‹ Cours de physiologieChapitre 39 sur 60 · DIX-NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIX-NEUVIÈME LEÇON

Messieurs,

Nous avons terminé, dans la séance précédente , la description des principaux types africains ; nous allons rencontrer une race importante sur le passage d'un continent à l'autre, c'est la race arabe.

Type arabe.

Dans les instructions données à la commission scientifique envoyée dans nos possessions d'Afrique, M. Larrey a dépeint les Arabes comme offrant le plus beau type humain. Il en a fait trois groupes: 1° les Arabes orientaux, venant des bords de la mer Rouge ou de l'Arabie proprement dite, et qui, dit-il, se seraient répandus et perpétués dans la classe des laboureurs de l'Égypte ; 2° les Arabes occidentaux ou africains, originaires de la Mauritanie ou des côtes d'Afrique; 3° les Arabes bédouins, errants sur les limites du désert. Desmoulins rapporte aux Arabes nonseulement les aborigènes de l'Arabie , mais les Persans , les Égyptiens, les Abyssins , le peuple hébreu, et par conséquent les juifs. MM. Lacger, Guyon, Bory de Saint-Vincent, ont soigneusement distingué, dans ces derniers temps, le type kabyle ou berbère du type arabe ( adamique de M. Bory de Saint-Vincent). Sur le crâne de Bédouin présenté par ce savant à l'Institut , le profil s'allonge , l'angle facial devient plus aigu ; cependant la voûte du crâne est élevée. «Nulles saillies ou crêtes, mêmes rudimentaires, ne couronnent les arcades sourcilières, qui demeurent, à tout âge, unies et parfaitement lisses, ce qui fait qu'il

de l'homme et des haces humaines. 41 y

n'existe pas de dépression notable entre la base du front et l'origine du nez, où les os propres, plus longs qu'ils ne sont chez tous les hommes, déterminent la courbure aquiline avec une bosse plus ou moins prononcée dans la longueur. » Les os de ce crâne sont plus minces que ceux du Kabyle (1); le nez aquilin, c'est-àdire tout d'une venue avec le front, qui donne tant d'élégance et de noblesse à la téle de l'Arabe, ne se rencontre pas ordinairement chez le Kabyle , dont la tête est en outre plus arrondie.

Les Arabes ont la peau basanée, les cheveux noirs et lisses, bouclant rarement, la bouche bien faite , les dents bien plantées, les yeux gracieusement fendus en amande, les membres bien proportionnés. Leur système musculaire se dessine sensiblement sous la peau; ils ont rarement de l'embonpoint. Leurs sens sont d'une exquise sensibilité. Ils sont adroits, agiles, sobres, hospitaliers, intelligents, aptes aux sciences.

Les Maures doivent-ils être rapportés aux Berbères ou aux Arabes? Je vois, d'un côté, M. Lacger affirmer que les Maures ne différent des Arabes que par le genre de vie; et, d'une autre part, je lis dans la note communiquée à l'Institut par M. Bory

(1 ) La différence d'épaisseur dans les os du crâne est-elle un caractère de race ou acquise? Voici ce qu'on lit dans Hérodote: «Là j'ai vu chose surprenante, dont je m'enquis à ceux du pays , les ossements de ces morts sur le champ de bataille séparés ( car ils étaient à part , ceux des Perses d'un côté , comme d'abord on les mit , de l'autre, ceux des Égyptiens ) , et les crânes des Perses si faibles, qu'à les frapper d'un petit caillou seulement tu les percerais ; ceux des Égyptiens , au contraire , tellement solides , qu'à grand'peine les rompras:tu d'une grosse pierre ; et la raison qu'ils m'en donnèrent, laquelle je crois aisément , c'est que les Égyptiens, dès l'enfance, vont la tête rase, dont les os se durcissent au soleil , et cela est cause en même temps qu'ils ne deviennent point chauves, car il n'est pays où se voyent moins de chauves qu'en Égypte. Voilà donc la raison pourquoi ils ont la tête si forte. Les Perses l'ont faible, au contraire, parce qu'ils la tiennent couverte, portant dès leur bas âge des tiares de feutre , et qui plus est vivent à l'ombre. Voilà ce que je puis dire avoir vu. A Paprémis aussi, j'ai vu chose pareille de ceux qui là périrent avec Achemcués, fils de Darius, défait par Inaros, de Libye.» (Paul- Louis Courier, Prospectus d'une traduction nouvelle d' Hérodote, p. 354;)

de Saint-Vincent : « Le plus minutieux examen ne révèle entre les Kabyles et Les Maures aucune différence qui puisse le moins du monde autoriser à les considérer comme appartenant à deux variétés. »

M. Raffencl, qui a donné la relation de son voyage dans l'Afrique occidentale, emploie le mot Maures comme synonymes $ Arabes, et attribue à une migration des tribus de cette race la présence de Maures vers la partie orientale du Sahara,

Type celtique.

