‹ Cours de physiologieChapitre 40 sur 60 · VINGTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LEÇON

Minces ont espèces océaniennes,

II eût été difficile de tracer l'histoire des races océaniennes, il y a soixante et quelques années; mais elles ont été fréquemment visitées, observées et décrites à la fin du dernier siècle et dans celui-ci. Les voyages de Wallis , du commodore Byron, de Carteret, de Cook, de Bougainvilie, de Lapeyrouse et de ceux qui sont allés à sa recherche , les relations plus récentes de Dumont d'Urville, de MM. Ouoy et Gaymard, etc., permettent d'exposer les caractères ethnologiques des principaux groupes de ces insulaires. J'adopterai en la modifiant très-peu, la division, établie par M. d'Urville.

Tous les navigateurs qui ont parcouru l'océan Pacifique y ont reconnu deux espèces d'hommes fort différentes l'une de l'autre. Les uns ont des formes et des traits réguliers, des membres bien proportionnés, le teint brun ou jaunâtre plus ou moins clair ; ils sont intelligents, vivent en corps de nation ou en monarchie. Nous les désignerons génériquement sous le nom de Polynésiens. Les autres ont un teint brun très-foncé ou fuligineux , et ne le cédant point à l'Éthiopien ouauYolof. Leurs cheveux sont frisés, crépus, floconneux, quelquefois laineux; leurs traits sont disgracieux, leurs membres disproportionnés; ils vivent pour la plupart à l'état de sauvages. L'ensemble d'iles qu'ils occupent à reçu de M. d'Urville le nom de Mélanésie, à cause de la couleur des habitants; c'est YOcéanie méridionale. Nous les décrirons sous le titre générique de Mélanésiens. C'est par eux que nous allons commencer >

Type mélanésien.

Je viens d'eu exposer les caractères. J'y décrirai trois variétés principales : la variéïé nègre océanienne, la papoue et Xaustralasienne.

1° La race ou variété nègre océanienne est répandue dans les iles connues sous le nom de Nouvelles-Hébrides, Nouvelle-Calédonie, Nouvelle-Bretagne, Nouvelle-Islande, Loyalti intendi, Viti, Salomon, etc. 11 faut citer, parmi ces iles, Vanikoro , à jamais célèbre par le naufrage de Lapeyrouse, ainsi que l'ont établi, dans ces derniers temps, Dillon d'une part, et Duraont d'Urville de l'autre. Je choisis quelques descriptions pour faire connaître cette race. Voici ce que Forster, qui accompagnait Cook, dit des habitants de Mallicolo, une des Nouvelles-Hébrides : « Us étaient tous d'une noirceur remarquable , leurs membres manquaient souvent de proportion; ils avaient les jambes et les bras longs et grêles , les cheveux noirs, frisés , laineux. Les traits de leur visage nous paraissaient plus extraordinaires que tout le reste. Ils avaient un nez large, plat, et les os des joues proéminents comme les nègres. » — Voici ce que dit Cook lui-même de ces insulaires : « On pourrait presque les regarder comme une espèce de singe; ils sont très-hideux et très-mal proportionnés. » Il reconnaît que leurs cheveux ne sont pas aussi doux et aussi laineux que ceux du nègre d'Afrique. Tous les Mélanésiens ne ressemblent pas exactement à ce portrait. Je lis, par exemple, que les habitants de Viti sont grands, bien faits, agiles et musculeux. Du reste, leur face est prognathe comme dans la race nègre océanienne en général; ils sont insociables comme les autres et même anthropophages. A la Nouvelle-Bretagne, les insulaires avaient des traits agréables et une physionomie avenante.

Cette race nègre océanienne que nous voyons groupée dans des iles qui s'avoisinent se retrouve encore disséminée dans certaines parties de l'Archipel indien ou Malaisie; ce fait offre un grand intérêt ethnologique. Ainsi, dans les montagnes de Luçon, île peuplée par des hommes à peau jaune et des Kspagnols, il y a

des sauvages qui offrent les caractères de la race nègre océanienne ; c'étaient peut-être les premiers habitants. Mais a mesure nue les hommes à cheveux lisses ont gagné du terrain, les hommes à tète laineuse et à cheveux crépus se sont retiras dans des lieux déserts et inaccessibles. Ce fait se reproduit a la Cochinchine, où les Moyes ont cédé la place à une tribu indosin.quc ; a Ceylan, où lés Bed cl lias ou Vaidasontété refoulés, clans des parties désertes , par les Cingalais actuels , qui sont de souche hindoue, comme l'a récemment affirmé le docteur Davy (1). On a encore trouvé des noirs dans l'île haute de Pounipet et sur les groupes de Hogoleu , au milieu deraces jaunes. Enfin , à la Nouvelle-Guinée, les Harfours sont plus noirs et plus sauvages que les Paponas.

