cette arcade et la fosse temporale.
3° La proposition que je vais émettre va, j'en suis convaincu , heurter bien des croyances, mais qu'on y regarde avant de se récrier. Cette proposition, c'est que... l'angle facial du nègre n'est pas de beaucoup plus aigu que celui de l'Européen. 11 faut le mesurer méthodiquement. Si on opère l'inlerseclion des deux lignes au bas de l'arcade alvéolaire supérieure, nv\ doute qu'alors
DJÎ l'homme et dus «aces humaines. 405 l'angle ne soit très-aigu, à cause de la saillie de ces arcades; mais si, comme on doit le faire, on conduit les deux lignes à l'épine nasale antérieure, la ligne qui remonte vers le front n'est pas de beaucoup plus fuyante que chez l'Européen. Je dirai plus, et depuis longtemps j'avais fait cette remarque; le front du nègre s'élève en général plus verticalement à partir de la racine du nez que celui des Européens; de sorte que la réduction de l'angle facial tient plutôt à ce que le front lout entier est situé un peu en arrière qu'à l'aplatissement de ce front.
4° Ce qui forme le prognathisme, ou ce qui constitue ce qu'on a, avec quelque peu d'irrévérence , appelé le museau de l'Éthiopien , est donc formé seulement par les arcades alvéolaires. Voici comment elles se comportent pour cela. A partir de l'épine nasale antérieure, l'os maxillaire supérieur, au lieu de descendre verticalement, se porte obliquement en avant et en bas; et comme les dents incisives sont enchâssées dans cette partie oblique, elles continuent la direction de l'arcade alvéolaire, leur bord tranchant regarde en avant et en bas. Il résulte de cetie disposition que si , sur la face du nègre et sur celle de l'Européen, on détache verticalement par un trait de scie transversal lout ce qui est au devant de l'épine nasale, ce trait de scie tombe chez le nègre à la jonction de la grosse molaire antérieure avec la petite molaire voisine, et sépare ainsi une pièce osseuse demi-circulaire qui porte les incisives , les canines et les petites molaires ; tandis que, chez l'Européen, le trait de scie descend dans l'épaisseur même de l'arcade dentaire à sa partie antérieure, et ne sépare rien ou presque rien , car il laisse presque toutes les dents derrière lui.
La mâchoire inférieure offre, pour s'adapter à la supérieure, une disposition qui n'est pas moins remarquable. Déjà j'ai parlé de la courbure de la branche. Voici les autres particularités. Le corps de la mâchoire n'a pas la même hauteur partout , comme chez l'Européen qui n'a pas perdu de dents. Il a très-peu d'élévation, au devant de la branche, au niveau des grosses molaires: là il est épais et massif. Mais à partir de la petite molaire postérieure, il prend beaucoup de hauteur et s'étale en une lame
courbe demi-circulaire, oblique en avant et en haut, et qui va porter les dents inférieures au contact de l'arcade dentaire supérieure.
Ô" J'ai apporté une grande attention à déterminer la position du trou occipital. Nous avons vu Prichard nier qu'il y eût, sous ce rapport, aucune différence entre le nègre et le Caucasien, à moins que la saillie du bord alvéolaire, chez le premier, n'en déterminâtune légère et|insignifiante. Pour point de comparaison, j'ai choisi une tète d'un beau type européen, celle de Lacenaire (qui avait fait un bien misérable emploi d'une intelligence assez remarquable) ; j 'ai , d'une autre part , pris des mesures sur deux tètes de nègres du Congo (sexe masculin). Voici les résultats :
La distance de la partie antérieure du contour du trou occipital au bord libre des incisives supérieures est de 11 centimètres sur une des tètes de nègres, de 11 centimètres 3 millimètres sur l'autre tète de nègre. Cette distance n'est que de 9 centimètres sur la tète de Lacenaire. Il y a donc 2 centimètres de différence absolue. Je montrerai tout à l'heure que cela tient bien réellement à ce que la position relative du trou n'est pas la même dans les deux races. J'ai mesuré aussi la distance de la partie antérieure du trou occipital au bord postérieur de la voûte palatine. Cette distance est de 5 centimètres sur l'une des têtes de nègres, elle n'est que de 4 centimètres 4 millimètres sur la tête de Lacenaire.