Les recherches de M. Thierry ont établi que les Gaules étaient habitées autrefois par deux corps de nations, les Gaels et les Kimris. Edwards, dans un mémoire sous forme de lettre, adressé à M. Thierry, décrit les caractères de ces deux peuples, dont les types se retrouvent encore, malgré les mélanges de races. Pour es Gaels, une tête plutôt ronde qu'ovale, les traits arrondis et la stature moyenne; pour les Kimris, la tète allongée, le front 1 arge et haut, le nez recourbé en bas à la pointe , les ailes du nez relevées, le menton fortement, prononcé, et la stature élevée.

Les Gaels, qui étaient les premiers venus , s'ils n'étaient aborigènes, sont, suivant Edwards, les vrais Celtes que César, à son arrivée clans les Gaules, plaçait depuis le Rhône et la Garonne jusqu'aux confins de la Belgique. On trouve encore des descendants des Gaels parmi les montagnards écossais et les Irlandais, qui, par leur esprit vif et leur caractère enjoué, ont quelques rapports avec les Français (1).

Les Kimris s'étaient installés en Belgique et avaient aussi peuplé l'Angleterre, où leurs descendants se trouvent presque purs de tout mélange dans le pays de Galles. Il y en a en France dans a basse Bretagne : ceux-ci ont repassé d'Angleterre en France.

(1) Prichard, dans un travail sur les Gaulois , a soutenu qu'il n'y avait pas de Gaels en France, mais Edwards l'a viclorietisement réfuté.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que la tête des Celtes appartient à cette forme générale qui distingue presque toutes les nations européennes; que le crâne y offre de belles proportions, que le front n'est pas fuyant, que l'angle facial s'élève à 80 degrés, que les dents sont verticales , et que la face n'offre aucuns des caractères que nous avons désignés sous le nom de forme prognathe. Je désignerai désormais cet ensemble sous le nom de type européen. Le nez des Celtes ne fait pas suite au front comme dans la race précédente, une dépression l'en sépare.

Ce n'est pas sans surprise que j ai lu dans Prichard que les anciens Celtes étaient blonds. La plupart des écrivains leur donnent une barbe et des cheveux bruns ou noirs, une peau d'un blanc terne avec peu d'incarnat aux joues, et si velue qu'une sorte de pelage couvrait quelquefois leur dos. M. Prichard cite des textes imposants; mais il ne faut pas oublier que les Romains donnaient le nom de Gaulois à la plupart des peuples qu'ils avaient rencontrés au delà des Alpes, et que cette appellation a pu être employée pour des Germains aussi bien que pour des Celtes.

Le docteur Ware , dans un ouvrage où il examine les titres des Gaels et des Kirnris à être considérés comme les premiers habitants des Iles Britanniques, a émis l'opinion qu'ils y avaient été précédés par une race plus ancienne , celle des Ibères ( qui auraient aussi occupé la Péninsule, et dont la langue , radicalement différente de toutes celles que parlent les peuples européens , ne serait plus parlée aujourd'hui que par les Basques, en France, et leurs voisins les Biscayens, en Espagne). Cet auteur , ainsi que M. Vivien, fait venir d'Asie les Gaels et les Kirnris.

Type giélagre.

Les chefs-d'œuvre de la statuaire antique nous ont transmis les caractères de ce type , qu'on retrouve encore chez quelques dames romaines et un grand nombre de femmes grecques , et qui n'a pas besoin d'être décrit.

Le nez aquilin est commun aux Pelages ( Étrusco- Pelages de

AiL PROLÉGOMÈNES-

Desmoulins) et aux Arabes; mais l'habitude du corps, la couleur de la peau, sont bien différentes dans les deux races. Le sourcil, arqué dans le type arabe, est transversal dans le type pelage.

Les Pélages occupaient, dit-on, l'Archipel, la Turquie d'Europe, la plus grande partie de l'Italie et la Sicile. Les Grecs se disaient aborigènes , c'est-à-dire issus de la terre de Grèce.