2° Variété papoue. Les Papous, sur lesquels MM.Ouoy etGaymard , et Lesson , nous ont donné de précieux renseignements , sont reconnaissantes entre tous les hommes par cette formidable coiffure qui les avait fait nommer par Dampier Paponas à tète de vadrouille. Leur peau est d'un brun foncé sans être tout à fait noire; leur visage est régulier, leurs pommettes peu saillantes . leurs lèvres ne sont pas proéminentes , leur nez n'est pas épaté. La plupart des navigateurs les regardent comme formant une espèce mixte provenant de l'union des Malais avec les Mélanésiens.

3° Variété australienne ou australienne. Avant Cook, on navait aucune notion sur les habitants de la Nouvelle-Hollande. Les premiers qu'il aperçut lui semblèrent de véritables sauvages, sans vêtements , sans habitation quelconque , et passant les nuits en plein air ainsi que des animaux (2). Sur d'autres points de la Nouvelle-Galles du Sud, ils étaient un peu plus industrieux et possédaient quelques pirogues.

(1) Les Vaidas, s'ils sont les plus sauvages des hommes, n'ont cependant pas la peau et les cheveux des nègres océaniens.

(2) Un Polynésien, que Cook avait pris à O'Tahïti, disait, en branlant la tète avec un air de supériorité : ; Ce sont de pauvres misérables. »

Les Australiens ne ressemblent pourtant pas aux Éthiopiens. Ils n'ont ni leurs lèvres épaisses ni leur nez épaté , leurs cheveux noirs ne sont pas laineux. Ni le crâne qui est figuré par Prichard, ni celui que Blumenbach a fait représenter dans ses Décades craniomm, n'offrent les caractères du crâne des nègres d'Afrique. Ils semblent tenir le milieu entre ceux-ci et les crânes des Polynésiens. L'os maxillaire supérieur fait saillie, aux arcades alvéolaires, mais moins que chez l'Éthiopien, et la forme de cette saillie n'est pas la même; les dents ne sont pas très-proclives. Malgré ces circonstances atténuantes, l'Australien constitue un assez pauvre échantillon de l'espèce humaine. Nulle autre race ne présente un contraste aussi choquant et aussi ridicule entre des membres grêles et une tête volumineuse. Un coup d'œil jeté sur l'Atlas de M. d'Urville donnera une idée de cette singulière conformation.

La peau des Australiens est couleur de suie ou de chocolat foncé. Le docteur Hombron, qui a communiqué en 1845, à l'Institut, une note sur cette variété de la race nègre océanienne, donne aux Australiens des pieds plats comme ceux du singe, un ventre flasque et pendant qui ajoute à la laideur de leur ensemble, le regard de la brute, le front fuyant, un énorme maxillaire supérieur et des membres maigres. Il est vraisemblable que toutes les tribus de la Nouvelle-Hollande ne sont pas aussi mal partagées, puisque je lis dans Cook : «Les traits de leur visage étaient bien loin d'être désagréables, ils avaient les yeux très-vifs, la voix douce et harmonieuse. »

D'une autre part, j'ai examiné, au Musée d'histoire naturelle, une tète d'Australien qui justifie la description de M. Hombron. Je n'ai jamais vu de tète qui ressemblât plus que celle-ci à la tête de l'orang-outang. Les mâchoires font une saillie démesurée et convergent en un énorme museau armé de dents proclives, le «râne est petit ; le front fuyant, étroit entre les fosses temporales. Tout porte à penser qu'il y a plusieurs variétés à la Nouvelle- Hollande.

Une singulière pratique, chez les Australiens, consistait à

DE L'HOMME ET DES RACES HUMAINES. 4à\)

placer en travers de la sous-cloison de leur nez, perforée à cet effet, un os gros comme le doigt et long de 5 à 6 pouces (1).

Type polynésien.

J'en ai décrit précédemment les caractères principaux. J'y reconnaîtrai trois variétés : 1° les Polynésiens proprement dits, 2° les Micronésiens, 3° les Malais ou Malaisiens.

1° l a variété polynésienne proprement dite occupe l'orient de la mer du Sud, dans un immense développement; elle s'étend , par exemple , du nord au midi, depuis les îles Hawaï ou Sandwich, qu'elle peuple, jusqu'à la Nouvelle-Zélande.

C'est un fait bien curieux que l'existence d'une même race d'hommes dans des îles si distantes les unes des autres ; cependant la communauté de langage, les traits, un certain degré de civilisation, l'usage du kava ou ava, la pratique de certaines superstitions, celle du tapou ou tabou par exemple, les rapprochent tellement qu'on ne peut se refuser à voir en eux les membres d'une même famille. Le Taïtien que Cook avait emmené avec lui put lier conversation avec les habitants de la Nouvelle- Zélande dont, à coup sûr, il ignorait l'existence en montant à bord du vaisseau anglais.