Mais comme on pouvait être porté à supposer que ces différences tiennent , en somme, à ce que la face est située plus en avant chez le nègre que chez l'Européen, il devenait intéressant de rechercher quel était le rapport de la situation du trou occipital avec la partie antérieure du crâne proprement dit. Pour m'éclairer à cet égard , j'ai pris la distance de la partie antérieure du trou occipital à la suture qui unit les os propres du nez au frontal. Cette distance était de 10 centimètres 7 millimètres sur la tète du nègre , et seulement de 10 centimètres sur le crâne de lacenaire.
Jusqu'ici nous n'avons pas établi la situation relative du trou
occipital , et l'on pourrait admettre , à la rigueur, que si le crâne du nègre est excessivement allongé d'avant en arrière, ce trou est placé chez lui comme chez l'Européen. Il a donc fallu prendre de nouvelles mesures, mais comment les établir? On n'a pas pris la peine de nous dire comment on avait procédé à cet examen. Établira-t-on la dislance du trou à quelque partie de l'occipital? sa protubérance externe, par exemple? Mais quelque direction que l'os affecte, qu'il se prolonge horizontalement en arrière ou qu'il monte rapidement , le résultat de cette mensuration sera à peu près la même sur toutes les têtes, car l'os est toujours perforé au même endroit. Pour arriver à un résultat comparable, voici le moyen dont. j'ai fait usage. La tête a été tenue renversée sur une table , le trou occipital regardant en haut et le plan de ce trou parfaitement horizontal. J'ai alors mesuré la distance du bord postérieur du trou à un plan vertical tangent à la partie la plus saillante de la région postérieure de la tête. On comprend que si la situation relative du trou sur la longueur du diamètre antéro-postérieur était la même dans les deux races, il y aurait chez le nègre excès de longueur en arrière comme en avant. Eh bien , le résultat est contraire à cette prévision ; le trou est plus près du plan postérieur chez le nègre que chez l'Européen, ce qui tient à ce que l'occipital prend promptement une direction ascendante chez le nègre. Dans la tête de l'Européen, l'occipital ne prend la direction franchement ascendante qu'à partir de la protubérance occipitale externe et de la ligne courbe supérieure; dans mes têtes d'Éthiopiens, il commence à monter dès la ligne courbe inférieure. Voici les mesures qui confirment ce que je viens d'avancer. De la partie postérieure du trou occipital au plan tangent à l'occiput, il y a 7 centimètres 10 millimètres de distance sur la tète de Lacenaire, et seulement 5 centimètres sur la tête du nègre.
Sans doute, on trouvera quelques tètes d'Européens où les dispositions se rapprocheront de celles que je viens d'attribuer au nègre du Congo, mais il ne faut pas s'embarrasser de quelques cas exceptionnels. J'ai choisi parmi les pièces de notre Muséum
une tète de Français excessivement développée d'avant en arrière. Les lignes tirées de la partie antérieure du trou occipital à l'arcade alvéolaire et à la suture naso-frontale ont la même longueur que chez le nègre, mais l'occiput se prolonge en proportion, de sorte que la situation relative du trou occipital est la môme encore, dans ce cas, que chez les autres Européens.