Blumembach, qui pendant longtemps avait désespéré d'introduire dans sa riche collection un crâne d'ancien Grec, a eu enfin le bonheur d'en recevoir un , bien authentique, comme le prouvent les détails qu'il a soin de donner au lecteur au commencement de la décade où il a figuré ce crâne. Je ne pense pas avoir jamais vu une forme de tète aussi noble et aussi élégante ; mais je désire que vous ne perdiez pas un mot de ce que Blumembach a écrit à ce sujet :

Eximia vero pulchritudo hujus cranii , cum icône quain exliibemns accurata per se jam oculos artis peritos feriat, verbosius eam persequi supervacuum videtur. Sufficiat ergo monuisse inter ctxx crania dwersarum gentium, ad quem nempe nuinerum , collectio mea dum hœc scribo increvit, prœter illud Georgianœ feminœ, ne unum esse quod eximia forma calvariœ subglobosœ, frontis nobilissime fornicaiœ maxillœ superioris ossibus sub nariurn apertura fere ad perpendiculum coadunatis, jugalibus concinne et modice declivibus, verbo universa vultus venustissima conformalione huic œquiparandum sit.

Si enim verum est, ut est verissimum , faciei varias formas proxime a cranii quodipsipro fundamenio est figuratione pendere , hœc de qua agimus calvaria adeo ut cum nasone loquar,

Arfificium laudatis proxima signis

apparebit harum rerum peritis , ut vel hocce insigni exemplo ea ultro ad oculum cornprobentur quœ alias, contra nuperorum quorundam opinionem de vultus forma quam

idealem vocant et linea faciali vetôrùm grœcorum rnoriui, quant nempe non ad ipsam nalurœ verilalem, sedut Quintilianus ait, décore addilo supra verûm, efflictam auiumant; cum potins, si hoc de quo agitur cranium, cum pulcherrirnis humani capitis formis contuleris quœ in artis, priscœ grœcanicœ omnis generis operibus perfectissimis supersùnt, ea utique symmetria et proportione perfecte cum hoc ipso, convenire fateri oporteat.

Ainsi donc, si nous en jugeons par ce crâne, les peintres et les statuaires grecs auraient représenté des formes réalisées autour d'eux , et non une nature idéale. Je dirai plus loin un mot du crâne de la jeune Géorgienne; mais, tout considéré, je donne la préférence à la tète du Grec. La tète d'un ancien soldat romain, figurée par Blumembach, est aussi d'une forme avantageuse, mais moins belle que celle de l'ancien Grec.

Type scytlniqwe.

Les peuples que nous allons y rapporter sont nombreux , et à certains égards différents les uns des autres; mais tous, hors le cas de mélange avec d'autres races, avaient ces chevelures blondes , ou blanc cle lin , ou rouges , ou rousses , que mentionnent les plus anciens auteurs, et que montrent les plus antiques peintures. Il faut joindre à ce caractère un iris variant du bleu foncé au bleu pâle, ou verdàtre, ou grisâtre. La tête offre les caractères généraux du type européen. On peut rapporter ces hommes blonds, ou rouges, ou roux, à quatre races : les Germains, les Slaves, les Finnois et les Turcs.

1° Les Germains, ou Teutons, ou Allemands, étaient les plus rapprochés de nous. Sous le nom de Saxons , de Danois , de Normands , ils ont conquis l'Angleterre, où ils ont fait disparaître politiquement, mais non complètement, les anciens habitants. Les Goths, qui sortaient de la Scandinavie, étaient de race teutone. Sous le nom de Cimbres, les hommes de cette race ont peuplé la presqu'île du Jutland, et ils ont pénétré jusqu'en Islande.

l'ROLÊGOMÈNES,

Retzius, de Stockholm, dit que le crâne du Scandinave /unsang est de forme oblongue , et que ce crâne l'emporte sur tous les autres par la perfection de son ensemble. Les cheveux blonds, les yeux bleus, la peau blanche, animée d'un vif incarnat aux joues et peu fournie de poils, un tempérament sanguin , un visage ovale et de la noblesse dans les traits: tels sont les caractères de la race teutonique.