La taille des. Polynésiens est avantageuse, et clans certaines îles elle dépasse la taille européenne ; ils ont une certaine tendance à l'obésité. Leurs membres sont robustes et volumineux, leur angle facial est un peu moins ouvert que celui des Européens ; leurs dents sont verticales, cependant leurs lèvres sont un peu grosses et légèrement poussées en avant , leur nez est quelque peu épaté, leur peau est jaune cuivré ou d'un brun-olive peu foncé, leurs cheveux noirs et lisses.

Aux îles Sandwich, nommées aujourd'hui Hawaï, leur taille atteint à 6 pieds (anglais). Ils ont marché si vite dans la civili-

(1 ) Les matelots de Cook appelaient cela plaisamment leur vergue de beaupré.

il0 WlOLKGO.UÏi.'VI-S.

satiou depuis soixante ans, qu'ils n'offrent guère de différences a certains égards, avec les nations européennes.

Les femmes de Nouka-hiva (îles Marquises) sont, dit-on, les plus belles de l'Océanie; leur teint légèrement cuivré va jusqu'à la blancheur. J'ai vu au Muséum d'histoire naturelle plusieurs tètes d'indigènes des îles Marquises , elles offrent un beau type européen et un bel angle facial. M. Dubreuil a aussi reconnu ce caractère sur celle qu'il a décrite. La branche et le corps de la mâchoire ne forment pas un angle l'un avec l'autre , comme chez l'Européen, mais le maxillaire décrit, dans sa totalité, une sorte de courbe.

L'intérêt qui s'allaehe,pour nous, aux habitants d'uupays dont la France a pris possession m'engage à transcrire ici l'analyse d'une communication faite à l'Institut, le 7 juillet 1 84Ô, par M. Le Bâlard, chirurgien de la marine. «La constitution physique de ces insulaires est très-belle, et même supérieure à celle des Européens ; la couleur de leur peau se rapproche de la teinte du cuivre rouge foncé; leur (été est de grosseur moyeune; les cheveux noirs ou bruns, plats, gros, durs, peu longs ; la barbe est rare ; la charpente osseuse est solidement établie, le système musculaire bien développé; leur taille est plus élevée que la nôtre; la moyenne de hauteur est d'environ 1 mètre 80 centimètres; tous le corps est bien proportionné; les rapports du tronc et des membres normaux; la face est légèrement aplatie, le front est déprimé, les pommelles saillantes; le nez gros, large, court; les yeux droits, et généralement de couleur grise; la commissure externe des paupières est peu élevée; la bouche grande, les lèvres épaisses et fortement renversées en dehors, le menton rond. Les femmes sont beaucoup plus petites et d'une taille qui n'est pas en proportion avec la plus grande stature des hommes» (cetle infériorité du sexe féminin a souvent été signalée chez les tribus sauvages ou peu civilisées).

M. Le Bâtard a mesuré "26 tètes d'insulaires; voici les résultats obtenus : « La longueur d'avant en arrière esl à peu près la même que chez l'Européen; sa largeur au niveau de la région pariétale est moindre que l'Européen d'environ 2 millimètres; la dis-

tance qui sépare les os temporaux est un. peu moindre que chez l'Européen; la moyenne est de 12 centimètres 5 millimètres, tandis qu'elle est, en Europe, de 13 centimètres 2 millimètres. 11 y a une partie contaminent plus étroite, c'est la région frontale • deu* tètes seulement arrivent à 11 centimètres 8 mill.raètres La moyenne est de 1 1 centimètres. Les tètes européennes se distinguent généralement par l'étendue de ce diamètre, qui est ordinairement de 12 centimètres 3 millimètres... La circonférence du crâne est un peu plus faible que chez les Européens; la moyenne est de 00 centimètres, c'est-à-dire de 2 à 8 centimètres environ moindre... Un des caractères distinctifs de ces tètes, c'est qu'elles ont la région frontale rétrécic et une inclinaison plus prononcée du front en arrière... La partie postérieure est plus volumineuse.

M. Dumontier a comparé à un toit de cabane le sommet de la tète des Nouha-hwiens et signalé la saillie des arcades sourcilières.

Bougainville et Cook ont célébré à l'envi les qualités physiques des Taïtiens et des Taitiennes ; mais le contact des Européens ne parait pas avoir été favorable à ces insulaires.

On cite les habitants des îles Tonga comme les plus beaux et les moins foncés en couleur de toute la Polynésie.

