‹ Cours de physiologieChapitre 42 sur 60 · VINGT-DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

Messieurs ,

Vous savez déjà que pendant la production de cet ensemble d'actes que nous nommons vie, pendant que l'animal respire, qu'il se nourrit , qu'il se meut ou qu'il sent, il y a de la matière organique détruite ou consommée (p. 21). Les excrétions entraînent au dehors le résidu de cette décomposition. La sécrélion urinaire, la transpiration cutanée, les exhalations aqueuse et gazeuse du poumon, le mucus nasal, les larmes, les fèces (car elles contiennent autre chose encore que le résidu des aliments), privent chaque jour le corps de l'homme d'une notable quantité de son poids. 11 fallait donc que, chaque jour aussi, des matériaux venant du dehors fussent employés à la réparation de ces pertes. La digestion est chargée de les élaborer.

Cette fonction consiste dans la préparation de sucs réparateurs, aux dépens des matières alimentaires et des boissons introduites dans une cavité spéciale des animaux. Je ne dirai pas, à l'exemple de quelques physiologistes , que la digestion a pour objet la préparation du chyle , car un grand nombre d'animaux n'ont pas de chyle , et chez ceux qui en ont, cette humeur n'est pas le seul ni peut-être le plus important produit de la digestion. Chez les jeunes sujets, les sucs préparés par le canal alimentaire servent à l'accroissement du corps, en même temps qu'à la réparation de ses pertes.

L'élaboration préliminaire de la matière alimentaire par une cavité digestive n'est pas une condition commune à tous les individus du règne animal. Quelques-uns absorbent, à la manière

des plantes, les substances dont ils se nourrissent; de sorte que nous avons été obligés de reconnaître que la présence ou l'absence d'une cavité digestivc ne pouvaient être considérées comme caractères distinclifs entre les végétaux et les animaux.

Les exceptions sont même assez nombreuses.

1° Dans la section des zoophytes globuleux, la classe des spongiaires ne contient que des animaux agastriques. Je ne sais sur quoi Burdach se fonde pour assimiler à une cavité digeslive les canaux ramifiés des éponges (1). Ces canaux ne servent qu'à l'expulsion de l'eau que l'animal a absorbée par toute sa surface. Ce prétendu appareil digestif manquerait , du reste, dans les genres achium et scyphium.

2° Dans la même section des zoophytes globuleux, la classe des infusoires offre encore de nombreuses espèces privées de tube digestif. En effet, tout le premier ordre,'qui comprend les genres bacterium , vibrio et spirillum, est composé d'animaux qui manquent d'organes digestifs. 11 en est de même des six familles du second ordre des infusoires (voy. page 32Ô), de la famille des enchéliens dans le troisième ordre, et de la famille des leucopluyens, dans le quatrième.

3° Enfin, dans cette même section des zoophytes globuleux, toute la famille des rhizopodes est composée d'animaux chez lesquels on n'a pu apercevoir de bouche.

4° Certains parasites manquent aussi d'appareil digestif: tels sont, dans l'ordre des cestoïdes, les cysticerques , les ligules , qui vivent daus l'abdomen de certains poissons d'eau douce et de quelques oiseaux, et les tricuspidaires , parasites aussi de plusieurs poissons. Il est à remarquer que certains cestoïdes, privés de bouche, ont cependant des ventouses.

Les autres animaux ont un appareil digestif, et celui-ci offre de grandes différences dans sa conformation et sa structure. Nous allons signaler les principales.

, (I) Traité de physiologie , t. IX , p. 134.

Considérations sur l'appareil digestif.

On a défini l'appareil digestif: la surface du corps mise en contact avec une matière étrangère, mais tournée vers l intérieur du corps. Il faut n'y pas regarder de trop près pour se contenter de cette définition, qui s'appliquerait tout aussi bien aux voies aériennes qu'aux voies digestives.

Pour bien comprendre en quoi consistent les différents degrés ou plutôt les différents modes de ce que nous appelons infériorité dans la conformation ou la structure de l'appareil digestif (bien qu'il soit sans doute parfaitement adapté aux besoins de chaque espèce animale) je vais signaler à votre attention les particularités anatomiques qui distinguent cet appareil dans un animal supérieur, et qui pourront faire défaut ou être autrement disposées dans les classes éloignées de l'homme. Voici donc ce qu'offre le tube digestif à son état de parfait développement.

1° 11 est pourvu de deux ouvertures destinées, l'une à l'introduction des matières alimentaires , l'autre à l'éjection du résidu de la digestion : ce sont la bouche et Y anus, qui occupent les deux extrémités opposées du tronc.