6° Un caractère bien remarquable se tire de la longueur du diamètre qui conduit du trou occipital au point culminant de la téte du nègre. Ce diamètre vertical n'a pas moins de 14 centimètres (non compris l'épaisseur des os) chez l'Éthiopien. Il n'a que 12 centimètres 7 millimètres chez Lacenaire, et seulement 12 centimètres 3 millimètres sur la téte volumineuse dont il vient d'être question. Cette particularité lient sans doute à l'élévation cle la voûte du crâne vers sa partie postérieure; mais elle tient encore à une conformation si caractéristique de la base du crâne autour du trou occipital, qu'il me suffirait de l'examen de cette partie sur deux têtes, l'une d'Européen, l'autre de nègre ( si toutefois celui du Congo peut passer pour type), pour les distinguer l'une de l'autre. Cette conformation consiste en ce que la base du crâne, qui chez l'Européen est à peu près plate autour de l'os occipital, forme chez le nègre une grosse protubérance, bombée, prolongée en bas, et qui augmente dans ce sens le diamètre vertical de la cavité crânienne. On pourrait sur le nègre, à l'aide d'un trait de scie mené horizontalement cle la base d'une des apophyses mastoïdes à l'autre, enlever à la partie inférieure du crâne une calotte osseuse, portant à son centre le trou occipital. La même coupe n'enlèverait que les apophyses mastoïdes sur les tètes d'Européens que j'ai sous les yeux. N'est-ce point cette arrière-chambre inférieure qui augmente la capacité du crâne du nègre au point de la rendre égale à celle de l'Européen, bien qu'à la simple vue elle paraisse plus étroite, surtout à la région des tempes?
7° Au devant du trou occipital, l'apophyse basiiaire offre plus cle longueur et affecte une direction plus obli \ue en haut chez le nègre que chez l'Européen.
8° Au devant de cette apophyse, les arrières-narines sont
chez le premier obliques de haut en bas et d'arrière en avant. Cette obliquité est beaucoup moins prononcée chez l'Européen , et souvent même les ouvertures sont verticales.
9° Prichard a dit que l'extrémité de la grande aile clu sphénoïde n'atteint pas toujours chez le nègre l'angle antérieur et inférieur du pariétal. Cette anomalie n'existe pas sur les têtes que j'ai examinées.
On peut voir dans les Décades cranioriun que la tête de l'Éthiopien nouveau-né a déjà les caractères distinclifs de sa race.
Le tronc du nègre est mince , surtout aux lombes et au bassin; celui-ci est plus étroit dans tous ses diamètres que celui des autres races (la Boschismane exceptée); des mesures comparatives ont été prises par Sœmraering, par Lawrence, par Vrolik, d'Amsterdam. Le passage suivant résumera les résultats qu'ils ont obtenus. « La direction verticale des iléons , leur élévation aux tubérosités postérieures et supérieures, la grande proximité des épines antérieures et supérieures , la moindre largeur du sacrum , la brièveté des diamètres transverses aux épines et tubérosités ischialiques, la forme allongée que le bassin acquiert par là, tout cela rappelle à notre esprit la forme du bassin du singe.» ( Vrolik, cité par Prichard.) Ajoutons que, d'après Vrolik, la différence entre le bassin des hommes et celui des femmes est extrêmement marquée chez les nègres.
Dans l'Européen, la longueur de l'humérus dépasse de 2 à 3 pouces celle du cubitus; dans le nègre, l'humérus ne l'emporte que de 1 pouce %; les deux os ont la même longueur dans le chimpansé. Ces mesures ont été prises par White. Enfin , Sœmmering a fait observer que, chez le nègre, les os de la jambe semblent placés plus en dehors sous le fémur; que le tibia et le péroné sont convexes en avant. Le pied de l'Éthiopien est plat et large; le calcanéum peu arqué se prolonge sensiblement en arrière. Le mollet est plat , peu développé , et situé très-haut.
Les os du nègre sont plus durs , plus compactes, plus pesants, et, dit-on, plus blancs que ceux de l'Européen; les os sésamoïdes y sont plus nombreux.
41U l'HOLÉGOMÈNES.
Les Éthiopiens ont les cheveux laineux, crépus; les yeux arrondis, saillants; la sclérotique tirant sur le jaune, et l'iris brun-marron. Leur peau, noire, se distingue encore par sa surface lisse et douce comme le satin ; cette peau reste fraîche sous une température brûlante. Leur transpiration répand une odeur particulière, et les Péruviens peuvent, suivant M. de Humboldt, les suivre à la piste.
Sœramering dit que leur estomac a la forme de celui du singe.
On a écrit aussi que les insectes parasites qu'ils nourrissent sont plus gros et plus noirs que ceux des Européens, mais il n'est pas vrai que leur sperme soit coloré.