2° Les Slaves- ont été englobés par plusieurs auteurs allemands, et par M. Desmoulins, avec les Germains dans une seule race, qu'ils ont appelée, avec Klaproth, indo-germanique. Mais il a été prouvé par l'abbé Dobrowski , de Prague , par le professeur Schaffarik, de Hongrie, que les Slaves sont venus plus tard ; qu'ils sont Indo-Slaves et non Indo-Germaniques; qu'ils diffèrent des Teutons par les traits , les mœurs , et par leur langage, qui se rapproche du sanskrit plus que celui de toutes les autres nations européennes; si bien que, dans les chants du peuple , on trouve cucore des invocations de divinités indiennes. Les anciens Sarmates, les Polonais qui en descendent, les Lithuaniens, les Russes, les Bohémiens, qui ont conservé, bien qu'enchâssés dans la variété teutoue, le naturel vagabond de leurs pères, sont de race slave. Les anciens Prussiens, que Desmoulins dérive à tort des Teutons , étaient Slaves, mais ils ont été expulsés par les chevaliers teutoniques, qui commencèrent en 122'î la conquête de la Prusse. Les Cosaques du Don, de l'Oural, de la mer Noire, de l'Ukraine, sont aussi de descendance slave, et non, comme on l'a dit, des Turcs inongolisés (M. de Popoff, auteur cosaque). Enfin, d'après Edwards, une partie delà population de la Hongrie est d'origine slave (l'autre partie vient des Mongols ;. Voici les caractères qu'il attribue aux Hongrois slaves. Le contour de la tête, vue de face , représente assez bien un carré , la hauteur dépassant peu la largeur, le sommet étant aplati et la mâchoire horizontale; nez moins long que la distance de sa base au menton, presque sans courbure, à moins que le bout ne se relève un peu ; les yeux sont sur la même ligne ; la bouche est beaucoup plus près du nez que du menton; peu de barbe , si ce n'est à la lèvre supérieure. Ce portrait peu sédui-

saut ne reproduit certainement pas les traits des Polonais cl des Russes.

3° Des Finnois. Depuis les environs de la mer Baltique et de la mer Blanche jusqu'aux affluents du Yenissey, errent de misérables tribus, que Pallas nous montre vivant de chasse ou de racines: tels sont les Tcheremises, les Voliaks, les Ostiaks, etc. Celles de ces tribus qui n'ont pas été modifiées par des croisements montrent des cheveux d'un blond doré , ou d'un rouge ardent , ou châtains , ou roux. Ils ont en général un corps peu robuste , une jambe effilée, un iris bleu pâle formé de deux cercles concentriques, l'intérieur plus clair.

4° La race des Turcs est peut-être , de toutes les races, celle qui a éprouvé par le croisement les mutations les plus profondes, et l'on serait bien dans l'erreur si un s'attendait à retrouver les caractères du type dans les musulmans modernes. On croit qu'ils occupaient anciennement les pentes du grand et du petit Altaï, ainsi que les montagnes au nord-est du Thibet; mais ils ont été refoulés par les Mongols, conduits par Gengiskan. Cela n'a pas eu lieu peut-être sans quelque mélange : aussi Blumenbach signale-l-il une grande ressemblance entre la tête du Kirghis et celle du Mongol. D'une autre part, les Osmanlis, plus rapprochés de nous, offrent dans leur crâne un type européen. Prichard regarde cette forme de téte comme une conséquence de l'état de civilisation des Ottomans modernes; d'autres personnes supposent que des croisements continuels avec les filles du Caucase ne sont pas étrangers à cette amélioration clans les qualités physiques des Ottomans.

Desmoulins décrit les anciens Turcs comme des hommes fort laids, à la barbe rouge, aux yeux verts, au visage plat et carré, aux mâchoires épaisses et fortement anguleuses en arrière, et aux yeux bridés. Cet auteur croit que les Baskirs de l'Oural sont demeurés purs de tout mélange.

Ce qui me frappe dans toutes les têtes de Turcs dont on a donné la figure, c'est leur forme presque sphërîqiie. L'usage du turban y serait-il pour quelque chose? Voici les caractères principaux de ces tètes, tels que Blumenbach les expose. Ciïa-

AÀb l'IlOLÉGOMÈNES.

racteres primarii : calvarià fere globosa; occipito scil. vix ullo, cum foramen magnum pene ad extremum baseos cranii positum si t. Frons fatior. Glabella prominens. Fossœ malares leviter depressœ. In universuni faciei symmetrica et elegans proportio. Ce dernier trait montre que ce sont des tètes d'Osmanlis qui ont servi de types à sa description.

Type caucasique.