Enfin, Cook dit des Nouveaux-Zélandais qu'ils sont grands, forts , que leur teint n'est pas plus foncé que celui d'un Espagnol qui a été exposé au soleil ; qu'ils ont les cheveux et la barbe noirs , les dents aussi blanches que l'ivoire, les traits doux et affables (et cependant ils étaient anthropophages). Le sentiment de la pudeur, absent chez les Taitiennes , existait chez les femmes de la Nouvelle-Zélande (1). Le crâne du Nouveau-Zélandais clc-

(l) Deux des matelots du capitaine Furneaiix, qui commandait sous Cook un des vaisseaux de l'expédition, contractèrent la vérole par suite de leur commerce avec les femmes de la Nouvelle-Zélande. Forster, le naturaliste de l'expédition , persuadé qu'aucun Européen n'avait abordé ce pays avant lui, tira de ce fait la conclusion que la maladie vénérienne est indigène à la Nouvel le- Zélande.'

41 PltOLÉGOMÈNES.

crit par M. Dubreuil est plutôt oblong que sphérique; le front y est convexe et légèrement incliné en arrière sans être fuyant, la face présente un ovale assez régulier, les mâchoires sont arrondies.

On s'est beaucoup occupé du sens dans lequel ont dû se faire les migrations des peuples polynésiens. M. d'Eichthal, comme Dumont d'Urville, pense qu'elles ont dû s'opérer de l'est vers l'ouest , favorisées par les vents alisés. Ainsi, ils n'auraient pas rayonné de l'Asie vers la mer du Sud ; ainsi les Malais viendraient des Polynésiens, et non les Polynésiens des Malais (d'autres pensent que les Malais sont originairement distincts des Polynésiens). Enfin, M. d'Eichthal se demande si quelque grand continent, aujourd'hui détruit, n'a pas été le berceau de ces nombreuses tribus.

"2° Variété micronésienne. On lui donne ce nom à cause de la petitesse des îles qu'elle occupe dans la partie boréale de la mer du Sud. Au point de vue anthropologique, les Micronésiens ne diffèrent guère des Polynésiens proprement dits. D'après M. Dumont d'Urville, la couleur de leur peau est un peu plus brune , leurs traits sont plus effilés , leurs formes plus sveltes , leur langue diffère de celle des Polynésiens, le tapou leur est inconnu; et dans la partie occidentale , le bétel a remplacé le kava. Les îles Carolines, Gilbert, Marschal, Mariannes, etc., sont comprises dans la Micronésie.

3° Variété malaise. Plusieurs auteurs ont compris sous ce nom les deux variétés que je viens de décrire et la Malaise proprement dite. Les Malais occupent les îles Philippines, les îles de la Sonde (Sumatra, Java), Bornéo, les îles de Célèbes, les îles Moluques. Une légère obliquité des paupières et la saillie des pommettes les rapprochent un peu des Chinois. Leur teint est couleur de rhubarbe , ou franchement jaune , ou tirant sur le rougebrique ou le brun, leur nez un peu épaté, leur bouche large, leurs lèvres renversées et un peu volumineuses, leur taille moyenne ou peu élevée. J'ai examiné au Muséum d'histoire naturelle le crâne d'un Malais. Ce crâne est presque globuleux; son diamètre antéro-poslérieur est peu allongé, il est aplati en arrière, et large

aux pommelles. Le nez est plat, les arcades alvéolaires et les dents saillantes. Ces caractères se retrouvent dans le crâne d'un Bugi des Célèbes, figuré et décrit par Blumenbach, et dans les crânes observés par M. Dubreuil etM. Flourens; l'un de ces crânes était celui d'un Javanais. M. Flourens y signale l'aplatissement de l'occipital, au-dessous des deux bosses pariétales largement dilatées, d'où il suit que le premier os présente une dépression à l'endroit où siège ordinairement sa protubérance.

Je ferai remarquer: 1° que si la tête du Malais offre une certaine saillie des mâchoires et un aplatissement du nez, elle diffère complètement par le crâne de celle de l'Éthiopien; 2° que si elle est large aux pommettes , elle est plus prognathe que celle des Chinois, et 3° qu'elle diffère de celle du Polynésien proprement dit par la brièveté de son diamètre antéro-postérieur et la saillie des arcades alvéolaires.

On dispute sur le lieu d'origine des Malais: les uns indiquent Sumatra, les autres Java, les autres Bornéo. Nous avons dit que M. d'Eichthal les dérivait des Polynésiens.

DES «ACES AMÉRICAINES.

Type des Américains tlu Nord.