Telles sont les différences anatomiques entre l'Éthiopien et l'Européen. Au point de vue intellectuel et de la perfectibilité , je crains que les différences ne soient plus considérables encore. Sous quelque aspect que j'envisage les produits de cette intelligence, dans les arts, la littérature ou les sciences, je vois une infériorité incontestable. Où sont les chefs-d'œuvre de leurs statuaires? Quels monuments l'architecture a-t-elle élevés chez eux? Et si nous portons notre examen sur de plus nobles produits de l'intelligence humaine, ont-ils rien qui puisse être assimilé aux œuvres d'un Molière ou d'un Shakespeare? Relativement aux sciences, ce ne sont pas eux qui ont classé les divers corps de l'univers, qui ont cherché à surprendre les secrets de la nature, qui ont trouvé les lois des combinaisons chimiques, de la gravitation, des mouvements delà lumière et du fluide électrique; ce ne sont pas eux qui ont mesuré le ciel, prédit les éclipses, et annoncé le retour des comètes. Certains Polynésiens qui, depuis soixante ans à peine, ont pu recevoir l'influence des peuples européens, ont marché à pas de géants dans la carrière de la civilisation, où entrent à peine des peuplades nègres qui depuis des siècles ont eu le contact des nations policées. Je sais que certains nègres, cependant, se sont distingués dans les sciences; mais vouloir juger la masse sur ces cas exceptionnels, ce serait aussi peu rationnel que d'accorder à tous les Anglais le génie de Newton et à tous les Français l'esprit de Voltaire. Je suis obligé de
rappeler ici que j'entends parler de la race éthiopienne proprement dite, et non de tous les noirs.
Je n'ai examiné que le côté intellectuel de leur psychologie. Au point de vue moral ou affectif, les différences disparaissent. Ils sont en général affectueux, sensibles, reconnaissants, capables d'un dévouement héroïque, et doivent prendre place comme nous, à titre d'êtres libres, dans la grande famille humaine (1).
Autres types africains.
En laissant de côté les populations de l'Atlas et de l'Algérie, on trouve en Afrique une foule de tribus ou de peuples qui ne
(I) La question de la prééminence des races blanches sur la race éthiopienne a été l'objet de débats très-vifs au sein de la Société ethnologique de Paris , et a rempli toutes les séances de janvier à mars 1847.
M. Schœlcher, qui a tant de fois et si généreusement plaidé la cause de l'émancipation des noirs, a pris , dans cette discussion , le parti que l'on devine. «Je crois, a-t-il dit, à l'égalité absolue de tous les membres de la grande famille humaine, quels que soieut leur sexe , la forme de leur nez, la largeur de leurs pommettes , la couleur de leur épiderme et la nature de leurs cheveux. » Dans le discours qui a fait suite à cette profession de foi, l'orateur, s'appuyant sur l'état de l'industrie, de l'agriculture, des habitations, du commerce et des mœurs de nombreuses peuplades de nègres, s'est efforcé de démoulrer que la civilisation ne leur avait pas refusé ses bienfaits , et qu'ils étaient perfectibles comme nous. Les adversaires de M. Schœlcher, examinant de plus près en quoi consistent et cette agriculture, et ces habitations, et cette industrie, et ce commerce, ont refusé d'y voir la preuve d'une civilisation et d'une perfectibilité qui pussent en rien être comparées à celle des nations européennes.
L'impression qui m'était restée de ce débat était, je l'avoue, favorable à cette dernière opinion, et il me semblait qu'une civilisation sur l'existence de laquelle on discutait n'existait pas, car la civilisation, là où elle brille, ne peut pas plus être niée que la lumière.
Cependant M. Schœlcher, après un voyage poussé très-loin sur les bords du Sénégal, est revenu muni de nouvelles armes, avec lesquelles il se propose sansdouie de recommencer prochainement la lulte. Son arsenal, dans lequel il a eu l'extrême obligeance de m'introduire , pourrait passer pour une sorte de bazar ou d'exposition des progrès de l'industrie des nègres. Il me serait difficile dédire tout ce que j'y ai vu : instruments de labourage armés de fer ; étoffes,
411 MIOLÉGOMÈINES.
réunissent pas tous les caractères de la race éthiopienne , et qui , en raison de leur couleur, ne peuvent cependant être rapportés aux races blanches; mais ces tribus n'ont pas de traits assez saillants pour qu'on en fasse des races bien déterminées.