Il ne faut pas prendre ici le mot caucasique dans l'acception étendue que lui donne Cuvier, lequel dérive de la race caucasienne toutes les races à peau blanche, tant blondes que brunes, que je vous ai fait connaître et quelques autres encore. Je ne veux désigner par là que les populations aborigènes du Caucase et de ses embranchements en Perse et en Asie-Mineure. On s'est plutôt appliqué à décrire , dans cette race , les femmes que les hommes. Voici le portrait qu'on a donné de ces Géorgiennes, Arméniennes, Circassiennes , Mingréliennes, que les Turcs et les Perses admettent dans leurs harems. Le visage un peu arrondi; le nez, les yeux et le front purement dessinés; des cheveux et des yeux noirs, qui contrastent avec un teint d'une blancheur éclatante ; une peau extrêmement unie ; une bouche petite ; des sourcils tellement minces qu'on les a comparés à un filet de soie recourbé; des cheveux fins, luisants et bouclés.

Blumenbach, qui, dans sa 3e décade, a donné la figure du crâne d'une Géorgienne, le décrit en ces termes :

Universus hujus cranii habitus tain elegans et venustus , ut et tantum non semper vel indoctorum , si qui collectionem meam contemplantur, oculos eximia sua proportionis , formositate feriat.

Calvaria subglobosa , versus tempora paulo compressior; frons modice explanata ; ossa jugalia angustiora , inde a processu malari ossis frontis leniter utrinque descendenlia et retrorsum flexa; arcus superciliares œquabiles nullo ad giabellam intersinio distincti , sed eo loco molli potius tubere cum nasi dorso confluentes ; limbus alveolaris œqua-

biliter arcuatus; mentum pleniusculiim , pulchre rotundalnm...

Chardin a écrit: «Le sang de Géorgie est le 'plus beau de l'Orient, et je puis dire du monde. Je n'ai pas remarqué un visage laid en ce pays-là , mais j'y en ai vu d'angéliques. » Il ne paraît pas cependant que toutes les races caucasiennes jouissent de cette prééminence. Reineggs, cité par Prichard, ne vante pas les Circassiennes ; en revanche, les Circassiens sont, au dire de Pallas, des hommes d'une magnifique apparence. Le crâne d'Arménien, dont Blumenbach donne la figure, ne présente pas un type fort élégant.

Type hindou.

Le caractère principal des Hindous consiste en ce que, avec des traits européens et qui, par conséquent, diffèrent essentiellement de ceux qui distinguent les races mongoliques, ils ont la peau colorée.

Leur teint est d'un jaune foncé, tirant sur le bistre ou sur la couleur de bronze (Bory de Saint-Vincent); on l'a encore comparé à la couleur du café cru ou de café brûlé de toutes nuances. Leurs cheveux sont noirs, lisses, très-rarement bouclés; leur corps est peu velu, et à cet égard ils diffèrent sensiblement des Persans. Le pubis est peu garni de poils chez les femmes. On a dit à tort que celles-ci sont nubiles dès l'âge de dix à douze ans.

Les Hindous ont le crâne ovalaire, les dents verticales, les paupières assez largement fendues , le nez mince, mais nonaquilin (c'est-à-dire qu'il offre, comme celui des Celtes , une dépression légère là où il naît du front); la taille étroite, élancée; la jambe fine et le pied bien fait. J'ai lu qu'une main anglaise ne pouvait entrer dans la poignée d'un sabre fabriqué pour un Hindou.

On connaît leur sobriété, leur industrie , leur douceur, et l'état d'asservissement dans lequel ils sont réduits. Leurs monuments témoignent d'une civilisation qui remonte au delà de nos chroniques; mais leur distribution en castes, qui ne s'unissent

qu'entre elles, et dans lesquelles ils semblent parqués à tout jamais , a paralysé chez eux l'esprit de progrès.

La race hindoue occupe les bords de l'Indus; les monts Himalaya l'ont bornée vers le nord -, elle a pénétré à Ceylan et dans les îles Maldives et Lacdives. Elle s'est aussi mêlée aux anciens Égyptiens, et Blnmenbach signale les crânes d'Hindous comme formant une des trois variétés que l'on rencontre dans les momies.

Type mongolique.

Ce lype est un de ceux qui plaident le plus fortement en faveur de l'existence primitive de plusieurs races humaines. En quelque lieu qu'on observe les races mongoliennes, qu'elles appartiennent à des empires civilisés, comme à la Chine et au Japon, à ces tribus nomades répandues sur les immenses plateaux de l'Asie , ou à des hordes que le voisinage des pôles a rabougries, toutes présentent l'élargissement des pommettes, et cette forme particulière de la tète que nous avons décrite dans une des précédentes leçons ( voyez page 388 ). J'ajouterai quelques détails à cette description. Nous avons dit que, vue de face, cette tête avait l'apparence d'un losange; cependant le visage, proprement dit, prend un peu l'aspect d'un disque, à cause de l'élargissement transversal du menton. Si on regarde cette tête de profil , ou voit que les éminences malaires ne sont pas sur uu plan de beaucoup postérieur à l'arc antérieur des dents incisives supérieures. Ce profil ne montre pas les lèvres saillantes comme chez l'Éthiopien; tout au contraire, chez certaines nations, elles paraissent rentrées à cause de la proéminence du menton. Le nez est petit et aplati; l'ouverture des narines étroite , et plutôt circulaire que linéaire. Sur la tête sèche, la glabelle et les os propres du nez sont presque sur la même ligne que l'os malaire. L'arcade sourcilière est très-peu prononcée. Enfin l'os malaire, outre qu'il élargit considérablement la face, occupe au moins un quart en plus d'espace d'arrière en avant dans la face du Mongol que chez l'Européen.