La découverte du Nouveau Monde a été l'occasion de discussions ethnologiques dans lesquelles le zèle religieux a joué un rôle que l'on peut deviner. « Comme il fallait absolument, dit Voltaire, qu'un des arrière-pelits-flls de Noé eût peuplé l'Amérique, on fit aller les vaisseaux de Salomon au Mexique... On trouva l'Amérique dans Platon, on en fît honneur aux Carthaginois, et on cita, sur cette anecdote, un livre d'Aristote qu'il n'a pas composé... Les Mexicains, dans leurs grandes afflictions, déchiraieut leurs vêtements, quelques peuples de l'Asie en usaient autrefois ainsi , donc ils sont les ancêtres des Mexicains. »

L'hypothèse que Voltaire a ridiculisée a trouvé de nos jours des appuis sérieux. Ces Toltèques et Astèques, si avancés dans

les arts, el qui avaient couvert le soi mexicain de monuments splenclides, n'étaient pas originaires de cette partie de l'Amérique. On croit avoir retrouvé les traces de leurs migrations du nord au midi; on va même jusqu'à assigner l'époque où une colonie boudhisle aurait passé de l'Asie en Amérique.

Eût-on rassemblé un plus grand nombre de documents historiques à l'appui de cette migration de populations asiatiques en Amérique, je n'en resterais pas moins convaincu que les anciens Mexicains, dont le type ne différait point de celui qui appartient aux tribus actuelles de l'Amérique du Nord, ne peuvent être les descendants de nations avec lesquelles ils n'ont aucune ressemblance physique.

Plusieurs considérations nous portent, au contraire, à voir dans les tribus sauvages de l'Amérique du Nord des races tout à fait distinctes de celles de l'ancien monde. Les caractères auxquels il faut avoir égard sont une certaine forme du crâne signalée par Morton {crania americana) , que nous décrirons plus loin, la saillie particulière du nez, un air de fierté répandu sur l'ensemble de leurs traits, et par-dessus tout ce caractère moral dont les écrits de Cooper ( qui , sous ce point de vue, ne sont pas des romans) nous ont tracé le tableau fidèle. Oui n'a été frappé de cette taciturnilé continuelle, de cette dissimulation profonde, de l'opiniâtreté avec laquelle ils poursuivent leurs projets de vengeance, de cet orgueil qui leur fait éviter de laisser paraître jamais le moindre sentiment de curiosité, du courage stoïque avec lequel ils bravent leurs ennemis au milieu de souffrances inouïes , de leur circonspection, de leur cruauté , de la subtilité extrême de leurs sens? Ou a dit avec raison que les sensations douces leur paraissaient complètement inconnues. Nous ajouterons que leur idiome ne ressemble ni à celui des nations asiatiques, ni à aucun autre idiome du vieux monde.

En présence de ces dispositions intellectuelles et morales si caractéristiques, et qui établissent des différences tranchées entre les indigènes de l'Amérique du Nord et les tribus sauvages des autres parties du globe, deux hommes recommandablesont émis une opinion diamétralement opposée sur l'état antérieur des ha-

bitants de l'Amérique. Un savant Suédois, le docteur Martius, voit en eux les descendants dégénérés, ou retombés dans la barbarie, de nations autrefois civilisées; tandis que Cbâteaubriand termine ainsi le parallèle entre l'Américain et l'Arabe: «Tout annonce, chez l'Américain, le sauvage qui n'est point parvenu à l'état de civilisation; tout indique, chez l'Arabe, l'homme civilisé retombé dans l'état sauvage. »

Les généralités que je viens d'exposer s'appliquent , comme on a pu le voir, aux Américains du Nord. Je vais de suite exposer leurs caractères; mais je dois au préalable opérer une élimination, car bon nombre de tribus de l'Amérique du Nord ne présentent pas le type que je vais décrire. J'élimine donc :

1° Vers l'extrémité septentrionale de l'Amérique, les Esquimaux , qui appartiennent aux races mongoliques et dont nous connaissons cléjii les caractères.

2° Les Chipewais , un peu moins reculés que les Esquimaux et qui pourraient bien aussi être de souche mongole ; au moins Mackensie affirrae-t-il que ce ne sont pas des Indiens aborigènes.

3° Toutes les peuplades qui habitent les montagnes Rocheuses et la côte occidentale de l'Amérique du Nord , depuis et y compris la Californie jusqu'aux environs des Esquimaux. Ces peuplades sont loin de se ressembler, puisqu'elles nous offrent, en opposition avec les stupides et pusillanimes Californiens au front bas, à la peau presque aussi noire que celle des nègres de Guinée, dont ils n'ont pourtant pas la physionomie , une tribu à peau blanche dont le pays est beaucoup plus au nord que celui des Californiens. Elles ne ressemblent pas non plus aux Mongols, nonobstant l'assertion de Desmoulins, car Lapeyrouse dit positivement: «Les indigènes du Port français ne sont pas de Esquimaux; » la description qu'il en fait ne rappelle pas le type mongolique.