Ce n'est pas un médiocre embarras pour les ethnologistés que toutes ces nations africaines chez lesquelles manquent certains traits de l'Éthiopien. Les différences à cet égard sont nombreuses , et malheureusement il est impossible de les ramener à quelque loi générale. Ceux-ci ont la peau et les cheveux du nègre, mais leur figure est moins prognathe ; ceux-là ont des cheveux moins crépus, d'autres ont la peau moins foncée, etc. etc. 11 en est qui ont des traits tout à fait européens, et cela même se rencontre comme variété individuelle chez presque toutes les
les unes élégantes et légères, les autres plus solides , toutes finement lissées et peintes des couleurs les plus brillantes et les plus solides; ornements divers, bracelets d'or massif assez habilement travaillés, emploi fréquent du cuir verni dans les ornements et les chaussures , sabres de fer, manuscrits , elc; voilà ce qui sera présenté en témoignage de la civilisation de certaines tribus de nègres.
A la vérité, il sera objecté à M. Schœlcher que tous les noirs ne sont pas des nègres j c'est-à-dire qu'ils n'appartiennent pas tous à l'espèce dite éthiopienne; que les Ashanii, les Mandingues, les Yolofs, les habitants de Tembouctou , de Haoussa, de Kachena , etc., ne sont pas les mêmes « que ces nègres aux mâchoires saillantes, aux clieveux courts et crépus , à la barbe rare, au front fuyant, aux membres démésurément allongés, au mollet plat, au dos cambré, au talon en saillie, qui forment la vraie population incivilisée de l'Afrique» (Courtet de l'isle). J'ai adressé moi-même cette objection à M. Schœlcher, qui m'a répondu que les nègres chez lesquels il avait recueilli les produits exposés sous mes yeux avaient les mâchoires saillantes, l'angle facial aigu, et les cheveux laineux.
Une autre objection sera reproduite. C'est que les nègres semblent privés de la faculté d' initial i ce , et que là où ils ont fait quelques pas dans la carrière de la civilisation , on voit toujours l'influence d'une race plus avancée que la leur ; que l'islamisme y précède partout le développement industriel, et que certaines tribus se montreut encore réfraclaires à tout effort de civi isation. Les proporiions déjà trop considérables de cette noie ue me permettent pas de pousser plus loin cette discussion , et de préjuger les phnses par lesquelles elle doit passer.
nations africaines, suivant M. Schœlcher. «On voit, dit-il, des nègres à traits tout à fait européens dans tous les peuples de l'Afrique, j'affirme en a voir rencontre chez lesMandingues, lesYolofs, les Touklors et les Serrajoulets» (travail inédit). 11 est plus que vraisemblable qu'il y a eu primitivement plusieurs races noires, et que la confusion des types actuels est le résultat de leur mélange. Pour justifier ce que je viens d'avancer, je décrirai trèssommairement quelques tribus africaines.
Les Cafres , dont Desmoulins a voulu faire une race en leur réunissant les nègres de Mozambique {race euro-africaine), sont bien supérieurs aux Hottenlols, leurs voisins, quoique leur peau soit plus noire. Leur front est peu fuyant, leurs incisives verticales , leurs lèvres modérément épaisses ; leur nez n'est pas épaté, mais leurs cheveux sont crépus. Ils sont grands, robustes, intelligents; ils cultivent la terre, fabriquent des poteries et travaillent le fer. A cela près de la couleur de la peau , la figure dont Prichard a donné le portrait ferait honneur à un Européen.