2° Ce tube est beaucoup plus long que l'espace compris entre ses deux extrémités, et par conséquent il se replie, un grand nombre de fois , dans la cavité abdominale.

3° 11 n'a pas la même conformation ni les mêmes propriétés dans les différents points de son étendue, d'où il suit que la digestion n'est pas une, mais composée d'une succession de phénomènes qui se passent dans des cavités séparées par de certains étranglements. En effet, à la bouche, qui est armée pour la mastication et même pour la préhension des aliments, succède le pharynx, sorte de cavité vestibulaire, commune à la respiratiou et à la digestion, et d'où nait inférieurement un long conduit, Yœsophage, destiné à transporter l'aliment dans une première dilatation simple ou multiple , nommée estomac. Ici , la disposition des orifices retient l'aliment jusqu'à ce qu'il ait éprouvé l'action d'un liquide spécial fourni par les parois de l'organe. La

^•"S DK LA diokstion.

partie plus étroite, dans laquelle s'ouvre l'estomac , porte le nom lY intestin; c'est elle qui remplit de ses circonvolutions la cavité abdominale. Cet intestin est lui-même composé de deux portions fort différentes l'une de l'autre, Y intestin grêle et le gros intestin, réunis l'un à l'autre presque à angle droit, de sorte qu'une dilatation en cul-de-sac, \eccecum, s'observe au-dessous de leur jonction. Avant de s'ouvrir à Yanus, le gros intestin se renfle encore dans la partie nommée rectum.

4° Le tube digestif n'est pas confondu avec la masse du corps; il a des parois distinctes. Sa partie abdominale est lisse, revêtue d'une membrane séreuse qui fournit des mésentères à l'aide desquels l'intestin flotte dans le ventre : disposition favorable aux mouvements qui doivent transporter la matière alimentaire d'une extrémité à l'autre de la cavité digestive.

5° Dans les parois de ce tube, existent plusieurs plans de fibres musculaires lisses , dont les contractions opèrent les mouvements nommés péristaltique et anlipêristal tique. Ces faisceaux musculaires peuvent acquérir, en certains points, une épaisseur et une puissance considérables.

6° Un réseau vasculaire sanguin très-riche, fraction de la circulation générale, pénètre les membranes superposées qui constituent les parois de la cavité digestive.

7° Un appareil de sécrétion considérable est annexé au tube digestif, et cet appareil se compose non-seulement des glandules innombrables situées dans l'épaisseur de la paroi , mais encore de glandes plus ou moins volumineuses qui versent leur liquide dans la bouche, et dans l'intestin grêle à son extrémité supérieure (glandes salivaires, foie et pancréas).

8° Enfin, des vaisseaux d'un ordre particulier, les lactés , ayant des origines dans les villosités dont est hérissée la face interne de la membrane muqueuse intestinale, sont destinés à l'absorption et au transport d'un des produits de la digestion, le chyle, qui est ultérieurement conduit dans le sang.

Tels sont les caractères les plus saillants d'un appareil digestif arrivé à son plus haut degré de développement.

Cet appareil, dans les espèces animales inférieures, se fera

CONSIDÉn/VTIONS SUR L'APPAREIL DIGESTIF. 503

remarquer par l'absence d'un plus ou moins grand nombre des particularités anatomiques que nous venons de passer en revue ;

ainsi

1° Auprès des animaux agastriques, qui absorbent à la manière des plantes leurs principes alimentaires , on pourrait placer d'autres espèces chez lesquelles nous ne trouverons , au lieu de cavité digestive, que de petits tubes ramifiés ou non et faisant suite à des suçoirs.

2° Bon nombre d'animaux sont privés d'anus, et il en est chez lesquels la cavité digestive est réduite à un estomac dans lequel s'ouvre directement la bouche, de sorte qu'il n'y a ni pharynx, ni œsophage , ni intestin ; d'autres ont un tube uniforme , sans dilatation stomacale.

3° Nous verrons , dans quelques genres, la cavité digestive n'ayant d'autres parois que la matière du corps, avec laquelle elle est confondue.

4° Dans certaines formes, le tube digestif s'isole de la matière du corps, mais il n'a pas encore de membrane séreuse à l'extérieur, ni de liens mésentériques.

5° Le tube digestif peut manquer de fibres musculaires apparentes, bien que le mouvement péristaltique y soit incontestable.

6° L'appareil de la digestion peut s'être déjà séparé de la masse du corps, s'être compliqué dans sa forme, et rester cependant privé complètement de vaisseaux dans ses parois.

7° En guise de vaisseaux sanguins, plusieurs espèces offrent une disposition qui n'a point son analogue clans les formes du tube digestif des animaux supérieurs. De l'estomac, naissent de petits conduits ramifiés , dans lesquels s'engage la matière alimentaire digérée, et qui la transportent à toutes les parties du corps.