Ces exceptions établies, le vaste continent de l'Amérique du Nord nourrissait une race ou espèce divisée sans doute en tribus nombreuses, mais offrant encore aujourd'hui les caractères généraux que je vais vous faire connaître.

La peau offre cette teinte de cuivre de rosette qui fait ap-

446 PUOLÉGOMÈNES.

peler ces kdiens peaux rouges. Cette qualification, vous le voyez, ne peut pas s'appliquer à tous les indigènes de l'Amérique. Déjà nous avons vu une exception pour quelques Américains du Nord. L'exception se présentera plus fréquemment encore pour l'Amérique du Sud. D'une autre part, la couleur rougeàtre se rencontre chez quelques Polynésiens; ainsi ce n'est pas un caractère différentiel absolu , mais il ne doit pas être négligé.

Ce qui distingue les crânes américains (cranta americana), suivant Morton , c'est le défaut de saillie de la partie occipitale du crâne. « Vu par derrière , le contour occipital s'aplatit vers la protubérance, et se renfle, de ce point, jusqu'à l'ouverture de l'oreille. Des bosses pariétales au vertex , les parois crâniennes se rapprochent, de manière à donner, dans leur ensemble , une surface conique ou plutôt prismatique. »

M. de Humboldt a fait la remarque qu'aucune race n'a l'os frontal aussi fuyant et le front aussi petit. On sait qu'en beaucoup de localités et aussi dans l'Amérique du Sud, ils ont exagéré par des pressions l'aplatissement du front.

Avec des cavités orbitaires très-grandes, ils ont, dit-on, des yeux plus petits que ceux des Européens; le bord supérieur de l'orbite n'est pas très-légèrement courbé, tandis que l'inférieur peut être comparé à un cintre renversé.

Ce qui fait le caractère principal de la physionomie des Indiens du Nord , ce qui les distingue et des peuples asialiques et de la plupart des Polynésiens, c'est la saillie d'un nez arqué, mais non aquilin; c'est ce qui leur donne cet aspect que quelques-uns ont appelé héroïque. On pourra constater ce caractère sur tous les portraits que M. Prichard a empruntés à la collection de M. Catlin, et en particulier sur la figure de Meach-o-Shingaw (le petit ours blanc), guerrier konza, et sur la figure de Tuch-ee, ce magnifique chef de guerre cherokée. Un grand développement des fosses nasales et une finesse excessive de l'odorat accompagnent la conformation extérieure dont je viens de vous parler. Blumenbach a fait représenter la tête d'un chef indien qui avait été exécuté à Philadelphie, et qui était remarquable par la délicatesse de son odorat; le cornet moyen y était,

dit-il, d'un volume prodigieux, et les petites cavités, décrites par Santorini, y avaient acquis une étendue considérable.

Les dents des Indiens ont en général une direction verticale, bien que la mâchoire supérieure soit souvent inclinée en avant. Ces dents sont grandes et presque toujours saines ; la mâchoire inférieure est forte et massive.

Les cheveux des Américains du Nord sont noirs, lisses, trèslongs lorsqu'ils ne les coupent pas, brillants, et ayant quelquefois le reflet du plumage du corbeau;; ils grisonnent rarement.

Les Algonquins et les Iroquois , principales familles des Américains du Nord , occupaient la plus grande partie du Canada et la portion des États-Unis qui est à l'est du Mississipi. Ils comprenaient une fouie de tribus ou de nations dont il serait inutile de faire le dénombrement , et parmi lesquelles je nommerai seulement les Hurons. Plus au sud , étaient les tribus que M. Pritchard nomme Alleghaniennes. A l'ouest du Mississipi , dans une immense étendue , se trouve la nation des Sioux, à laquelle appartiennent, entre autres, les Tetons, les Osages et les Mandans. Un grand nombre de ces derniers offrent cette singularité que leurs cheveux , d'ailleurs très-longs , ont une teinte d'un gris brillant argenté.

M. Desmoulins a rapporté les Américains du Nord à une espèce qu'il nomme colombienne. On a désigné plus récemment, sous le nom de Nootka-Columbiens , les hommes des tribus placées plus au nord que la Californie, mais sur la même côte, et qui sont compris dans l'élimination que j'ai faite précédemment. Parmi ces Nootka-Columbiens se trouve la tribu des tôles plates, chez laquelle existe la ridicule pratique de déformer le crâne en le comprimant dès le moment de la naissance. Leurs têtes offrent encore aujourd'hui la singulière disposition que vous pouvez étudier dans notre muséum sur les pièces modelées d'après les crânes d'anciens Péruviens. Le docteur Scouler, qui a fait connaître le procédé usité pour obtenir ce résultat, a fait la remarque que les têtes plates n'étaient pas moins intelligentes que les autres , mais plus sujettes à l'apoplexie.