Les Foulahs, Fellans , Fellatahs , visités par Mongo-Park , Clapperton, les frères Lander, ont été l'objet d'un travail trèsétendu publié par M. d'Eichthal dans les mémoires de la Société ethnologique de Paris. Us occupent , eu Afrique, un espace égal au quart de l'Europe; espace limité par l'Océan atlantique à l'ouest, par le Bournou et le Mandara à l'est, par le grand désert au nord, et au midi par les montagnes de Kong, qui les séparent de la race éthiopienne. Ils sont plutôt basanés que noirs (ils se disent les blancs d'Afrique); leurs cheveux ne sont pas crépus, mais longs et lisses ; leur nez est aquilin , leur physionomie agréable annonce l'intelligence. Ils ont propagé l'islamisme au milieu des populations nègres , ils sont nomades et pasteurs. Certains rapports entre leur vocabulaire et ;celui de l'archipel indien ont fait penser à M. d'Eichthal qu'ils s'étaient introduits en Afrique par l'île de Méroé; mais cette opinion est rejetée par Prichard, et combattue aussi par M. Schœlcher (travail inédit). Il est certain que les Fellahs , ou Ponls , n'ont pas le type malaisien. M. Schœlcher, qui a vu récemment une tribu de Foulahs à Gandiolo, dit
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positivement qu'ils ont les cheveux crépus ou laineux , mais plus souples et plus longs que chez les nègres en général. Du reste, il leur accorde des traits européens.
Les Yolofs, qui occupent le nord de la Nigritie, sont les nègres les mieux faits qu'on puisse voir; leur peau est du plus beau noir et brillante , et cependant ils se défendent d'appartenir à la race nègre, qu'ils surpassent de beaucoup par leur intelligence. Leurs traits sont semblables à ceux des Européens, mais leurs Lèvres sont un peu plus épaisses.
Les Maudingues, qui tiennent de l'Éthiopien par les cheveux crépus, par la saillie de la lèvre inférieure, qui est grosse et pendante, par l'absence de mollets, se distinguent par l'élégance de leur taille , la finesse et la régularité de leurs mains et de leurs pieds; leurs cheveux croissent plus que ceux de l'Éthiopien. Les Mandingues sont intelligents, leur prestance est belle.
Les Serrai res, les Yolas, les Touklors, les Sarracolets, etc., offrent encore , avec certains détails du type éthiopien , des caractères qui les éloignent cependant de cette race , mais qui sont trop peu saillants pour qne nous nous y arrêtions.
Les Abyssins purs , qui ont conservé , dit-on , les mœurs et les coutumes des anciens Israélites, ne doivent point être confondus avec les races précédentes; ils appartiennent à l'espèce arabe. Il ne faut pas les confondre non plus avec d'autres hommes dont le type est intermédiaire à celui des Arabes et à celui des Éthiopiens qui occupent l'Abyssinie. Les Gallas, voisins des Abyssins et qui menacent de les détruire, appartiennent aussi à ces tribus indéterminées, ou métis, qu'on ne peut rapporter à une race spéciale.
Les anciens Égyptiens appartenaient-ils à la race éthiopienne? C'est l'opinion de Volney, et il regarde le fait comme démontré. Les Coptes seraient les descendants (modifiés sans doute ) de ces Éthiopiens. D'autres , tout en regardant les Coptes comme les descendants des anciens Égyptiens, disent que les Coptes ont été l'origine de la race nègre; ils auraient alors subi , loin de l'Égypte , une sorte de dégradation. Lawrence s'est prononcé contre l'assimilation des anciens Égyptiens aux Éthiopiens.
La question a été plus récemment traitée, dans le même sens» par M. Courlet de l'Isle. Ce que nous avons dit plus haut sur les Éthiopiens ne permet guère d'admettre que leurs ancêtres soient les hommes qui ont élevé les monuments de l'Égypte, et auprès desquels Pythagorc, Platon, Solon, seraient venus étudier la philosophie. Sur cent têtes de momies tirées de Memphis, d'Abydos ou de Thèbes, les huit dixièmes sont du plus beau type caucasien; il y avait aussi quelques têtes de nègres, mais sans doute elles n'appartenaient pas aux législateurs du pays, lesquels y étaient venus de l'Inde. Telle est au moins la conclusion de M. Gourtet de Tlsle. En somme, si l'on veut reconstruire l'ancienne société égyptienne d'après l'étude des momies et des antiquités du pays , on voit que le type indoeuropéen appartient aux classes supérieures , le type berbère à la masse de la population , et le type nègre à une très-petite portion des anciens habitants.