8° Lorsque les vaisseaux apparaissent dans les parois du lube digestif des animaux inférieurs, ils appartiennent au système sanguin et non au système lymphatique , les vertébrés seuls ayant des chylifères. Chez quelques animaux, toute la circulation sanguine est bornée aux parois de l'intestin.

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Ces différentes formes soin tellement combinées entre elles dans les animaux invertébrés, auxquels ces considérations s'appliquent exclusivement , qu'il est impossible de donner une description générale de leur appareil digestif. Chez ces animaux aussi , il y a autre chose que du plus ou du moins , il y a des dispositions bizarres qui se refusent à toute généralisation. Un coup d'oeil rapide jeté sur le tube digestif des invertébrés va vous faire connaître les principales formes qu'il affecte chez eux.

1° Chez ceux des infnsoires qui ne sont pas privés d'organes digestifs, l'aliment introduit par une bouche et un œsophage n'est pas conduit dans un véritable estomac, mais dans des cavités accidentelles formées par le refoulement de la matière du corps , cavités décrites par Ehrenberg sous le nom d'estomacs multiples (voyez p. 324 et 32ô).

2° Les polypes nous présentent un assez grand nombre de variétés. Ainsi chez les hydraires , la bouche, environnée de tentacules filamenteux, s'ouvre de suite dans l'estomac ou sac intestinal, lequel est adhérent aux parois du corps. C'est chez les hydres qu'on a fait cette singulière expérience qui consiste à retourner comme un doigt de gant l'animal, qui digère alors avec la surface externe de son corps devenue interne. Les actinies , les alcyons, les vérétilles, etc., ont aussi la bouche directement ouverte clans l'estomac , tandis que les edwarsies ont un pharynx et un œsophage musculeux.

Chez la plupart des polypes, le tube s'isole de la paroi du corps, bien qu'il n'y ait pas encore de péritoine; il y a alors, entre la face externe du sac alimentaire et le corps, une cavité nommée cavité du corps, et cela amène une disposition singulière (qui serait mortelle pour un vertébré), c'est que l'estomac communique avec cette cavité du corps par une ou plusieurs ouvertures contractiles, que l'animal semble ouvrir et fermer à volonté. Et comme la cavité du corps, qui se continue dans les tentacules buccaux, se prolonge, d'autre part, jusque dans la souche chez les polypes agrégés, ce que l'un de ces animaux mange et digère profite à toute la communauté, Les seiiu-

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laires, les campanulaires , les actinies, les edwarsies, etc., offrent cette disposition.

Tous ces animaux sont privés d'anus ; la plupart ont 1 estomac tapissé d'un épithélium vibralile.

3° Les acalèphes manquent d'anus comme les polypes. Leurs parois digeslives sont distinctes, mais elles adhèrent encore au parenchyme du corps; leur bouche, entourée chez la plupart de cils ou bien de tentacules contractiles, est unique ou multiple.

Quand il n'y a qu'une bouche, elle conduit à une cavité digestive, tantôt spacieuse , comme dans les béroés; tantôt étroite, comme dans les cestum, les cjdippes, les lesueupies; tantôt partiellement dilatée en renflements sacciformes. 11 y a quatre de ces renflements chez les méduses; il y en a seize chez les pelagies , et trente-deux chez les cyanées.

Quand il y a plusieurs bouches, tantôt celles-ci sont placées à l'extrémité d'appendices appelés bras, et communiquent par un tube plus ou moins long avec une cavité digestive centrale : telle est la disposition qu'on peut observer chez les rhizostomes (mot qui signifie bouche-racine); tantôt chaque bouche, ou plutôt chaque suçoir, communique avec une cavité digestive tubuleuse distincte , comme on le voit dans les siphonophores.

C'est dans la classe des acalèphes que l'estomac fournit ces canaux ramifiés dont nous avons parlé page 332 , lesquels forment à la périphérie du corps d'élégants réseaux anastomotiques. Les ouvertures stomacales sont contractiles ; l'estomac et les conduits sont pourvus de cils vibratiles.

4° Dans les échynodermes , l'appareil digestif acquiert des parties qui manquaient aux animaux précédents. 11 est revêtu d'un péritoine à épithélium vibratile, qui se réfléchit de la cavité abdominale sur l'estomac. Dans les parois de celui-ci on peut distinguer, en outre, une muqueuse, pourvue aussi d' épithélium vibralile , et une couche musculaire distincte , dont les fibres offrent plusieurs directions. Les mouvements du sac digestif sont donc parfaitement indépendants de ceux du corps. Enfin , nous voyons apparaître un réseau vasculaire sanguin, mais il n'est pas,

dUO DK L/V DIGESTION.

comme dans les vertébrés, une fraction de la circulation générale , une telle circulation n'existant pas chez ces animaux. 11 y a un foie , composé de plusieurs faisceaux de tubes ramifiés, terminés en cœcum.