1U CES DE L'AMÉRIQUE DU St)l>.

On ne peut pas rapporter ces races à un seul type. Le docteur Mortonavailavan.ee, à la vérité, que la Forme du crâne, dont nous avons parlé plus haut, appartenait à tous les indigènes de l'Amérique, depuis le détroit de Magellan jusqu'au Canada. Mais nous allons voir que cette uniformité n'existe pas. On serait encore moins fondé à chercher un caractère commun dans la couleur de la peau. On était quelque peu embarrassé pour classer les Américains du Sud avant le travail que M. d'Orbigny a présenté en 1838 à l'Académie des sciences. Il y a encore, suivant cet observateur, près de deux millions d'Américains de race pure dans le Sud. M. d'Orbigny les répartit en trois races qui ont chacune plusieurs rameaux. Ces races sont Y ando- péruvienne , la pampéenne et la bra.dléo-guaranienne.

Race ando-péruvienne.

Cette race occupe la chaîne des Andes et ses deux versants, depuis Quito jusqu'au Chili. Voici les caractères que lui reconnaît M. d'Orbigny: peau de couleur brune olivâtre, taille petite, front peu élevé ou fuyant, yeux horizontaux jamais bridés.

Cette race comprend onze nations rapportées à trois rameaux. En voici le tableau :

R*CE ANDO-Pl'?[\UVIENNE

Rameau péruvien.

Rameau antisien.

Rameau araucanien.

Inca.

Aymara.

Cli a n go. •

Atacama.

Yuracares.

Mocéténès.

Tacana

Maropa.

Apoiista.

Arauc.mo.

Puegien.

C'est plutôt a la physionomie qu'à la tète osseuse que M. d'Orbigny emprunte les caractères de ces trois divisions. Par exem-

DE L'HOMME ET D1ÎS RACES HUMAINES. 4fl«

pie, le nez, qui est long, saillant, et recourbé à son extrémité chez les Péruviens, est court et légèrement épaté chez les Araucaniens.

La nation la plus remarquable et la plus célèbre de celles qui appartiennent à la race ando-péruvienne est , comme personne ne l'ignore, celle des Incas ou Quichas , nation autrefois si puissante et chez laquelle la civilisation, les arts et même les sciences, avaient fait degrands progrès lorsque les Espagnols l'attaquèrent. La taille moyenne des Incas est évaluée à 1 mètre 60 centimètres; ils ont des formes massives, les épaules carrées, la poitrine large, le tronc fort grand relativement aux membres, les mains et les pieds petits. M. d'Orbigny dit que leurs poumons ont un développement extraordinaire. Leur nez saillant, leurs dents belles et persistantes, leur physionomie, les rapprochent des Mexicains, et il est à remarquer que M. Desmoulins avait placé une radiation de l'espèce colombienne tout le long des Cordillières jusqu'au Chili, mais la couleur de la peau n'est plus la même.

La barbe des Incas est réduite à quelques poils implantés sur la lèvre supérieure. Leur front légèrement bombe est court, fuyant en arrière, et cependant la tète offre un assez notable volume.

Les Aymaras ont les caractères physiques des Incas. Ils ne s'aplatissent plus la tète comme le faisaient leurs ancêtres, dont on a trouvé des crânes dans les environs du lac Titicaca.

Les Antisiens sont plus grands que les Péruviens, ils ont le visage plus rond , le nez moins saillant.

Les Araucaniens, dont les ancêtres résistèrent longtemps aux Espagnols, ont la peau moins foncée que les Péruviens, la tête forte à proportion du corps , la face large, ainsi que la bouche et l'ouverture des narines-; leur nez est aplati , les pommettes saillantes, mais les yeux horizontaux. M. d'Orbigny rapporte au rameau araucanien les habitans de la Terre de Feu ; cependant je vois Cook donner à ces derniers une taille de 5 pieds 8 pouces (anglais). Ce sont, dit-il, des hommes gros et mal faits; leur peau a la couleur de rouille de fer mêlée à de l'huile, leurs cheveux sont longs et noirs.

Race pampéenne.

Cette race occupe la partie centrale et presque toute l'extrémité méridionale de l'Amérique du Sud; elle a pour caractères une couleur brune olivâtre de la peau , une taille souvent très-élevée, un front bombé , nonfuyant, des yeux horizontaux, quelque fois bridés en dehors. M. d'Orbigny lui rapporte vingt-six nations, comprises elles-mêmes dans trois rameaux, savoir : le Pampéen proprement dit, le Chiquitéen, et le Moxéen. En voici le tableau :

Race pampéenne

Rameau pampéen proprement dit ou palagonien.

Rameau chiquitéen.

Rameau moxéen.

Palagon.

Puelche.

Charrua.

Toba.

Mataguayo.

Abiponès.

Lengua.