Type berbère.
Ce type est décidément distinct des races noires ou enfumées qui rappellent le type éthiopien. Les Berbères occupent l'Atlas septentrional et toute la chaîne du petit Atlas; ils forment une partie de la population de l'Algérie et de Tunis; ce sont les Kabyles , que les observateurs modernes s'accordent à considérer comme les aborigènes ou autochtones de cette partie de l'Afrique. Les communications faites à l'Académie des sciences par M. Bory de Saint-Vincent et par M. Guyon, chirurgien de l'armée d'Afrique, une note lue à la Société ethnologique par M. Lacger, chirurgien-major de l'armée d'Afrique, confirment l'opinion généralement admise à cet égard. Le crâne que M. Bory a présenté comme spécimen de Kabyle pur sang avait l'angle facial presque droit, une forme européenne, des arcades sourcilières assez prononcées pour qu'il résultât de leur saillie une dépression vers la base du front à l'origine du nez, dont les os propres un peu courts se dirigeaient en avant. Les os de ce crâne sont aussi épais que les nôtres.
Les Berbères ont le teint plus ou moins basané, leur taille est moyenne, leurs cheveux bruns et lisses; ils sont maigres, mais robustes, actifs et intelligents.
L'histoire ethnologique des Guanches, anciens habitants des îles Canaries, ne peut plus être séparée de celle des Berbères. Les momies nombreuses trouvées dans les grottes sépulcrales de Ténériffe, de Palma et de Canaric, ont permis d'étudier les caractères de cette belle race, que le fer des Espagnols et les épidémies ont complètement détruite (1 ). Les Guanches étaient grands, très-musculeux, à cheveux lisses et fins, quelquefois blonds ou châtains. M. Dubreuil décrit à peu près en ces termes la tête d'une momie guanche : « Le crâne offre un bel ovoïde , dont la partie postérieure est beaucoup plus volumineuse que l'antérieure. Le crâne se fait remarquer encore par sa hauteur, par la forme arrondie de sa voûte, par des reliefs symétriques et adoucis. Le front domine les parties inférieures, les fosses temporales sont un peu excavées , le trou auditif se rapproche de la partie postérieure de la tète (?), le trou occipital est légèrement arrondi comme le crâne; la face est légèrement arrondie, ovale; les fosses nasales, la voûte palatine, ont peu d'étendue; les dents sont verticales.»
Deux traits dans la description des Guanches semblent contrarier l'opinion que les aborigènes de l'Atlas se seraient répandus dans les Canaries : c'est leur grande taille, qui leur avait fait donner le nom de Patagons de la géographie classique, et les cheveux blonds ou châtains du plus grand nombre; mais certains Berbères du haut Allas ont des formes athlétiques, et dans les montagnes d'Auress se trouve une tribu blonde dont nous rechercherons plus loin l'origine.
Desmoulins, qui a fait des Guanches une espèce à part sous
(1) M. Sabin Berthelot, auteur d'un très-intéressant mémoire sur les Guanches, ne croit point à leur destruction complète , et signale la conservation du type chez les campagnards, notamment dans la partie méridionale de Ténériffe.
le nom d'atlantique, considère comme un caractère important de cetle espèce l'existence d'un trou à la cavité olëcranienne de l'humérus. Le squelette que l'on possède à Paris présente en effet cette perforation, mais elle manquait sur deux momies guanches examinées par M. Dubreuil, et on l'a trouvée sur des squelettes de Boschismans, d'Égyptiens, de mulâtres, et même sur des squelettes européens. Ce n'est donc qu'une variété anatomique sans importance.
M. Bory de Saint-Vincent rapporte les Guanches à la race atlantique, dont il reconnaît des peuplades depuis le cap Blanc jusqu'à l'empire de Maroc, et qui comprend les Berbères. La linguistique corrobore l'opinion que les Guanches venaient du continent africain.