Les astéroïdes nus ont des plis à la muqueuse digeslive; leur estomac envoie, dans les bras, des prolongements terminés en cul-de-sac. Ils n'ont pas d'anus , pas plus que les ophiures. L'anus existe chez les autres échinodermes , qui ont de plus un intestin tantôt direct et court , tantôt long et flexueux , soutenu par un mésentère. La muqueuse intestinale est tapissée, comme lesiomac, d'épi thél ium v ibratile chez les oursins et les astéries. L'a i m i , qui termine cet intestin , s'ouvre sur le dos chez les astéries et les oursins, latéralement chez les spatanges et les clypeastres, à la face ventrale, près de la bouche , chez les crinoïdes , et à l'extrémité terminale du corps chez les holothuries.

5° Chez les mollusques proprement dits , l'appareil digestif se perfectionne encore : il y a une bouche, un œsophage, un intestin droit ou flexueux , un anus, dont la position varie; dans les parois de cet intestin se ramifient des artères et des veines. Il y a donc ici une véritable circulation, qui n'est, comme chez nous, qu'une fraction de la circulation générale. Les parois de l'intestin sont parfaitement distinctes, mais adhérentes, clans une étendue plus ou moins grande, à la substance du foie. Tous ont un foie volumineux, versant la bile par de nombreux orifices dans l'intestin, et en partie dans l'estomac, chez quelques espèces. Au delà de l'estomac, l'intestin ne présente plus de renflements. Telles sont les dispositions communes aux véritables mollusques : voici maintenant quelques particularités.

Plusieurs gastéropodes et céphalopodes ont des glandes salivaires. Les ostracés ont, indépendamment du foie, des follicules réunis en grappe dans les parois intestinales. Quelques gastéropodes {aplysies, dolabelles, etc.) ont deux ou trois estomacs membraneux placés à la suite l'un de l'autre. Les céphalopodes ont aussi plusieurs estomacs. Le premier de ces estomacs prend le nom de gésier, parce que l'épaisseur de ses parois et la disposition de ses fibres musculaires le rapprochent du même

organe chez les oiseaux. L'ëpilhélium cylindrique de l'intestin est vibratile chez les huîtres et les moules.

6° Les annelês vont nous offrir les contrastes les plus saillants; car tandis qu'ils nous feront rétrograder jusqu'aux formes les plus simples du tube alimentaire, ils nous montreront d'une autre part, dans certaines familles , une conformation et une organisation qui ne le céderont en rien à l'appareil des mollusques les plus parfaits, et qui peut-être même l'emporteront sur lui.

Dans les lœnias, le tube digestif consiste en deux canaux allongés, qui communiquent l'un avec l'autre par un conduit transverse au niveau de chaque anneau. D'autres cestoïdes ont les conduits longitudinaux, mais les conduits transverses n'existent pas. D'autres présentent une bouche et des ventouses communiquant avec un intestin tubuleux, qui se ramifie et forme des réseaux plus ou moins serrés dans le corps. Cela se voit dans les distôrnes , les ampliîstàmes , etc. L'anus manque chez tous ces animaux, et leur tube digestif n'est pas flottant. L'anus existe et l'intestin est libre chez les ascarides , les strongles, et autres nèmatoïdes , dont le tube digestif, privé d'ailleurs de dilatations, droit ou fort peu contourné et sans vaisseaux dans ses parois , peut être considéré comme un type de simplicité.

Dans les annélides , le tube se complique déjà sans acquérir pourtant plus de longueur. Il y a un pharynx (qui chez certaines espèces forme une trompe protractile), un œsophage, un estomac de forme allongée, un intestin, qui chez les sangsues est pourvu de cœcums. Cet intestin a des fibres musculaires , longitudinales et spirales dans ses parois; il reçoit des vaisseaux sanguins. Un épithélium vibratile tapisse la cavité digestive depuis l'estomac inclusivement jusqu'à l'anus. Autour de l'origine du tube digestif, existent de petites masses glandulaires considérées comme un appareil salivaire, et autour de l'intestin, se remarque une couche brun-jaunâtre , composée de petits tubes en cul-desac , qui s'ouvrent isolément ou réunis dans la cavité digestive, où ils versent sans doute un liquide biliaire.