Samucu.

Chiquito.

Saraveca.

Otuke.

Curuminaca.

Covareca.

Cu raves.

Tapùs.

Curucaneca.

Païconeca.

Corabéca.

Moxos.

Cbapaeuras.

Itonoma.

Canichana.

Movima.

Cayuvara.

Pacaguava.

Iténès.

| Parmi[les nations de race pampéenne, les tribus pampéennes proprement dites ont eu leprivilége de fournir matièreaux amplifications des voyageurs ; on a considérablement exagéré la taille des Patagons. On lit dans Knivet : « J'affirme qu'étant au port Désiré, j'ai mesuré des cadavres trouvés dans des sépultures et des traces des habitants sur le sable. Leur taille est de 14, 15 et 16 empans

DE L'HOMME ET DES RACES nUMAINES. 451

de hauteur. »Ariz Classen, commis sur la flotte Lemaire, déclare «qu'ayant visité des sépultures sur la côte des Patagons, on y vit que les ossements enfermés dans les tombeaux étaient d'hommes de 10 à 11 pieds de haut! » Le commodore Byron, en 1764, étant descendu au cap des Vierges, vit un grand nombre de naturels à cheval, il leur fit signe d'avancer. Un Patagon vint à sa rencontre; il était, dit-il, d'une taille gigantesque et semblait réaliser les contes de monstre à forme humaine. Byron ne le mesura pas, mais Wallis va enfin nous donner des mesures, et la taille de ces géants va se réduire. «Nous primes, dit-il, la mesure de ceux qui étaient les plus grands : l'un d'eux avait 6 pieds 7 pouces (anglais), plusieurs autres avaient 6 pieds 5 pouces; le plus grand nombre était de ô pieds 10 pouces à 6 pieds. » Ils ont , dit Byron , une carrure et une épaisseur de membres proportionnées à leur taille ; au demeurant les meilleures gens du monde. Les Patagons ont les pieds et les mains petits, la tête grosse, la face large et aplatie, les pommettes saillantes, et la peau beaucoup plus foncée que ne l'ont les autres peuplades de l'Amérique du Sud. Le crâne dont notre muséum possède le modèle en plâtre est démesurément allongé d'avant en arrière, et peut bien avoir été porté par un homme de taille colossale. Le crâne figuré dans Prichard , d'après la pièce déposée au Collège royal des chirurgiens de Londres, offre de belles proportions, mais la mâchoire supérieure y est un peu saillante.

Les Patagons sont , comme on l'a dit, les nomades de l'Amérique, nomades équestres, car ils passent leur vie à cheval.

Je n'ai aucune remarque importante à présenter sur les caractères physiques des autres tribus de race pampéenne.

Race brasiléo-guaranienne.

Cette race occupe les plaines qu'arrosent l'Orénoque et le Maragnon.

Elle n'offre qu'un seul rameau, le rameau guaranien, dans lequel sont compris : 1° les Caraïbes, qui autrefois peuplaient toutes les petites Antilles et s'étendaient le long de l'Atlantique

jusqu'aux frontières du Brésil ; 2° les Guaranis, qui occupent le Paraguay et ses environs; 3° les Tupis ou Guaranis orientaux, qui constituent principalement les Brésiliens indigènes, et 4° les Botocudos, qui occupent aussi les frontières du Brésil vers la partie méridionale.

Voici, d'après M. d'Orbigny, les caractères de la racebrasiléoguaranienne : couleur jaunâtre de la peau, taille moyenne, front peu bombé, yeux souvent obliques, toujours relevés en dehors.

Ce dernier trait anatomique : les yeux obliques, relevés en dehors, rapproche cette race des Mongols. Un jeune Botocudo, conduit à Bio-Janeiro par M. Auguste Saint-Hilaire, y ayant vu une colonie de Chinois , les appela ses oncles. Cette ressemblance entre les Botocudos et les Mongols a fait récemment, à l'Institut; l'objet d'une communication, à propos de laquelle M. A. Saint-Hilaire a réclamé la priorité pour cette observation. Vous remarquerez, Messieurs , qu'entre les Mongols et les Botocudos, se trouvent toute l'Amérique du Nord et une partie de l'Amérique du Sud ; que cet espace immense est occupé par des tribus qui n'ont point de ressemblance avec les peuples asiatiques , de sorte qu'il n'y a aucune raison cle croire à une migration des Mongols dans cette partie de l'Amérique. M. Desmoulins, qui a compris toutes les tribus de l'Amérique du Sud dans une seule espèce qu'il nomme espèce américaine , n'y englobe pas les Caraïbes, rapportés par lui à l'espèce colombienne ou colombique.

Ce que j'ai dit ailleurs de la déformation des crânes des Caraïbes me dispense d'y revenir ici.

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