DE L'HOMME ET DES liACES HUMAINES. 429

L'oreille grande et sans bordure (?) s'écarte des tempes et présente son pavillon en avant.

Les Mongols ont le cou court et épais, des membres robustes, les pieds et les mains très-petits; leurs cheveux sont noirs, lisses, durs et roides; leur peau est presque glabre, et ils n'ont de barbe qu'à la lèvre supérieure. La teinte de cette peau est jaunâtre ou brunâtre, et d'un aspect suifeux.

L'ouverture des paupières est oblique de bas en haut et de dedans en dehors.

Les populations qui ofrïent le type mongolique ont été rapportées par quelques auteurs à trois races, savoir: Vindo- si nique, la mongole et ï'/iyperborëenne.

1° La race indo-sinique comprendrait les Birmans, lesSiamois, les Cochinchinois , les Tunkinois, les Chinois, les Coréens, les Japonais, etc. Il y a entre eux quelques différences. Les Birmans et les Siamois sont les plus grands de cette race; leur nez est peu ou pas aplati , mais il reste court et arrondi par le bout. Les Cochinchinois et les Tunkinois ont la peau moins foncée que les autres Mongols, et parmi ces derniers il en est qui, évitant de s'exposer à la lumière, sont aussi blancs que des Européens ■Desmoulins). Ce n'est pas le seul point par lequel ils se distinguent ; leur nez, sans atteindre aux dimensions de ceux des Européens , est cependant plus long que ceux de la race indosinique, et quelques familles offrent des cheveux blonds ou châtains, ce qui semble témoigner d'un mélange avec les Turcs.

Quant aux Chinois et aux Japonais, leur nom suffit pour éveiller l'idée de cette forme particulière des yeux qu'on a nommés yeux chinois , et dont .on peut voir un fort beau spécimen dans le portrait que Prichard a fait copier dans son livre. Il faut que nous nous arrêtions un instant sur cette particularité. Et d'abord, vous remarquerez qu'elle ne tient ni à l'orbite, qui n'offre pas d'obliquité particulière, ni au globe de l'œil luimême, dont la forme exclut tout idée d'obliquité. C'est l'ouverture des paupières qui est oblique. Les délégués du commerce français en Chine ont mis en doute que ce fût un caractère de race, et ont prétendu que celle obliquité, beaucoup moins corn-

mime chez les hommes que chez les femmes , et absente chez le plus grand nombre des habitants de Canton, provenait de l'espèce de coiffure à la mode en Chine, laquelle consiste dans des cheveux relevés de manière à tendre fortement la peau de la tempe et du front. Il paraîtrait cependant, d'après M. de Siebold, que la largeur des pommettes et la dépression de la racine du nez sont la cause de cette obliquité des paupières , dans la race chinoise. «La peau, dit- il, se trouve en excès entre les deux yeux; par contre, elle se trouve attirée par la saillie des pommettes. Il y a donc d'un côté relâchement, de l'autre tension , et par suite la peau de la paupière supérieure forme un repli qui retombe sur la paupière inférieure... On voit habituellement, chez de jeunes individus, l'angle interne tellement couvert par ce repli de la peau, que l'on aperçoit à peine la valvule semi-lunaire et la caroncule lacrymale. »

Le repli falciforme dont il est question ici se retrouve chez quelques autres nations extra-européennes , ainsi que le reconnaît Siebold , et par exception chez quelques Européens. Il en est de même d'une autre particularité observée par lui chez les Japonais , les Chinois, et même chez les Coréens et les Cochinchinois , et qui consiste en ce que , lorsque l'œil s'ouvre, le cartilage tarse s'enfonce tellement sous le repli de la peau de la paupière supérieure, que les cils même en sont à moitié recouverts. Les Chinois et les Japonais ont de la tendance à l'obésité ; leur peau suifeuse est presque glabre, si ce n'est à la lèvre supérieure, qui porte deux moustaches allongées en pinceaux. Les Chinois réduisent par des pressions et déforment le pied déjà très-petit des jeunes filles.