Les crustacés inférieurs ou suceurs n'ont pas d'estomac, mais

seulement un œsophage et un tube digestif. Les autres crustacés ont un œsophage très-court , un estomac très-grand , muni de pièces destinées à la mastication ; un intestin droit et non renflé , dont la partie terminale porte le nom de rectum. Un épithclium le tapisse en dedans; en dehors une séreuse le couvre et l'isole, mais elle ne revêt pas l'estomac, qui est entouré d'un appareil musculaire destiné à mettre en mouvement les pièces masticatrices. Des vaisseaux se ramifient dans les parois du canal digestif. Le foie des crustacés est volumineux, disposé en grappes ramifiées. Les décapodes ont de plus un ou deux tubes en cœcum, placés un peu au- dessous du foie, et qui sont considérés comme les analogues du pancréas. C'est la première fois que nous rencontrons cette glande. On nomme duodénum la partie de l'intestin comprise entre l'estomac et ces tubes. On ne décrit pas de glandes salivaires aux crustacés, mais, dans une classe voisine , celle des cirrhipèdes , on trouve une paire de glandes, formée de tubes réunis en grappe, dont le conduit excréteur s'ouvre dans l'œsophage.

Les arachnides ont, dans les parois du tube digestif, les mêmes éléments que les crustacés, mais la conformation de l'appareil est différente dans ces deux classes d'articulés. Les arachnides ont un pharynx qui opère la succion par un mécanisme tout spécial , puisqu'il n'y a pas de langue dans la bouche et que l'aspiration thoracique manque. Elles ont un estomac ou gésier, où se rendent des muscles puissants des parois du tronc. Dans l'abdomen existe une seconde dilatation intestinale. Le tube se rétrécit ensuite jusqu'à l'anus, au voisinage duquel existe un long cœcum, chez quelques espèces. Il y a un foie. Les scorpions seuls ont des glandes salivaires : on ne connaît pas bien le point où elles s'ouvrent.

Chez les myriapodes, l'œsophage se dilate en jabot. 11 y a un gésier armé à l'intérieur de replis cornés. Dans l'intestin, nous trouvons pour la première fois des villosités, mais elles ne peuvent avoir la même signification que celles des mammifères, puisque les myriapodes n'ont pas de chylifères; elles ressemblent plutôt à des organes glandulaires. Il y a, outre les tubes biliaires,

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deux grands vaisseaux secrétaires ouverts au voisinage du rectum. Sont- ils biliaires ou urinaires?

L'appareil digestif des insectes n'a pas de réseau vasculaire dans ses parois, et, sous ce rapport, il paraît moins composé que celui des mollusques et celui de la plupart des articulés , mais sa conformation est loin d'être simple. Il y a, chez un grand nombre d'insectes, un jabot, un gésier contenant des pièces très-dures destinées à une seconde mastication. L'intestin admet, comme celui des animaux supérieurs , la division en grêle et en gros, en cœcum et en rectum. L'ouverture anale est habituellement située au fond d'un cloaque. Des organes sécrétoires nombreux sont annexés à ce tube digestif, savoir : des glandes salivaires, situées à la tête; des follicules nombreux , implantés dans l'épaisseur du jabot; des canaux biliaires , insérés soit avant, soit après le gésier, et enfin deux ou un plus grand nombre de tubes en cul-de-sac, s'ouvrant à quelque distance de l'anus , et dont nous examinerons la nature à propos de la sécrétion biliaire. Nous mettrons alors à contribution un remarquable travail de M. Léon Dufour.

8° L'appareil digestif des poissons , des reptiles et des oiseaux, offre les caractères généraux que nous avons exposés au commencement de cette leçon comme exemple d'un développement complet ; il n'y a donc pas lieu de s'en occuper pour le moment, les détails devant se présenter lorsque nous décrirons l'action de chaque partie de l'appareil en particulier. Il est cependant une considération générale qui doit prendre place ici; elle se rapporte aux dimensions du tube digestif, envisagées dans leurs rapports avec la nature de l'alimentation. Nous pouvons établir, dès à présent, que certains animaux se nourrissent exclusivement de végétaux, que d'autres ne consomment que des matières animales, que d'autres enfin sont omnivores.

Les matières végétales, contenant, sous un même volume, moins de parties nutritives que les substances animales, ne peuvent fournir à la réparation du corps qu'autant qu'elles sont prises en notable quantité et soumises à un contact étendu et prolongé avec les surfaces qui élaborent et absorbent la ma-

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tière alimentaire. 11 est satisfait à cette dernière condition , chez les herbivores , tantôt par l'extrême longueur de leur tube digestif, tantôt par son ampleur, tantôt par la multitude de dilatations ou de compartiments qu'il présente, souvent enfin par la réunion de plusieurs de ces étals anatomiques. Les tables où Cuvier a mis en regard les longueurs du canal intestinal et du corps d'une foule de mammifères, d'oiseaux, de reptiles et de poissons, viennent à l'appui de celte proposition générale (1). Je lui emprunterai quelques exemples.

