‹ Cours de physiologieChapitre 46 sur 60 · DE LA PRÉHENSION DES ALIMENTS · texte numérisé non relu

DE LA PRÉHENSION DES ALIMENTS

Je ne vous entretiendrai ici que du mode de préhension des aliments solides; le mécanisme de la succion, l'action de hunier, de lapper, seront étudiés lorsque je traiterai de la digestion des boissons.

La nature a varié à l'infini la manière de prendre la substance alimentaire. Vous aurez une idée de ces différences en apprenant que certains animaux saisissent la nourriture avec leur estomac directement , d'autres avec ïœsophage , d'autres avec le pharynx, d'autres avec la langue, d'autres avec les dents , d'autres avec les mâchoires non garnies de dents, d'autres avec les lèvres, d'autres avec le nez , d'autres à l'aide (ïexcrois-

(1) E/emcnta physiol., t. VI, p. 255.

sauces ou tentacules implantés autour de la bouche, d'autres avec les membres antérieurs, d'autres à l'aide des membres postérieurs, d'autres avec les quatre membres, d'autres avec différents appendices placés à la périphérie de l'animal, et un grand nombre avec plusieurs de ces parties à la fois. Et comme si la nature eût voulu épuiser tous les modes possibles de préhension de la nourriture, il y a des animaux aquatiques qui se bornent à nager la bouche béante, et reçoivent ainsi l'aliment ou la proie suspendus dans le liquide.

Vous avez remarqué, je pense, que j'ai fait cette énumération des organes destinés à saisir l'aliment , en procédant des parties profondes vers les parties superficielles. C'est dans cet ordre que je vais reprendre cet examen.

Il est à peine nécessaire de dire qu'une partie profonde ne peut s'emparer de l'aliment qu'à la condition d'être amenée au dehors.

Aucun vertébré ne jouit du pouvoir d'opérer l'extroversion de son estomac ; mais les actinies, parmi les polypes zoanthaires, vomissent en quelque sorte leur poche digestive , qu'elles rentrent ensuite avec les coquillages ou autres corps qui s'y sont attachés. Les astéries, parmi les échinodermes , s'emparent parle même procédé des mollusques et des poissons dont elles se nourrissent.

L'œsophage renversé au dehors, et saillant alors à la manière d'une trompe , sert de moyen de préhension des aliments pour les paludines (mollusques gastéropodes) et pour les néréides et les aphrodites (annélides errants ou dorsibranches ). En même temps qu'elles sortent une partie de leur estomac, les astéries renversent aussi leur œsophage, qui concourt à envelopper la proie, et l'entraîne en se rétractant.

La langue concourt de diverses manières à la préhension de l'aliment. Le mécanisme par lequel elle devient protraclile avait déjà été étudié par Borelli , Walter, Vicq d'Azyr, etc., sur le picvert, lorsque M. Duvernoy publia ses recherches sur la langue des fourmiliers et des échidnés parmi les mammifères, du caméléon et de plusieurs autres reptiles de l'ordre des sau-

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riens, et enfin de plusieurs espèces de couleuvres et de grenouilles (1).

Pour les grenouilles , c'est un simple renversement. La langue est attachée en avant à la concavité des branches de la mâchoire, son extrémité libre est en arrière. L'animal, en la renversant au dehors , semble la vomir ou plutôt la cracher, et fait paraître en dessus la face qui est naturellement inférieure. Townson a parfaitement décrit ce mécanisme (2).

Pour le fourmilier, le muscle lingual, composé de fibres annulaires, forme une sorte de fourreau. Le resserrement des fibres annulaires produit l'allongement de la langue. Lorsque des fourmis se sont attachées à cette langue protractile, qu'un suc visqueuxrecouvre, elle estretiréedansla bouche à l'aide dedeux muscles allongés, qui, nés du sternum , passent sur l'os hyoïde comme sur une poulie de renvoi, pénètrent dans le fourreau charnu, et vont se fixer au voisinage du cône qu'il forme. C'est à l'aide de muscles disposés en cornet et de faisceaux qui entourent la trachée en manière de spirale que le pic-vert fait sortir, hors du bec , une langue plus longue que son cou , et enduite aussi d'un mucus gluant. L'os hyoïde présente, pour aidera ces mouvements, des cornes longues et souples qui se recourbent autour du crâne. C'est enfin par un mécanisme analogue à celui que je viens de vous exposer, que le caméléon décoche, en quelque sorte, sa langue, à une dislance qui n'est pas moindre que la longueur de son corps , sur les insectes dont il se nourrit. Parmi les ruminants , le bœuf entoure de sa langue la touffe d'herbe que les incisives de sa mâchoire inférieure vont diviser. Quelques mollusques gastéropodes prennent aussi l'aliment avec la partie que l'on considère, chez eux, comme l'analogue de la langue des ver-

(1) Notice d'un mémoire de M. Duvernoy sur les organes de la déglutition dans quelques animaux à vertébrés, dans les Bulletins de l'École et de la Société de médecine de Paris , an Xlll, n" 7, p. 89. Choix d'observations sur l'histoire naturelle et la physiologie; Londres , 1799.

(2) Tracts and observations in natural hislory and physiology; London, 1799.

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tébrés. La langue se modifie en trompe chez plusieurs insectes, mais c'est pour opérer la succion.

Les quadrupèdes carnassiers s'emparent de leur proie avec leurs mâchoires armées de dents. L'allongement des os maxillaires, la proclivité des dents, l'absence de menton et de saillie nasale , favorisent ce mode de préhension.

Les solipèdes et bon nombre de ruminants ont les lèvres très-extensibles, souples, et cependant charnues et puissamment contractiles; ils les emploient à saisir leurs aliments. C'est avec les lèvres que le cheval le fourrage du râtelier. Les mollusques gastéropodes n'ont pas d'autres organes de préhensionque les lèvres.

Les becs qui, chez les oiseaux et les tortues, remplacent, tout à la fois , les dents et les lèvres , sont aussi les instruments de préhension des aliments. Il en faut rapprocher les deux mâchoires cornées des céphalopodes, lesquelles ont le volume et la forme du bec des perroquets. Ces mâchoires sont mises en mouvement par les muscles puissants du bulbe pharyngien.

Si le nez n'est que chez un petit nombre d'animaux employé à saisir l'aliment, il faut convenir qu'il offre, confondu chez l'éléphant avec la lèvre supérieure, l'instrument le plus parfait qui puisse être adapté à cet usage.

C'est chez les animaux invertébrés qu'on trouve, au voisinage de la bouche, des parties plus ou moins saillantes et contractiles , destinées aussi à reconnaître , retenir et offrir à la bouche la. substance alimentaire. Les mollusques lamellibranches ont une à deux paires de feuillets membraneux nommés palpes. Les mollusques céphalopodes ont de longs tentacules charnus rangés autour de la bouche, et pouvant appliquer contre elle, avec une grande force , les corps qu'ils ont saisis. Les crustacés et les insectes ont, pour la plupart, des palpes annexées à leurs mandibules et leurs mâchoires. Les arachnides ont des espèces de pinces articulées analogues à leurs pattes, et qu'on appelle chelicères. Des vésicules placées à la base des tentacules des holothuries poussent dans ces tentacules le liquide qu'elles contiennent, et déterminent ainsi des mouvements eu rapport avec la préhension de l'aliment.

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