2° La race mongole joint aux caractères généraux de l'espèce mongolique les particularités suivantes, dont j'emprunte le détail à Desmoulins. Taille de 2 ou 3 pouces moins élevée que celle des Indo-Siniques, membres forts et trapus, jambes courtes et arquées en dehors, tête relativement .très-volumineuse enfoncée entre les épaules; fente des paupières petite, courte et comme linéaire; saillie des pommettes et convergence des tempes trèsjprononcées; chevelure rude, droite, noire et très-longue, sur-

tout chez les Tongouses (1). Us n'ont pas l'embonpoint des Chinois et des Japonais. Ils conservent leurs cheveux et leurs dents jusqu'à un âge très-avancé.

La race mongole comprend les Tongouses, les Mantchoux, les Kalmoucks et les Mongols proprement dits. Vous pouvez voir sur la carte la portion de l'Asie qu'elle occupe ; mais on retrouve les caractères de cette race clans les Toutchis d'Asie, les Kamskadales, les Koriaques , qui occupent l'extrémité de l'Asie voisine du détroit de Behring. Bien plus , ces caractères se retrouvent de l'autre côté du détroit dans les Toutchis d'Amérique , et clans les habitants de cette longue chaîne d'iles nommées Aléoutiennes. Enfin la race mongolique, et notamment la souche tongouse, s'est répandue, suivant Desmoulins, le long de la côte occidentale d'Amérique jusqu'au voisinage de la Californie, au 50e degré de latitude. Mais nous élèverons quelques doutes à cet égard.

Bien que la plupart de ces tribus vivent à l'état nomade, la race mongole a modifié par ses armes l'Asie et l'Europe. Les Mantchoux et' les Tongouses ont conquis la Chine. Gengiskan était delà souche mongolique proprement dite; les Huns conduits par Attila étaient aussi de cette race. M. Edwards a démontré que leur type s'est conservé au centre de la Hongrie , tandis que les autres régions de ce pays sont habitées par des races slaves , ainsi que nous l'avons déjà dit. Il est curieux de voir le type mongolique décrit par ceux qui ont tracé le portrait des Huns, voire même celui d'Attila. Les Huns , dit Jornandès, sont laids, noirs, petits; leurs yeux sont petits et de travers, leur nez écrasé, leur visage sans barbe ressemble à une tourte difforme. Voici ce que Priscus dit d'Attila : « Sa taille était courte , sa poitrine large, sa tête démesurément grande , ses yeux petits, sa barbe rare, son nez épaté , sa peau noire » (ce qui veut dire brune).

(1) Un prince tongouse, dont il est parlé clans le voyage de Corneille Lebruyn , avait les cheveux longs de 4 aunes de Hollande ; déroulés , ils traînaient de 2 à 3 pieds derrière lui.

Les Tartares ou Tatars, mal à propos rapportés à la râcè mongolique par un grand nombre de naturalistes, et entreautres Buffon, n'appartenaient pas à cette race.

3° La race hyperboréenne, dont les tribus sont répandues sur les parties boréales de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique, occupe une si immense étendue , qu'aucune autre race ne peut lui être comparée sons ce rapport. Les principales nations et tribus hyperboréennes sont, en commençant par l'Europe, les Lapons, qui sont les plus anciennement connus; puis, sur toute la côte septentrionale de la Sibérie, les Samoièdes, dont le nom signifie, dit-on, mangeurs de saumon, et qui vivent effectivement de leur pêche et de leur chasse sur les' bords de la mer Glaciale. Ils peuplent aussi les bords du Yenissey et de ses affluents supérieurs. Les Yacontes , qu'on rencontre un peu plus loin , n'appartiennent pas à la race hyperboréenne et sont de race scythique; mais plus loin encore, les Yakaghires ressemblent aux Samoièdes. Enfin, après une nouvelle interruption de près de six cents lieues, la race hyperboréenne reparaît dans les Esquimaux, qui n'occupent pas moins de cinq mille quatre cents milles de côtes , depuis le détroit de Behring jusqu'au Groenland, depuis l'Atlantique jusqu'à la mer Pacifique, y compris même toutes les mers, golfes et îles de la partie la plus septentrionale de l'Amérique. Et, chose curieuse, dans toute cette étendue, le type fondamental de la race se conserve, ainsi qu'un même langage. I e nom d'Esquimaux est , selon Charlevoix cité par Prichard , dérivé d'un mot algonquin qui signifie mangeurs de poisson

cru.