Chez le bélier, le tube intestinal a jusqu'à vingt-sept fois la longueur du corps de l'animal, c'est-à-dire de l'espace compris entre la bouche et l'anus. Chez le lion, qui est exclusivement Carnivore , l'intestin n'a que trois fois la longueur du corps , et chez l'homme, qui est omnivore, la proportion de l'intestin au tronc est environ comme 6 ou 7 est à 1.

Lorsqu'une espèce animale se trouve placée dans des conditions qui modifient profondément son régime, cela entraîne, à la longue, des changements dans les dimensions ou la longueur de son tube intestinal. Ainsi le chat domestique, que nous ne nourrissons pas exclusivement de chair, a le canal intestinal plus long que le chat sauvage , qui ne vit que de sa proie. Le rapport de l'intestin au corps est comme 6 est à 1 dans le chat domestique, et comme 3 est à 1 dans le chat sauvage. Le lapin sauvage , dont la nourriture est moins substantielle que celle du lapin domestique , a l'intestin relativement plus long.

Le régime du têtard est bien différent de celui de la grenouille, en laquelle il se transforme. L'intestin , avant la métamorphose de l'animal, a dix fois la longueur de son corps. Chez la grenouille, il n'a plus que le double de la distance de la bouche à l'anus.

Chez certains vertébrés suceurs, dont la nourriture est par conséquent très-substantielle, le tube digestif est moins longque le corps. Telle est, par exemple, sa disposition chez les pois-

(1) Leçons d'anatomie comparée, 1. 111 , p. 448.

sons cyclostomes, dont l'intestin n'a rigoureusement que la longueur de la cavité abdominale et ne décrit aucune courbure.

Au-dessous des vertébrés, le rapport que nous examinons se continue. La plupart des animaux intérieurs , vivant presque exclusivement de matières animales , ont la cavité digeslive sans courbure et moins longue que le corps. Presque tous les infusoir.es , pourvus de cavité digestive , les acalèphes siphonophores, et parmi les annelés les helminthes, les rotateurs, les scoléides, les annélides, les crustacés, les arachnides, ont le tube digestif très-court, et un grand nombre l'ont parfaitement droit. Vous remarquerez aussi que les invertébrés, qui subissent des métamorphoses et changent de régime, nous offrent dans leur appareil digestif les mêmes mutations que nous avons observées chez les batraciens. La larve vorace du hanneton possède un œsophage, un estomac gros et musculeux, entouré de trois couronnes de petits cœcums ; puis vient un intestin grêle , et après celui-ci, un gros intestin énorme , trois fois plus gros que l'estomac, et remplissant tout le tiers postérieur du corps. Tout ce luxe de l'appareil digestif s'évanouit dans le même animal devenu hanneton, et relativement plus sobre ; il ne lui reste alors qu'un canal assez grêle et privé de renflements.

Un dépouillement minutieux des tables de Cuvier fait découvrir, pour les mammifères , quelques exceptions à la loi que nous avons exposée , soit que certains herbivores aient l'intestin peu allongé, soit que des carnivores ( la hyène, par exemple) offrent une condition contraire. Souvent encore, dans ces circonstances, on peut apercevoir dans la conformation du tube digestif des dispositions qui viennent en compensation de celles qui font défaut: les estomacs multiples, les cœcum, pouvant suppléer à la brièveté du canal intestinal, etc. etc.

Remarques sur la cavité abdominale.

La cavité abdominale recèle la plus grande partie de l'appareil digestif et des organes genito-urinaires; mais elle appartient plus spécialement aux viscères de la digestion. C'est donc ici la

place des considérations physiologiques qui s'y rattachent. Ces considérations porteront sur trois points : 1° action protectrice des parois, 2° mouvements, 3° effets de la compression qu'elles font éprouver aux viscères contenus dans l'abdomen.

1° Si, après avoir opposé les parois molles et extensibles de l'abdomen à l'enveloppe solide du crâne et à l'espèce de cage osso-cartilagineuse qui renferme les poumons et le cœur, vous cherchez la finalité de ces différences dans la contexture des trois cavités splanchuiques, il ne vous sera pas difficile de l'apercevoir. Une enveloppe complètement osseuse eût entravé les fonctions des organes abdominaux, exposés à éprouver des changements assez étendus et plus ou moins rapides dans leur capacité, soit par l'effet de l'introduction des aliments et des boissons, soit par suite du dégagement de gaz dans le tube digestif, soit enfin par le développement progressif de l'utérus , chargé du produit de la conception.

A la vérité, les mouvements respiratoires exigeaient aussi que la poitrine se prêtât à des changements faciles dans ses diamètres , pour appeler l'air dans les poumons et l'expulser alternativement; mais ces changements sont resserrés dans des limites plus étroites que ceux auxquels la capacité abdominale est soumise, et d'ailleurs, lorsque l'inspiration s'effectue, c'est encore aux dépens de la paroi antérieure du ventre que s'opère en définitive la plus grande ampliation de la poitrine , puisque le diaphragme ne peut s'abaisser dans le ventre sans repousser les viscères de cette cavité vers les parois abdominales , qu'ils distendent et soulèvent pendant l'inspiration.

L'action protectrice semble donc avoir été sacrifiée dans les parois abdominales à une nécessité plus prochaine, celle de se prêter aux changements de dimensions des viscères qu'elles recouvrent. Ces viscères pourtant ne sont pas restés complètement privés de protection contre les violences extérieures. Le foie et la rate sont abrités sous la base de la poitrine. En arrière, la largeur de la colonne lombaire garantitles deux vaisseaux importants qui descendent devant le rachis, ainsi qu'une partie des intestins. Les fosses iliaques et l'excavation du bassin remplissent le même

CONSIDÉRATIONS Sl'K LIAPPABsEIL DIGESTIF. ™

office à regard des viscères qu'elles logent. Enfin, là même où les parois sont complètement dépourvues cle parties dures, elles sont singulièrement fortifiées par le mode de superposition et l'arrangement des plans musculaires et aponévrotiques dont elles sont composées. Les fibres du grand oblique croisent, dans leur direction, celles du petit oblique, et le muscle trans verse, situé plus profondément, affecte encore une direction différente de celle des deux précédents. Les muscles droits, placés dans la partie antérieure de la paroi abdominale, y suppléent au défaut de libres charnues des autres muscles. Je signalerai surtout à votre attention la résistance qu'acquiert la paroi abdominale par la connexion des fibres aponévrotiques du petit oblique avec les intersections du muscle droit. Les usages de ces intersections ou énewations ont beaucoup occupé les anatomistes; elles ne peuvent servir, comme on l'a supposé, à augmenter la force du muscle droit, eu multipliant ses fibres. Sans doute, la force d'un muscle est en rapport avec le nombre de ses fibres, mais il ne faut pas qu'elles soient placées à la file ou bout à bout, comme elles le sont dans le muscle droit. Berlin a dit, avec plus de raison, que les interseciions du muscle droit avaient pour usage de multiplier les points d'insertion des muscles obliques et de les associer à l'action des muscles droits (1). Dans l'année où Bertin communiquait , à l'Académie des sciences de Paris , ses remarques sur les intersections des muscles droits, Chardenon (2) présentait à l'Académie de Dijon un mémoire si semblable à celui de Bertin, qu'il y aurait eu lieu de croire au plagiat s'il n'était bien constaté que chacun de ces ailleurs ignorait les travaux de l'autre. Aux usages reconnus par Bertin et Chardenon, il faut ajouter celui d'augmenter la résistance de la paroi abdominale. On dirait qu'il y a dans ces points une sorte de couture qui fixerait en travers

(1) Berlin (Tli.-Jos. ), Mémoire sur l'usage des èuervaiions des muscles droits du bas-vcnlre {Acad. des se. de Paris, in-4°, p. 35 ; Mèm., p. 393).

- H liardenon , Usage des ânervations des muscles droits du bas-ventr [ftléni; de VAr.ad. de Dijon , vol. I; Hisl., p. 8$).

014 DIÎ r.A DIGESTION.

l'aponévrose abdominale aux parties tendineuses du muscle droit.

11 faut noter qu'on trouve dans la paroi abdominale, et notamment à la face externe du péritoine , des lames de tissu élastique dont les usages sont faciles à prévoir.

2° Les muscles des parois abdominales contribuent aux mouvements du thorax sur le bassin et réciproquement, à la station, à l'expiration active, aux efforts, et par conséquent à l'évacuation des réservoirs contenus dans la cavité abdominale. C'est de celte dernière action seule que nous voulons parler ici.