Les Hyperboréens sont d'une petite stature, et la chose est connue depuis longtemps pour les Lapons. Ils ont la tète volumineuse enfoncée entre lesépaules;le corps maigre, mais trapu; les iambès moins cambrées que les Mongols, les pieds menus, la face élargie en travers et rétrécie dans le sens vertical, les lèvres larges et renversées en dehors ; les cheveux noirs et roides, moins lonrs que ceux des Tongouses ; la peau presque glabre. Tous ont la peau colorée, bien qu'ils vivent dans un climat rigoureux: lis la teinte varie suivant les tribus auxquels ils appartienne,,..

Elle est d'un brun olivâtre chez les Groenlcndais, jaunâtre chez [es'Saraoièdës cfArchangel, etc. Les Esquimaux rencontrés par le capitaine Ross avaient la peau d'une couleur cuivrée sale , une taille de 5 pieds (anglais), une certaine corpulence, les cheveux noirs et durs comme du crin (1).

Il est bon de noter que le crâne que Prichard a fait représenier comme type de la forme pyramidale est précisément un crâne d'Esquimau. On a observé que les os de la tète de quelques Esquimaux du Labrador et de trois Groenlendais étaient fort minces à la région occipitale, région relativement dilatée sur ces tètes; mais je n'oserais faire de cette particularité un caractère de race.

Type koui'ilieBi osa aïnos.

Pour admettre un type à part , dans un point circonscrit du littoral de l'Asie enclavé de toutes parts par des races mongoliques, il faut que les caractères anthropologiques soient bien distincts. Ils le sont en effet.

Les Kourilicns visités par l'amiral Krusenstern, et plus tard, par Lapeyi ouse, occupent les îles comprises entre le Japon et le Kamschatka, savoir, Ieso et les iles Kouriliennes; les hommes de ce type se trouvent aussi à la pointe du Kamschalka et sur une portion du littoral asiatique.

(1) Rien de plus amusant que la relation faite par le capitaine Ross de sa rencontre avec une tribu d'Esquimaux. Il ne restait chez cette tribu aucun souvenir d'avoir communiqué avec le reste du genre humain; ils se croyaient seuls au inonde, et cependant ils purent converser avec un Esquimau amené par Ross. Invités à visiter le vaisseau , qu'ils avaient pris pour une créature pourvue d'ailes, l'un d'eux s'arrête à trois cents pas , et adressant la parole au bâtiment : «Qui cs-tu? d'oùviens-lu? est-ce du soleil ou de la lune?» lui cria-t-il ; s'arrêtanl un peu entre chaque question, et se tirant le nez de la manière la plus solennelle. Quand on parla à l'un d'eux d'un être tout-puissant , créateur de toutes choses, il demanda vivement où il demeurait ; et informé que Dieu était partout, il en fut très-alarmé, et devint impatient de remonter sur le pont du vaisseau.

Un des caractères distinclifs des Kouriliens est l'excessif développement de leur système pileux ; ce sont les plus velus de tous les hommes. Voici en quels termes ce fait est énoncé par Lapeyrouse. « Leur barbe tombe sur leur poitrine, et ils ont les bras, le cou, le dos, couverts de poils. J'insiste sur cette particularité, parce qu'elle se présente comme un caractère général , au lieu qu'en Europe , où l'on trouverait bien quelques individus aussi velus, ces individus forment une exception au caractère commun. » Les navigateurs russes disent qu'un Aïnos de cinq ans était déjà tout couvert de poils.

11 est fort surprenant de rencontrer les hommes les plus velus de la terre à côté de tribus mongoliques et hyperboréennes , dont le corps est si peu fourni de poils. Ce n'est pas leur seul caractère distinct if. Leurs tempes ne convergent pas comme celles des Mongols, leur front est plat et bas , leur nez est droit et fait suite au front ; leurs arcades orbitaires sont très-saillantes , leurs yeux sont horizontaux ; enfin leur taille dépasse celle des Mongols. La teinte de leur peau, d'un brun foncé, a été comparée à celle de l'écrevisse vivante. Krusenstern et Lapeyrouse vantent la douceur des Aïnos, et notre célèbre compatriote était disposé à voir en eux des Européens expatriés, opiuionqui se rapproche de celle à laquelle Klaproth est arrivé en comparait leur dialecte à celui de plusieurs tribus du Caucase.

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