Lorsque la paroi abdominale concourt aux mouvements généraux du tronc ou aux phénomènes d'expiration active, ses muscles alternent souvent dans leurs contractions avec celles du diaphragme, et dans le cas de mouvements généraux , ce sont surtout les obliques dont l'action prédomine. Mais quand il s'agit de l'évacuation d'un des réservoirs de l'abdomen, comme dans la défécation, la miction, l'accouchement, les muscles abdominaux et le diaphragme agissent siraullauément. Ici, l'action du muscle transverse l'emporte sur celle des autres muscles abdominaux ; il représente une sorte desangle contractile, dont l'action n'est pas bornée à la partie molle des parois abdominales, car elle s'étend encore à la base de la poitrine, qui est fortement resserrée par ce muscle. Si on se rappelle que la circonférence du diaphragme est presque partout unie au transverse ; que le premier de ces muscles occupe non-seulement la paroi supérieure , mais une grande partie de la paroi postérieure du ventre; que le deuxième remplit en avant, avec son congénère, toute la vaste échancrure intermédiaire à la poitrine et au bassin , on pourra, parla pensée, réduire le ventre à une vaste poche contractile, dont le resserrement procurera l'évacualion de poches plus petites renfermées dans la grande.

La contraction expultrice de la ceinture musculaire de l'abdomen est soumise à la volonté, mais elle s'y dérobe quelquefois , et c'est ce qu'on observe lorsque, sous l'influence d'une sensation interne exagérée, les muscles organiques entraînent synergiquement dans leurs contractions quelques-uns des muscles de

la vie de relation. Nul doute que les choses ne se passent ainsi dans le, vomissement. Lorsque l'accouchement touche à son terme, les femmes ne peuvent s'empêcher Ac faire valoir leurs douleurs, comme on dit, c'est-à-dire de pousser vigoureusement lé fœtus au dehors, à laide des muscles abdominaux et du diaphragme. Il en est quelquefois de même lorsque la vessie se contracte sur une pierre ou sur la pince avec laquelle on a saisi la pierre. Les opérateurs ne l'ignorent pas.

Dans les cas d'efforts pour les excrétions abdominales, la paroi antérieure durcit et change de forme.

3° Les parois de l'abdomen exercent une pression continuelle et utile sur les viscères contenus clans celte grande cavité. 11 est curieux de comparer , sous ce rapport , la poitrine à l'abdomen. Dans la poitrine, il y a tendance à la formation du vide, bien loin qu'il y ait du trop plein. Le poumon n'est pas comprimé par les parois thoraciques , car il est dans un état d'extension forcée, et c'est la pression atmosphérique agissant à l'intérieur sur ses tuyaux aériens et ses vésicules qui le maintient appliqué à la face interne des côtes dont on le voit s'éloigner, en obéissant à son élasticité aussitôt qu'on ouvre la poitrine. Dans le ventre, au contraire, les viscères éprouvent, de la part de leur enveloppe élastique et contractile, une pression énergique qui modère l'expansion des fluides aériformes toujours présents dans le tube digestif.

Si le ventre est ouvert sur le vivant ou même sur le cadavre, l'air ne s'y précipitera pas comme dans la poitrine, il y aura plutôt expulsion des viscères qu'il contient; et si ces derniers renfermaient des gaz, on les voit se dilater outre mesure, bien qu'ils aient pénétré dans un milieu dont la température est plus basse que celle de la cavité qu'ils ont abandonnée.

Le diaphragme situé sur la limite de deux cavités , dans l'une desquelles existe le vide virtuel, et dont l'autre a, pour ainsi dire toujours du trop plein, est entraîné naturellement vers la première et repoussé par les viscères de la seconde.

La différence dans le mécanisme du thorax et de l'abdomen en entraîne dans le mode d'introduction des substances sur les-

DF. l.\ DIGESTION.

f [ucllcs les poumons ou les- viscères digestifs doivent exercer leur action. L'air entre clans le poumon par aspiration, lorsque la poitrine se dilate; il traverse un tuyau à parois constamment écartées. L'aliment et les boissons, au contraire, sont poussés par un canal musculaire à parois continues et qui doivent rester coni raclées pour empêcher la régurgitation des substances introduites dans la première dilatation du tube digestif. Aussi rencontre-t-on partout des fibres musculaires faisant office de sphincter aux orifices des réservoirs situés dans le ventre, ou près de ces orifices.

Les liquides contenus dans les canaux vasculaires quide l'abdomen pénètrent dans la poitrine doivent passer avec facilité de la partie abdominale dans la partie thoracique de ces canaux : c'est une conséquence de ce qui précède, La circulation clans la veine cave inférieure, le canal thoracique, est aidée parla pression abdominale , et surtout par l'action aspirante de la poitrine. Cela sera développé ailleurs.

Enfin, les contractions alternatives des muscles abdominaux et du diaphragme ont de l'influence sur le cours du sang de la veine porte , sur le cours de l'urine (du rein à la vessie), sur celui de la bile et du suc pancréatique.

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